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CHAPITRE II

Terrains siluriens ou phylladiens.

Les terrains siluriens occupent une très-vaste surface du sol de l'Amérique méridionale; ils forment une large bande s'étendant à l’est de la Cordillère du Pérou et de la Bolivia, jusqu’à la province de Minas Geraes au Brésil, ou sur plus de trente degrés de longueur de Pest à l’ouest". En effet, ils se montrent dans la république de Bolivia, tant sur les derniers contre-forts des Andes que dans la province de Chiquitos. Au Brésil, ils paraissent occuper les provinces de Cuyaba, de Goyas et de Minas Geraes.

Si, sur cette vaste surface, Je recherche les lieux où lon à vu des corps organisés, Je les trouverai restreints au massif dépendant des Andes boliviennes, puisque Je n’en ai Jamais rencontré de traces dans la province de Chiquitos. J’ai reconnu des corps organisés fossiles dans les couches supérieures des terrains siluriens, tantôt à l’état de phyllade gris feuilleté, comme à Tacopaya, près de Chuquisaca , d'autres fois fortement micacé, et passant au grès phylladifére, comme aux environs de Cochabamba. Les fossiles y sont à Pétat d’empreinte entre les feuillets de la roche, et le plus souvent déformés par la pression; mais les feuillets qui les contiennent sont minces et si rares, que leur découverte demande des recherches minutieuses. y ai reconnu les espèces suivantes.

MOLLUSQUES BRACHIOPODES

N° 1. ORTHIS HUMBOLDTII, d'Orb.

PI. IT, fig. 16 à 20 (sous le nom de Sprrifer Humboldti).

O. test& rotundato-depressdä, longitudinaliter striatd; striis inæqualibus , angulosis , furcatis, subfasciculatis.

Dimensions : Hauteur, 9 millimètres; largeur, 10 millimètres.

Coquille très-déprimée, arrondie, un peu anguleuse vers le crochet, déprimée au milieu, ornée en long de stries, ou mieux de côtes anguleuses, inégales, formant faisceaux, séparées en groupes par des dépressions plus fortes. Le profil de ces côtes offre tout à fait l'aspect d’une coupe géologique de roches fortement inclinées.

1. Voyez, pour tous les détails relatifs à l'extension et à li composition de ces terrains, Partie géologique, p. 224.

Paléontologie.

Paléontologie.

Rapports et différences. Voisine, par ses côtes anguleuses, de l’Ortkis testudinaria, Dalm., cette espèce s’en distingue par ses côtes plus inégales, et presque divisées en faisceaux. Elle est aussi très-voisine de l'Orthis alternata, Murch.

Localité. Je Vai trouvée à l’état d’empreinte très-déformée dans la même roche que l’'Asaphus boliviensis, sur les coteaux du Rio Grande, province de Valle Grande (Bolivia). La gangue en est un phyllade brun foncé, de la partie moyenne supérieure des terrains siluriens. Elle y est très-commune.

Explication des figures. PI. IT, fig. 16. Un morceau des côtes grossi.

Fig. 17. Le même, vu de profil.

Fig. 18. Coquille entière grossie.

Fig. 19. La même, de grandeur naturelle.

Fig. 20. La même, vue de profil.

N° 2. LINGULA MARGINATA, d'Orb.

PI. Il, fig. 5.

L. test ovato-depressd, longitudinaliter striatd, bisulcat&, anticè truncat&, posticé subacuminatd, margine limbatd, transversim plicatd.

Dimensions : Longueur, 20 mill.; largeur, 10 mill.; angle apicial, 70°.

Coquille ovale, tronquée en avant, acuminée en arrière, fortement déprimée, marquée en long de très-légères stries, plus prononcées en approchant du bord, avec lesquelles viennent se croiser des lignes d’accroissement. On remarque, à partir du sommet, vers le bord, deux sillons assez prononcés, qui laissent entr’eux une surface bombée, formant feston sur le bord. A'la partie postérieure sont, de chaque côté, des bordures minces, ornées de plis transverses.

Rapports et différences. De toutes les espèces connues, la seule qui se rapproche de celle-ci est, sans contredit, le Lingula unguis\ (Patella unguis, Linné), espèce vivante de l’Inde. La forme en est, en effet, étroite comme celle de cette dernière, dont elle se distingue néanmoins par sa surface striée et non pas lisse et par sa bordure. Cette bordure la rapproche du Zingula striata, Murch., des terrains siluriens de l’Angleterre. Elle est beaucoup plus courte.

