‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 151 sur 160 · partie de mes recherches , par Tindiscrétion d'un de · texte numérisé non relu

partie de mes recherches , par Tindiscrétion d'un de

«nés compatriotes , quir me fit manquer uoe occasion

d'acquérir une foule dobjeisj quelâftcircoiisuncesonl;

fait passer dans d^ itlaios, d*où il sera difficile de les

retiret*. Je n'ai pu ooeserrer des antiquités de Pan*

doÂe que des médailles, donc tes pUis curieuses

rèpf^ésentent Jupiter et Junon viM'de profil à droite,

ayant au revers le foudre dans une connuMe de chêne

et Tinscription des'Epirotes; et une^autilfe ^i^ite de

Pyrrhus , portant une tête de femme à droite , et à

l'exergue, Palks marchant à gauche, en se couvrant

d'un bouclier qu elle frappe de sa lance.* On n'aper<-

çoit auK environs de Pandosie que des villages corn*

posés de cinq ou six cabanes construites en clayo-

(l) HoUandy Fojap «s Aibanîe^ etc.

468 TOTÂ6S OÂHa hk CABGC,

fiage, et de toate« paru les décombres des tonrs eC des ch&ieUenies des seigneurs, dont r«i|;ueil a causé les malheurs de la Tbesprotie.

Dans les cavités des montages et au Sand du Ik des torrents qui en descendent, on découvre presque par-lout^ depuis Paramythia jusqu'au bord de l'Acbéron, les filons d'une mine très-étendue de charbon fossile, dont j^avais proposé au général Donoelot, alors gouYemeur de Corfou, de £ure usage pour les forges. On trouve aussi, en approchant de Souli, des. masses considérables d'antimoine , que les minéralogistes du visir avaient pris pour du plomb, et sur lesquelles ik ont «épuisé leur science, sans obtenir les résuluts quils e^pémient. On ramassait^ lorsque >je parcourais ce pays , dans les montagnes de la Gestrine, des «pierres rondes dune extrême dureté, qui se trouvent enveloppées dans une gangue jaune, afin d'en garnir, les arsenauc du visir, qui manquent de boulets en fonte. Plusieurs ouvriers étaient employés à enleyer les inégalités de ces projectiles, et à les classer par -ordre de calibres, .afin d'en former l'ajipDOvisionnement des parcs d!artillerie de Souli.

Après avoir visité les éboulements de Pandosîe, qui ressemble à une ville prête à rentrer dans le sein de la terre, si on côtoie rAchéron, appelé Mavro-Potamos ou fleuve noir,i sa sortie des rochers de Souli , on arrive dans deux heures et demie de chemin à l'église d'Agia-Glykys, située sur le même tumulus où exisu jadis un temple dédié à Pluton.

GHAFITRS XXX. 4^g

On est alors au milieu de l'enceinte presque efFa« cée de Gichyre, ou Ephyre(i), capitale des rois de la Tbesprotie. Les mythologues, historiens des siècles héroïques, et les écrivains qui ont recueilli -leurs tra* ditions,' jusqu'aux auteurs des Chroniques monacales que j^ai consultées , dont la couleur , quoique altérée , réfléchit la teinte de la fable , rapportent qu Â'idoneus Pluton , ou Oreus (2), régnait* dans cette contrée de l'Epire, lorsque Thésée et Pirithoùs, à la tète d'une troupe de héros, débarquèrent dans l'Epire. Plutarque (S) raconte que le fondateur d'Athènes aivait accompagné Piiîthoûs , son ami , pour en- , lever Coré , fille d' Aïdoneus , roi des Molosses , qui avait donné à sa femme le nom de Proserpine, et à son chien celui de Cerbère; que ce roi , ayant découvert leur dessein , fit dévorer Pirithoûs par cet animal , et retint Thésée prisonnier/ Pausanias , en rapportant cette histoire , dit que les aventuriers ayant attaqué le roi des Thesprotes (4)^ pour ravir son épouse, et non sa fille, après avoir

(i) Strab., lib. VII, c. 3*4-; Plih., lîb. IV, c. i; Stcph. Byz.

