CHAPITRE XIV. lyg
la culture 9 si les bras ne nian<]uaient pas pour les travaux de la campagne. Je ne vis donc des champs cultives qua de grandes distances, et dans une journée de marche , je rencontrai à peine dix personnes sur les différents chemins que je parcourus, pour faire mes recherches. Les paysans fuyaient à l'approche de notre caravane errante , et les Albanais mahomëtans que nous parvenions à approcher, n'étaient pas d'humeur à me donner les renseignements que je désirais. Ainsi je ne pus découvrir aucunes ruines, dans un pays qui probablement ne posséda jamais des villes considérables , s'il est vrai que cette contrée fut celle des Atintanes, peuplade isolée dans des villages dont la barbarie formait le caractère distinctif (i).
Nous dûmes nous replier sur le village de Kerasovo^ pour y passer le moment de la grande chaleur du jour; et comme je faisais diverses questions aux paysans, mes guides ennuyés de ma curiosité, commencèrent à suspecter mes intentions. Ils murmuraient de m'entendre demander les noms des villages, et de me voir tracer des lignes avec une plume sans encre; c'était ainsi qu'ils désignaient mon erajron. Heureusement que leur chef, qui était un aga de Tebelen, les rassura, tout en me prévenant d^étre moins empressé à faire des questions , et de me garder sur-tout d'écrire le pays. Après ces avis , qui étaient fort contrariants
(i) Frigida luec omnis regio, duraque cultu et aspera plaga est : cultorum quoque ingénia terrae sîniilia habet. Ferociores eOs et accolse barbari faciant: nunc bella exercentes, nunc in paca miseentes ritus soos. Livius, lib. XLV, c. 3o.
tSo VOYAGE DA!fS LA GRECE,
pour moi , nous convînmes de gagner le • bourg de Ghioniadez, afin de trouver un gîte pour passer la nuit.
Je perdais à chaque pas que nous faisions dans rillyrie ^ les dernières traces de la civilisation. Depuis notre départ de Gonitza , je n avais plus entendu parler le grec dans aucun village) et je devais communiquer au moyen dun interprète, qui, au lieu de répondre à mes intentions, ne me causait que des embarras. Cependant l'idée de conquérir quelques connaissances géographiques , manimait à la vue d une contrée jus* qu'alors interdite aux voyageurs ; et après avoir dîné avec nos provisions^ je pris la tête de la caravane avec les postillons. Comme ils étaient Grecs , je pouvais lier conversation avec eux, et en obtenir des renseignements qu'il ne m était plus permis de trouver ailleurs, d après la promesse que j'avais faite à mon aga ; et quelques pièces de monnaie m eurent bientôt gagné la confiance de ces hommes, qui connaissaient parfaitement le pays.
Nous commençâmes en dirigeant au nord à marcher dans des sentiers scabreux, et à nous élever dans les étages du mont Smolika , qui verse pendant deux lieues, les eaux de ses torrents dans le Saranta-Poros* De là nous entrâmes dans une gorge arrosée par la rivière qui tombe dans la Voioussa au-dessous de Tcharchof , et au coucher du soleil nous arrivâmes à Chioniadez , éloigné de huit lieues de Gonitza. Nous prîmes notre logement dans la maison d un riche négociant grec, chez lequel je trouvai un valaque qui faisait le commerce de caravane entre TÂlbanie et