‹ Voyage dans le pays d'AschantieChapitre 20 sur 31 · Taxe sur les chasseurs d’éléphans · texte numérisé non relu

Taxe sur les chasseurs d’éléphans

5. ° Les petites mines du Soko qui, avec le lavage, rapportent tantôt 2,000 onces par mois , et tantôt seulement 700.

6. ° Le lavage qui se fait journellement dans le Dankara , et sur les rochers qui séparent l’Akim de l’Assin , et qui sont très-riches en ôr.

7.0 Taxe sur tous les chefs qui augmentent le nombre de leurs ornemens d’or. Apokou paya au roi vingt périguins d’or pour en faire fondre cent.

8.° La terre de la place du marché a été lavée deux fois sous Je règne actuel. On m a dit qü ou recueillit chaque fois environ huit cents onces d or.

Les tributs payés parles peuples conquis sont quelquefois fixes , mais plus souvent arbitraires ; le gouvernement les proportionne alors aux besoins de la

(1) Isert dit que cette taxe se perçoit dan» l’Akin et dan* d’autres états tributaires-

. , JW . *

guerre. J’ai reconnn’, en effet , d’après differentes conversations avec Apokon et d’autres chefs et d’après plusieurs négociations dont je l\is témoin , que le roi et son conseil , en imposa ntpartoutdescontributions, n’écoutaient d’autre loi que les besoins du moment.

L’Inta et le Dagoumba ne payent jamais en or, parce que, malgré leur commerce étendu , ces deux pays n’en ont point, les cauris étant la monnaie en circulation. Leurs capitales et leurs grandes villes envoient tous les ans lé tribut suivant, les villages en proportion :

5oo ^esclaves.

200 vaches.

4oo moutons. . " '■ ■

4oo pièces d’étoffes de coton.

200 pièces d’étoffes de soie.

‘ Les habitans du Coranza sont généralement exempts de tout tribut; à cause de leur fidélité, et des serviceséminens qu’ils rendent eh tempsdeguerre.

Le Savie paye 200 pérignins d’or par an. L’Akim , l’Assin , leOuarsâ , etc. , sont taxés arbitrairement par villes -et par villages.

Coumassie est bâti sur le flanc d’un vaste rocher ferrugineux. Au nord , cette ville est bornée par un marais qui , d’abord , n’est qu’un faible ruisseau ; il en est éloigne d’un demi- mille au nord-ouest, où il a vingt pieds de largeur , puis se rapproche de nouveau au nord-est , à l’est, au sud-est , et au sud , où il a de dix à trente pieds de largeur. Daus plusieurs endroits , après de fortes pluies , sa profonds

deur était de cinq pieds , et presque partout au moins de deux. Ce marais contient plusieurs sources, il fournil la ville d’eau ; les exhalaisons qui en sortent couvrent, malin et soir, Coumassie d un épais brouillard , et occasionnent la dysenterie. Les nè-

gres de la côte qui nous accompagnaient en furent presque aussitôt attaqués, ainsi que les officiers anglais. Il est assez extraordinaire que nous n’ayons pas vu de mosquites en Aschanties.

Coumassie a près de quatre milles de circonférence, sans comprendre les faubourgs d Assafou. ni Ban— tama (la ville de derrière), qui sont à un demi-mille de distance. Autrefois ils étaient réunis par des rues à la capitale , ce qui se reconnaît apx nombreuses ruines de maison qu’on voit sur la route. Le carnage résultant des guerres continuelles , et la mort ou la fuite de plusieurs chefs révoltés , avec leurs partisans, expliquent celle dépopulation. Amanquatea,quitient sa cour à Bantama, comme Quatchie-Quofie tient la sienne k Assafou , nous dit qu’il n’y avait à présent que des ruines entre cet endroit et Coumassie , parce que la plupart des Aschanles qui périrent devant Annamabou , au nombre de deux mille , suivant les calculs les plus modérés , faisaient partie de ses troupes quihabitaient cesmaisonsactuellemenlabandonuées.