(») Eusèbe le chronographe dit que ce roi des Molosses s'appelait Orciis, autre snmom de Pluton; qu'il axait un chien à tripîe tète, par lequel il fit déyorer Pirithoûs^. qui était Tenu avec Thésée pour enlever sa femme Proserpine.

EnsBB. et FuiASKT-., in Mythologiàs.

0) Plutarch. , yU de Thésée.

(4) Plutarque dit que Pluton était roi des Molosses; Fausanîàs le fait roi des Thesprotes; et les Chroniques que j"ai lues raf^ portent qu'il régnait sur les Aïdonîtes.

47<' VOtAGB tiAlfS tk GlLÈGSy

perdu une i^ande partie de leur armée, tombèrefif au pouvoir du vainqueur, et furent conduits dan« les prisons de Gichyre, d'où Thésée seul fut délivré à la prière d'Hercule^ ou, suivant d'antres, par la valeur de ce héros (i), qui le retira des cachots f ou énfersé

Des masses pareille» à celles des remparts de My* cènes servent encore à reconnaître Tenceinte de Cichyre; mais on ne peut bien désigner que retendue de son temple. Quoique plusieurs colonnes^ susceptibles d'être transportées, ornent maintenant le portail de la mosquée de Galo, pacha de Janina^ On en retrouve encore sept , auprès de la chapelle de sainte Glykys. Je doutais^ à la vue de ces seuls restes, si je foulais la terre qui avait vu passer Thé« sée, vainqueur du Minotaure^ Hercule et Orphée redemandant Euridice aux divinités de TErèbe. Je regardais comme fabuleux tout ce que les anciens disent de Pluton; et je cropis que de pareils sou^ Tenirs n'avaient jamais été consignés que dans des histoires allégoriques, lorsqu'un paysan me présenta une petite monnaie sur laquelle je reconnus Aïdo-'

(i) Pausaniat .ne âésigae oé roi que tata le nom de Thes^ protus , qui était celui de son penpte. Mans Diodore anore que Cichyre fut prise par Hercule (cousin de Thésée) qui mit à mort son roi Philea* Diod. , lib. IV. Ce fait est confirmé par Fauteur de l'Argument de la tragédie de Sophocle , intitulée ies J^rachi" niènes^ qui dit, au sujet dUercale : K.aci iroXtv IXtiv Éfjpaw, {$

CBÂPITEE ZXX. 47<

nevÉy oa Pluton (i), roi des lieux sombres (a)» Mes yeux se dessillèrent alors, et je crus voir apparaître les lieux chantés par les poètes. Si 1» nuit les avait couverts de ses ombres; si j avais surtout partagé les croyances des anciens, ma pensée aurait erré dans les palais vides et silencieux d^OrcuSi. Je foulais la ten*e des merveilles mythologiques qui n'étaient que des initiations? J'errais dans les lieux oit les pèlerins passaient par des stations ornées de» objets décrits par Virgile, qui étaient peints dans des galeries spacieuses P En quittant le port Glykys , les Théories remontaient avec des barques TAché* ron aux rives profondes, elles traversaient le ma* rais Achérusien, où Ion voit encore voltiger des météores phosphorescents^ dont la nature alors incon*^ nue, suffisait pour faire croire quon voyait les torrents enflammés du Périphlégéton ; car que ne voiton pas avec une imagination exaltée? Pour arriver au temple, on traversait sans doute des portiques décorés de tableaux mystiques repré^ntaot les pâles inquiétudes, les maladies- languissantes, la triste

(i) Bronze. Pluton tu de face; tête diadémée et coaronnée de pavots y ayec bandelettes tombant sur les épaules, dans le champ à gauche A.

R. Cerbère ayec ses trois télés, A. un emblème presque fruste (*). I

(*) Dans les Thesmophcwies, le pavot était Temblème de la fertilité.

()) Ât^^tuç rbv (>irox6oviovf h xcXouoi 6tov.

