‹ Voyage dans la Haute-ÉgypteChapitre 18 sur 49 · EI · texte numérisé non relu

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THÈBES - DEIR-EL-MÉDINEH

Doir-el-Médineh est le seul temple en Egypte où l'8n trouve des colonnes à chapiteaux épanouis, flanquées de deux piliers carrés surmontés de têtes d'Hathor. Une autre particularité à signaler est celle de la petite fenêtre qui s'ouvre sur la paroi Sud du pronaos. Au milieu est une colonnette à tige de lotus. Les deux croisillons latéraux sont formés de deux colonnettes à

têtes d'Hathor.

Le temple est consacré à Hathor de Vas. La triade est formée de cette déesse, d'Ammon et de Ma. La triade thébaine, Ammon, Mont et Chons,

apparaît aussi quelquefois.

C'est comme « rectrice de l'Occident » qu'Hathor se montre sur les murailles du temple. Le rôle funéraire d'Hathor étant bien connu, l'attribution du temple à Hathor explique la place que le monument occupe dans la nécropole et à l'extrémité la plus occidentale de la ville.

Le temple se compose d'une cour, d'un péristyle et des trois chambres du fond. Le visiteur peut, en entrant dans ces trois chambres, porter son attention sur les points que nous allons lui indiquer.

Chambre du Nord. Linteau de la porte à l'intérieur de la chambre. Un tableau astronomique l'occupe. Hathor, sous son nom de Sothis (Sirius), amène Osiris sous son nom de Sahou (Orion). Derrière Sahou est une figure à (oie de chatte avec la seule inscription : sa figure est en or. Au dessus de la scène est gravée l'inscription : « l'âme d'Isis , en son nom de divine Sothis, la grande du ciel méridional, protège son frère Osiris en sa forme de Sahou du ciel pour lui procurer la paix du Nuler-Klier ( dénomination hiéroglyphique du séjour des âmes) ». Sur les montants de la porte sont gravées les figures des quatre gardiens du temple.

Chambre du milieu. Scènes diverses d'adoration. On remarquera les quatre taureaux divins qui occupent chacun des montants intérieurs de la porte. Ces quatre taureaux sont appelés : Jï^ Sam-ur, U^*Ï£ Abek-ur, f^| Hep, ^J~l " Ur-mer-ti.

Chambre du Sud: Scènes diverses d'adoration. La paroi de gauche est occupée tout entière par la scène du jugement. Un personnage, dont le nom n'a pas été écrit, se présente sous la conduite des deux Ma à la porte du sanctuaire ou siège Osiris. Horus et Anubis pèsent les bonnes et les mauvaises actions du postulant. Thoth enregistre le résultat et établit la balance. Le dieu enfant et l'hippopotame femelle « dévoratrice de l'Occident », symbolisent la vie nouvelle promise au défunt, s'il est proclamé juste, et les supplices qui lui sont réservés, s'il doit descendre dans le séjour où l'attend

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THÈBES - DEIR-EL-MÉDINEH. 59

llTairf iVe' ^V111^1" ***" Pr°teCteUrS deS V1ScèreS ^ ^bout sui la fleur épanome du lotus, allusion à la renaissance du corps dans sa

nouvelle union avec l'âme. Osiris, entouré de ses quarante-deux assesseurs, juge et prononce. Certes, cette représentation n'est pas nouvelle et il n'en es^ pas qui soit plus fréquemment reproduite sur les cercueils et les tombeaux Mais ce qui doit surprendre, c'est de la trouver gravée sur les murailles d un temple, quelque funéraire que soit le rôle attribué à la déesse à laquelle 1 édifice est consacré; ce qui doit surprendre encore, c'est que le personnage qui figure dans la scène ne soit aucun des rois fondateurs du temple "et que son nom même n'ait pas été gravé. Il y a là une exception, absolument unique, qu'il est impossible de ne pas remarquer. Un certain Amenhotep qui porte le simple titre de basilicogrammate, a inscrit un court proscynème en son nom sur le fût d'une des colonnes de la façade (1). Ce proscynème isolé est du temps même de la gravure des autres parties du temple. Serait-ce une sorte de signature de l'architecte ou du scribe qui a présidé à la construction? Le temple lui-même a-t-il été élevé aux frais de cet Amenhotep, comme la salle hypostyle de Dendérah a été élevée aux frais des habitants de la ville ? Amenhotep avait-il son tombeau près de là, peutêtre même dans les fondations de l'édifice, et la scène de la psychostasie se rapporterait-elle à lai? Sans aller si loin, la salle de la double Justice (Ma) n'intervient-elle pas ici, malgré le personnage anonyme qu'on y a introduit et qui restera toujours inexpliqué, tout simplement parce que Ma est la troisième personne de la triade adorée dans le temple? C'est ce que nous n'avons pas le moyen de décider.

