CHAPITRE V
.Fêtes et coutumes.
La fête de l’Igname se célèbre tous les ans , à l’époque de la maturité de celte plante dont la racine se plante en décembre , et ne se mange qu’à la fin de la fête , vers le commencement de septembre. Tous les cabocirs et capitaines , ainsi que les princes tributaires, sont, obligés d’y assister. Personne n’est dispensé dé cette obligation , que les rois d’Inta et de Dagoumba qui envoient des députations de leurs* principaux cabocirs, et que ceux qui ont été chargés d’une mission par le gouvernement. Lorsqu’un chef ou cabocir a commis une offense,ou qu’on soupçonne sa fidélité , il est rare qu’il soit accusé ou condamné avant la fête de l’Igname à laquelle il assiste , souvent sans se douter qu’il va être mis en jugement , et sans soupçonner les griefs qui lui seront imputés. La fête de l’Igname ressemble aux satùrnales- Tant qu’elle dure , on ne punit ni le vol , ni la séduction , ni la débauche ; la liberté la plus effrénée règne partout, et chaque sexe s’abandonne à ses passions.
Le vendredi, 5 septembre , la foule sans cesse renaissante qui arrivait de tous côtés à Coumassie , la splendeur et la variété des cortèges , ainsi que la bizarrerie des costumes , nous offrirent un coup
d’oeil aussi agréable que surprenant; mais notre plaisir fut considérablement diminué, lorsque nous apprîmes que les principaux cabocirs immolaient à leur entrée un esclave dans chaque quartier de la ville.
Le samedi après midi , le roi reçut tous les cabocirs et les capitaines dans la grande place où sont placés les canons du Dankara. Le spectacle qui se déploya sous nos yeux avait toute la magnificence de celui qùe nous avions vu à notre entrée ; mais nous étions destinés à être témoins de nouvelles horreurs. Deux troupes de bourreaux, chacune de plus de cent hommes , agitaient en l’air les crânes de tous les rois et cabocirs ennemis , tués depuis le règne de Saï Toutou jusqu’à ce jour, et ceux des chefs qui avaient été mis à mort pour s’être révoltés. Ils- exécutaient une danse caractéristique) faisant tantôt les grimaces les plus grotesques , tantôt les gestes les plus effrayans, et frappant leurs couteaux contre les crânes, dans lesquels on a spin de mettre des branches de thym pour empêcher leurs esprits de troubler le roii Je n’ai jamais éprouvé un sentiment de reconnaissarnce aussi vif envers Dieu pour m’avoir fait naître dans un pays Civilisé. Faire des décharges de môusqueterie et boire du vin de palmier, était la seule diversion que les chefs se permissent pendant que les cabocirs défilaient devant le roi. Us étaient annoncés , et faisaient successivement le tour du cercle , saluant chaque dais ou parasol. Chacun était précédé de son corps de musique. Nous
comptâmes plus de quarante tambours dans celui do roi de Douabin. Plus tard, la lueur des torches ajouta encore à l'effet d’un spectacle aussi imposant sous quelques rapports , tandis que sous d’autres il était horrible et barbare. Nous nous retirâmes vers dix heures ; nous vîmes la même foule dans toutes les rues. Nous continuâmes à entendre le bruit des Cors , des tambours et des coups de fusils , jusqu’à près de quatre heures du matin , moment où le roi retourna dans son palais.
Le lendemain matin , le roi ordonna de verser une grande quantité de rhum dans de grands bassins , en différens endroits de la ville. La foule se pressait à l’entour , et buvait de la manière la plus dégoûtante : hommes libres et esclaves , femmes et enfans, tous se heurtaient, se poussaient , se frappaient , se foulaient aux pieds les uns des autres , plongeaient leur tète dans le bassin, et répandaient beaucoup plus de rhum qu’ils n’en buvaient. En moins d’unè heure, n l’exception des grands personnages , il a y avait pas dans toute la ville un nègre qui possédât sa raisou. D’un côté, des hommes, en s’efforçant d’emporter sur leurs épaules un autre ivre comme eux, tombaient à chaque pas, et roulaient les uns sur les autres; d’un autre,. des bandes de femmes, lè visage barbouillé de rouge , se tenaient par là main , et en courant tombaient à terre corrftne des rangées de cartes. Les derniers ouvriers , les plus vils esclaves, déclamaient avec fureur sur les affaires de l’état; la ntusique la plus discordante, les chansons
les plus obscènes , des euTans des deux sexes étendus çà et là sans connaissance, tout contribuait à rendre ce spectacle révoltant. Tous les Nègres s’étalent revêtus de leurs plus beaux habits, et semblaient faire assaut de pompe, d’ivrognerie, de saleté et d’extravagance (1).
Vers le soir on vit cesser les scènes d’ivresse; les cabocirs étrangers déployèrent leurs cortèges dans toutes les directions , et, à cinq heures, ily eut une grande procession depuis le palais jusqu’à l’extrémité méridionale' de la ville ; le roi et les grands dignitaires portés sur leurs hamacs passaient à travers des décharges continuelles de mousqueterie. La foule était immense. Le lendemain (lundi) fut entièrement consacré aux affaires d’état ; le mardi, la diète fut dissoute, etla plupart des cabocirs retournèrent dans leurs pays respectifs.
Une centaine de nègres, la plupart étaient des’condamnés que l’on réserve pour cette occasion , furent sacrifiés dans différens quartiers delà ville. Plusieurs
(i) Ce spectaclé me rappelle la description du siège de Madras par "Voltaire ; elle pourra aider l’imagination du lecteur : « De grands magasins de liqueurs fortes y entretenaient' l’ivrognerie et tous les maux dont elle est le germe. Cest une situation "qu’il faut avoir vue. Les travaux, les gardes de la tranchée étaient faits par des hommes ivres.. . . De là les scènes les plus honteuses , les plus destructives de la subordination et de la discipline. On a vu des officiers se colleter avec des soldats, et taille autres actions infâmes, dont le détail, reu ■ fermé dans les bornes de la vérité la plus exacte , paraîtrait une exagération monstrueuse. »
esclaves fureot aussi immolés à Bantama , au-dessus du grand bassiu de cuivre, afin que leur sang se mêlât aux différens légumes , et aux matières animales qu’il contenait, pour compléter le charme, „ et produire un fétiche invincible. Tous les chefs tuent plusieurs esclaves , afin que leur sang coule dans le sillon d’où l’on retire le nouvel igname. Ceux à qui leur fortune ne permet pas de tuer des esclaves, prennent la tête d’un de ceux qui ont été déjà sacrifiés, et la placent sur leur sillon ^i).
On fond tous les ans à la fête de l’Igname les ornemens d’or portés par le roi , pour leur donner une forme aussi nouvelle qu’il est possible. C’est un trait de politique pour éblouir la populace , ainsi que les chefs tributaires -qui. ne viennent qu’à cette époque à Coumassie.