Quatre des principales rues ont uu demi-mille de long , et quinze à trente pieds de large. J’en vis bâtir une; une corde était tendue de chaque côté , pour qu’elle fûlalignëe.Toulesles rues ont des noms, et sont chacune sous la garde d’un capitaine supérieur. La nôtre , par exemple , s’appelait Apcrrem-

fou , ou rue du Canon , parce que les pièces d'artillerie

prises lors de la conquête du Dankara , étaient placées sur une élévation au bout de cette rue , près de lu maison d’Adou-Quamina. Uue autre se nomme Osamarandioum , ce qui veut dire littéralement î « Avec raille mousquets , vous ne pourriez battre ceux qui demeurent ici. » Une rue porte le nom d’Odoumata; une autre s’appelle la rue de la Prison. Le palais est situé au milieu d’une rue longue et large» qui traverse la ville; un grand mur l’entoure par-devant et sur les côtés ; le marais lui forme un rempart naturel par-derrière. Il comprend les demeures d’Odoumalaet des frères du roi, et deux ou trois petites rues où le roi se promène, lorsque, pour se conformer aux superstitions , il ne sort pas du palais. Derrière la grande place du marché est un petit bois appelé Sammonponé , ou la demeure des esprits , parce qu’on y jette les corps de toutes les victimes humaines. Les traces de sang renouvelées tous les jours indiquent les differentes directions dans lesquelles les cadavres ont été traînés , et le nombre des vautours perchés sur les arbres fait connaître celui des dernières victimes sacrifiées. Ce bois est d’une infection insupportable ; la nuit , il est rempli de panthères.

Des arbres sont épars dans la ville pour l’agrémentdes habitaiîs; au milieu de plusieurs rues, on voit de petits tertres circulaires élevés de deux marches sur lesquels on place le trône du roi , lorsque ce prince entouré de sa suite y va boire du vin de palmier.

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Les Asebantes préleudent que la population de Coumassie , lorsqu’elle est réunie , s’élève à plus de cent mille aines. Je la crois > au reste , beaucoup plus considérable que. celle de Ségo , que Mungo Parck élève à trente mille âmes; j’en juge par la foule immense que j’ai vue à toutes les fêtes , occasions où les hameaux voisins sont presque tous déserts. N’ayant pas eu le temps d’achever le dénombrement des maisons, je n’ai pu que comparer cette foule à celles que j’avais vues dans des occasions semblables, dans des villes d’Angleterre de seconde classe. J’ai parlé de la population lorsqu’elle est rassemblée , parce que les grands ne pouvant nourrir dans la ville leur suite considérable ; ni les pauvres, leurs familles nombreuses, les tiennent dans des hameaux situés au milieu des champs cultivés, et éloignés généralement de deux à trois milles. Le travail de ces gens fournit non seulement aux frais de leur entretien., mais encore aux besoins' du chef de la famille qui les emploie. Les habilans de la moyenne classe envoient aussi leurs esclaves aux champs pourcueillir des fruits et des légumes, puis les mettre en vente ; lorsque leurs enfans deviennent trop nombreux, ils en con*fient généralement une partie à ces esclaves qui les nourrissent. Je serais donc porté à croire que la population ordinaire de Coumassie n’est guère que de douze à quinze mille âmes. *

Le marché se tient tous les jours depuis huit heures du matin jusqu’au coucher du soleil. La •

grande place renferme une soixantaine de parasols , carrés, sous lesquels se placent les vendeurs; un grand nombre de petits marchands en détail sontassis de tous les côtés. Les objets en vente sont du bœuf et du mouton , coupés par petites tranches pour faire de la soupe , du sanglier , du daim , de la volaille et de la chair de siuge , de l’igname , des bananes, du grain, des cannes à sucre, dusizi, del’enerouma , plante potagère mucilagineuse, préférable à l’asperge à laquelle elle ressemble ; du poivre, du beurre végétal , des oranges , des ananas , inférieurs à ceux de la côte , et des figues bananes ; du poisson sec et du poisson salé, de gros escargots séchés à la fumée et collés symétriquement sur de petits bâtons , du pitto,du vin de palmier , du rhum ,

• des pipes, de la verroterie, des miroirs, .des sandales, des étoffes de soie et de colon , de la poudre, de petits coussins , du fil de colon bleu et blanc , des calebasses , etc. , etc.

Voici les prix comparés des marchés de Cou massie etd’Yahndi , capitale du Dagoumba:

Coumassie. Yabndi.

Un taureau gras . . i44 f. a4 f. oo c.

Un mouton. 18 4 80 c.

Une poule. a o 5o

Un cheval *..576 19a o

Ignames. ....... 80 c. les deux 80 c. les dix.

