CHAPITRE XX.iy. 3ty
parsemée de grands villages, na pu malgré les vices du gouvernement qui lopprime , perdre entièrement ses avantages. Les sites les plus pittoresques , la pureté de Vair, tous les trésors dont Thomme est appelé à jouir, se retrouvent sous la main de ses habitants, et les dons spontanés de la nature semblent leur dire ce quHls pourraient espérer, si délaissant le funeste métier des armes et renonçant au brigandage, ils voulaient s'adonner à l'agriculture et au commerce. A l'extrémité de la gorge , d'où TApsus bondit au sortir des montagnes, on voit le pont de Gourd pacha placé à Touverture de la route commerciale qui conduit à Berat, à travers le Yillaîeti de Gadi pacha. Deux autres ponts jetés plus bas sur les sinuosités du fleuve , rattachent à la ville et au grand hameau de Poulessi, deux presqu'îles verdoyantes et couvertes d'arbres qui embellissent \e fond d'tm tableau , animé par les ondes rapides du Genussus, lorsque son cours est grossi par la fonte des neiges de la Gandavie. Tout retrace dans ce cadre les scènes des paysages les plus romantiques; mais en portant les yeux vers les montagnes, une ligne de tours construites sur leurs sommets annoncent l'état de guerre et d'allarmes, dans lequel les habitants de ce séjour passent leur vie. Des déuchements placés dans ces corps -de -garde aériens, veillent au loin sur la campagne et sur les défilés , pour donner Téveil à l'approche des partis , contre lesquels on est sans cesse armé. Au moindre signal chacun est prêt à là défense, et cette vie agitée plu$ destructive par la misère quelle traîne à sa suite,
3l8 TOTÀGK DANS LÀ, GBBCB,
que par la perte réelle des hommes, a causé une dépopulation telle, qu^au lieu de huit mille familles ( quarante mille âmes ) que comptait autrefois £1bassan^ le nombre de ses habitants est réduit maintenant à quatre mille individus pauvres et féroces. Cette condition, résultat de Tanarchie, loin de tempérer le caractère des seigneurs turcs y exalte leur brutalité naturelle, et en fait des maîtres iniques et cruels pour les chrétiens du rit grec , qui gémissent sous le poids de leur tyrannie. L envie naturelle aux Mahométans redouble ses fureurs dans Tàme de ces hobereaux circoncis, à la vue dun Grec plus favorisé qu eux par la nature. Une moustache bien fournie , une belle chevelure, des traits réguliers, sont des crimes qui blessent Vorgueil dW aga, indigné que la Providence ait répandu ses dons sur une espèce créée pour ramper et- servir. Aussi le Raïa (i) ne marche jamais que le front incliné devant les Turcs , il sar* réte à leur approche , il descend de sa monture (a)
(i) lUïa. Roturier taiUable à merci et miséricoFde , «iqMMé «uz injures, aux ayanies, aux mauTais trattemeots et aux caprices de tous les Turcs; payant le caratch ou capitatioo, incapable de témoigner en justice contre un Mahométan. Voilà la condition des chrétiens, sujets du grand seigneur, des chrétiens orienUttz, dont les voyageurs re<^ercfacnt les déliuu, sans vouloir faire attention qu'ils sont le résultat de leur condition , sur laquelle Thoaune le plus insensible devrait s'apitoyer , plutôt que de Taggrayer par des observations dérisoires.
(i) Cet usage de descendre de cheval devant les nobles, car l'espèce militaire portant l'épée se croit par-tout supérieure au laboureur, était établi parmi les (k'ecs du Bas-Empire.
NicBT«, la Joarm. Conmeru^ p. 7.
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lorsqu'ils passent y trop heureux quand le mahométan fier de son ignoble extraction^ se contente de le dédaigner! Telle est enfin la condition des chrétiens frappés de mort civile sur le sol paternel, oii ils sont inhabiles à posséder, que le plus vil des turcs peut impunément outrager et assassiner un Raïa, avec la presque certitude , quand il a versé son sang, de trouver Timpunité auprès des juges qui partagent son fanatisme et la haine nationale contre tous ceux que leur caste appelle infidèles.
L'anarchie de la ville d*£lba9San ne permet pas de concevoir lespérance de la voir sortir de Tétat de misère où elle est maintenant réduite. Cependant sa position au centre des défilés, qui la place à douze lieues de fierat, à dix environ de Croie, à dix-huit d*Ochrida et à treize de la haute Dihre, conviens drait à un entrepôt de commerce , dont le port serait Dyn^achium ou Duraxzo. Mais l'avenir n est pas l'objet de la prévoyance des Turcs. Les gouverneurs d'Elbassan se contentent d'exploiter les revenus territoriaux des huit cantons de leur sangîac (i).
(i) Les huit ytllaîetîs ou cftdîGks dépendants de la juridiction d.'Elbassan sont :
1. Tchérénik et Kirlnn fomcat malntaunt m aenl casas qui renferme quatre mille familles cfarétiemes et tanpies.
a. Velcha , habité par deux mille cent fiimiUes , doat im sixième au plus sont mahométanes.
3. SonUova, six cents familles^ dont «b tiers sosa chrétiennes.