‹ Voyage dans le pays d'AschantieChapitre 28 sur 31 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Esquisse des environs de Gabon,-

Lb Gabon ou Gaboun, comme le prononce les Anglais, est an fleuve que les uns placent par o° 3o' de latitude nord, et 8° 4^' de longitude est; les autres, sous l’équateur, et ga 23' E. La première longitude est certainement la plus exacte, à en juger par les calculs faits à bord du bâtiment sur lequel j’y allai , car malheureusement je n’avais pas les instrumens nécessaires pour m’en assurer par l’observation. La première latitude est aussi, sans contredit, celle du cap Santa-Clara , car une observation . quand nous étions à la hauteur de Round- Corner, nous [donna o° a5', et une autre, à 35 t . milles de l’embouchure du fleuve, o° i5*. Du cap Santa-Clara, qui n’est point une terre très-élevée, jusqu’à la pointe Sandy, ce qui forme une ligne oblique , il peut y avoir environ a5 milles ; mais la largeur de l’embouchure du fleuve, en ligne directe, ne peut être de plus de 18 milles à 22 à 25 milles de l’embouchure. On trouve dans le fleuve les îles de Parrot et de Kônig , nommées par les Nègres Embeoie etDambie. La première sur laquelle on a plus

d’une fois radoubé desnavires, a un mille trois quarts de circonférence, et est inhabitée. L’autre estPeaucoup plus grande , et renferme un village sur une hauteur. Les Nègres nous dirent qu’on y voit les ruines d’un fort portugais. L’ile de Konig n’est pas à plus d’un mille de la pointe de Rodney ou d’Ouindo. Le fleuve en cet endroit a près de 3o milles de largeur, et il n’en a plus. que 12 à partir delà crique de Goumbena.

A 45 milles environ de son embouchure , le fleuve sc partage en deux bras; l’un, dont l’entrée peut avoir 4 milles de largeur, se dirige au nord-est; l’autre , qui en a environ 2 , paraît se diriger au sudsud-est. Quelques écrivains ont pensé que, si le Niger se joint à quelque autre fleuve, ce devait être au Zaïre, parce que tous les fleuves qui se trouvent entre le cap Lopez et le cap des Palmes ne sont pas* assez considérables pour en recevoir ses eaux. Si cette assertion est exacte pour le Yolta , elle ne l’est certainement pas pour le Lagos ni pour le Dindjer, ni pour le Gabou, encore moins pour le Riodel-Rey et le Formoso, dont l’éditeur du dernier ; voyage de M. Parle parle ainsi : « Le Rio-del-Rey et le Rio-Formoso sont , dit-on , très-considérables , chacun d’eux ayant 7 à 8 milles de largeur à son embouchure. Le Délia qu’ils peuvent former doit, d’après la ligne de côtes qu’il embrasse , être beaucoup plus grand que celui du Gange. Si donc ces deux fleuves ne sont que deux branches unies auparavant, le courant d’eau dont elles dérivent doit être d’un volume prodigieux. »

La cargaison que le bâtiment où j’étais devait prendre dans le Gabon , et qui consistait en ébène et en bois de teinture rouge, ne paraissant guère pouvoir se compléter en moins de deux mois , je résolus de charmer l’ennui que m’inspirait ce climat, d’ailleurs très-insalubre , en faisant des recherches sur la géographie de l’intérieur. Je cherchai donc à obtenir des renseignemçns des esclaves et des marchands nègres. Les plus entreprenans de ces derniers, et qui étaient en même temps les plus grands voyageurs dans l’intérieur , restèrent à bord de notre navire pendant qu’on lechargeait. Je pus donc converser avec eux, et d’autant plus aisément qu’ils parlaient anglais. J’allai deux fois à terre, et je passai ane nuitàNaângo, où Georges Town, située à environ 45 milles dé'Temboufchure du fleuve. Le gouverneur, car ce fut ainsi qu’on m’interpréta le litre qu’il portait, était un Nègre hospitalier et intelligent qui parlait bien anglais. 11 avait beaucoup voyagé dans sa jeunesse , et il aimait encore à questionner. Il fit venir devant moi une troupe d’esclaves pour que je fusse à même de les interroger. Je trouvai des nègres de la plupart des pays dont j’avais déjà entendu parler. Je vi > deux jeunes nègres , fils de chefs de leurs pays , qui parlaient et écrivaient couramment le français. L’un avait été en-

voyé en France, et l’autre en Angleterre pour y recevoir leur éducation. Mais le navire sur lequel ce dernier était embarqué ayant été pris par un çorfrançais , l’enfant fut emmené en France , où

l’armateur eut la générosité de le faire élever à ses . frais (1). Tous deux étaient restés plus de huit ans dans ce pays avant d’être renvoyés dans leur patrie.

Ils ne cachaient pas le désir qu’ils avaient de retourner en France, les mœurs de leurs compatriotes leur déplaisaut souverainement.

Les Nègres nomment Empoongoua le pays arrosé par le Gabon à son embouchure ; il ne s’étend pas au-delà de l’embranchement du fleuve, c’est-à-dire à plus de quarante milles en longueur, il en a environ trente de largeur. Suivons d’abord le bras qui se dirige au nord-est. A son entrée , on trouve un banc de sable au milieu de son lit; au-delà sont trois petites îles , après quoi l’eau devient douce. A environ deux milles plus loin est une plus grande île, nommée fchindoué , qui est habitée. Les femmes y sont sans relâche occupées à pêcher des surmulets blancs qui y abondent. On les fait cuire avec une espèce de chocolat dont je parlerai tout-à-l’heure. De très-gros arbres croissent dans le fleuve même , on les appelle intinga ou arbres de fer. La rive orientale est habitée par les Schikans qui, de même que tous les habitons de l’intérieur, sont appelés boulas par les Nègres de l’Empoongoua ; ce terme a la même signification que celui de Dunko en Aschantie. Après lesSchikans

(a) Je suis fâché d’avoir à dire que les en fans nègres confiés par leurs parens à des capitaines anglais , pour être élevés en Europe, ont constamment été vendus comme esclaves, au mépris de toutes les promesses; infamie dont il est sans exemple que les Français se Soient rendus coupables.

viennent les Djomays qui parlent un dialecte de la même langue. Les Schikans enterrent leurs morts dans leurs maisons, sous leur lit. Les babitans des bords du Gabou les empêchent d’approcher des côtes, de peur d’être privés du profit qu’ils trouvent à être employés comme intermédiaires pour le commerce entre les Européens et l’intérieur.

La source du bras du nord-est est inconnue , peutêtre sort -il dü Dendjer que les Nègres nomment Moohnda , et qui vient de fort loin dans l’intérieur.

Il n’est pas si large que le Gabon nommé par les Nègres Aroongo, mais il est beaucoup plus profond.

Uy adans le Gabon , après la ville de Quâ-Ben, une crique qui s’avance dans l’intérieur jusqu’à peu de distance du Dendjer ou Moohnda, de sorte que les commerçans vont jusque-là en pirogues, qu’ils transportent ensuite par terre, d’une rivière à l’autre.