Athas.9 Orat, eontr, Gent,,^, i3, éd. 169B»

47^ TOTAGE DAHS LA GRBCE,

irieillesse , la terreur qui n'est pas définie, la faim hagarde, la honteuse mendicité, la mort, les douleurs, et la guerre meurtrière assise aux portes des enfers. Les Centaures, les Scylles à doubles formes, les Gorgones et les Harpies, se présentaient dans les bois sacrés du temple, avec les Euménides couchées sur des lits de fer. Dans les cérémonies , on retrouvait sans doute la représentation des tourments réservés aux coupables , les joies paisibles des justes aux Champs-Elyséens! Les prêtres, qui avaient rapporté ces traditions de FEgypte, racontaient aux Grecs les merveilles et les emblèmes d une vie dont le secret seul devait être révélé par le Dieu inconnu , qui a confondu les vaines erreurs des humains. Au lieu de ces prestiges^ la voix des ministres de TEternel célèbre maintenant, aux autels d'Agta-Gljkys , la gloire du Dieu rédempteur, qui a triomphé de TErebe et du Tartare, d^où il a retiré les âmes des justes, pour les conduire dans les dômes étemels de son père. Ici l'alliance du sacré et du profiine se touche. Dans le temple même de Pluton , entre ses parvis jadis décorés de colonnes en granit, s*élève l'humble chapelle d'Agia-Glykjs , surnom donné à la reine des anges, que les Epirotes appellent la Douce Sainte, dont l'intercession est invoquée par un concours nombreux de fidèles, le jour auquel l'église célèbre dans ses fastes , la pompe auguste de son ascension. C'est la seule époque de Tannée où Cichyre rassemble encore dans ses ruines la postérite des enfants des Grecs, car passé ce temps, ou

CllAPITIlB XXX. 4^3

ny trouve que deux caloyers consacrés à la prière, et un poste militaire d'Albanais, chargés de la police des routes qui conduisent à Souli et à Phanari.

On traverse maintenant l'Achéron en deux en-> droits , d une part sur un pont presque en face d*Agia-61ykys, et de l'antre, au-dessous du village de Tchouknida (i), au moyen d'un bac dont les nau« toniers, aussi avides que le vieux nocher, rançon-» nent les voyageurs. A la tête du pont^ qui est le point le plus fréquence par les paysans des ha* meaux du canton de Paramythia, les riverains ont construit un batardeau^ au moyen duquel ils élèvent les eaux du fleuve pour arroser la campagne de Za« vrouchi, qui est couverte dans la saison de vastes champs de maïs. Sur la rive droite , deux milles à Foccident de Cichyre, commence le canton de Margariti. On aperçoit sur ce chemin le marais Achérusien , formé de vastes lagunes, dans lesquelles on cultive du maïs aux bordures, et dans la partie inondée, une quantité considérable de riz. Ce terrain est mis en rapport par les habitants de File de Paxos , accoutumés à louer chaque année leurs bras aux propriétaires ^ qui y récoltent communément, et toutes dîmes payées, au-delà de dix mille quintaux des deux espèces de denrées céréales que j'ai nommées. Au milieu de ce marais, maintenant appelé Yalondoraco, se décharge du nord au midi la rivière de Margariti ,

(i) Tckouknîda, le yiUage des Orties. Les babhants sont ceux qui vendent aax étrangers lei objets d'antiquité ^ dont ils connaissent maintenant Fimportance et le prix.

4y4 TOTA6B DAirS LA GRÈCX,

et du cdté oppose, les eaux de la Cassiopie, qui prennent leurs sources aux environs de Camarina, ou Comaros. Enfin à huit milles de Tchouknida, les eaux de TAçhéruâie, réunies dans un seul canal, coulent pendant une lieue vers Foccident, jusque au-dessous de Phanari , dans un port appelé de toute antiquité Glykys, comme il Test encore aujour* d'hui.

On se demande, en retrouvant ce nom conservé au port Doux dans le titre canonique même de Tévéque de Paramythia, comment Mélétius, né à Janina, k pu méconnaître TAchéron et le lac Acbérusien, qui est indiqué par Thucydide (i), nominativement désigné par Strabon, et par tant d*aulres auteurs, pour rejeter l'Achérusie dans le vallon de la Hellopie, et cou* fondre la Thyamis avec FAchéron ? Au-delà du cap Chimaerium, dit le géographe, on trouve le portGlykys^ dans lequel se décharge le fleuve Achéron^ qui cumule les eaux de TAchérusieet de plusieurs rivières, de manière qu'il rend l'eau de ce golfe douce (2). Les modernes en se servant de cette dénomination, ne laissent cependant pas aussi d'appeler ce mouillage Pha-

(i) Thucydid., îib. I, c. 47; Stcph. Byi.; Tit-LW. , lil». VIII. £z Molosftide . fluentem in stagna infenM acoîpk Hmprotiii* •inos. Peutinger Tappelle Ciciis timen^ nom corrompu de Qh'fy* iimen. Mais il établit à-peu-près son gisement, en le plaçant à michemin de Buthrotum ii Nicopolis, quoique 1 estime ne soit pas rigoureusement juste; il le place cependant mieux, que l'auteur des Nombres de Ptolémée, qui l'indique près de Nicopolis.