Localité. Je Vai recueillie au sommet de la côte de Tacopaya, entre Valle grande et

Chuquisaca (Bolivia), dans un phyllade feuilleté gris, partout pétri de celte espèce

et des deux suivantes. Celle-ci est beaucoup plus rare que les autres.

Explication des figures. PI, IT, fig. 5. Individu grossi de moitié.

1. Cette espèce ayant été décrite sous le nom d’Unguis par Linné, Chemnitz, etc., je reviens à ce nom, que Lamarck aurait dû conserver, au lieu de le changer en celui d’Anatina.

N° 3. LINGULA MUNSTERII, d’'Orb.

PI. II, fig. 6.

L. test& oblongo-elongatä, depressä, longitudinaliter striatä, trisulcatä, anticé truncatd, posticè acuminatd, margine simplici.

Dimensions : Longueur, 18 mill.; largeur, 8 mill.; angle apicial, 60°.

Coquille oblongue, allongée, obtuse en avant, très-acuminée en arrière, fortement déprimée, ornée en long de stries fines, beaucoup plus marquées en dedans qu’en dehors, et presqu’effacées au sommet des valves. Sur le milieu de la longueur, on remarque trois sillons qui partent du sommet et vont en s’écartant vers le bord; l’un d'eux est au milieu, les deux autres sont aux côtés d’une partie légèrement saillante.

Rapports et différences. Plus voisine encore du Lingula unguis que l'espèce précédente, celle-ci s’en distingue principalement par son sommet plus acuminé, par ses stries et par ses trois sillons.

Localité. Je Vai recueillie avec la précédente au sommet de la côte de Tacopaya (Bolivia), où elle est très-commune. Je l'ai encore observée près de Palta-cueva, au sommet de la Cordillère de Cochabamba, sur le chemin de Yuracares (Bolivia), à la hauteur absolue de près de 5000 mètres. Elle se trouve partout dans les phyllades.

Explication des figures. PI IT, fig. 6. Individu grossi de deux fois son diamètre.

N.° 4. LINGULA DUBIA, d'Orb. PI. Il, fig. 7.

L. test& brevi, subtriangulari, inflatd, anticè rotundatd, posticè acuminatd, intus longitudinaliter striatd.

Dimensions : Longueur, 19 mill.; largeur, 17 mill.;, angle apicial, 90°.

Coquille xès-large, triangulaire, assez bombée, arrondie en avant, acuminée en bec en arrière, lisse en dessus ou seulement marquée de lignes transverses d’accroissement, striée finement en dedans, sans sillon extérieur. Dans la figure que j'en ai donnée, elle a été représentée comme inéquilatérale, ce qui me lavait fait nommer Dubia ; mais un autre échantillon que j'ai dégagé depuis, m'a démontré que cette obliquité de la coquille ne devait être attribuée qu’à la déformation, et que la coquille régulière est pourvue d’un bec semblable à celui de toutes les lingules. Cette espèce appartient donc bien au genre.

Rapports et différences. Si les espèces précédentes sont plus allongées que ne le sont ordinairement les espèces fossiles, celle-ci, au contraire, est beaucoup plus courte, et se distingue encore par sa forme triangulaire. Cette forme raccourcie la rapproche cependant du Z. lata, Murch., du terrain silurien d'Angleterre.

Localité. Je l'ai recueillie au sommet de la côte de Tacopaya (Bolivia), dans les phyllades feuilletés gris-noirâtres des terrains siluriens, au-dessus des phyllades schistoïdes, sans restes de corps organisés. :

Paléontologie.

Paléontclogie

ANIMAUX ARTICULES.

Genre CRUZIANA, dOrb.

Je forme sous ce nom un genre qui devra recevoir des corps très-simguliers, qu'on ne peut certainement classer dans aucune des coupes déjà établies. Ce sont quelquefois deux valves allongées ou oblongues, bien semblables, toujours horizontales, jamais isolées, qui paraissent être accolées ensemble sur la ligne médiane, et n’avoir formé qu'une seule et même pièce, peutêtre mobile au milieu et pouvant se refermer, comme les valves des cypris et des autres entomostracés. C’est ce rapprochement de forme qui m’a décidé à placer provisoirement ces corps dans la série des animaux articulés, jusqu’à ce qu'ils soient mieux étudiés.

