Idem, pl. 4, le tertre qui est à droite
Tiagua-
naco.
entre chacun d’eux des murailles en pierres sèches, qui ne sont peut-être pas aussi anciennes que le reste. Le centre de ces ruines présente un tertre en terre, élevé de vingt à trente mètres au-dessus du niveau de la plaine. Partout en dessus et sur les côtés on voit des blocs énormes de pierre parfaitement taillés; il est dès lors facile de juger que la sommité du tertre avait supporté un édifice détruit par les Espagnols lors des fouilles. 1
A l’est de ce monument, à peu de distance, je rencontrai seulement la tête des fameuses statues colossales en pierre dure (trachytes) dont parlent les premiers historiens 2, les Espagnols ayant dans leur esprit de destruction fait sauter les statues en morceaux par une mine placée entre les deux épaules. Cette tete mesure du menton à la sommité un mètre vingt centimètres, sur une largeur de soixante-dix centimètres. Elle représente une figure d’homme un peu carrée, dont la face est presque verticale 3, montrant deux yeux ronds, d’oii partent et descendent sur les joues deux ornemens semblables à ceux de la ligure du milieu du portique que j’ai décrit4. Le nez, peu saillant, est anguleux. La bouche est très - grossièrement tracée, et des ornemens se remarquent au-dessous. Sur la tête est une espèce de turban formé d’animaux imaginaires sculptés en relief et de forme analogue à ceux de la figure citée , le tout surmonté d’une espèce de couronne. Autour du col est un collier
forme de personnages grotesques. A en juger par les morceaux qui restent, cette statue n’avait pas de liras, ceux-ci étant appliqués sur les côtés et tracés dans la pierre. L’ensemble de cette tête colossale, dont j’obtins encore plus tard un modèle en petit, également rencontré à Tiaguanaco5, a tout à lait l’aspect des antiquités égyptiennes; ce qui ferait croire que les progrès de la civilisation ont partout suivi la même marche.
Cieça de Leon dit que les statues colossales étaient vêtues jusqu’aux pieds. Je ne puis le savoir; mais au moins, si j’en juge par une statue entière non terminée, que je trouvai sur le sol non loin de là, je croirais, au con-
1. Cieça de Leon, cap. CF, dit de ce monument: «Entre autres choses qu’on peut admirer, « est une colline construite de main d’homme; pour que la terre ne puisse pas tomber, on l’avait « entourée de grandes bâtisses de pierre, et l’on ne sait pas pourquoi l’on avait fait cet édifice." (Garcilaso, Comentarios de los Incas, lib. Ill, cap. I.)
2. Garcilaso de la Vega, idem, lib. Ill, cap. I; Cieça de Leon, cap. CF, disent à propos de ces statues: « Sur un autre point, séparé de la colline, étaient deux statues de géans sculptées « en pierre, pourvues d’un large vêtement tombant jusqu’à terre et la tête couronnée.”