Les Nqkos , les Apouks et les Komebays , habitent le canton peu élevé qui les sépare. .

Après avoir remonté le bras du mord - est deux jours et deux nuits , on commence à voyager par terre, on côtoie le pays des Schikans, et, au boutde deux journées, on arrive à Samaschialie , capitale du royaume de Kaylie ou Kalay, et résidence du roi.

On en parle comme d’une ville considérable. Toutes les maisons y sont construites en bambou. Les habitans de ce pays savent façonner le fer , dont il y a des mines abondantes dans toute cette partie de l’Afrique ; mais ils ont grand soin de ne pas communiquer leur secret aux habitans des côtes , parce que

leurs couteaux 3 et leurs javelines avec leurs nattes et leurs toiles de bambou , sont leurs principaux objets d’échange pour le cuivre, le coton et les autres marchandises d’Europe dont ils ont besoin. Je me procurai quelques couteaux et quelques javelines fabriquées avec' le fer du pays. La toile de bambou ressemble à de grosse toile de Hollande brune. Leurs nattes sont très-fines ; les couleurs , ainsi que les dessins , en sont très-variés. Il est à remarquer que ces dessins n’ont rien de bizarre ni de grossier; ils offrent cette simplicité régulière que les nations civilisées nommeraient élégance. Ce peuple est cannibale, et mange non seulement ses prisonniers, mais aussi ses propres compatriotes après leur mort. On vend leur corps à l’instant même qu’ils viennent de rendre le dernier soupir. On y a souvent vu un père manger son propre enfant. Il y a beaucoup de volailles et de chèvres dans le' pays , mais on ne les mange pas, tant qu’on peut se procurer de la chair humaine. Le sel s’y vend un prix exorbitant. Les habitans des côtes craignent d’entrer dans leurs pays, mêmepour y commercer; ilsnes’yhasardentqu’armés de fusils , et avec une forte escorte de Schikans. Cette contrée est couverte de bois et de montagnes. Unemontagne située au nord-est duKalay est habitée par des hommes qui, dit-on, y voient mieux la nuit que le jour; ils dorment la plus grande partie du jour , parce que la clarté blesse leurs yeux qui sont très-brillans. On y trouve de l’ivoire en abondance.

A deux journées au nord du Kaylie , est 11m-

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bekie, situé sur les rives du Dendjer ou Mpohnda,

A un mois de distance, dans la même direction-, après avoir passé le Bisou, l’Aosa et l’IIélan , on trouve deux royaumes plus grands, celui de Badayhie et celui d’Oungoumo. Mattadie , capitale du dernier, est , dit-on, une grande ville.

En avançant toujours vers le nord , on arrive à six . journées dans le Paamouay et ensuite dans leSchaybie, pays sur la frontière septentrionale duquel est le Baykie. La rivière Ouola ou Ouolé cqule dans ce royaumetlans la direction de l’est. C’est la plus grande rivière que ces Nègres voyageurs eussent. vue , ou dont ils eussent entendu parler. Mon ami le gouverneur me répéta plusieurs fois , pour me servir de ses propres expressions , que c’étârl la plus grande rivière du monde; qu’elle allait si loin , qu’excepté Dieu, personne ne pouvait le savoir; il ajoutait que toutes les grandes rivières du pays venaient du Ouola. Toutes les informations qu’il avait prises lui avaient toujours donné lieu de penser que le Moohnda en sortait, mais il ne pouvait parler aussi positivement sur ce point que sur la jonction de l’Ogouaouay avec le Ouala, parce qu’il avait lui-même remonté la première de ces deux rivières jusqu’à une distance considérable. On représente toutes les nations qui se trouvent sur celte route- comme cannibales; les Paamouay s le sont pourtant un peu moins que les autres, parce qu’ils 'élèvent une race de gros chiens dont ils se nourrissent, ce qui semble un mets recherché dans plusieurs parties de l’Afrique. «

Lès voyageur$ qui veulent aller à l’est remontent pendant une journée et demie le bras droit du Gabon ou l’Aroongo, qui vient du sud-est, et qui est formé par la réunion de plusieurs petits ruisseaux , à environ soixante milles de son confluent avec l’autre bras. On débarque à peu près à trente-cinq milles , et l’on emploie deux journées et demie à traverser un pays inhabité, que l’on dépeint comme une espèce de savane j on l’appelle Ouongavounga. C’est une contrée découverte, où l’on rencontre beaucoup de buffles. Là , on arrive sur les bords de rOgouaouai , rivière très -rapide, souvent aussi large, et en général plus profonde que le Gabon ; elle se jette dans le Zaïre, ou Congo, fleuve peu considérable par lui-même. En remontant l’Ogouaouai pendant un jour, on trouve le petit royaume d’Adjoumba, qui ne contient que quatre villes. A une journée audelà, vers le nord-est, en suivant la même rivière, est le Gaeloua , royaume plus considérable , qui a trois journées de longueur. Inkandjie , sa capitale , est une grande ville. Après le Gaeloua est l’Eninga , où l’Ogouaouai s’élargit beaucoup ; c’est un pays très - peuplé , divisé en plusieurs gouvernemens. L’Ogouaouai y fait beaucoup de détours , des courans impétueux y gênent la navigation; et souvent, pour gagner du temps, on transporte les pirogues par terre , à travers de petites langues de terre. Jusque-là , la langue est la même que dans l’Empoongoua. A vingt journées des frontières del’Eninga est le royaume d’Ascbïra , et à dix au-delà celui d’Okani

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die, le plus puissant de tous ceux que connussent les voyageurs qui me donnaient des renseignemens ; sa capitale en est très- grande et très-propre. Les lois de l’Okandie ne permettent pas qu’aucun de ses habitanssoit vendu comme esclave. Aucune des nations qui habitent les bords de l’Ogouaouai. n’est cannibale. Sur les frontières orientales de l’Okandie , cette rivière s'unit, dit-on, au Ouola. On nomme Sappalach , Kouinakaïmalong et Okaikay , les pays situés entre le Moohnda et l’Ogouaouai ; on en parle comme étant d’immenses savanes. On citait Dihè comme un grand royaume dans le voisinage du Ouola. Je ne pus faire comprendre à aucun des esclaves de ces pays de l’intérieur, ni aux habitans des environs dû Gabon, ce que j’entendais par un more. Dans toutes ces contrées , il n’y a que des nègres païens. Les esclaves récemment arrivés me voyaient avec effroi. Ils s’écriaient que personne dans leur pays ne voudraient croire qu’il existât des hommes blancs.

Je n’ai jamais entendu parler, dans celte partie de l’Afrique, d’un royaume comme l’Aschantie, dominant sur plusieurs autres. Elle est divisée en un grand nombre de pelils états aussi loin, pour la civilisation , du Dagoumba et des pays qui l’avoisinent, que ceux-ci le sont de l’Europe.