Dix jours environ après la fête, toute la famille royale mange, pour la première fois, de l’igname nouveau sur la place du marché. Le lendemain, le
(i) A la Contoum, ou fête de la moisson , chaque famille , dans l’Ahanta , érige un autel grossier , composé de quatre pieux enfoncés dans la terre , et de branchages mis par dessus en travers. Le tout est alors couvert de feuilles nouvellement cueillies. On- immole un cochon , une brebis , une chèvre, ou une volaille ^suivant la fortune de la famille; les parties les plus délicates en sont placées sur l’autel. On fait alors un mélange d’cçufs , d’huile et de vin de palmier , du sang de l’animal immolé, et d’autres ingrédiens, qu’on dédie aussi au fétiche, dans de petits pots placés sur l’onlel. Au bout de quelques jours, ces autels exhalent une odeursi infecte qu’il est presque impossible d’en approcher ; cependant la superstition empêche dç le» détruire.
roi et ses capitaines partent pour Sarrasou avant le lever du soleil , poiir faire leurs ablutions annuelles dans la rivière du Dah. Presque tous les habitans le suivent , et la capitale paraît déserte. Le jour suivant , le roi se baigne dans le marais qui est à l’extrémité sud-est de la ville; les capitaines bordent des deux côtés les rues qui y conduisent. Il est suivi de son cortège ; il verse l’eau de ses propres mains sur lui-même , sur son trône , sur sa vaisselle d’or et d’argent , et sur les différens objets particulièrement consacrés à son usage. Plusieurs bassins de cuivre, couverts d’élolFes blanches , contiennent différens fétiches. On ne tue alors qu’une chèvre et une brebis ; mais on plonge une vingtaine de moutons dans l’eau d’où on les retire aussitôt pour les tuer au palais dans l’après midi, afin d’arroser ensuite de leur sang les sièges d’honneur et les jambages des portes. Toutes les portes , les fenêtres et les arcades du palais sont barbouillées d’un mélange d’œufs et d’huile de palmier, il en est de même des sièges d’honneur des différentes tribus et familles.
Lorsque la cérémonie du bain est terminée , les principaux capitaines précèdent le roi an palais, où, contre l’usage ordinaire , on ne laisse entrer que les personnes du premier rang , pour voir passer la procession. Les prêtres du roi ouvrent le cortège ; ils sont suivis de jeunes gens portant des vases remplis d’eau sacrée. Ils en jettent avec des branches (1) sur les chefs dont les plus superstitieux se
(1) « Idem ter socio? purâ circumtulit uudà ,
Spargens rore levi et ramo fclieis olivæ. » Æn. ri
précipitent en avant pour en recevoir quelques gouttes sur la tête , et même sur la langue. Le roi et sa suite portent îles yêlemens blancs dans cette occasion. Le monarque est précédé de trois agneaux blancs qui sont ensuite immolés devant sa chambre à coucher. Toutes ses femmes le suivent au milieu d’une haie de troupes.
L’Adaï est une autre fête nationale qui se célèbre plusieurs fois. Leur nombre sert aux Aschantes pour compter leur année qui commence le premier octobre ; usage dont je n’ai pu apprendre l’origine. Le peuple prétend que le moment de le renouveler est lorsqu’un fruit, ressemblant à la gourde, tombe d’un certain arbre appelé brebelim , ce qui arrive vingt jous après qu’il a commencé à fleurir. On ajoute que du fruit de cet arbre Sortent différentes espèces de végétaux. Quoique cet arbre soit aussi connu en Ouarsâ, les Aschantes sont les seuls qui lui attribuent cette propriété. Les fêtes s’appellent alternativement le grand et le petit Adai ; le premier a toujours lieu un dimanche , et le second un mercredi ; d’après dilférens calculs, il me semble .qu’il s’écoule six semaines entre chaque grand Adai , et six entre chaque petit , de sorte que la fête se célèbre généralement tous les vingt - un jours.
La veille , dès le lever du soleil, le grand tambour orné de crânes et de fémurs humains, et placé à l’entrée du palais , résonne avec grand fracas , comme pour annoncer la fête. Tous les habitans du palais poussent alors des cris de joie qui sont répétés par
le peuple dans toute la ville. Des fanfares de musique et des décharges de mousqueterie se succèdent pendant la nuit. Le lendemain matin, le roi se rend au temple du fétiche (Himuia) en face du palais, et y offre plusieurs moutons en sacrifice-. Leur sang est versé sur le trône d’or, auquel on attribue des vertus extraordinaires , et qu’on regarde comme le palladium du royaume; la déposition de Saï Quamina fut différée , parce qu’il l’avait en sa possession à Douabin. Les cabocirs et les capitaines , dont plusieurs viennent de villes très-éloignées pour assister à la cérémonie , commencent à défiler vers le lever du soleil pour se rendre dans la grande cour du palais cl y retenir leurs places: nous y allions généralement entre neuf et dix heures, au moment où le roi venait de s’asseoir. La première cérémonie était de pénétrer jusqu’au roi , à travers une foule d’officiers et de dignitaires, pour lui souhaiter le bonjour , politesse à laquelle il répondait par une légère inclinaison de tète. Les chefs, en passant successivement devant le roi, étaient suivis d’un petit nombre d’esclaves favoris qui agitaient leurs épées en l’air, tandis que leur troupe de musiciens commençait à jouer au moment où ils se levaient. De petits cabocirs de cinq ou six ans défilaient aussi d’un air d’importance et de gravité tout -à -fait comique.
Le roi quitte alors sa chaise, qui est aussitôt renversée , et se retire dans son palais, où il reste quelques minutes. Tous les cors résonnent à sa sortie et
à son entrée; les épées, les plumes, les queues d’éléphant sont agitées en l’air, et les tambours battent avec un fracas effroyable. Lorsque lé roi est de retour, les interprètes, précédés de leurs cannes à pomme d’or et des marques de leur dignité, présentent un mouton, un flacon de vin (qui doit être bu sur la place) ej dix ackies d’or à chaque capitaine supérieur, et font des présens un peu moins considérables aux autres. Une seconde fanfare proclame la distribution des bienfaits du roi. Cinq ou six hommes se lèvent alors, et chantent ses titres et ses exploits pendant environ dix minutes. Il est difficile de se figurer un chant plus harmonieux. Je remarquai qu’ils mettaient quelque chose entre leurs dents avant de commencer. On passe ensuite de nouveau devant le roi pour le saluer' et le remercier; puis on promulgue toùtesles lois nouvelles, ce qui n’arriva que deux fois pendant notre séjour; enfin l’assemblée se sépare au moment où le roi se lève. Plusieurs fois la pluie tomba à grands flots pendant la cérémonie, ce qui ne l’interrompit pas un seul instant. On calcule que le roi donne quarante périguins d’or (environ 9600 fr. ) à chaque lète de l’Adaï(i).
La mQrt d’un Aschante s’annonce par une dé-
(1) Les liabltans de l’Ahanta divisent le temps en périodes de trois semaines. La première semaine s’appelle Adaï , c’est la bonne semaine, et celle où l’on fait le plus d’ouvrage ; les marchands fréquentent beaucoup plus les marchés durant cette semaine qu’à aucune autre époque , dans la persuasion que tout ce qu’ils entreprennent alors doit nécessairement
« ( SgS )
charge de mousquelerie proportionnée à son rang , ou à la fortune de sa famille. En un instant on aperçoit une foule d’esclaves qui s'élancent hors de la maison et s’enfuient dans les bois, se flattant, s’ils peuvent réussir à rester cachés jusqu’à ce que les funérailles soient terminées , que ceux qu’ils laissent derrière eux, et qui n’ont pas eu la présence d’esprit de les suivre, fourniront les victimes humaines qu’on doit sacrifier; le cadavre est alors couvert de superbes vétemens de soie et d’or puis, étendu sur un lit de parade, tandis qu’on place auprès les plus riches étoffes (1). On immole un ou deux esclaves à la porte de la maison. Afin de donner
réussir. La seconde semaine est l’Adjamfô , ou la mauvaise semaine , daus laquelle il n’y a ni travail ni commerce , les Allantes croyent qu’ils éclioueraient dans toutes leurs entreprises. Le troisième semaine s’appelle Adim , ou la petite bonne semaine , où l’on se livre ait travail et au commerce , mais avec moins d’ardeur que dans l’Adaï. • .