Cette différence exorbitante provient de l’abondance de l’or à Coumassie; cependant la main d’œuvre n’y est pas chère. On y fabrique très-peu

d’étofTes, parce que les Mores en fournissent abondamment. Les bestiaux que noos avons vus en Aschantie étaient aussi beaux que ceux d’Angleterre. Les moulons son* couverts de poils en Aschantie, et de laine dans le Dagoumba , pays découvert , où l’on fabrique des couvertures grossières. Lesche-’ vaux du Dagoumba sont généralement petits. Il en est, dit-on, qui ont quinze palmes de hauteur; les habitans ne les vendent jamais , et les Aschantes ne s’en montraient pas très-curieux; car je n’en ai jamais vu qu’un, qui allât sans crainte à cheval. Les chevaux que je vis avaient la tète fort grosse, ils étaientgénéralemenl bruns. On ne les ferre jamais; de sorte que leurs sabots, quoique conformes à la nature, doivent nécessairement paraître disproportionnés aux yeux d’un Européen. On les nourrit -f d’herbe mêlée quelquefois de sel; l’on fait souvent foftdre du sel ammoniac dans l’eau dont on les abreuve. Les selles sont de cuir rouge , et fort incommodes. Je vis des Mores montés sur des bœufs, dans le naseau desquels était passé un anneau qui servait à les conduire.

Nous fûmes surpris dé l’ordre et de l’étendue des champs cultivés. Je ne crois pas cependant qu’ils soient proportionnés à la population; ce qui doit presque toujours arriver sous lin gouvernement militaire; j’en ai déjà parlé dans la relation de notre voyage. Les Aschantes m’emploient pas d’autre instrument que la houe ; ils font deux récoltes de grain par an; ils plantent leurs ignames à Noël et les re-

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cueillent au commencemerft de septembre. Cette sorte de culture est faite avec beaucoup de régularité et de sjmctrie; tout autour de la plantation règne une large allée, et, dans une cabane, demeure un esclave avec sa famille pour protéger la plantation.

Tous les fruits qui se vendent au marché sont naturels au pays et croissent en abondance ; il en est de même de la canne à sucre; les oranges sont fort grosses et d’un goût exquis. Nous n’avons pas vu de cocotiers ni aperçu de cocos au marché (i). Dans les terrains marécageux croît une espèce de luzerne,

dont il y a quatre variétés; différentes espèces d’or-

(1) Mungo Park. traversa un pays bien différent. Voici comme il s’exprime : « Un fait très-remarquable est que , bien que l’on trouve en Afrique la plupart des racines comestibles qui croissent dans les Antilles , je n’ai jamais rencontré, dans aucune partie de mon voyage , ni la canne à sucre , ni le cafier, ni le cacaotier ; et je n’ai pu , malgré mes recherches , savoir s’ils étaient connus des habitans. L’ananas, et mille autres fruits délicieux , que lé travail de l’homme civilisé et enclin à profiter des bienfaits de la nature a portés à un si haut degré de perfection dans les contrées de l’Amérique situées entre les tropiques, y sont également inconnus. Je trouvai à la vérité des orangers et quelques bananiers près de l’em« bouchuredela Gambie; mais je ne pus savoir d’une maitière positive si ces arbres étaient indigènes ou s’ils avaient été anciennement plantés là par des commetçans européens. Je soupçonne qu’ils y avaient été originairement apportés par les Portugais. » (Premier Voyage, T, 11, p. 4 de la traduction française.)

tics poussent à l’ombre dans les champs quî ont été cultivés; le pissenlit est très - commun au nord de Coumassie. On y voit aussi beaucoup de ces petits fruits rouges qui, mâchés sans être avalés , ont, suivant le récit de Desmarchais, la propriété d’adoucir ce qu’on peut mettre après eux, dans la bouche, de plus aigre et de plus amer (i). Il y a beauconp de figuiers sauvages; mais les habitans n’en font aucun usage. Les cotonniers sont très-abondans, mais peu cultivés. Le seul usage qu’on fasse du duvet du polon ou fromager, est pour bourrer des coussins et des oreillers (2). Le tabac croît dans l’Inta et le Dagoumba; on l’appelle toali. Les habilans de ces contrées, qui se trouvaient à Coumassie le reconnurent dans un ouvrage de botanique. On fait d’abord sécher les feuilles au soleil, et, après les avoir bien frottées entre les mains, on les mêle avec de l’eau et l’on en forme des masses ovales.