Une église copte, dont on voit encore la voûte en arc surbaissé, construite en briques crues, avait été adossée au côté méridional du temple. Ainsi s'expliquent les nombreux proscynèmes en langue copte dont la façade extérieure du monument est couverte.

Le guide Murray s'exprime ainsi : « Les murs qui entourent la cour de ce temple présentent un mode particulier de construction : les briques y sont disposées par assises concaves et convexes formant une ligne ondulée qui s'élève et s'abaisse alternativement sur toute la longueur de ces murs ». Ce singulier appareil est en effet digne d'être remarqué. Mais il n'est pas

(1) Peut-être cet Amenhotep est-il celui dont on trouve le nom dans une des chambres ptolémaïques du petit Temple de Médinet-Abou, (Pour une copie de la singulière scène où le nom du personnage est introduit, voyez Lepsius, Denkm., IV, 32).

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THÈBES — DEIR-EL-MÉDINEH

employé seulement à Deir-el-Médineh. Le mur d'enceinte du Temple d'Osms à Abydos en offre d'autres exemples. Il est même à noter que, dans l'usage qu'on en a fait au quai d'Esneh et dans quelques parties du Temple de Philœ, c'est avec d'énormes blocs de grès que les assises sont formées, ce qui rend la solution du problème encore plus difficile.

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THÈBES - TEMPLE DAMÉNOPHIS III

Planche 57

Du plus loin qu'on aperçoit Thobes, en remontant le Nil, si l'on essaie de reconnaître sur la rive occidentale du fleuve les monuments dont la renommée nous a appris d'avance l'emplacement, on distingue entre deux masses de ruines, qui sont Médinet-Abou au Sud, le Ramesséum au Nord, deux gigantesques statues assises. A l'automne, leur piédestal baigne dans l'eau; l'inondation s'est à peine retirée que la verdure les entoure et qu'elles semblent émerger d'un immense tapis vert.

Ces deux statues sont tout ce qui reste debout d'un temple qui devait égaler en dimensions le grand Temple de Karnak lui-même.

L'histoire du temple que les deux statues précédaient n'est pas longue à faire. Le temple eut Aménophis III pour fondateur, comme le Temple de Louqsor. Construit fastueusement en calcaire, il a porté la peine de son luxe, et les fours à chaux des environs l'ont vite absorbé. En dehors de deux colosses et de quelques fragments d'autres colosses dont les débris gisent çà et là sur le sol, on peut dire que le temple a disparu tout entier.

Les deux colosses formaient la partie décorative du pylône principal du temple. Ils s'élevaient de chaque côté de la porte d'entrée. « Ils sont tous deux d'une espèce de grès brèche, composé d'une masse de cailloux aga-

THËBES - TEMPLE D'AMÉNOPHIS III

tisés liés entre eux par une pâte d'une dureté remarquable. Celle matière, très dense et d'une composition tout à fait hétérogène, olfro à la sculpture des difficultés peut-être plus grandes que celles que présente le grand ; cependant les sculpteurs égyptiens en ont triomphé avec le plus grand succès (1) ».

Planche 57. — C'est le colosse du Sud que représente cette planche.

Ce colosse se compose de deux parties : le piédestal et la statue proprement dite, tous deux monolithes.

Le piédestal est en partie enfoncé ; il a près de quatre mètres de hauteur. Une inscription plus ou moins effacée, qui est la dédicace du monument au nom d'Aménophis III, l'entoure.

La statue proprement dite représente Aménophis III assis. Le roi a debout, près de ses jambes, deux autres statues de la reine sa femme et d'une de ses filles. Les côtés du trône sont ornés d'une composition dont le sens a besoin d'être expliqué : deux Nils, symboles de fécondité, nouent autour d'un caractère hiéroglyphique qui signifie réunir, les deux plantes du Nord et du Sud de l'Egypte, ce qui veut dire que les deux Égyptes sont réunies sous le sceptre du roi. « Pour donner une idée exacte de la grandeur énorme du colosse du Sud, dit l'auteur de l'ouvrage que nous venons do citer, il suffit de dire que sa hauteur totale, depuis les pieds jusqu'au sommet de la tète, est de 15m59, à quoi ajoutant 3 m 97 pour le piédestal, la hauteur totale du monument au dessus du sol antique est de 19m56: la largeur de la statue, mesurée en ligne droite entre les deux épaules, est de 6m 17 . . . Le piédestal renferme 216 mètres cubes, et pèse 556,093 kilogrammes ; la statue monolithe contient 292 mètres cubes, et pèse 749,899 kilogrammes; de sorte que le piédestal et le colosse réunis pèsent 1,305,992 kilogrammes » .