1 (i) Tura membra toro defleta reponunt;
Purpureasque super vestes , velamina nota , Gonjiciunt.
Æn. ri.
En Fantie, on babille richement le corps, et on l’appuie ordinairement contre une chaise, le laissant ainsi exposé jusqu’à ce qu’il devienne dangereux qu’il y reste plus long-temps. On l’enterre alors dans sa maison avec autant d’oruemens d’or qu’il est possible de s’cn procurer. Les hommes appelés les tambours de la ville, ne doivent mourir qne debout ; et, lorsqu’ils expirent, on les saisit aussitôt pour les soutenir dans cette position.
une jusle idée de ces cérémonies funèbres, magnifiques, mais barbares et féroces, je décrirai l’enterrement de la mère de Quatcbie-Quofie , dont nous fûmes témoins le 2 août.
A peine la défunte eut-elle rendu le dernier soupir, quele roi, Qualchie-Quofie et Odoumataimmolèrentchacun une jeune fille, afin qu’elle eût du moins quelques esclaves pour la servir, en attendant que le grand sacrifice fût accompli. Les vassaux et les amis de la famille envoyèrent de l’or, de la poudre, du rhum et des étoffes pour servir à lui rendre les honneurs funèbres. Le roi, en qualité d’héritier, fut celui qui fit les plus riches présens, à l’exception du plus proche parent, qui hérita du siège d’honneur et des esclaves. Le roi envoya aussi une somme d’or et quelques riches étoffes pour qu’on les naît près de la défunte, dans la boite ou cercueil. Je ne pus pas connaître assez exactement les differentes sommes données en poudre d’or pour en parler, mais j’appris que Quatchie-Quofie, fils et héritier de la défunte, en avait donné pour la valeur, de vingt onces d’or; le roi pour quatre; le frère du roi pour deux, ainsi qu’Amanquatea et Odoumala; Apokou et d'autres chefs, chacun une once. Le total des contributions en poudre d’or était de douze barils. Ces présens, me dit -on, étaient excessivement mesquins, mais c’était par l’ordre exprès du roi, qui ordonna de ménager la poudre avec la plus stricte économie, à cause de la guerre qu’il allait avoir â soutenir.
Vers raidi nous allâmes à pied à Assafou. Les vautours sè disputaient déjà les cadavres de deux victimes humaines qu’on venait d’immoler. Plusieurs troupes, composées, les unes de ciqquante, les autres de cent femmes, dausaient en chantant les louanges de la défunte, et en déplorant sa perte. A leurs mouvemens grotesques , on eût dit qu’elles patinaient sur la glace, et leurs cris se faisaient entendre à une distance considérable. D’autres troupes portaient sur leurs têtes, dans des plateaux de cuivre, les riches étoffes de soie de la mère de Quatchie- Quofie, tournées et entrelacées de manière à former des croix, des cônes, des globes, et une foule de figures bizarres qui de loin avaient l’air de divinités informes. La figure, les bras, le sein de ces femmes étaient peints avec de la terre rouge, pour imiter celles qui étaient parvenues à se les couvrir du sang des victimes. La foule était excessive. Le son perçant des cors, le roulement lugubre des tambours, les cris, les gémisseraens, ajoutaient encore à l’horreur du spectacle que nous avions sous les yeux. De temps en temps on voyait passer une victime que ses bourreaux entraînaient après eux à pas précipités. L’habillement sauvage et barbare de ceux qui l’entouraient et la joie féroce qui brillait dans leurs regards eussentpu fournirdes modèles au pinceau d’un peintre pour représenter les furies. Je remarquai que les malheureux destinés à être sacrifiés semblaient livrés plutôt à l’apathie qu’au désespoir. Les chefs et les capitaines arrivaient de tous côtés; leur approche
leurs mouvemens n’était pas en harmonie avec une cérémonie funèbre. Le vieil Odoumata était couvert de fétiches qui, suivant l’usage, étaient enfermés dans des étuis d’or ou d’argent. Une foule d’ornemens nouveaux et magnifiques réfléchissaient les rayons du soleil. C’était comme une superbe pantor mime après une sombre tragédie.
Noussuivimes la foule jusqu'à la place du marché. Le roi et les chefs, qui n’étaient pas intimement unis avec Quatchie-Quofie , étaient assis sous leurs parasols avec leur cortège ordinaire, et formaient une espèce de demi-cercle qui pouvait avoir un demi-mille de circonférence. Il fut complété par les troupes qui avaient à leur tète leurs chefs respectifs. Treize victimes, entourées de leurs bourreaux, à qui leurs vêtemens et leurs bonnets noirs à poil donnaient plutôt l’air d’ours que de créatures humaines, étaient pressées étroitement parla foule à la gauche du roi. Les groupes de femmes, que j’ai déjà décrits, couraient autour du cercle en chantant à grands cris l’hymne funèbre. Le rhum et le vin de palmier coulaient à grands flots; les cors et les tambours faisaient un fracas qu’il est impossible de dépeindre.
Tout-à-coup une décharge de mousqneterie partit d’auprès du roi, et fut suivie de mille autres qui se succédèrent de tous 'côtés sans interruption pendant plus d’une heure. Les soldats gardaient leurs places ; mais les chefs , après avoir tiré , bondissaient au milieu du cercle en faisant les gestes les
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plus extravagans ; leurs esclaves, haletant, agitaient des drapeaux sur leurs têtes, et proclamaient à chaque instant les noms terribles de leur chef, ivre de joie et d’orgueil , tandis que d’autres arrachaient le fusil de ses mains dès qu’il avait tiré. Une vieille sorcière , qu’on me dit être la principale prêtresse du fétiche de la famille, se précipitait au milieu du feu en poussant des cris horribles. Plus le chef est considéré, plus la charge de poudre qui lui est permis de tirer est considérable. Les mousquets et les longs fusils étaient presque tous serrés étroitement avec des cordes du pays. Les chefs étaient généralement soutenus par leurs esclaves pendant qu’ils tiraient, et plusieurs étaient étourdis par la force de la détente, au point de paraître sans connaissance pendant près d’une minute. Aux contorsions que faisait le vieux Odoumata, je croyais toujours le voir expirer sur la place. Plusieurs se faisaient une règle de se rassember près de nous , et de faire feu à nos oreilles pour nous effrayer ; plaisanterie assez désagréable , et qui n’était même pas sans danger , car leurs mousquets crevaient à chaque instant dans leurs mains. Dès que les décharges furent terminées, les chefs se mirent à vider les coupes remplies de vin de palmier, ayant soin d’en verser religieusement quelques goultes avant de les porter à leurs lèvres (1).
(1) « Hic duo rite mero libans carchesia liacclio Fundithumi. ~Æn. r.
( 4oi )
Les parentes de la défunte, presque toutes fort jolies et d’une taille élégante, s’avancèrent alors pour danser; la plupart avaient des vêteinens de soie .jaune, et un couteau d’argent suspendu à une chaîne qu’elles portaient aulourducou. Deuxd’entre elles avaient des cors, l’un d’or, l’autre d’argent; quelques-unes étaient habillées en prêtresses du fétiche; des suivantes tenaient un parasol sur la tête de la petite fille de la défunte pendant qu elle dansait. Les Aschanles dansent infiniment mieux que les peuples qui habitent le long de la côte ; ils mettent même de la grâce dans leurs niouvemens. Les deux sexes ne dansent pas séparéilient comme en Faillie, mais l’homme entoure sa danseuse d’une écharpe de soie avec laquelle il joue généralement de la main gauche, passe ses bras autour d’elle, puis reçoit ses coudes sur la paume de ses mains , et fait enfin une foule de figures différentes qui, par la mesure et le mouvement, ressemblent beaucoup à la valse.