Les lions sont nombreux sur les frontières du nord

(1) Voyage du chevalier Desmarchais, T. II, p. 255.

(2) Fromager à cinq étamines, Bombax pentandrum (Linn.), arbre commun dans les deux Indes et en Afrique, qui a de trente à quatre - vingts pieds de hauteur. Son fruit a la forme d’un concombre rétréci par le bas. Le duvet qui entoure les semences est très-ressemblant au coton. Généralement, on ne file pas ce duvet. Cependant Desmarehais vit une pièce de drap qu’un directeur anglais, à la cote d'Afrique, avait fait fhire. Il s’allume très-aisément : c’est pourquoi on eç met dans les boîtes à faire du feu, et on le fait entrer dans la préparation des feux d’artifice.

de l’Inta ; les éléphans ne le sont pas moins dans le royaume de Kong; il y en a aussi en Ascbantie, ainsique des sangliers, des hiènes, des vaches, des moulons, des chèvres, des daims, désanlilopes , des chiens ressemblant assez aux chiens danois, des chats, des genettes, <les pangolins, des alligators, etc., etc. Le rhinocéros se trouvé dans le Boroum, et l’hippopotame- dans la rivière d’Odirrie. •

Les Aschantes disent qu’un animal appelé ’sissah ou sissirriej attaque tous les antres, quel que soit leur grosseur. Les Fantes, qui n’en avaient jamais vu , s en étaient formé - une idée terrible, d’après ce qu ils en avaient entendu dire. Je doute néanmoins qu il soit aussi redoutablequ’on le prétend pour tous les autres animaux; car j’en vis une peau qui n’avait pas plus de trois pieds de longueur ; elle ressemblait a celle d un sanglier ; les Nègres disentque cet animal tient Je milieu entre le cochon et la chèvre.

Il est extraordinaire que le gnon , qui se trouve derrière le cap de Bonne-Esperance , soit connu en Inta sous le même nom(i). Quand on veut qu’un lit

ne consiste pas simplement dans un tas de coussins , on cloue une peau de gnou à un grand châssis de bois qu on pose snr des pieds un peu élevés au-dessus de terre, et on la tend à peu près comme un lit de

sangle.

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Les habitaos de la frontière du côté de l’est me

(i) « C’est probablement lui qui a donné lieu au catoblepas. V oyez Pline, lib. 8, e. 32 ; et Ælien, lib. 7, c. 5. » — • Carier, — Le gnon regarde presque toujours en bas.

firent la description d’un autre animal appelé otrum ; comme ayant une corne très-longue d’un côté de la tête , et une très-courte de l’autre côté. Nous vîmes un animal tacheté, du genre du chat; il est trèscommun , et se rapproche du léopard ou de la panthère , mais nous ne pûmes décider s’il appartenait à l’une de ces espèces ,ou s’il doit être regardé comme une espèce à part; car les naturalistes les distinguant» par laïorme des taches et le nombre de leurs rangées, qui, même dans les animaux évidemment de la même espèce, présentent des variations presque infinies, il est difficile d’établir une différence bien tranchée.

Le vautour, qui fait l’objet de la vénération des Aschantes , est le V r iltur Monachus de Le Vaillant; ils le respectent, par la même raison que les Egyptiens adoraient le VulliCr Percnoptems. On trouve des pigeons verts, et des corbeaux avec un collier blanoautour du cou , c’est probablement le Cçrvus Scapularis de Le Vaillant. Nous avons vu aussi beaucoup de petits oiseaux dont le plumage était magnifique, et le chant délicieux. Nous en avons surtout remarqué deux , l’un ressemblant au merle, l’autre de la même couleur que la grive d’Angleterre , mais plus gros. Les perroquets de diverses couleurs fourmillent dans le pays.

Le nom générique du singe , le long de la côte et dans l’intérieur, estDokou. La guenon Diane, qui a le plus beau pelage de tous les singes, se trouve en Aschantie aussi bien qu’en Ouarsâ. Tous les habitans

s’accordent à dire que les Akonesons sont, à leur -connaissance , les seuls singes qui osent attaquer les hommes. Suivant eux , ces singes sont petits , et paraissent toujours en troupes.

Les serpens verts et de toutes les couleurs , les scorpions , les lézards, sont aussi communs que sur la côte, de même qu’une variété curieuse d’escarbots, et des papillons les plus beaux que l’on puisse voir. - ■ ■

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