AU P R I N T E M F S
.loin
Nuageux 17
Couverts 8
Pluie 12
Gelée blanche 2
Vents forts 8
Beaux ^5
E.N ALIOM.NE.
Jolir.<
Nuageux 6
Couverts 16
Pluie 12
Neige 7
Vents forts 5
Beaux Z(5
i/l-'l V0VA<;E I)A.\.S la IîLSSIE MEIIIDIOiNALE.
(Jn a remarqué que les météores, surtout dans le pays plat, ne sont ni aussi universels ni aussi destructeurs que dans d'autres parties de l'Europe situées dans les mêmes conditions de latitude. Chaque année, le sol de la Valachie est ébranlé par deux ou trois secousses de tremblement de terre plus ou moins sensibles; mais, malheureusement, on a à noter, tous les huit ou dix ans, quelque atteinte réellement désastreuse de ce fléau. On conserve encore le souvenir du tremblement de terre de 1802, qui renversa la tour du monastère de Koltza; de celui de 1829, qui ébranla fortement la plupart des édifices de Bukharest.
Depuis que ces lignes sont écrites, une secousse plus violente que toutes celles dont le souvenir attriste encore le pays, a pensé engloutir Bukharest. Tout à coup, le 11-23 janvier 1838, c'était le soir, la ville s'ébranle; les plus solides monuments chancellent; plusieurs maisons s'écroulent; toutes sont endommagées, et, dans tous ces ravages, plusieurs hommes perdent la vie. Dans cette affreuse circonstance, où toutes choses étaient bouleversées autour de lui, au milieu des blessés et des mourants, le prince Ghika, à force de sang-froid, d'humanité et de courage, rendit la sécurité et l'espérance à ce peuple désolé.
La population de la Valachie, si longtemps incertaine et flottante, s'affermit et se pose de jour en jour. C'est l'histoire de toutes les civilisations, qui ne demandent qu'à marcher en avant. Nous avons dit déjà que les castes particulières qui composent cette population se divisent en trois classes : les boyards, les valaques cultivateurs et les Tsiganes. Nous n'avons pas à répéter ce que nous avons dit dans nos précédents récits sur la physionomie de chacune de ces classes distinctes : nous ajouterons seulement quelques traits qui compléteront l'esquisse de ces populations si différentes, et destinées cependant à vivre sous les mêmes lois.
Les boyards, dont les uns veulent que le nom slave signi-
fie guerrier, tandis que les autres y veulent voir un drrivé du mot bas, bœuf, origine qui ferait remonter ce titre au temps des colonies romaines; les boyard?, disons-nous, sont les possesseurs du territoire; mais ils sont encore loin de tirer tout le revenu qu'une sage exploitation pourrait leur procurer dans un pays si riche, où la terre n'a besoin que d'une légère culture pour produire. Maîtres exclusifs des emplois publics, exempts des charges de l'État, ces fastueux gentilshommes, imprévoyants de l'avenir, grands partisans du passé, se sont abandonnés jusqu'à ce jour à un luxe stérile. Ce luxe a sapé dans leur base toutes les fortunes; il a perpétué la dette dans des maisons où une administration plus sage aurait dû fonder de bonnes et solides richesses qui auraient rejailli sur toute la masse des habitants.
Les boyards, aujourd'hui, plus éclairés sur leurs véritables intérêts , prennent assez de part aux affaires publiques pour qu'on puisse espérer de les voir envisager sous leur vrai jour les questions d'économie domestique, qui tiennent de si près à celle de toute bonne administration publique. L'éducation distinguée que reçoit la jeune noblesse garantit à l'avenir un meilleur état de choses. Mais, jusqu'à ce jour, la vie de la classe privilégiée est restée empreinte de cette imprévoyance fataliste que ses habitudes orientales et son régime si longtemps précaire avaient fait passer dans les mœurs. Rien de plus recherché que l'entourage intime et toujours un peu théâtral de leurs personnes; mais si l'on s'éloigne du chef de maison, et qu'on jette un regard sur ce peuple de valets oisifs et déguenillés, sur ces équipages trop nombreux pour être élégants, sur ces hôtels vastes et délabrés, on est frappé de l'aspect triste et malheureux qui perce à travers tout ce luxe, vrai manteau de Diogène. Les bonnes manières du maître, le ton gracieux et les talents des femmes de sa famille, la facilité et la pureté avec lesquelles on parle les langues de l'Europe centrale, le goût,
IZrÔ VOYAGR DANS LA RUSSIE MÉRIOrONALE.
le tact, la frivolité même de la conversation, tout se réunit pour nous convaincre que cette société est l'égale des sociétés les plus distinguées qu'on puisse trouver en Europe; mais derrière la porte du salon, une foule sale et repoussante de valets fainéants, de Bohémiens qui jonchent les vestibules et qui dorment jusque sur les degrés de l'escalier, vous rappellent aussitôt que vous êtes en Valachie, et que toute cette civilisation, comme les métaux précieux du pays, n'a pas encore secoué la croûte fangeuse qui l'environne et lui ôte tout son éclat.