Le nom, la situation, la grandeur et le cours du Ouola ne permettent guère de douter que ce ne soit le Quolla ou Niger, quoique je ne sois pas bien certain si l’on ne m’a pas dit qu’il y avait un pays

portant le même nom que cette rivière. Je n’ai même reconnu le nom d’aucun des royaumes dont j’avais entendu parler auparavant, comme étant dans son voisinage. Mais les marchands des hords du Gabon ne connaissaient aucun des pays situés au nord de ce qu’ils appelaient la grande rivière ; quant à ceux dont j’avais entendu parler comme situés sur la rive méridionale du Quolla, ils peuvent se trouver dans l’espace qui sépare le Moohnda , coulant au nord , de l’Ogouaouai, se dirigeant au nord-est. Les quarante journées que l’on compte de la frontière de

l’Empoongoua jusqu’au Bahrkoulla, s’accordent bien

pour la distance. Ln fort argument d’ailleurs en laveur de l’identité du Ouola avec le Quolla, se lire des remarques de MM. Horneman et Ilutchison, que j’ai déjà citées en note dans le chapitre sur la géographie; le premier disant que les cannibales de l’Youm-Youm sont à dix journées au sud de Kano,ct le second, que c’est air roi de Quolla-Liffa qu’appartient toutlepays où se trouvent Canna , Dali et Yem-Yem, où il v a des cannibales. Il est vrai que c’est le caractère plutôt que le nom des nations dont on m’a parlé dans l’Empoongoua , que l’on peut faire cadreravec ce que Horneman dit de PYem-Yem, d M. Ilutchison de l’Youm-Youm , mais la prononciation des Mores, et la manière dont ils écrivent les noms des lieux cités par les Nègres , surtout quand ceux-ci ne les connoissent que par oui-dire, sont très-incorrectes , et tiennent au caprice du moment.

Retournons maintenant dans le petit royaume

d’Adjouroba, où l’Ogouaouaise divise en deuxbranch'es. La plus petite, nommée Assazie, coule vers le cap Lopez , qui est dans le royaume d’Oroongou. La puissance du roi de ce pays remporte sur celle de tous les autres rois des environs, ce qui lui a valu le surnom de passe-tout , que lui ont donné les naturels qui vont commercer dans ses états. Entre l’Oroongou et l’Adjoumba est le royaume; d’Oungobai , dont un habitant plein d’intelligence s’était réfugié sur les rives du Gabon pour éviter la mort à laquelle il avait été condamné.

L’autre branche do l’Ogouaouai , qui coule vers le sud-est, est aussi large que le Gabon ; après avoir traversé le Tanyan, dont la frontière occidentale est à cinq journées de l’Adjoumba , elle se jette dans le Zaïre ou Congo , à environ dix journées de l’embouchure de ce fleuve, qui est peu considérable avant cette jonction. Un homme très-intelligent , qui sert d’interprète aux bàtimens que le commerce attire à l’emboucbure du Gabon , m’ayant confirmé ce que me disaient à cet égard les marchands et les esclaves, je lui demandai comment il avait appris cette jonction des deux rivières. Il estfils du principal commerçant des bords du Gabon , nommé Tom Lawson , et parle anglais couramment. Il y a huit ans que ce jeune homme , nommé Ouondo , alla du Gabon dans le Congo , sur le Nirnb/c, navire commandé par le capitaine Everett. Après que le bâtiment eut commercé quelque temps sur le Zaïre, le capitaine l’embarqua, avec trois ou quatre autres nègres, dans un

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canot chargé de marchandises, en lui ordonnant de remonter le fleuve aussi loin qu’il le pourrait. Ce nègre me raconta qu’après avoir passé Evehelie et Cormie , ils arrivèrent à une chute d’eau de plus de vingt pieds de hauteur- Un habitant du pays, qui les précédait dans sa pirogue , les fit passer par un petit canal qui se dirigeait à l’est, et leur fit éviter la chute d’eau en prenant un long détour ; mais il persista à assurer que les habitans descendaient la cataracte dans leurs pirogues , en se servant de longues racines fibreuses dont ils font des cordes et qu’ils attachent à de gros arbres ; c’est pour cette raison qu’ils donnent à leurs pirogues la forme d’un arc. Il avouait pourtant que les plus habiles périssaient quelquefois dans celte descente, et devenaient ainsi victimes de leur intrépidité. |Je lui témoignai des doutes sur ce récit, et je lui adressai à plusieurs reprises , et d’un air assez indifférent, des questions à ce sujet; je priai même d’autres personnes d’en faire autant, mais jamais il 11e varia dans ses réponses. C’était un homme trèsréservé dans ses discours; il ne montrait aucun penchant à donner un air de merveilleux au récit de ses voyages , et le réprimait même dans les autres. Il persista constamment dans cette assertion. C’est immédiatement au-dessus de cette cataracte, dans le royaume deTanyan, que s’opère la jonction de l’Ogouaouai avec le Zaïre (1). Depuis

(i) «Nous reçûmes ici (à Mavoonda), sur le cours du 'fleuve ( le Zaïre) , des renseignemens plus précis que nous u'eu avions encore eus. Toutes les personnes à qui nous eu

Cet endroit, il me représenta ce fleuve comme diminuant progressivement jnsqua sa source , qui n’est éloignée que de six journées par En combé et Evehia , de sorte que le Zaïre doit à J’Ogouaôuai le volume considérable et la rapidité de ses eaux.

parlions s’accordaient à dire qu’après l’avoir remonté pendant dix jours dans un canot, nons arriverions à une grande île de sable qui sépare le fleuve en deux bras , l’un dirigé au nordouest, et l’autre au uord-est; que, dans ce dernier, il y a une cataracte , mais que les pirogues la passent aisément ; enfin, qu’à vingt journées au-delà de cette île, le fleuve sort par plusieurs petits ruisseaux d’un grand marais o u lac fangeux. » Voyage du capitaiue Tuckey en Afrique.

Dans une carte intitulée Régna Congo et Angolce , de la description de l’Afrique, par Dapper, on voit, à environ deux cent cinquante milles de l’embouchure du Zaïre , un grand bras qui se dirige au nord-est ou qui en vient. Comme cet ou» v rage est fort peu connu, et qu’il n’en existe en Angleterre qu’un seul exemplaire , mes lecteurs ne seront peut-être pas fâchés de lire une description du Zaïre et de sa source, suivant les opinions géographiques qui étaient reçues il y a un siècle et demi. Le livre est traduit du hollandais, ayant paru en »686. «Au midi de cette rivière , qui a son embouchure dans la haie de las Almadas, est le Zaïre ou la grande rivière du Congo , qui prend sa source de trois lacs, au sentiment de Figafet. Le premier se nomme Zambre, d’où procède le Nil; le second Zaïre , d’où sortent les rivières de Lelunde et de Coanze, et le troisième est un lac formé par le Nil; mais le principal est le Zambre , qui est comme le centre d’où les fleuves de cette partie de l’Afrique tirent leur origine, puisque, selon l’opinion commuoe, il pousse au nord le Nil, au levant le Cuama et le Coavo, au midi le Zeila et le Manice ou

Il y avait alors au Gabon le capitaine d’un bâtiment de Liverpool qui avait commercé pendant plusieurs années de suite sur le Zaïre; je profitai de cette occasion pour converser avec lui. Il me parla de Borna comme de la principale place de commerce.