. Le roi et Quatchie-Qnofie se firent réciproquement des présens de rhum et de moulons , et les
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nfi, vrUui, tTf'it Xt7-l«l virip/xirJï Kfoviotti. J) ».
Les Aschantes le fotjt non seulement dans les occasions solennelles , mais invariablement toutes les fois qu’ils sc disposent n boire, et il semblerait qu’il en était de même des Gr.ecs, d’après ces paroles d’Hécube à Hector :
a ’AWtt jmV, oÇfct xi toi oi»s, l' r fixai ,
’ilf 'T'îTflVuf Ai 7 irxTf) x*i «Wok oljaialrsin
n, »T6f* tirnr* Si x* «tu roc •mVnti, *Y x< irïaod*.- » O/xnp.
tambours annoncèrent le sacrifice des victimes. Tous les chefs commencèrent par les examiner tour à tour; je n’étais pas assez près pour distinguer dans quel motif. Les bourreaux semblaient se disputerà qui porterait le premier coup. La victime qui fut choisie pour être immolée les regardait avec une indifférence remarquable , malgré les tournons affreux que devait lui faire souffrir le couteau qui traversait ses joues. Le bourreau le plus proche saisit alors l’épée terrible, et abattit la main droite du malheureux qui fut ensuite jeté par terre, et sa tête fut sciée plutôt que coupée. Son supplice fut cruellement prolongé, quoique je ne puisse affirmer qu’il le fut volontairement. Douze autres victimes allaient subir le même sort à. nos yeux; mais, saisis d’horreur, nous fendîmes la foule et nous retirâmes dans notre demeure. D’autres sacrifices, surtout de femmes, eurent lieu ensuite dans le bois où le corps fut enterré. Il est d’usage «d’arroser la tombe » du sang d’un homme libre. On commence par déposer les tètes de toutes les viçtimes au fond du tombeau, en présence de fous les esclaves de la famille. Ceux-ci appellent ensuite quelques-uns des spectateurs pour les aider à placer le cercueil. Au moment où il repose sur les crânes des victimes, un esclave donne soudainement , sur le derrière de la tête d’un de ces hommes, un coup violent qui l’étourdit , puis lui enfonce un poignard dans le cou, et le précipite sur le cercueil dans la fosse qui est aussitôt refermée.
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Il y (fut, à la suite de l'enterrement, à Assafou , une espèce de carnaval cjui dura plusieurs jours , et pendant lesquels les décharges de mousqueterie , lu musique, la danse et le vin se succédèrent sans interi uption. Les chefs s y rendaient ordinairement tous lessoirs , ou bien envoyaient leurs interprètes portera Quatchie-Quofie un présent de rhum ou de vin de palmier. J’appris que, sans la guerre qu’on allait entreprendre, et la poudre qu’il fallait économiser, il y aurait eu huit grandes fêtes funèbres au lieu d’une, et que le roi aurait tiré lui-même à lu dernière. Le dernier jour, toutes les femmes qui tenaient d’une manière quelconque à la famille de la défunte , et auxquelles on ne permet pas de manger pendant les trois jours qui suivent la mort , quoi'qu’elles puissent boire alors autant de un de palmier qu’il leur plaît, parcoururent ensemble la ville , en chantant des hymnes pour remercier ceux qui avaient aidéQuatchie Quofie à rendre les honneurs funèbres ' à sa mère.
A la mort d’un roi , toutes les fêtes funèbres qui ont été célébrées pour les personnes décédées sous son règne doivent être répétées en même temps par chaque famille , les sacrifices humains aussi bien que les autres cérémonies, pour ajouter à la- pompe des " funérailles dû monarque. On les célèbre d’ailleurs par les excès les plus extravagans elles plus barbares.
Les frères , les fils elles neveux du roi , affectant une folie passagère, se précipitent hors du palais, leur
fusil à la main , et font feu indistinctement stfr tous ceux qu’ils rencontrent ; peu importe que leur victime se trouve être un homme de distinction , elle n’échappe pas pour cela à leur rage ; ce meurtre , ni d’autres semblables, commis dans une telle occasion, ne sont jamais ni prévenus ni punis ; c’est une scène qu’il est presque impossible de s’imaginer. Il n’est presque aucun personnage de considération qui ose sortir de chez lui pendant les deux ou trois premiers jours ; mais tous se font un point de religion de forcer leurs vassaux et leurs esclaves à parcourir les rues : sorte de dédommagement qu’ils jugent le plus propre à consoler de leur absence. Les ocras du roi, dont je parlerai lout-à-l’heure , au nombre de cent et plus, sont tous immolés sur sa tombe, avec un grand nombre de femmes. Plusieurs nègres m’ont assuré que la fête funèbre en l’honneur de Saï Quamina fut renouvelée toutes les semaines pendant trois mois ; chaque fois , on sacrifiait deux cents esclaves , et l’on consommait vingt-cinq barils de poudre; mais la plus célèbre de toutes est celle qui eut lieu après la mort de la mère du roi , qui avait été régente pendant l’invasion du royaume de Fantie par les Aschantes. Leroi seul fournit trois mille esclaves ( dont plus de deux mille étaient des prisonniers fantes ) , et vingt-cinq barils de poudre (1). Douabin , Ko-
(i) Suétone nous apprend qu’Augusle sacrifia trois cents des principaux citoyens de Pérouse aux mânes de son oncle
koufou , Becqua , Soula et Marmpon , fournirent chacun dix victimes et vingt barils de poudre ; la plupart des villes moins considérables envoyèrent deux barils de poudre et dix victimes.
Les rois seuls sont enterrés dans le cimetière de Banlama ; l’or sacré est enfermé avec eux dans la tombe ; leurs ossemens sont ensuite déposés dans un édifice en lace duquel est le plus grand bassin de cuivre que j’aye jamais vu , il est destiné aux sacrifices ; il a environ cinq pieds de diamètre , les bords en sont ornés de quatre lionceaux. Les sacrifices humains sont nombreux et fréquens dans ce cimetière, pour arroser les tombes des rois. Si un chef meurt à l’armée , son corps est transporté partout où vont les troupes, jusqu’à ce qu’elles reviennent dans la capitale, afin qu’il y soit enterré avec les honneurs convenables ; il en est de même des chefs ennemis ou révoltés dont on veut exposer les cadavres à Coumassie. Ce fut ainsi que l’on garda au camp, pendant deux mois , le corps de Boilien , père d’Oti , le quatrième interprète , qui avait accompagné l’armée d’Abiniova en celté qualité , etqui était mort à Akrofoum en Aquafim pendant la campagne. Je demandai plusieurs fois comment on conservait le cadavre , et toujours on me répondit qu’on le fumait à petit feu.
Jules-César. Nous lisons , dans l’Histoire des Voyages, que soixante-quatre raille quatre-vingt victimes furent immolées; avec un surcroît de barbarie et de cruauté , à l’occasion de la dédicace d’un temple au Mexique.