Ces restes organisés ont été appelés Bilobites, par M. Cordier, dans son Rapport à lPinstitut sur mes travaux. Je les avais, d’après ce savant, figurés sous cette dénomination dans mes planches ; mais Jai reconnu depuis que M. Dekay avait déjà donné le même nom à un fossile tout différent, et jy substitue celui de Cruziana, en dédiant le genre au général Santa-Cruz.

Ces corps paraissent caractériser les terrains siluriens inférieurs d'Amérique aussi bien que ceux d'Europe; car yen possède une belle espèce rencontrée dans les mêmes terrains, au sein des grès micacés des environs de Nantes. *

N° 5, CRUZIANA RUGOSA, d'Orb.

PI. T, fig. 1. (Sous le faux nom de PBilobites rugosus.) C. elongata, transversim undulata, obliquè rugoso-plicata, rugis interruptis.

Dimensions : Longueur totale, 150 mill.; largeur de l’ensemble, 85 mill.

Ensemble oblong, composé de deux parties très-bombées, séparées par un profond sillon, marquées chacune en travers de côtes ondulées, entre lesquelles sont de profondes dépressions irrégulières. On remarque de plus, à la surface de ces ondulations, des rides obliques, très-interrompues, souvent en zigzag, qui passent par dessus tous les accidens extérieurs.

{. De beaux échantillons envoyés de Nantes au Museum d'histoire naturelle, feraient croire que ces corps, loin de former toujours des valves bien circonscrites, se seraient quelquefois bifurqués comme des branches. Ces nouveaux faits pourraient conduire à placer ce singulier fossile parmi les végétaux.

2. Espèce bien remarquable, très-allongée, simplement sillonnée obliquement, que je nomme Cruziana Lefevbrei, en la dédiant au malheureux voyageur duquel je la tiens.

Localité. J'ai recueilli cette espèce sur les montagnes du contre-fort de Cochabamba (Bolivia), entre Cotani et Sacava, à plus de 4000 mètres de hauteur absolue, au sein des couches moyennes supérieures du terrain silurien. C'est le premier corps organisé qui se montre au-dessus des phyllades schistoïdes, dans les phyllades micacés brunâtres. Cette espèce semble être très-rare. On la rencontre aussi en France, dans le grès micacé des environs de Nantes.

Explication des figures. PA. T, fig. 1. Individu de grandeur naturelle, tel qu'il se

présente dans la roche.

N° 6. CRUZIANA FURCIFERA, d’Orb.

PL. I fig. 2, 3. (Sous le nom de Bilobiles furcifer.)

C. oblongo-elongata, oblique costata, costis externe Jurcatis.

Dimensions : Longueur d’un jeune individu, 70 mill.; largeur, 26 mill.

Ensemble allongé, composé de deux parties égales, peu bombées, très-séparées au milieu , ornées obliquement et en sens inverse, de chaque côté, de côtes, dont chacune se bifurque extérieurement. Ces côtes partent d’un point central placé au quart inférieur, et de là les unes sont obliques en avant, les autres obliques en arrière, de dedans en ‘dehors. On remarque de plus quelques petites rides irrégulières.

Rapports et différences. Elle se distingue de la précédente par ses côtes régulières et bifurquées. Ce dernier caractère la fait également différer du Cruziana Lefevbrer des environs de Nantes, dont les côtes sont simples.

Localité. Je Vai recueillie dans les mêmes lieux que la précédente, où elle est trèscommune, et sur tous les contre-forts de Cochabamba (Bolivia), jusqu’au -dessus de Tiquipaya et de Quillacollo. Je l'ai également rencontrée à l’est de Yamparaes, département de Chuquisaca (Bolivia), toujours dans les terrains siluriens moyens, au-dessus des phyllades schistoïdes.

Explication des figures. PI. 1, fig. 2. Partie antérieure de grandeur naturelle, montrant la bifurcation des côtes.

Fig. 3. Individu entier, restauré d’après plusieurs morceaux différens.

N.° 7. CALYMENE VERNEUILII, d'Orb.

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