Manhcssen, et au couchant la rivière de Zaïre, qui, par divers bras, arrose toute la partie occidentale de l’Afrique située au-delà de la ligne, les royaumes de Congo , d’Angola , de Monomotapa , de Mataman, de Bagainadiri et d’Agasymba jusqu’au cap de Bonne-Espérance , pendant que le Nil, le Cuania , le Coavo, le Zeila et le Manice, traversent l’Abyssinie et tous les pays qui sont entre la mer Rouge et le Cuama. L’eiuboucbure du Zaïre est à 5° 4</ de latitude méridionale; elle a trois milles de large, et se décharge dans l’Océan avec tant d’impétuosité , que l’impression qu’elle donne à la marée, dont elle rend le cours ouest-nord-oueSt et nord-ouest au nord, se ressent en pleine mer à douze milles de la côte. Quand on a perdu la terre de vue, on découvre une eau noire, de la verdure, des cannes et des roseaux qui ressemblent à de petites îles , et que la violence de la marée entraîne apres soi du haut des écueils; de sorte qu’à moins d’un vent arrière , il est fort diflicile de résister au courant et d’aller jeter l’ancre dans la rade de Cabo Padron. On ne saurait remonter ce fleuve plus de vingt ou vingt-cinq lieues au-dessus de son embouchure , à cause des cascades qui sont au milieu de. son lit , et qui s’élancent du haut des rochers avec tant de bruit, qu’on l’entend à deux ou trois lieues de là. Plusieurs ruisseaux se déchargent ou sortent de ce fleuve et arrosent le pays , ce qui est fort commode pour les marchands et les hahitnns, qui peuvent aller sans peine d’un village à l’autre sur des canots. I.es peuples qui demeurent le long de ces ruisseaux sont des gens de petite taille. » (p. 343.)

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et n'ptanl qu’à quarante milles de l’embouchure du fleuve. Ginda est moins considérable; il place ce lieu à cinquante milles plus loin , au nord. Mais le fleuve se partage alors en tant de bras.et d’embranchemens, qu’il est très-difficile de distinguer celui qui est le Zaïre. On lui avait toujours dit que sa source n était pas fort éloignée (1). Il me peiguit les ’ •<

(1) Tout ce que le capitaine Tucley put apprendre du souverain de ce pays, fut qu’il se nommait Blindi N’Congo, et qu’il résidait dans un Banza , nommé Congo, qui était à six. journées dans les terres en partant des Grands-Arbres, et où, d’après les habitans, il y avait un établissement portugais , des soldats et des femmes blanches. C’est sûrement le San Salvador des Portugais.Voici la description qu’en donne Dapper : u La province de Poinbo est la plus considérable de tout le royaume , dont elle contient la ville capitale et forme comme le centre. Celle ville porte le nom de Banza chez les Ethiopiens. I,es Portugais la nomment présentement San Salvador, et Marmol l’appelait Ambas Congo. Elle est presque au milieu de la province, située sur une roche fort haute, à soixante-seize lieues de l-'rance ou cent cinquante milles de la mer, au sud-est de la rivière de Zaïre, et ombragée de palmiers, de tamarins, de bacovcs, de colas, de limonniers et « *

d’orangers. Le coteau sur lequel elle est bâtie est si haut, que, de dessus son sommet, on porte la vue aussi loin qu’elle se peut étendre, sans qu’aucune montagne l’arrête. 11 n’y a point de murailles autour de celte ville , si ce n’est d’un côté, de devers le midi , que le premier roi chrétien donna aux Portugais pour les mettre à couvert des insultes. Il fit aussi fermer de murailles son palais et toutes les maisons royales qui sont aux environs, laissant une place vide où l’on bâtit ensuite un palais et un cimetière. La cime de la montagne est occupée par

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maisons comme chétives, et pouvant facilement se transporter, de sorte qu’un marchand qui en achète une pour une bagatelle , peut la placer sur tel point

des maisons bâties fort près l’une de l’autre: les personnes de qualité en possèdent la plus grande partie, et ce sont des enceintes de bâtimcns qui ressemblent à une petite ville. Les habitations des personnes du commun sont rangées de file en diverses rues-, elles sont assez grandes, mais les murailles ne •ont que de paille, excepté quelques-unes que les Portugais ont construites , dont les murs sont de briques et les toits de chaume. Le palais du roi est aussi grand qu’une ville ordinaire; il est fermé de quatre murailles : celle qui donne sur le quartier des Portugais est de chaux et de pierre ; les autres ne sontque’de paille, mais travaillées fort proprement. Les murailles des salles et des chambres sont ornées de tapisseries de paille nattées avec beaucoup d’art. Dans l’enceinte intérieure du palais, il y a des jardins et des vergers embellis de berceaux et de pavillons fort beaux pour le pays , quoique au fond ce ne soit pas grand’chose. Il y a dix ou douze églises, la cathédrale , sept chapelles dans la ville, et trois églises dans la château du prince. Il y a aussi un couvent de jésuites, où trois ou quatre de ces pères lisent tous les jours le catéchisme au peuple, et des écoles où l’on enseigne le latin et le portugais. H y a deux fontaines, l’une dans la rue de Saint-Jacques, et l’autre dans une cour du palais, qui fournissent abondance d’eau fraîche, sans qu’on se donne la peine de refaire le* aqueducs ou de les entretenir. Outre cela il y a un bras de la rivière Lelunde, qu’on nomme Vèse, qui sort du pied delà montagne, au levant de la ville. Son eau est fort bonne, le peuple en va puiser, et elle isert à arroser et à rendre fertiles les campagnes d’alentour. On yades pourceaux etdescbèvres, mais peudemoutons et de boeufs; on les renferme lanui tdans des parcs qui sont dans la ville près des moi sons, »

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des bords du fleuve que bon lui semble. On y trouve en abondance des dents d’hippopotame. Les Nègres en enterrent avec leurs morts pour les honorer, comme les Aschantes font de l’or ; en général , ils en plantent une sur la tombe du défunt pour y rester en guise de monument. Ce capitaine parlait fort mal de ce peuple, d’après sa propre expérience, car plus d’une fois on avait tenté d’empoisonner l’eau qu’il avait à bord. Quelques mois auparavant , les Nègres avaient coupé les cables d’un bâtiment portugais , massacré l’équipage , et pillé la cargaison. Il me tardait bien alors de pouvoir lire la relation du voyage du capitaine Tuckey (1) !

