‹ Voyage dans la MacédoineChapitre 17 sur 19 · MONNAIE DE PHILIPPE FILS · texte numérisé non relu

MONNAIE DE PHILIPPE FILS

M. IOTA. OIAinnOC. Tête nue de Philippe le fils.

R. ©eCCAAONIKeON. I1T©1A. Apollon nu, debout, tenant un rameau de la main droite, et présentant un globe au jeune Philippe habillé en cabire, qui tient un marteau sur l'épaule droite; dans l’aire est un B, comme sur la monnaie de Philippe le père Æ. 2 .

Ces deux médailles ont fait partie de ma collection. Elles sont gravées dans la première planche de cet ouvrage, que j’ai intitulée Mélangés, à cause de la diversité des pièces qu’elle contient. Celles dont il est question prouvent , comme on voit , qu’en effet les Thessaloniciens firent célébrer des jeux en l’honneur des deux Philippes. Mais si l’on observe que la lettre B ne se trouve sur aucune médaille de Thessalonique , du même âge ou à-peuprès, ni d’aucune autre ville voisine, on n’aura aucune difficulté à croire que cette lettre s’explique par le nom de la ville de Bére'e, dont elle est l’initiale.

Le type de la seconde de ces médailles est l’expression d’un vœu que faisaient les Thessaloniciens pour la prospérité de la

famille de Philippe. Us y représentèrent le fils de ce prince, comme destiné par Apollon à gouverner l’empire dont le globe était le symbole.

Ces deux médailles ne sont pas les seules que nous connaissions, avec la marque B qui les distingue. La même lettre se trouve dans l'aire de plusieurs monnaies frappées à Thessalonique, en l’honneur du même Philippe; elles sont citées par M. Mionnet dans son troisième supplément des médailles grecques, depuis le n.° 1061 jusqu’au n.“ 1064. Quoique toutes ces pièces, frappées à Thessalonique, portent le nom de cette ville, la lettre B n’indique pas moins que la célébration des jeux a eu lieu à Bérée. Les Thessaloniciens , qui se rappelaient les vexations d’Antoine, aimaient à comparer Philippe, qui les avait délivrés de l’invasion des Carpiens, à Auguste, qui avait détruit la tyrannie d’Antoine : c’est apparemment par cette raison qu’ils célébrèrent extraordinairement des jeux Actiens. Le n.° i o ^4 est surtout remarquable par la mention des jeux pythiens et actiens , nT 0 IA. AKTIA.

D’autres médailles, qui portent le nom d’Alexandre, et qui reproduisent la tête de ce roi, appartiennent aussi au règne de Philippe. Ce fait résulte premièrement du mot Bérée écrit en entier, ou par abréviation, sur trois de ces monnaies, n“* 2, 3 et 4 du catalogue qui va suivre; secondement, de la date eOC (275), que porte le n® i du même catalogue, et qui se trouve reproduite sur le n.® 2 que je viens de citer , ainsi que sur les n.°‘ 6 et 7.

On peut même croire que, sous le règne des deux Philippes , les états de Macédoine renouvelèrent quelques-unes des monnaies frappées sous Caracalla , avec l’effigie d’Alexandre. Le grand nombre de ces pièces, que nous possédons, doit nous le faire présumer. J’aimerais aussi à croire que, sous l’un et l'autre

des deux Philippes, et même sous Caracalla, on en faisait des distributions au peuple dans les solennités des fêtes et des jeux, et que la distribution se faisait par l’agonothète des Sébastes ( AFONnOETHS TQN SEBAETfiN), dont une des inscriptions de Serrés fait mention.

Nous avons vu que la superstition des peuples pour les images d’Alexandre venait de très-loin. Le devin Aristarque, présent àBabylone lorsque ce roi y expira, avait dit : » Bienheureuses » seront les terres qui posséderont le corps du plus puissant des » rois (i) ! «

Le système monétaire que les états de Macédoine suivaient encore sous Philippe, n’était ainsi qu’une continuation du culte qu’ils avaient voué très -anciennement au héros macédonien. L’opinion de la divinité de ce prince, née de son vivant, s’était propagée et reproduite d’âge en âge sur des portraits qui étaient bien réellement les siens {2).