(9) KoXttTcu «S?«»c ( rXtixvç ) Sri irpôc toû irora{i.oû toO iç eâri^ sffSsDaovTcc yXuxatviTQu. Dxo, Iib. L, ^< jiugusto.

CHAPltAB XXX. 47S

nati ) k cause d une tour sur laquelle les Yénkieiis avaient conservé le droit d'entretenir un fanal , pour les frais duquel les douanes du port, et le monopole des pêcheries leur étaient concédés. Le commerce devait y être peu considérable alors, mais la pêche des dîmes est encore d'un produit assez considérable pour y attirer un grand nombre de caboteurs Ioniens.

G est parmi les Grecs des environs de Gljkys, une opinion reçue comme au temps de Pausanias (i), qu une source particulière , qu'ib croient voir bouil* lonner dans le temps de calme , est cause de la dou* ceur de ses eaux. Mais si on fait attention à la forme circulaire de ce port^ ( conEguration qui lui a peut-être valu le nom de Ciclis^ quil porte dans les tables de Peutinger ), qui ne communique avec la haute-mer que par un goulet étroit, et si on réfléchit à la quantité d*eaux quil reçoit, dont la masse est telle que dans les crues elles refoulent même au loin les vagues , on verra que cette cause suffit pour expliquer ce phénomène. Le mouillage de Gljkys est par le fait un port situé dans TAchéron, avant que ce fleuve se soit mêlé à la mer, et qui n'a rien de plus extraordinaire que tontes les calanques sitnées à Tembonchure dune rivière qui s'avancerait au large, protégée par deux promontoires recourbés en forme de fer à cheval. Mais cette disposition avait dû étonner des hommes toujours disposés à crier au prodige! Un bassin d'eau douce, couvert par d'humbles plages , environné des vagues mugissantes du profond

(i) Paus. Arcad., lib. VIII, c. 7.

4y6 YOTA6E DAHS LA GRBCB,

Océan , pour me servir de Texpression homérîqner^ dans lequel on pénétrait par un passage étroit eit portant le cap vers le levant d*été! UAchéron dans lequel on entrait à Textréniité de ce golfe, un marais appelé les étangs de Tenfer, le temple de Pluton , les rochers de Souli au fond du tableau , il n'en fallait pas tant pour inspirer la muse qui a immortalisé les stériles rochers d'Ithaque et de Dulichium.

On ne trouve plus maintenant à la plage du port Doux, où je soupçonne quil exista autrefois une ville (i), qu'un poste de douaniers, espèce dévorante maintenant répandue sur les atterrages les plus solitaires de la Turquie, et des cabanes de pécheurs. A la rive droite du fleuve, on remarque quelques huttes de Bohémiens , que les Turcs traitent d'athées et d'antropophages (a).

On venait , lorsque je quittai l'Épire , de transporter

(i) Non semper fuisae sine halMtatorîbat eum Tociim ex Stepbaiio colllgo. pAun». , lîb. Il , c 5.

(i) L'opinion que les Bohémiens sont ântropophages est générale dans la Turquie et dans plusieurs parties de llSnrope, où leurs hordes sont errantes. Les Albanais disent qu'ils mangeaient leurs camarades tués par les Souliotes. Ce goût horrible me parait une confirmation de leur origine égyptienne , dont ils auraient conservé cette épouvantable coutume , que leur reproche Juvénal :

Porram , «t oope nefai TÎolare et frangere monn ,

G MnctM gentes, quiboi bac nascontor in bortis

7f amina , lanatis animalibiu abstinet omni»

Mensa, nt(à» illic fortnm jugteUre capeibi»

Carnibiu '««"—"«« ytici licet.

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