Tom Lawson quia tout autant, sinon plus d’autorité que le roi son frère , me dit qu’il donnerait » une escorte commandée par son fils pour conduire, sur les bords de l’Ogouaouoi , et à cinq'jourm es en la remontant, c’est-à-dire jusqu’à Okota , ceux qui voudraient reconnaître cette rivière, et qu’il garantirait leur sûreté. Je crois que 200 livres sterling (4>8oo fr.) en marchandises suffiraient pour les dépenses de celte expédition , ainsi que pour les présens à faire en passant. Il serait bien facile d’envoyer du Cap-Corse deux officiers anglais pour cette entreprise. Un vaisseau de guerre, en croisant, pourrait les y conduire et les en ramener.

Les rois sont nombreux siales rives du Gabon ,

(1) Deux volumes in-8° avec atlas. Se trouve chez Gide (ils, libraire , rue Saint- Mare-Feydeau, n° ao.

et à peine peut-on les comparer aux petits cabocirs deFantie. Le marchand le plus accrédité, ou l’homme le plus riche de chaque village , prend ce titre , et est souventexposé aux insultes de ses sujets , parce qu’il n’a pas assez d’autorité pour les punir. La supériorité du roi de Naango sur les autres paraît généralement reconnue , et sa puissance , par comparaison, est respectable. 11 est connu des bâtimens marchands, sous le nom du roi George* Le frère succède avant le fils. -Les pouvoirs législatif et judiciaire sont entre les mains du roi , qui a droit de vie et de mort sur ses sujets. Mais , à moins de fortes raisons , on permet ordinairement au condamné de se retirer ailleurs. Les enfans partagent la succession de leur père par portions égales , à l’exception du fils aîné“qui a droit au double à peu près de ce qui revient à chacun des autres. Si un homme en tue un autre «il est jugé publiquement; et, à moins qu’il ne justifie son action , ce qu’il paraît qu’il peut faire en plusieurs cas , il est condamné à mort. S’il tue une de ses femmes , dont le nombre est déterminé par son rang , il paye une amende à la famille de celle-ci. G”esl celte famille , et non le mari , qui doit intervenir dans tous ses procès. L’héritier présomptif peut intenter un procès à son père, ou à toute autre personne dont les biens doivent lui appartenir un jour, pour .avoir tué un esclave injustement, ou détérioré ses propriét^, dé quelque manière que ce soit ; il peut l'obliger a réparer le dommage.

On ne doit ui regarder sa belle-mère , ni lui par?

1er , à peine d’une amende considérable et presque ruineuse. Cette loi singulière est fondée sur la tradition d’un inceste. L’usage de se prêter réciproquement ses femmes est général; et si un homme se refuse à accomplir une promesse de ce genre , on accorde des dommages considérables au plaignant. Mais si celui qui demande ce prêt essuie un refus , et qu’il soit découvert ensuite en intrigue criminelle avec la femme , tous ses biens sont confisqués au profit du mari ; et , s’il tarde à en faire la remise, celui-ci peut le tuer et brûler sa maison. Je n’ai pas vu de loi aussi barbare que celle-ci dans aucune partie de l’intérieur de la Côted’Or. On m’assura que dans ce pays on ne sacrifiait jamais de victimes humaines.

Un homme de distinction ne boit jamais devant ses inférieurs sans leur cacher sa figure , parce qu’il croit que c’est le seul moment où , malgré la surveillance de son fétiche , ses ennemis aient le pouvoir de jeter un sort sur lui. De même que chez les autres Nègres, chaque famille a son fétiche particulier.

Les uns s’abstiennent religieusement de la chair du coq , les autres de celle de la poule, etc. Je n’ai pu découvrir en eux aucune idée bien distincte de la créa- ’tion du monde , pi d’un état futur. Ils croient que les fétiches du Sappalah et des autres pays de l’in- » térieur ont un pouvoir supérieur aux leurs. Un esclave de Tom Lawson , natif du Sappalah, a. su persuader à son maître , parce que le hasard l’avait fait sortir sain et sauf de plusieurs combats , que son

fétiche l’avait rendu invulnérable, et que les baltes ne lont que rebondir sur lui. Aussi son maître qui a passé presque toute sa vie sur des bâtimens européens , engage-t-il toujours les étrangers à tirer sur cet esclave , poup se convaincre par eux -mêmes de ce qu’il en raconte. Son fils fit à cet homme un présent considérable pour qu’il lui communiquât le même avantage ; l’ayant obtenu , il voulut en faire l’essai sur-le-champ , se fit tirer un coup de îusil, et eut le petit os du bras cassé. L’adresse de l’esclave vint à son secours en celle occasion; il déclara que son fétiche lui avait révélé à l’instant que ce jeune homme*avait eu commerce avec sa femme dans un moment où les lois du pays le défendaient , et que, parcelle raison, il n’avait pas voulu le protéger. Le fait fut avoué, et le crédit de l’homme invulnérable n’en souffrit aucunement.

Quand un homme meurt, on tient sa maison fermée pendant sept jours. Les hommes et les femmes portent les cheveux des deux côtés de la tête tressés en nattes serrées qui leur pendent quelquefois audessous des épaules , et dont les bouts sont ordinairement ornés de grains de diverses couleurs; les boucles du haut de la tête sont quelquefois réunies et relevées de manière à former des espèces de cornes. Les femmes portent des anneaux de cuivre autour des jambes; les femmes de distinction en ont depuis la cheville jusqu’au genou» Les esclaves portent les plus lourds fardeaux suspendus à une large bande qui leur serre le front.

,( So5 )

Naango consiste en une rue large, régulière et fort propre. Les maisons y sont construites en bambou , et consistent en un rez de chaussée composé d'appartemens spacieux et élevés. Les habitans se couchent sur des lits entourés de rideaux de toile de bambou, pour écarter les mosquites. Les manières de la classe supérieure sont affectueuses et hospitalières; un Européen peut y séjourner non seulement avec sûreté , mais avec agrément. Je ne crois pas que l’ancienne et la nouvelle ville contiennent ensemble cinq cents habitans. D’après les maladies qui régnèrent à bord de notre bâtiment , je pense que le climat doit en être fort insalubre. L’épaisseur et les exhalaisons de l’atmosphère incommodaient beaucoup plus que la chaleur, qui était très-forte avant que la brise de mer se fît sentir, et, dans tous les temps, bien plus grande que celle que j’avais éprouvée sur la Côte-d’Or et dans l’intérieur. La langue de l’Empoongeua est la plus douce que j’aie entendue chez les Nègres. Elle se caractérise par un redoublement de voyelles qui se prononcent séparément.

Il n’y existe pas uneseule manufacture; les habitans sont, pour tous leurs besoins, dans la dépendance de leurs voisins de l’intérieur , et les plus1 industrieux des bâtimens européens. Ils ne cultivent que trèspeu de grains, et n’élèvent qu’un petit nombre du chèvres et de volailles. Le cotonnier y croît sponlanément. On fait une bonne teinture noire avec les bois du manglier et de l’ébénier. On réduit le bois

rouge en poussière très-fine , en frottant avec force l’un contre l’autre deux morceaux plats de ce bois, entre lesquels on met une poudre provenant d’une pierre concassée. On jette ensuite les deux poudres dans l’eau ; celle qui provient du bois surnage , on la recueille et on la fait sécher; on frotté les enfans de cette poudre dans les éruptions cutanées.