Quant au colosse du Nord, il a la même pose et les mêmes dimensions que le colosse du Sud. Seulement, toute la partie supérieure, à partir de la ceinture, est une reconstruction assez mal faite en grosses assises degrés.

Ce colosse est celui que le monde commit sous le nom de « Statue de Memnon » , et c'est précisément dans l'accident qui l'a privé de toute sa partie supérieure qu'est son histoire.

(1) Description de V Egypte, T. II, A. D., page 154.

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THÈBES - TEMPLE D'AMÉNOPHIS III

Tout le monde la connaît, et je ne puis mieux la rappeler qu'en reproduisant la conclusion de cet inimitable Mémoire de M. Letronne (1) que l'on citera toujours comme un modèle de critique ingénieuse et savante :

« En avant du grand édifice fondé par Aménophis III , et qu'on nommait Amênophium, dit M. Letronne, ce prince avait fait placer deux énormes colosses monolithes, de même matière et do même dimension, représentant sa royale personne. Pendant le long intervalle qui sépare leur érection de la domination romaine, ils ne tirent pas parler d'eux; ils restèrent confondus dans la foule des colosses qui peuplaient la ville de Thèbes.

« Il en fut autrement pour celui du Nord, lorsqu'après avoir éprouvé un tassement considérable, et déjà fendu h moitié, il fût brisé par le violent tremblement de terre de l'an 27 avant l'ère chrétienne. A partir de cette époque, la partie restant du colosse fit entendre, nu lever du soleil, un craquement sonore. Il attira quelque attention. Los voyageurs fiironl prévenus du phénomène. Ils l' écoutèrent : mais d'abord il n'y crurent pas beaucoup: et les esprits forts, comme Strabon, soupçonnèrent quelque supercherie.

« Cependant il continuait à se produire an mémo instant du jour ; et comme de nombreux témoins pouvaient se convaincre que tout agent humain y était étranger, il devint bientôt célèbre parmi les voyageurs que la curiosité attirait à Thèbes, et qui étaient hors d'état d'en soupçonner la véritable cause. Le colosse se trouvait dans les Memnonia, au quartier des tombeaux (2); et les Grecs, d'après leur usage constant de faire de l'histoire avec des homonymies, attribuaient la construction de ces édifices au brillant iils de Tithon et de l'Aurore. Quelqu'un vint à imaginer que cette voix, qui se faisait entendre au lever du soleil, pourrait bien être celle de Memnon, saluant chaque matin l'arrivée do sa mère, et se plaignant à elle du malheur qu'il avait éprouvé. Ce rapprochement poétique, dont la première trace ne se montre que soixante à quatre-vingts ans après le voyage de Strabon, frappa les Grecs et les Romains. La célébrité du colosse et de sa voix se répandit tout à coup; bientôt Memnon effaça toutes les merveilles de Thèbes, et ce

(1) La, Statue vocale de \[emnon considérée dans ses rapports avec V Egypte et la Grèce. Page 110. Paris, imprimerie royale, 1833.

(2) M. Letronne , s'il l'avait connu , aurait certainement fait valoir l'argument dont nous avons déjà parlé à propos du portrait d'Aménophis III sculpté sur les murailles du Temple de Louqsor. (Voy. l'explication

de notre planche 38). Les deux colosses du Temple d'Aménophis devaient, comme les bas-reliefs de Louqsor, témoigner de l'origine couschite ou éthiopienne du roi qu'ils représentaient. Ainsi considéré , le colosse brisé des Memnonia a dû bien vite devenir la statue de l'éthiopien Memnon.

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fut principalement peur lui qu'on visita désormais la ville aux cent portes. Depuis le règne de Néron jusqu'à celui de Septime-Sévère, ses jambes et son piédestal se couvrirent des témoignages de l'admiration de ses auditeurs. Enfin, après deux siècles et demi, Septime-Sévère, devant qui Memnon avait obstinément gardé le silence, voulut calmer la colère du héros et rétablir son colosse brisé : il espérait que la voix en deviendrait plus belle, et que ce miracle quotidien contribuerait, plus encore que ses édite do persécution, à remettre le paganisme en honneur. Vain espoir ! Il ignorait que rétablir le colosse, c'était lui enlever son pouvoir magique. Au lieu de ranimer la voix merveilleuse, il l'étoufl'a pour toujours. »

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