Rien qu'à le voir, on se sent intéressé en faveur du paysan valaque; et cet intérêt est légitime si on l'accorde aux longs malheurs dont ce peuple pasteur s'est vu la victime pendant tant de siècles. Il y a beaucoup à faire pour les mœurs de cette race robuste de paysans , créés tout exprès pour les travaux des champs. Comme les laboureurs de Virgile, ils seraient heureux s'ils connaissaient les biens que le ciel a répandus pour eux sur cette belle terre romaine dont ils sont fiers, et qui ne restera noble et vraiment romaine qu'à la condition de devenir fertile et productive : magna parens fruginn ! Le Danube n'attend que les grains des plaines valaques pour aller en grossir les greniers de la mer Noire; et les Valaques produiront beaucoup et à bon marché si les habitudesde paresse, l'intempérance et l'amour des fêtes, trop multipliées dans le culte des campagnes, leur en laissent la faculté. Déraciner d'aussi funestes habitudes, voilà donc la plus noble tâche que se puisse imposer un gouvernement éclairé.
Voici, à leur tour, les Bohémiens; les Tsiganes, comme les nomment leurs hôtes valaques, ces hordes errantes qui ])rennent autant de noms que l'Europe compte d'États différents. Repoussés de toutes parts et cependant tolérés ; voleurs impudents et paresseux; mendiants orgueilleux, qui se drapent dans un lambeau de guenille, ces malheureux, sous la saleté et l'abrutissement stupide du vice, montrent
jhéniie!
)on marché si
B U K 1 1 A 11 K S T. — \^ \ L A CW I 1 1:. i[^^
cependant les plus nobles et les plus douces physionomies que puisse oiFrir le beau type caucasien. Les Tsiganes, qui sont nombreux en Valachie , nous ont paru particulièrement faits pour accréditer l'opinion que ces tribus sont venues en Europe, chassées du beau climat de l'Inde. Il existe une grande différence entre les traits physiques de cette race et ceux qui caractérisent les Gitanos d'Espagne , chez lesquels le mélange du sang mauresque est manifeste.
Quoi qu'il en soit , cette nation exilée trouve en Valachie plus qu'ailleurs à subvenir à son existence , parce que le pays lui offre les moyens de concilier son indolence native avec les conditions qui lui assurent la protection de la loi. Une partie de la population tsigane vit de son travail. C'est à elle qu'est dévolu le soin de laver les sables aurifères qu'entraînent certaines rivières , et c'est avec sa patiente récolte dans ce (genre d'industrie qu'elle acquitte la taxe. Dans la seconde catégorie , quelques-uns sont maçons , maréchauxferrants, cuisiniers, serruriers, fonctions dédaignées parla population valaque ; mais la plus grande partie est vouée à l'esclavage , et remplit de sa foule inutile et dangereuse les maisons des boyards. Enfin la troisième part de ce peuple sans nom à force d'en avoir, vit dans le vagabondage et la mendicité. A peine vêtus et soumis à l'inclémence des saisons , les hommes et les femmes campent en plein air avec une troupe d'enfants hideux, dans lesquels on aurait peine à soupçonner les beaux jeunes gens des deux sexes qu'on retrouve si sveltes et d'une si fière allure aussitôt que s'est développée leur précoce adolescence.
Au reste , un article du règlement organique de la principauté ordonne qu'un fonds sera fait pour éteindre le vagabondage des Tsiganes et les obliger à bâtir des maisons et à y demeurer; cette mesure commence à être mise à exécution.
Ces observations ne sauraient avoir une meilleure conclusion que le tableau du recensement de la population va-
us \{)k\(;e dans I, \ nussiE méuidion.vlk.
laque, d'après celui qui fut exécuté à la fin de 1837. On y verra dans quelle proportion et en combien de catégories peuvent se subdiviser les différentes classes d'habitants que nous avons passées en revue.
Le dernier recensement a donné pour résultat :