On trouve dans ce .pays l’orang-outan d’Al'rique (1). Le seul que j’y vis avait deux pieds et demi de hauteur; an me dit qu’il grandirait encore. J’en offris un prix qui nie parut raisonnable, ces animaux n’étant pas rares , et je n’en voulus pas donner davantage lorsque j’appris qu’il y en avait alors un en Angleterre. Les Nègres l’appellent intchego. Celui que je vis avait le cri, le visage et les gestes d’un vieillard ; il obéissait à la voix de son maître. On ne pourrait décrire l’inquiétude et la crainte qu’il éprouva en voyant la panthère que nous avions à bord (2). Il y a dans cette contrée une grande variété de singes. L’iugena , dont je ne parle

(l) Pithècus Troglodytes .

(a) Cette panthère , envoyée au gouverneur en chef anglais par le roi d’Aschantic , était si apprivoisée, qu’on ne l’enchai-^ naît jamais; elle courait en liberté dans tous les appartenons, et jouait avec' les enfaus. Elle fut présentée à la duchesse d’York en arrivant à Londres , et mourut peu de temps après à la ménagerie d’Exceter-Change, dans le Strand , d’une inflammation au poumon. Pendant une traversée de quatre mois, crt animal avait conservé sa douceur et sa familiarité , et avait fait une excellente chère aux dépens des perroquets q ui mouraient.

ici que pour engager à faire des recherches à ce sujet, en est le plus extraordinaire. Les naturels le com-™ parent à l’orang-outan , mais disent qu’il est beaucoup plus grand, sa taille ordinaire étant- de cinq pieds , et la largeur de son corps d’une épaule à l’autre de quatre. Il se nourrit de miel sauvage ; les voyageurs qui vont dans le Kaylie prétendent en avoir vu qui se cachent dans les bois pour attaquer les passans; ils ajoutent que ces animaux , voulant imiter étourdiment les actions des hommes, se donnent quelquefois la mort. Comme ils voiênt des Nègres traverser les forets en portant des fardeaux, ils arrachent de grosses branches , ramassent des dents d’éléphans , se chargent d’un poids disproportionné à leur force, et le portent à travers les bois sans s’arrêter, jusqu’à ce qu’ils tombent épuisés de besoin et de fatigue. Parmi d’autres traits que les Nègres rapportent de ces .singes , et sur lesquels ils tje varientpas,ilsdisent qu’ils se bâtissent des maisons qui sont une imitation grossière de celles du pays, et qu’ils se couchent en dehors à terre ou sur le toit. Quand un deleurs petits vient à mourir, ils le portent pressé contre leur sein , jusqu’à ce qu’il tombe en putréfaction Ci).

(i) La description que les Nègres font de cet animal s’accorde parfaitement avec celle que Dapper donne du quojaniorrou. « l.e quoja-morrou , dont on a parle dans le royaumc.de Quoja , naît dans le royaume d’Angola. Comme cot animal lieut beaucoup de l’homme , bien des gens ont cru qu’il était issu d’uu homme et d’un singe ; mais les Nègres

On ne voit pas de grands oiseaux dans les criques; ils y sont rares , peut-être même inconnus: maison y trouve beaucoup de pélicans.

Nous prîmes beaucoup de caméléons ; mais , soit qu’on les nourrît de mouches , ou qu’on ne leur donnât rien, aucun ne vécut plus d’un mois à bord du bâtiment. Les changemens de couleur de ceux que j’observai semblèrent se borner à passer d’un vert très- foncé à un jaune brillant. Quand on les

même rejettent cette opinion. Il y a trente ou quarante ans qu’on apporta en Hollande un de ces animau.x, dont on fit présent à S. A. le prince Frédéric-Henri. Il était de la grandeur d’un enfant de trois ans; mais il avait bien le double d’épais , étant d’une taille carrée , fort vigoureux et agile; car il levait des choses fort pesantes , et les portait d'un lieu en un autre. Le devant de son corps était nu , mais le dos était couvert de poil noir. Sa face avait quelque chose d’humaiD, mais son oez était plat et retroussé; ses oreilles, son sein et ses mamelles, ses coudes, ses mains, le bas de son ventre et ses parties naturelles, ses jambes et ses pieds ressemblaient parfaitement à ceux d’une femme, parce que c’était un animal femelle. H se levait debout et marchait souvent tout droit; il buvait fort proprement, portant, d’une main, le pot à là bouche , et le soutenautde l’autre; il se couchait de même, mettait la tête sur un chevet, ajustait la couverture sur son corps, et, à le voir ainsi étendu, on l’aurait pris pour un homme. Aussi les Nègres rapportent-ils des choses prodigieuses de cet animal ; ils assurent qu’il force des femmes et des filles , et qu’t/ ose s’en prendre à des hommes armés. Selon toutes les apparences , c’est là ce satyre si célèbre chez les anciens, dont Pline et tous les poètes ont tant parlé par ouï-dire et sur des rapport* incertains. *

( Sog )

plaçait sur une substance noire , ils en prenaient la couleur; si alors on en approchait une couleur moins foncée, ils reprenaient la couleur verte ; et si l’objet était jaune, ils étaient parsemés de taches du jaune le plus brillant. Je ne les vis jamais prendre une teinte de bleu ni de rouge. Quand ils étaient en repos dans leur cage , ils étaient d’un vert foncé , mêlé de quelques taches encore plus foncées.

Dans mes courses dans les environs de Naango, je me fis une idée générale des productions végétales de l’Empoongoua. C’était pendant la saison des pluies; la végétation u’est pas alors dans toute sa beauté. Les arbres à bois rouge sont nombreux, j’en vis plusieurs autres absolument nouveaux pour moi. Les mangliers couvrent les bords des criques et des rivières, et s'avancent même à quelques pieds dans l’eau. Leurs branches les plus basses sont souvent couvertes d’huîtres. Le palmier à vin est trèscomruun. De même que dans beaucoup de parties de l’Afrique occidentale, les forets ..sont tellement remplies d’arbrisseaux et de plantes, qu’elles pa- * raissent impénétrables. Des arbustes grimpans , entortillés ensemble et couverts de plantes parasites , tombent du haut des branches, reprennent racine à terre , étendent leurs bras à d’autres arbres , et semblent réunir toute la forêt en une seule masse. De tous côtés pendent des festons de fleurs, des couleurs plus brillantes. Celles du Convolvulus cairiciis se distinguaient surtout par leur étonn'ante variété ; elles offraient non seulement cette belle teinte lilas

que l’on eslime tant en Europe , mais aussi le Idanc , l'écarlate, un jaune pâle, un brun foncé, un bleu brillant, avec toutes leurs nuances que présente le bouton «le la fleur depuis qu’il commence à s’ouvrir, jusqu’à l’instant où la fleur épanouie est près de se dessécher ( i ). La saison des pluies, mon peu de connaissance en botanique, et le défaut d’inslrumens nécessaires pour examiner les parties les plus délicates de certaines plantes, m'empêchent d’en parler comme je l’aurais désiré.