Lcslois d’Aschantie accordent au roi 3, 333 épouses, nombre qui est toujours tenu soigneusement au grand complet, afin que le monarque puisse offrir des femmes à ceux de ses sujets qui font quelque action, d’éclat , mais on ne le dépasse jamais , parce qu’il est regardé comme mystérieux. Plusieurs de ces femmes habitent la maison de campagne du roi à Barramang ; un plus grand nombre demeure dans un petit village , derrière le palais ; le reste , dans deux rues de la capitale. Elles occupent exclusivement ces différens endroits dont leurs parentes et lès messagers du roi peuvent seuls approcher : encore ne leur estil permis de leur parler qu’à l’entrée du village ou des rues qui sont fermées de chaque côté par des portes de bambou constamment gardées par des sentinelles. Il y en a sans doute beaucoup que le roi n’a jamais vues. S’il épouse une petite fille à la mamelle, ce qui est assez ordinaire , dès ce moment elle ne sort plus delà maison où elle est élevée , et nè peut voir que ses parentes, et jamais aucun homme.
Il est rare que le roi ait plus de six épouses qui demeurent avec lui dans le palais. Quand le traité fut signé , il y en avait environ trois cents d’assemblées •, le chambellan du roi et les chefs des différentes branches de l'administration furent seuls admis à l’audience. On ne leur parlait que par l’intermédiaire de leur interprète particulier, vieillard très-décrépit ; la plupart étaient fort jolies, et parfaitement bien faites. Lorsqu’elles sortent, ce qui est très-rare , elles sont entourées et précédées de
troupes de petits garcous , armés de courroies et de fouets de peau d’éléphant -, ils en frappent violemment quiconque ne s’enfuit pas à leur approche , en se couvrant les yeux des deux mains : quelquefois le coupable est en outre condamné à une forte amende. Le bouleversement et la confusion que leur arrivée occasionnait dans les rues les plus fréquentées de la ville étaient extrêmement comiques : capitaines, cabocirs, esclaves, enfans , tous se culbutaient les unssurles autres, dans leur empressement à fuir le redoutable fouet. J’appris ce que l’entretien de ces trois mille trois cent trente-trois femmes coûtait journellement au roi , mais je ne m’en souviens pas exactement. On dit qu’elles vivent avec la même magnificence que le monarque ; il n’y a que le chef des ennuques qui puisse porter un piossage au roi , lorsqu’il est dans le harem du palais.
J’ai déjà dit que les sœurs du roi sont non seulement autorisées à prendre pour amant tout homme de bonne mine-, mais que même chacune peut choisir qui elle veut pour époux , quelque bas?e que soit d’ailleurs l’extraction de celui-ci , pourvu qu’il réunisse tous les avantages physiques. Le roi lui annonce lui-même sa bonne fortune : nous avons déjà vu la raison de cet usage. Mais si la noble épouse meurt avant son mari, il est d’usage, à moins qu’il ne soit né d’un rang élevé , qu’il se tue à cette occasion funeste ; il en est de même, s’il n’a qu’un enfant male et s’il le perd. Pour peu qu’il hésite, on lui rappelle fortement que l’une et -l’autre sont ses
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supérieurs, qu’il doit se regarder comme leur esclave, et qu’il est de son devoir de les suivre partout où ils vont. Lorsque son épouse le rend père d’un enfant mâle, il rend aussitôt hommage au nouveau-né, et reconnaît son vasselage de la manière la plus abjecte.
Les ocras sont distingués par un grand cercle d’or suspendu à leur cou : ce sont ou des esclaves favoris , ou des sujets pauvres , qui ont fait quelque action d’éclat, et qui consentent à perdre la vie à la mort du roi, pour être» jusqu’à cette époque, à l’abri de tout jugement, et entretenus aux dépens du prince. Il y a -aussi parmi eux des parens du roi et des hommes de qualité. Tous les ocras des deux premières classes , à l’exception de deux ou trois individus à qui le roi confie les secrets d’état, sont immolés sur sa tombe. Les messagers royaux sont quelquefois nourris au palais ; mais ils ont de droit une place à la table de chaque sujet du roi.
Le roi a une troupe de petits garçons qui portent les arcs et les flèches consacrés au fétiche : ce sont des pillards brevetés. Ils sont si rusés et si agiles , qu’on ne peut observer sans rire leurs différentes manœuvres, dans la place du marché qu’ils infestent tous les matins. Tout ce qu’ils peuvent dérober et emporter leur appartient de droit, sans que le propriétaire puisse jamais le réclamer ; mais il lui est permis , s’il peut les atteindre avant qu’ils arrivent au palais , de les rosser de toutes ses forces , pourvu qu’il ne leur fasse point de blessures mortelles. Ces petits Spartiates reçoivent ces coups avec un courage
incroyable. Quelquefois un de leurs détachemens renverse un panier rempli de provisions, tandisqu’un autre les rainasse aussitôt éts’enfuitavec la proie. D’un ' côté , les alarmes et l’inquiétude des marchands qui, avec de gros bâtons à la main , sont toujours aux aguets ; d’un autre , la finesse comique de ces enfans qui se portent , avec une agilité surprenante , sur tous les points du marché, produisent un tableau de l’efTet le plus singulier.
Les premiers voyageurs européens qui visitèrent l’Abyssinie rencontrèrent une semblable troupe de pillards royaux, et, je crois , en souffrirent beaucoup : quant à nous , ils respectèrent toujours ce qui nous appartenait ; mais ils nous amusaient extrêmement, parla manière incroyable dont ils imitaient nos discours et nos actions. Lorsque je dessinais , ils se groupaient tous autour de moi en faisant les grimaces les plus burlesques. Les Aschantes sont sans exception les mimes les plus étonnans que j’aie jamais vus. Adou-Quamina , un descapitaines , répétait après moi une phrase d’une douzaine de mots qu’il ne connaissait pas , et qu’il entendait prononcer pour la première fois. Le roi a une espèce de bouffon dont les gestes et les grimaces ne sont pas moins grotesques ni moins facétieux que ceux des acteurs les plus renommés en Europe dans ce genre.
Indépendamment de ce que consomme la maison du roi , on prépare, tous les jours, au palais, environ vingt pots de soupe blanche, et autant de soupe
noire , qu’on fait avec des noix de palmier , pour les personnages de distinction qui viennent voir le monarque. Yokokroko , le chambellan , reçoit chaque jour un périguin d’or pour le vin de palmier qu’il fournit. Cette somme m’eut paru trop forte, si je n’eusse pas vu par moi-Même quelle consommation prodigieuse on en fait. L’on calcule la force d’un Aschantç, sur la quantité de vin qu’il peut boire, et généralement il en répand près de la .moitié sur sa barbe ; car il lire vanité de la passer entre ses doigts , lorsqu’elle en est imbibée. Le roiétai t trèsfier dé la longueur extraordinaire de la sienne. Les gens delà suite de tous ies capitaines qui vont au palais dans, le cours de la journée , reçoivent en présent une quantité considérable de vin de palmier. La cérémonie presque journalière d’en boire en grande pompe sur la place du marché en consomme aussi-beaucoup , et nos gens en avaient tous les soirs en abondance. Le vin de. palmier du palais était rarement bon ; mais lesvasesdans lesquels on le servait étaient si nets et si reluisans>, qu’ils excitaient l’envie d’y goûter. Apokou , Odoumata et d’autres chefs , nous en envoyaient lous-les jours d’excellent.