La durée de ce culte nous est attestée par saint Jean-Chrysostôme. «■ Que dira-t-on (ce sont les paroles de ce père), que » dira-t-on de ceux qui se servent d’enchantemens et de cordons » superstitieux , en employant dans leur parure des monnaies de » bronze d’Alexandre le Macédonien! Dites-moi, est-ce là que » doivent aboutir nos espérances î Devons-nous mettre notre » confiance dans l'image d’un roi pai'en (3) ?

(1) ÆIUn.,lib. XII, cap. LXIV.

(2) On êoii se méfier, pour la ressemblance de ces poriraits, autant des graveurs anciens que des modernes. Les têtes les plus ressemblantes se voient sur les belles médailles d’or et d’argent de Lysimaque, que l’on retrouve encore, mais rarement, dans la Basse-Asie. Quant à celles qui nous parviennent de Bysance et des bords du Pont-Euiin, elles sont toutes d’un très-mauvais goût : telles sont celles de Tomi et d’Istrus, que possède en abondance le cabinet de Vienne.

(3) S." Clirysost. Op., tom. Il, pag. i43,ed. Monifauc.

Treb. Pollion, en nous rappelant la superstition que nourrissait la famille des Macriens au sujet des images d’Alexandre, dit; «Je rapporte ce trait, parce qu’on prétend que tous ceux qui " ornent leurs vétemens de l’image de ce conquérant, empreinte >• sur l’or et sur l’argent, réussissent dans leurs entreprises (i). » Je puis donc avancer enfin, que toutes les monnaies d’argent qui portent d’un côté un Jupiter Actophore assis, avec la légende AAESANAPOT , et de l’autre côté , une tête prise généralement jusqu’ici pour une image d’Hercule jeune, nous offrent non point la tète d’Hercule, mais celle d’Alexandre lui-mème, soit que le mot AAESANAPOT s’y trouve seul , soit qu’on y ait joint le titre de BAXIAEIÎS, roi.

J’ajouterai à tant de faits , une conjecture à laquelle j’attache peu d’importance , mais qui ne sera pas entièrement sans intérêt.

J’ai dit qu’il existait à Salonique une mosquée connue sous le nom d' Eski-dgiuma [ancien vendredi) , où l’on reconnaît facilement un monument antique , malgré les murs gothiques qui la défigurent dans l’intérieur. Un voyageur éclairé a cru y voir un temple consacré à Vénus Therméenne ( 2 ). Je désirerais pouvoir ne former aucun doute sur l’authenticité de la source où l’auteur a pu découvrir une origine aussi curieuse; mais il est possible qu’il ait été induit en erreur par quelque tradition locale qui ne remonte pas à une haute antiquité. Il eût été, à ce qu’il me semble, d’autant plus nécessaire de fonder une assertion de

( i) Hist. August. script., lom. II , pag. 295. Ed. Var.

(2) M. Félix Beaujour ( Tableau du commerce de ta Grèce, tome 1 , pag. 44 ).

cette nature sur quelque autorité respèctable, que les médailles, frappées en très-grand nombre à Thessalonique, ne présentent aucune trace d’un culte public rendu à Vénus. J’ai conçu une autre opinion, et je dois la proposer, car je suis obligé de rapporter une inscription sur laquelle je la fonde.

Cette inscription est conservée dans le souterrain de la mosquée d’Eski-dgiuma. Je pense quelle pourrait servir à prouver que l’édifice antique devenu la mosquée de V ancien vendredi, est le temple consacré par les états de Macédoine , sous les Romains, à Alexandre-le-Grand ; mais, avant de donner quelque développement à cette conjecture, il est nécessaire que je place sous les yeux du lecteur l’inscription elle-même; elle date du règne Je l’empereur Zénon. Le texte porte :

ATTOKPATO'PKAICAPZHNWNETCE (ttfjNIKH (tkç) TPOriEOTXOCMEriCTOCAEICEBACTOC.