Le cosa-eosa croît surun arbre d’environ dix pieds de hauteur. Les fleurs sont en grappe , mais il est rare d’en voir deux épanouies eu même temps. La corolle est blanche, en forme de lubé, mais fendue par le bas , et ayant vers le haut une teinte de jaune et de cramoisi. Un pétale glutineux et peu coloré était fixé dans la cqrolle , et y tenait fortement. En l’en séparant , je trouvai que les deux anthères y étaient attachées sans fïlaniens; entre elles était le style, dont le stigmate avait par derrière un petit crochet pour l’attacher entre les deux anthères ; on emploie le sucre de celte plante pour guérir l’inflammation des veux.

L’Endaagou ( Cjperus articulatus ) paraît être

(i) « Les botanistes remarquent même très-fréquemment ces accidens de couleur dans les plantes venues en lieux agrestes. Je n’eD citerai qu’un exemple entre mille. Sur les rives sauvages du Volga et du Samara , Pallas a trouvé l’nrcemone païens chargé de périanthes tantôt bleus, tantôt blancs, tantôt jaunes. » Mirbel , ire partie , p. a64.

( Su )

line plante herbacéç; sa racine, qui est bulbeuse, passe pour êtrejjn remède contre les vers.

L’Edjamba ( espèce d 'Tfrtie ) porte une multitude de petites fleurs vertes; sa feuille ressemble à celle de l’ortie, et fait naître des pustules sur Ja peau.

L’Eninda Abokie ( Leea Snmbucina ) est une plante umbellilère; on en boit l’infusion pour dissiper les nausées.

Lounkoulankolie ( Ancilema Brucleolala ) porte une fleur délicate couleur de lilas ; elle n’a que deux pétales qui se jettent en arrière pour découvrir les autres parties de la fleur. Le moindre souffle les détruit. Les Nègres lavent leurs enfans avec une infusion.de cette plante, quand ils sont tardifs à marcher.

L’Econda Boomba ( probablement une nouvelle espèce de Bidens ) est un antivénérien, prise en infusion. La fleur ressemble à la camomille.

Le Scheouaouanp porte une tige dont les feuilles ressemblent à celles du sainfoin. On en fait une décoction contre les douleurs rhumatismales.

Le tabac croît spontanément; mais comme il peut avoir été importé dans l’Empoongona par les Portugais, celui qui pousse dans l’Inta sert mieux à prouver que cette plante est indigène en Afrique. •

Les Nègres regardent différentes plantes comme des fétiches. La plus remarquable est l’Iouelly- Oueily, l’Aserumbdrou d’Aschantie, et qui est une

( Sia )

sorte de Piper umbellatum. On croit que l’homme qui est sous la protection spéciale du létiche, de-*- ■vient invisible en se frottant le corps de la large feuille de celte plante.

L’Eroga est un médicament fort en usage, mais très-violent. C’est certainemen t une espèce de champignon, car on dit qu’il croît sur un arbre nommé Ocambou, lorsque celui-ci meurt de vieillesse. On commence par le brûler, et Ion en prend ensuite ce qui pourrait tenir sur un shilling ( sur une pièce d’un franc ).

Le médicament le plus estimé est le Neoondou. Ce fut avec peine que j’en obtins une petite quantité. Ce sont quatre amandes qui croissent dans une gousse, sur un grand arbre d’un bois très-dur. Il ne se trouve que sur les frontières de l’Empoongouaj on l’achète fort cher, et l’on s’en sert contre la gravelle.

On emploie deux sortes de poisons pour tuer les éléphans. Tous deux proviennent du suc de la tige de deux plantes laiteuses. L’une , 1 Inquâ-Indjou , qui semble appartenir au genre Arum, porte une graine rouge et dure; l’autre, l’Ygouan-Agouan , porte aussi une. graine rouge qui mûrit quand les autres fleurs sont en boutons. On frotte de leur snc les balles, les javelines, les flèches et toutes les armes dont ôn se sert contre les éléphans. L’on dit que leur èffet s’en fait sentir presque au même instant.

On fait de la glue avec un arbre nommé Epououa.

Indépendamment des Çlamens de l’ananas qui

servent de fil dans toute l’Afrique, on emploie encore ceux de deuxautrés plantes , l’Ezoonie ( Trium- J'elta eiliptica ) et le Naango, espèce «Sortie- La première porte une fleur jaune, trop petite pour que j’aie pu bien l’examiner; la tige de l’autre est terminée par cinq à six pédicelles fort délicats, portant de très-petites fleurs d’un vert vif.

Le gouverneur de la ville pi'apporta des feuilles coriaces, provenant d’une plante qu’il me nomma Egoogou T espèce de figuier qui n’était pas alors en fleur. On s’en sert pour polir et nettoyer le bois elles meubles. Il me donna aussi une plante que les Nègres aiment beaucoup à mâcher, et dont le goût tient de celui de la réglisse. C’est une petite légumiueuse fort délicate ( Abrus precatorius. Linn).

Une belle gousse rouge contient depelites graines noires qui ont exactement le goût du cardamome. Les habitans de l’Empoôngoua, de même que ceux de l'intérieur , en sont très-friands. La plante qui la produit porte, dans le Bouroum, le nom de Bouroumma, et, sur les bords du Gabon, celui d’En;oôndo. • .

On y trouve aussi le Caoutchouc ou la gomme élastique. Les Nègres disent qu’il n’est produit que par un seul arbre, l’Olambou (1). Leur manière

(i) x On a reconnu que le caoutchouc n’est pas exclusivement produit par l 'hevea caoutchouc ; plusieurs autres plantes le fournissent également. On le tire en grande quantité du jatrophaclastica de l’Amérique méridionale; et M. Roxburgh

de le recueillir est assez curieuse; apres avoir fait une incision à l’arbre , il en découle un suc laiteux et glutineux, qu’ils étendent avec un couteau sur leurs bras et leur poitrine , dont ils ont eu soin de raser tout le poil afin de pouvoir 1 enlever plus facilement. Ils en font ensuite des balles pour jouer , ou bien ils l’étendent sur leurs tambours. G est le seul usage auquel ils emploient cette substance Ils font des torches avec le bois delOdjou dont ils construisent aussi leurs pirogues. Ils fendent les parties les plus résineuses, et en forment des fais- , ceaux qu’ils attachent au haut d’un pieu enfonce dans le plancher de la chambre qu’ils veulent eclairer. Ces torches donnent une belle clarté et la résiné répand en brûlant une odeur agréable.