Il est à remarquer que les poids dont le roi fait usage sont d’un tiers plus pesant que les poids courans du pays. Comme le roi croirait déroger à sa dignité s’il payait ouvertement ses sujets pour les services qu’ils lui reodent , c’est la différence de ces mesures qui enrichit le chambellan , le cuisinier, et les autres officiers de bouche du palais ; car l’or
nécessaire pour l’achat des provisions leur est délivré d’après les poids du roi , tandis qu’ils payent les marchands d’après les poids ordinaires. C’est de la même manière que les interprètes reçoivent la plus grande partie de leurs revenus; tous les présens d’or que le roi fait dans l’année , passant par leurs mains , et éprouvant la même réduction , par suite de la différence des poids. La loi accorde au créancier , si son débiteur tarde à le payer , d’être remboursé d’après les poids .du roi , indépendamment des intérêts dont j’ai parlé dans le chapitre sur les .lois. Il faut seulement que le créancier soit assez connu d’Apokou, le trésorier, pour que celui-ci consente à les lui confier, ou plutôt qu’il soit assez riche pour pouvoir lui promettre la moitié du profit.
Lorsqu’un sujet a été exécuté pour un crime , des esclaves du roi, nommés à cet effet, transportent la tête et le cadavre hors de la ville , et les jettent dans quelque endroit où les bêles féroces puissent les dévorer ; mais si le défunt est d’un rang distingué , plusieurs de ses amis se cachent près du lieu où ils savent que le corps doit être transporté , et l’achètent de ces domestiques, avec le droit de l’enterrer , pour la somme de huit-ackies. Près du palais , paissent de nombreux troupeaux de beaux moutons qui sont couverts de clochettes et d’autres ornemens. Si un Aschante , qui a procès prêt à être jugé , veut intéresser le roi en sa faveur , il va trouver le capitaine chargé delà garde de ces moulons; il lui en achète un moyennant vingt ackies et l’envoie en
présent au roi qui le reçoit , et le renvoie ensuite au capitaine.
Lorsque le roi envoie quelqu’un en ambassade , il l’environne de toute la pompe et de toute la splendeur imaginable; mais il faut que tout lui soit rendu au retour, à l’exception du surcroît d’épouses dont il a pu lui faire présent; ce qui forme une espèce de garderobe publique pour les grandes cérémonies. Apokou vante infiniment le système d’espionnage du roi , système qu’il est chargé de mettre en pratique , et dont il croit les résultats infaillibles. Un enfant plein de finesse et de pénétration , mais de l’apparence là plus chétive , est attaché à chaque ambassade pour remplir les fonctions les plus abjectes ; plus souvent il la suit de près , . comme s’il était au service de quelque marchand. Il est chargé de rapporter tout ce qu’il peut entendre dire sur la route, et d’observer les mouvemens de l’ambassade d’aussi près qu’il peut. Par ce moyen il apprend toutes les exactions que les envoyés se permettent dans les villages dépendans ou tributaires qu’ils traversent; car les habitans opprimés font entendre d’autant plus ouvertement leurs plaintes , qu’ils savent sans doute qu’elles parviennent presque toujours aux oreilles du roi.
Les messagers qui portèrent nos premières dépêches au Cap-Corse avaient été quarante jours absens; ils alléguaient pour excuse qu’il avait fallu tenir uue assemblée de cabocirs fantes à Payntrie :
* — « Ce que vous dites est faux , » répondit le roi ;
« vous avez imposé une amende de quatre onces d’or â un capitaine dans cette ville, pour avoir violé une loi d’Aschantie , et vous avez attendu , pour partir, que l’or vous ait été remis, et que vous L’ayez dépensé, parce que vous ne vouliez pas que cette affaire fût connue. >» Les messagers avouèrent leur faute et furent mis aux fers; l’un d’eux était frère d’Yokokroko , qui paya six onces quelques jours après, pour que le coupable lût mis en liberté.
Lorsque le rci crache , les enfans qui portent les queues d’éiéphant essuient avec soin le crachat royal , ou le couvrent de sable ; lorsqu’il éternue, chaque personne présente pose les deux premiers doigts en travers sur son front et sur sa poitrine, comme font les Mores lorsqu’ils prononcent une bénédiction, elles Aschan les lorsqu’ils en demandent une. Ces enfans qui portent les queues d’éléphant sont les fils d’hommes de distinction qui ont la confiance du roi ; car, toutes les fois que le roi confère à un de ses sujets ce qu’on peut appeler la noblesse , îl prend à son service quelques-uns des enfans du nouveau noble, lui donnant en échange plusieurs de ses propres fils ou neveux que celui-ci 'élève à ses frais , et qui remplissent près de lui les mêmes fonctions que ses enfans exercent près du roi. C’est ainsi que le roi actuel portait une queue d’éléphant devant Apokou qui , par les bontés qu’il témoigna toujours à l’enfant, s’assura la reconnaissance du monarque.
Le roi est souvent dans l’usage de confier à Je
jeunes capitaines des Sommes d’or qu’il ne leur' redemande qu’au bout de deux ou trois ans. Alors le capitaine doit non. seulement rendre le capital, mais prouver qu’il a su en tirer parti de manière à se créer une fortune suffisante pour soutenir le rang auquel il pourrait plaire au roi de l’élever par la . suite. Dans le cas contraire, on juge qu’il est dépourvu de talens , et indigne de devenir l’objet de nouvelles faveurs.
Un capitaine , lors de sa nomination, donne généralement huit onces d’or à la maison du roi. J’ai vu dpux occasions où le roi les a payés lui-même ; les personnes qu’il avait soudainement promues à ce * grade pour des traits de courage extraordinaires , étant trop pauvres pour acquitter cette somme, furent aussitôt après envoyées pour toucher des tributs; les fortes remises qui sont faites aux collecteurs , jointes aux gratifications qu’on a toujours soin de leur ménager dans les traités , comme par exemple dans l’affaire de Commenda> leur assurent en peu de temps une fortune honnête, tes coupables , soit étrangers , soit du pays , r achètent à des prix extravagans l’entremise d’Amanquatea , de Quatchie-Quofie , d’Odonmata et dApokou. Elle est toute-puissante auprès du roi; celle d’Apokou est généralement préférée. Un moindre eredit s’achète en proportion. Aucun sujet ne peut avoir en public un coussin sur son siège, à moins qu’il ne l’ait reçu du roi ou de l’un des quatre membres du conseil aristocratique qui, de même que
les capitaines supérieurs, reçoivent un périguiit d’or pour chaque serment que le roi exige d’eux.
Durant la minorité ou le commencement du rè« ne d’un roi , les interprètes et les plus anciens conseillers le visitent tous les matins de bonne heure , et lui répètent tour à tour tous les hauts faits de ses ancêtres. Les Aschantes paraissent avoir la plus grande déférence pour l’âge et l’expérience.
Apokou est le gardien du trésor royal; il est le conservateur de tous les tributs qui sont déposés séparément dans un grand appartement du palais dont il a seul la clef..Queique nombreuses et quelque diflérentes que soient les sommes, il est, dit-il sûr de se les rappeler par l’ordre d’après lequel il les dispose j car le secrétaire more ne consigne par écrit que les grands éyénemens politiques. Apokou. tient chez lui tous les jours une espèce de cour de justice pour prononcer sur tous les cas relatifs aux finances; il est rare que l'on appelle au roi de ses jugemens. Deux interprètes du monarque assistent à l’audience, et Apokou est entouré d’une certaine pompe. Il était généralement couché sur un lit formé de coussins entassés , velu d’une belle étoffe de soie , et avait deux ou trois Je ses plus jolies femmes auprès de lui , pendant les débats II était toujours flatte lorsque j’assistais aux séances, et se levait pour me faire asseoira côté de lui. Je remarquais que tous les calculs se faisaient par cauris. Une fois après setre convaincu qu’un débiteur du trésor public était dans l’impossibilité’ d’acquitter
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sa dette en or, Apokou décida qu’au lieu des seize
onces d’or dont il était redevable, il donnerait vingt esclaves mâles. Plusieurs capitaines, qui étaient ses partisans , venaient souvent aux audiences avec leur suite, ce qui les rendait très-brillantes. Avant que le foutourh ou coffre de la trésorerie soit ouvert par le peseur , quand même ce serait par ordre du roi , il faut qu’Apokou le touche de la main en signe d’approbation.