OIAOTlMHCAMENHHATTOlNETCEBEIACtfCEfr) nACAIXTAIcnOAECIKAIENTATTHTHATTOT nOAEtEAüJPHCATOXPHMATCDNAOCINTACTNA rOMENAEKTOrnPAKTEIOT^HMITOTENTATeA BlKAPATOTTOINKAeuCtWMENCtfNBAAAlC TPAPI£i)NAIC«)NANANEOTNTAtTATEIXHnPOC COiTHPtANTHCATTHcnOAEOiCKAIErXAPIC TOTNTECANE0HKAMENTOAETOTITAON EICMNHStOCTNONAEIAIO.NTHCATTlilN t BACIAEIAC t

ANENE £<l0HaEOnTPrOCOTTOcnPAT TOMTOCTOTMETAAOnPEnc (-niTCt/) KO.M ( «TCt ) t AIorENOTXETOTX<»IBENlNA. ( ) 1 A t

traduction.

» Zénon, empereur, César, pieux, victorieux, triomphateur, " très-grand, toujours Auguste, répandant largesses dans

» cette ville comme dans toutes les autres cités de sa domina- » don , nous a fait un don de la somme provenant du bureau de " recettes du vicariat du corps dévoué des bailistaires en garni- » son ici ; fonds qui ont été employés à réparer nos murs pour « le salut de notre ville; et c’est pleins de reconnaissance que » nous avons fait placer cette inscription en souvenir éternel » de leur règne. ( 1 ) »

“ Cette tour a été réparée sous l’administration du très-ma- " gnifique comte Diogène, l’an 512, la onzième indiciion. •>

L’inscription , placée d’abord sur les murs d’une tour qui formait une des défenses du temple , et dont l’administration était confiée à un comte Diogène , semble annoncer que Diogène était un descendant des grands- prêtres attachés au temple d’Alexandre, vers la fin de la république romaine. La pierre aura été transportée par les Grecs dans les caves du temple, comme un monument intéressant pour leur ville, à l’époque où la tour a été démolie; et ils l’auront conservée soigneusement, parce qu’apparemment la tradition avait perpétué le sou-

( I ) J*ai soumis l'inscripiion dont il s’agit au jugement d’un de mes savans confrères, qui a bien voulu me communiquer riniéressame note que l’on va lire:

« Cette inscription me parait importante , vu l’extrême rareté des monumens » épigraphiques qui datent du règne de Zenon. Elle mérite d’èire examinée, sous » le rapport historique, pour en fixer l’époque, que nous croyons être de l’an 41^8 de «notre ère,^ par conséquent du temps même où, par un effet des victoires de «Clovis, la puissance romaine fut éteinte cn<deçà des Alpes. On pourra, sans «doute, indiquer aussi les points de l’histoire déjà connus auxquels on peut rat- «tacher ce monument; nous nous permettrons seulement de rappeler un passage » de Jean Malala ( Chronogr., lib. xvi , pag. 409 , ed. Bonn. ), où cet historien fait » l’éloge de la sollicitude de Zenon à réparer les enceintes des villes soumises à son U empire : Jk 71^ t/< t W.\4r TWf *Pa<uar/a< , rjj , rjJ

K, T. A. A fegard du pluriel dans les pronoms, quand il $*agit de la per> «sonne de TEanipereur, on en trouve plusieurs exemples dans les historiens de « Byzance. »

x-jo VOYAGE.

venir de in filiation de la famille des Diogènes. Sans cette conjecture on expliquerait difficilement comment cette inscription aurait été conservée et sauvée de tout danger, dans un pays où les monumens- de ce genre sont presque toujours détruits.

Qu’on adopte ou qu’on rejette ma supposition, la singularité d’une inscription qui date du temps de Zénon, conservée dans un temple antique, dont on a fait une mosquée, était trop remarquable pour que je n’en fisse pas mention.

Quant au motif qui a pu déterminer les Turcs à donner à ce temple le nom A’ Eski-Dgiunui , nom qui signifie ancien vendredi, ce qui parait le plus vraisemblable , c’est que le premier capitaine turc entré à Salonique choisit ce temple antique comme le plus apparent de la ville, pour y faire sa première prière du vendredi. Après la révolte des Grecs, lorsque le sultan Amurat II rentra dans cette ville, le temple, redevenu mosquée, fut nommé Vancien vendredi , en mémoire de la prière qu’y avait faite l’ancien conquérant.

11 suivrait de tout cela que le temple antique consacré à Alexandre par les Macédoniens, dans la ville de Thessalonique , serait aujourd’hui une mosquée ; mais , quoi qu’il en soit de ce dernier point , la divinisation du héros macédonien a été prouvée par des témoignages assez convaincans pour n’être plus révoquée en doute.

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