P L’Odica , dont ils font une espece de chocolat , est un très-grand arbre dont la feuille est luisante et pointue. Il produit des amendes blanches contenues dans une gousse ronde de la grosseur du poing, verte en dehors, jaune en dedans , renflee a l extre „iité, deux fois aussi grosse que le poing. Le biou qui entoure Tes amendes, est exprime dans 1 eau pu’il rend sucrée comme de 1 eau miellee. On en les noix et on les fait sécher à la fumee , apres quoi on les pulvérise et on les délaye dans de leau qui

a décrit «ne plante de l’Inde , urceola elastica, dont le suc l Ltesles propriétés du caoutchouc. On sa.t auss. que

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semblables. »

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ressemble alors au chocolat , mais qui a le goût d’un .mauvais bouillon. Cette boissou pourrait être meilleure si on la préparait différemment.

L’arbre qui donne le beurre végétal est bien connu en Àschanlie , et appartient à l’ordre des sapotiliers. Il porte ici le nom d’Onoôngou ; il est trè$grand. Les amandes sont renfermées dans une cosse rouge de forme ronde, qui en contient de quatre à six. La Heur est également rouge , à ce qu’on m’a dit. Mon domestique , né dans lelîouroum, appelait l’arbre Kirrimkoun, et le beurre incoum. Les ' Ascbautes appellent le beurre sarradie , et dans le Mallooua , l’arbre porte le nom de Timkiéa. On fait d’abord bouillir les amandes, et l’on en exprime ensuite l’huile ou le beurre. Dans le Bouroum et le Mallooua, on l’écume quand il surnage sur l’eau. Le goût en est aussi bon que celui du beurre frais avant qu’on y ait mis du sel; nous en faisions des fritures excellentes. La saison des pluies m’empêcha de voir la lleur et la gousse de cet arbre , aipsi que celles de l’Odica, mais j’eus des amandes de chacun. Avant de savoir que ces arbres étaient différens,' je croyais que le chocolat et le beurre étaient le pro- ' duit du cacaotier ; mais le beurre répond parfaite- • ment à la description que Mungo l*ark a faite du Schéa-Tolou, quoique l’arbre ne ressemble nullement au chêne d’Amérique.

La noix de Kolla croît sur un de ces arbres qui passe pour se semer d’eux-mêmes. Elle est de la grosseur d’une prime d’Orléans. La coque en est

fort dure, l’amande blanche. Quand elle a été expo* sée au soleil quelques jours, elle devient aussi douce qu’une aveline. Les naturels les fonfsouvent tremper dans l’eau salée pendant quelques semaines , parce qu’ils aiment la saveur rance que lui donne celte préparation. C’est la principale nourriture des classes inférieures.

L’Intchima est un fruit rond , couleur d’orange.'

Sa grosseur varie depuis celle du plus petit Coco jusqu’à celle du plus gros. La peau en est très-

• épaisse; et, quand on la coupe , "il en sort un suc laiteux. L’intérieur contient un grand nombre de graines dures, d’un brun foncé, entourées d’une pulpe qui est la seule chose que l’on mange ; elle a un goût délicieux qui , lorsque le fruit vient d’être cueilli, ressemble à celui de la prune de reineclaude.; mais si le fruit tombe de lui-même , les meurtrissures lui donnent un mauvais goût , et le rendent malsain.

' Lorsque les nuits étaient bien obscures , Tom Lawson m’invitait toujours à tourner les yeux du côté où des Européens , mauvais plaisaos , lui avaient persuadé qu’il y avait une n.oqiagne de diamant.

. Elle est située à peu près à trois journées en droite ligne à l’est tle l’Empoongoua. Mais la crainte des habitans des pays intermédiaires avait obligé Tom Lawson à faire un long circuit qui lui avait pris sept jours entiers pour y arriver. Il en avait détaché des fragmens; mais., en revenant , il les perdit dans une escarmouche. Ces pierres , me dit-il , éclairaient a

une dislance considérable. On regarde celle montagne comme un féliche très- puissant , et on la représente comme très-haute. Jetloisavouer que, lorsqu’il ne faisait pas clair de lune , on apercevait, dans la direction qu’il m’indiquait, une lueur pâle , mais bien distincte , qu’on ne découvrait d’aucun autre côté.

On m’apporta de l'ocre rouge et de l’ocre jaune, qui se trouvaient , me dit-on , dans le voisinage d’une savane , à trois journées au sud-est de l’Empoongoua. On m’assura qu’il y avait, dans îe même endroit, des couches très-considérables de plusieurs autres couleurs. Mais les Nègres sont convaincus que quiconque essaie d’en emporter de plus d’une cooleur en même temps , est à l’instant frappé de paralysie. On n’a jamais trouvé d’or dans cette partie de l’Afrique.

La musique de l’Empoongoua est fort inférieure à celle que j’avais entendue en Aschantie. L’encbambie, seul instrument qui leur soit particulier, res- * semble à la mandoline, mais n’a que- cinq cordes , faites de fibres de racines de palmier. Lè manche consiste en cinq morceaux de bambou auxquels sont attachées les cordes qui , pouvant se lever ou s’abaisser à volonté, se mellfent facilement d’accord , quoique pour peu de temps. On joue de cet instrument avec les deux mains. Le son en est doux , mais monotone. Dans les soirées éclairées par la lune , on chante, d’un ton de récitatif, de longues histoires qu’on accompagne de l’enchambie ; une des plus en

(5iS) •

logue contient le récit des artifices par lesquels le soleil gagna de l’ascendant sur la lune, qui avait été créée son égale par leur père commun.

Parmi les Nègres, que je vis jouer de cet instrument, se trouvait un Albinos, né dans.l’Imbiki, contrée de l’intérieur. On voyait évidemment , aux traits de cet homme, qu’il était delà race des Nègres; • ses cheveux et ses sourcils étaient laineux et roux ; ses yeux petits, vils et d'un gris foncé, clignotaient sans cesse; la lumière semblait les fatiguer. Il était de moyenne taille; il avait les extrémités minces. Une maladie cutanée le défigurait; la peau des parties de son corps qui n’en était pas attaquée, était si lâche et si ridée, qu’on l’aurait prise pour un vêtement qui le couvrait. Sa voix était creuse; il riait avec force , en hurlant de temps eu temps comme les Africains.

Pendant notre séjour sur le Gabon, il y arriva trois navires portugais , un français et deux grands bâtimens espagnols, pour y prendre un chargement d’esclaves; le capitaine d’un bâtiment de Livcrpool me dit qu’il en avait rencontré vingt-deux entre le Gabon et le Zaïre. Leur grand rendez - vous est Mayombe. Les Portugais de Saint-Thomas et des îles du Prince envoient dans le Gabon de petites goélettes pour y charger des esclaves qu’ils gardent jusqu’à ce que la côte soit libre et qu’ils puissent les faire passer en Amérique. Un troisième vaisseau espagnol , d’un port considérable et bien armé , entra dans le flçuve le soir qui précéda notre

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départ , et fut même cause que nous le hâtâmes , car nous avions appris qu’un bâtiment semblable avait commis des actes de piraterie dans les rivières voisines. Nous fûmes ensuite chassés et abordés par une goélette espagnole , bien armée , qui avait à bord trois cents esclaves, mais elle ne voulait que des vivres.

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