Dans tous les procès publics , les chefs d’accusation sont rapportés sommairement au criminel par les interprètes du roi. L’accusé se défend alors, il est obligé de répondre successivement sur tous les points et de faire tous les sermens d’usage avant d’être confronté avec les témoins dont on s efforce de lui cacher l’existence jusqu’au moment où ils paraissent devant lui pour le confondre. Les sermens , quelquefois au nombre de quatre ou cinq , sont progressifs et commencent généralement par le pied du roi ou quelque autre formule arbitraire ; les premiers ne sont regardés ni comme terribles ni comme décisifs. Mais lorsqu’on demande le serment, « par le père du roi, » tout le monde prend un air grave ; et si l’accusé jure «■ par Cormantie et Samedi , » il règne m> silence morne ; mais ce dernier serment est rarement requis , si les témoins que l’on fait entrer avec une sorte d’effet théâtral entre ce serment et les précédens , parviennent à confondre ou à embarrasser 1 accuse.
Les accusés subissent différentes épreuves pour
faire connaître 's’ils sont coupables ou innocens ; par exemple, il faut qu’ils sucent deux ou trois fois le saog d’une poule , ou bien qu’ils boivent sans tousser le suc d’une plante nauséabonde. Si l’accusé sort triomphant de l’épreuve , il est marqué avec de la craie par les interprètes , puis il salue et remercie tous les grands du conseil. Ces épreuves sont regardées comme infaillibles, et l’on y a recours toutes les fois que le cas paraît trop embarrassant pour être soumis à la décision des hommes.
On met aussi l’écorce d’un certain arbre dans une grande calebasse avec de l’eau, où on la laisse infuser quelque temps. On remue la potion pendant que les accusés en boivent tour à tour quelques gouttes ; l’effet en est subit , et elle opère comme le plus violent émétique. Ceux qui boivent les premiers échappent quelquefois , et souvent on réserve à dessein la lie pour ceux des accusés qu’on suspecte le plus (i). #
Les crieurs , an nombre de plus de cent , qui accompagnent toujours les interprètes , sont tous défigurés ou estropiés , afin d’être plus remarquables.
Ils portent sur la tête un bonnet de peau de singe dont la queue pend par derrière ; sur le devant il est couvert d’une plaque d’or. Leurs cris ordinaires sont: tehou ! tehing! odiddie ! silence ! paix! écoutez! ils
(i) Dans le Ouarsà, il y a , «lit-on, un poison plus terrible appelé sabè. Si l’on en jette sur la peau , à peine est-il absorbé • par les pores , qu’il produit un effet aussi meurtrier et presque aussi subtil que s’il était pris intérieurement.
les profèrent si fréquemment , que ce sont eux qüi interrompent le plus les orateurs.
Lorsque le roi nomme un général au commandement d’une armée, il lui remet lui-même une épée à poignée d’or , et l’en frappe doucement trois fois sur la tète. Le général jure alors de la lui rapporter teinte du sang de ses ennemis vaincus. Il y a toujours 4
à la suite de l’armée un interprète du roi. C’est à lui que toute la politique de la guerre se trouve confiée; c’est lui qui , en conduisant habilement des négociations délicates , doit mûrir les fruits du génie militaire du général , et tirer avantage de ses victoires , pour imposer de fortes contributions qui remboursent les frais de la guerre. Les Aschantes sont aussi supérieurs aux habitans des bords de la mer sous le rapport de la discipline que sous celui du courage; leur système se borne cependant aux précautions suivantes : Ils ne poursuivent jamais l’ennemi quand le soleil est près de se coucher; le général est toujours à l’arrière-garde ; les capitaines en second conduisent les soldats en avant, tandisque les chefs, avec quelques troupes d’élite , les suivent de près , les forcent , l’épée à la main , à marcher , et immolent tous ceux qui tentent de fuir avant que toute espérance de victoire ail disparu. L’Aschante, en combattant, s'occupe d’abord de faire feu , et de sauter à la gorge de son ennemi ; il sent la nécessité d’avancer dès qu’il a tiré; car autrement son commandant, qui l’observe , le ferait mettre à mort aussitôt après le combat , s’il y échappait pendant l'action. C’ust un*
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desphrases dé la chanson favorite des Couroassiens •
combM’ Ie ">«»» J si je fuis, je meurs ; il vaut mieux avancer et mourir. Ils sont tels qu'on nous représente les anciens Spartiates.
« Protliga gens animæ , et propcrare facilli.ua morteni. ,,
Le général a son parasol étendu à l’arrière-arde ; et, indépendamment dn détachement délité quifen-’ toure, d a plusieurs fusils tout chargés pour le! soldais qui pourraient être repoussés en cas de rev ers.
Sa musique joue pendant tout le temps du combat; et -, pour affecter de mépriser son ennemi, il est dé 1 étiquette qu’il s’amuse à un jeu quelconque , tandis que ses capitaines lui envoient les tètes de tous les ' ennemis de quelque distinction tués dans la mêlée pour qu’il les mette sous ses pieds. Lorsque le ro! attend la nouvelle du résultat d’une bataille importante , lors même qu’il est dans une vive inquiétude et qu’il sait que les messagers sont près de la capitale ’ il n’en siège pas moins en public, et joue aveé • quelque dignitaire au jeu du vorra. Il affecte cette ’ indifférence pour persuader au peuple qu’il lui importe peu d’apprendre une victoire ou une défaite * puisque les oracles lui ont révélé que Ses armes ob-' tiendraient définitivement le succès le plus éclatant. *
Tous les capitainés supérieurs ont pour leurs cors des aii*s particuliers auxquels sont adaptées de courtes phrases si connues de tous les Àschantês qu’en le^ demandant au premier que l’on rencontré dans Ja
rue , il les répétera de suite , quand même les' cors seraient à une distance prodigieuse. Ces paroles sont ordinairement caractéristiques, de même que les airs qui les accompagnent. Les cors du roi jouent : Je surpasse tous les rois du monde; ceux d’Apokou : Ascliantes , vous comporterez-vous bien à présent? ceux de Gimma : Tant que je vivrai , vous n’avez rien à craindre ; ceux de Bundabenne : Je suis fils d’un grand roi ; et ceux d’Amanqua : Personne n’ose m’insulter. C’est surtout dans les combats que ces airs particuliers sont le plus utiles ; car, étant familiers aux moindres soldats , on connaît la position des différens chefs, lors même qu’on ne peut les voir; et, soit qu’ils marchent en avant , qu’ils se retirent, ou qu’ils cherchent à prendre l’ennemi en flanc en pénétrant dans les bois, les autres capitaines connaissent les mouvemens des différens corps d’armée, et peuvent agir en conséquence. Tous les soirs , les trompettes du roi se rendent sur la place du marché, et jouent un air très-original, dont le sens est: Le roi Saï remercie tous ses capitaines et tout son peuple pour aujourd’hui.
