‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 15 sur 240 · III. i-re partie · texte numérisé non relu

III. i-re partie

Chiqui-

tos.

célèbre au temps de la conquête, et qui vivait sur les bords de la lagune du même nom, formée par les débordemens du Rio du Paraguay.

Avant l’arrivée des Espagnols, on parlait, dans la province de Chiquitos, au moins treize langues *, aussi distinctes les unes des autres que le sont l’allemand et le français. Ces idiomes montrent néanmoins, à côté d’une disparité complète, des mots, des formes grammaticales identiques. On conçoit sans peine que cette diversité de langage, provenue sans doute de l’isolement dans lequel les indigènes vivaient depuis une longue suite de siècles, était un motif de plus, pour que le fractionnement de ces tribus s’augmentât par les querelles de famille; aussi les nombreuses sections de ces tribus qui habitaient la province de Chiquitos, soit quelles appartinssent à des nations distinctes par le langage, soit quelles fissent partie des nations plus puissantes des Chiquitos et des Samucus, n’en formaient-elles pas moins une population divisée et subdivisée à l’infini, sans aucune union dont put résulter une force réelle. Amies aujourd’hui, demain ennemies, ces tribus avaient rarement des motifs de s’unir, tandis qu’au contraire, leur goût pour la chasse les portait à se fuir et à s’éloigner les unes des autres. Il en était résulté pour elles un morcellement pins grand de jour en jour, sans que l’augmentation de la population offrît jamais aucun élément de prospérité ni de civilisation progressive.

J- -J- Deuxième Époque : Depuis U arrivée des premiers Espagnols à Chiquitos, jusqu à l’instant où les jésuites pénétrèrent dans la province {de 1542 à 1690).

Tel était, à ce qu’il paraît, l’état des nations indigènes sur le sol de Chiquitos, lorsque les premiers aventuriers espagnols se présentèrent à l’embouchure de la Plata. Déjà en \ 5261 2 3, Alexis Garcia, partant du Brésil, et Don Juan de Ayolas, venu du Paraguay en 1656’, avaient, au sud de Chiquitos, traversé le grand Chaco pour aller au Pérou. Le premier, tué à son retour par les Guaranis, le second, également la victime des Payaguas, laissèrent encore plus enflammé , plus vif, par la renommée de l’or qu’ils rapportaient, le désir de participer à cette richesse si extraordinaire que Pizarro avait conquise.

1. J’ai formé des vocabulaires de toutes les langues qu’on parlait en 1831 dans la province de Chiquitos. Ce travail m’a conduit à réduire à treize les centaines de nations citées par les premiers historiens.

2. Rui Diaz de Guzman, Historia Argentina, p. 18. — Fernandez, p. 4.

3. Núñez Cabeza de Baca, Comentarios, cap. XLIX, p. 36. — Herrera, Dec., VI, lib. VII, cap. V , etc.

Alvar Nuñez Cabeza de Baca envoya, en 1542, par le Rio du Paraguay, Don Domingo Martínez de Irala, avec mission de faire des découvertes.' Irala remonta jusqu’à Chiquitos, où il trouva dans une île du Rio du Paraguay des peuples agriculteurs1 2, nommés Çacocies. Il pénétra trois journées dans l’intérieur et rencontra partout des Indiens agriculteurs, bien pourvus de vivres. A son retour au Paraguay, en 1543, il en fit part à Nuñez, qui se disposa au voyage3. Nuñez partit la même année avec dix brigantins, cent vingt pirogues, quatre cents Espagnols et douze cents Indiens4. Après une longue navigation, il parvint au Port de Reyes5, et rencontra des Indiens agriculteurs de la nation des Çacocies, qui lui parlèrent des Yarayès. Il leur envoya une députation, qui, après trois jours de marche, se trouva dans leur pays, où les femmes portaient des tipoïs de tissus de coton6, et où les hommes couchaient sur des hamacs. Ils furent parfaitement reçus du chef. Sur cette relation, Núñez se mit en route pour l’intérieur le 2fi Novembre 1 543 ; mais il s’avança seulement de cinq journées, et revint au port, fatigué des obstacles qu’il rencontrait. Il envoya par terre le capitaine Francisco Ribera, qui fit vingt journées à l’ouest dans l’intérieur, et arriva parmi des Indiens Tarapecocies , agriculteurs, lesquels l’attaquèrent et le contraignirent de revenir sur ses pas 7 . Núñez envoya par la rivière Hernando de Ribera , qui visita les Yarayès, et pénétra jusqu’au milieu de la nation Urtuésès8, où il reçut les premières nouvelles des Amazones du Paititi , et d’un pays très-riche, situé au nord-ouest. La saison des pluies étant arrivée, toute la troupe de Núñez tomba malade, et ses soldats, en partie révoltés contre lui, le forcèrent à revenir au Paraguay vers le commencement de 1 544. Ses capitaines étaient accoutumés au pillage. Il les mécontenta par la manière toute paternelle dont il traita les indigènes durant cette expédition, et par les mesures sévères qu’il prit contre les violences.

En 1548, Domingo de Irala, devenu gouverneur du Paraguay, remonta

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