Les prêtres qui suivent l’armée coupent les cœurs de quelques-uns des ennemis ; et , après beaucoup de cérémonies , ils prononcent certaines paroles magiques, puis en mêlent le sang et les morceaux avec diverses herbes sacrées. Les Aschantes , qui n’ont jamais tué d’ennemi , doivent alors manger une partie de ce mélange ; car c’est une superstition invétérée de ce peuple que, s’ils ne pratiquaient pas cet usage.
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f esprit du défunt les poursuivrait, et détruirait insensiblement leur force et leur courage. Il parait aussi que le roi et tous les dignitaires se partagent le cœur de tout ennemi célèbre; mais on ne ledit que tout bas , tandis qu’ils se vantent ouvertement de porter les petits os et les dents des monarques tués dans le combat. On me montra un homme qui mangeait toujours le cœur de l'ennemi qu’il tuait. Apokou conserve le nombre des hommes qui convposent l’armée , il lient ses comptes avec des cauris.
Lorsqu’un général revient avec son armée triomphante , il reste pendant deux jours à quelques milles de la capitale , tant pour recevoir les complitnens du roi que pour se préparer à faire son entrée avec toute la pompe et toute la magnificence possibles , afin d’encourager l’armée et d’éblouir la multitude. Les généraux les plus célèbres ont des noms de guerre plus terribles que glorieux , qui désignent la manière dont ils tuent leurs prisonniers. Le surnom d’Apokou est Abououasso , parce qu’il ‘ est dans l’habitude de leur couper les bras ; celui d’Appia, Schibou , parce qu’il leur fracasse la tète avec une pierre, et celui d’Amanqua, Abiuiova , parce qu’il leur coupe les jambes.
Lorsque l’armée est en campagne, les troupes n’ont d’autre nourriture que de la farine que chaque soldat porte dans un petit sac pendu à son côté; il la mêle dans ses mains avec la première eau 'qu’il trouve sur la route. C’est , dit-on , afin de n’èlre pas obligés d’allumer des leux qui avci liraient l’ennemi
de leur position , et les instruiraient de leur approche. Dans les intervalles, car les Ascjiantes ne mangent ordinairement de cette racine qu’une fois par jour, ils mâchent la bonssic ou amande de gourou. Cette farine est très-nourrissante, et appaise promptement l’appétit ; nous en fîmes l’essai à notre 'retour. Dans le temps de la guerre, des espions «sellantes sont restés trois et quatre jours cachés dans les grands arbres qui commandent le fort du Cap-Corse, sans avoir d’autre nourriture que celte lârine et un peu d’eau. Il y a toujours à la suite de l’armée un corps particulier de recrues dont l’emploi est d’achever avec leurs couteaux les ennemis qui ne sont que blessés; et, aussitôt après l’action , ils courent à cet effet sur le champ de bataille. S’ils n’en reviennent pas bien armés, on juge qu’ils ne sont bons à rien, et on les ravale à la condition des esclaves.
La coutume invariable des Aschautes est de placer à l’avant-garde, pendant toute la campagne, le contingent de la puissance la plus nouvellement soumise ou alliée, ou bien les rebelles récemment domptés ; très-souvent il n’y a d’Aschanles que les capitaines, • l’armée étant entièrement composée de peuples alliés ou tributaires. Ce fut ainsi qu’Odoumata fit la conquête du Banda avec une armée de Gamaniens. Dans le corps d’armée aschanle, qui est toujours, celui de réserve , les plus jeunes capitaines marchent en avant , et sont suivis des autres chefs, d’après la progression de leur âge ou de leurs
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années de service. Si le pays était généralement ouvert , je ne doute pas que la nécessité et leur génie militaire n’eussent donné encore plus d’ordre et d’ensemble à leurs mouvemens qui néanmoins sont bien réglés. Il est rare que deux divisions d’une armée suivent la même route, de peur que les provisions venant à manquer , les environs n’en pussent fournir suffisamment.
Des familles qui désirent s’unir étroitement , marient souvent leurs enf'ans entre eux ; il est même assez commun de voir des jeunes gens, ou même • des hommes faits , épouser des enfans. La cérémonie consiste à envoyer à la future la petite bande d’étoffe que l’on porte autour du milieu du corps, et à sa mère un beau présent en or. Les soins qu’elle continue à donner à sa fille cessent alors d’être un devoir; ils deviennent un service rendu au mari, qui lui fait souvent des cadeaux pour l’entretien de l’enfant. Àpokou m’apprit la principale raison de ces singuliers mariages. Plusieurs autres Aschanles m’ont confirmé ce qu’il m’avait dit. Ces mpriages sont pour l’époux un moyen presque infaillible d’obtenir de l’argent , car cette union n’é- • tant pas généralement connue, la liberté la plus innocente prise avec la jeune fille , lorsqu’elle a dix ou onze ans, devient un crime. Celui qui se la permet, et qui, ignorant absolument le mariage , pouvait croire ne caresser qu’une enfant, se voit condamné à une forte amende qui enrichit le mari (i).
(i) Lk long do la côle, le rcuotn de la mariée s’ét iblii de
Lorsqu’une femme infidèle lient à une famille trop puissante pour que l’époux ose la mettre à mort, il lui coupe ordiuairement le nez pour la punir , et faire connaître son déshonneur, puis il la donne en mariage à un de ses esclaves. Si une femme trahit un secret , on lui coupe la lèvre supérieure ; et si elle est surprise à écouter une conversation secrète de son mari , elle perd une oreille. On ne saurait faire un pas dans la ville sans rencontrer des femmes ainsi mutilées. Les prostituées sont nombreuses et protégées par les lois. fJn Aschante ne force jamais sa fille à épouser l’hoinmé qu’il lui destine ; mais si elle le refuse, il lui ôte aussitôt sa protection et son appui ; il persécuterait même la mère, si elle lui accordait le moindre secours. Aussi cruellement abandonnée, la malheureuse n’a d’autre ressource que de se prostituer. Les femmes de la capitale se retirent au milieu des bois durant leur temps critique (1).
la manière la plus notoire. 11 est d'usage que le mari fasse présent d’un flacon de rhum à la famille de son épouse , mais il ne l’envoie que le lendemain des noces. Si le flacon est plein , c’est une preuve de la virginité de la nouvelle mariée ; s’il ne l’est pas, on en tire la conséquence contraire.
(i) .Les femmes d’Ahanta, dans la même circonstance, n*e peuvent entrer dans aucun endroit habité; et, si elles essaient de pénétrer dans une maison, elles sont condamnées à une forte amende. Si elles sont d’une famille respectable , celle-ci leur érige ordinairement [un abri montentané; mais celles de la classe indigente sont exposées impitoyablement h toute l’intempérie des saisons.
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Lorsqu’un chef rend une visite , il fait toujours goûter par ses esclaves favoris la liqueur qu’on lui présente. Ce n’est point par défiance, car le plus souvent ils ne boivent qu’après lui; mais c’est une marque de faveur qu’il veut leur donner. Il accorde souvent sa fille en mariage à un esclave de confiance; mais, pour un petit nombre d’esclaves qui , par politique, sont ainsi privilégiés, il y en a des milliers qui traînent péniblement une existence précaire.
Les principaux jeux des Aschantes sont le vorra (1 ) que je ne pus comprendre , et les dames, les Mores et les Nègres y excellent et s’y exercent continuellement. Ils jouent à peu près le jeu polonais; les pions prennent et marchent en avant et en arrière , et la dame damée a la même marche que le fou aux échecs.
(i) On dit que ce jeu e»t aussi connu en Syrie.