‹ Voyage dans le pays d'AschantieChapitre 6 sur 31 · II · texte numérisé non relu

II

sur la liberté dont les femmes jouissent en Angleterre ; et , lorsque dous disions que non seulement chaque homme n’avait qu’une femme qui possédait seule l’attachement de son mari, et que chaque fille avait le précieux privilège de choisir son époux , il est impossible de décrire l'effet comique que ces discours produisaient sur les femmes qui nous écoutaient. Elles s’approchaient de nous, essuyaient la poussière de nos souliers, écartaient de nous avec soin les mouches et les insectes , tandis que les hommes, nous mettant la main devant la bouche, ; nous disaient de ne point parler davantage de ce sujet, faisaient tomber la conversation sur la guerre, et renvoyaient les femmes dans l’intérieur de la maison.

Un des interprètes du roi était un vieillard nommé Quancum.il parlait rarement ; mais on semblait avoir beaucoup de déférence pour ses avis , et le roi paraissait le consulter plus souvent qu’aucun de ses autres conseillers., Il avait été interprète des deux prédécesseurs de Sa ï Toutou, qui avaient souvent payé des sommes considérables pour les dommages et intérêts auxquelsses intrigues l’avaient fait condamner. L’àge n’avait pas amorti sa flamme amoureuse; quoique le roi actuel lui'eût fait les remontrances les plus amicales , et lui eût représenté qu’en payant, comme il l’avait fait plusieurs fois, de fortes sommes pour son inconduite, il semblait presque l’autoriser, Quancnm retombait toujours dans la même faute; il avoua au roi qu’une de ses femmes qu’il aimait beau-

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coup avait l’art d’entretenir en lui cette ardeur. Peu de temps après, on le découvrit en intrigue avec une femme d’un des premiers capitaines. Le roi refusa d’intervenir en sa faveur, le capitaine ayant déclaré qu’il s’embarrassait peu des dommages et intérêts, mais qu’il voulait la punition du coupable. Quancum fut donc dépouillé de tout ce qu’il possédait, même de son lit. La femme favorite fut comprise dans la confiscation; le capitaine, la trouvant à son gré, l’importune des plus belles promesses pour s’en faire aimer; mais elle lui déclara qu’elle le haïrait toujours, et demanda à être vendue. Après beaucoup d’instances, le capitaine y consentit, à condition qu’elle lui remettrait tous les présens qu’elle avait reçus de Quancum. Elle demanda que son fils pût conserver une certaine quantité d’or que Quancum lui avait donnée depuis peu; le capitaine y consentit, et la vendit à un cabocir d’une province éloignée. Mais son fils la suivit , racheta sa mère avec l’or qui lui avait été laissé , et la reconduisit à son père. Le roi, touché de cette conduite, donna une maison à Quancum, lui fournit le mobilier et l’or nécessaires pour sa suWistance, celle de sa femme et de son fils, et lui fit prêter un serment solennel de se dévouer désormais à cette femme seule, de ne jamais chercher à racheter aucune des autres, et de n’entretenir aucune intrigue.

J’emploierai les propres expressions de M. Tedlie pour décrire l’entrevue intéressante qu’il eut avec le roi , lorsque ce prince le pria de lui expliquer l’usage

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de ses instrumens de chirurgie, et des divers mé* dicamens qu’il avait apportés.

« Le roi, dit M. Tedlie, m’envoya chercher un matin en me faisant dire qu’il désirait voir mes instrumens, mes livres, et mes remèdes. Je fis sur-le-champ transporter le tout chez lui, et je lui expliquai par l'entremise de Quashi , l’interprète d’Accra, l’usage de chacun des instrumens. Après m’avoir fait beaucoup de questions, il me demanda si j’avais pratiqué toutes les opérations dont je venais de lui parler. Je l’assurai que jé les avais faites, et je lui montrai un fragment d’os que j’avais extrait, à Ceylan , de la tête d’un Indien qni avait été blessé et qui avait survécu à l’opération. Il leva les mains en signe d’admiration , et tous ceux qui étaient avec lui parurent frappés de surprise. J’appliquai divers instrumens sur moi , sur les interprètes , sur deux capitaines , et enfin sur le roi même , qni témoigna la plus grande satisfaction.

» Il me demanda ensuite à voir les médicamens , voulut savoir la propriété particulière de chacun, la dose qu’il fallait en prendre , à quelle époque de la journée il fallait s’en servir, et s’il était à propos de manger ou de boire après les avoir pris. Je satisfis à toutes ces questions. Alors il me demanda si je voulais vendre mon assortiment. Je lui dis que cela n’était pas possible , parce que j’avais apporté ces médicamens pour l’usage des officiers anglais, s’ils venaient à en avoir besoin , mais que je lui donnerais tout ce que je pourrais en distraire, attendu que quelqu’un de ses quatre grands officiers pouvoit de-

venir malade. Il me dit que j’avais raison ; mais je vis qu’il avait grande envie de la plupart de mes médi- • camens. II les regarda cinq à six fpis, et me pria ensuite de lui en faire goûter. Je lui donnai de ceux qui ne pouvaient lui faire aucun mal, et il me remercia beaucoup.

« Je lui montrai alors des livres de botanique , et il faisait une exclamation de surprise chaque foisqu’il voyait des couleurs vives et brillantes. Toute sa suite se pressait derrière lui et regardait avec grande attention. Ses deux capitaines prirent chacun un volume, et, quand ils témoignaient leur admiration à la vue de quelques fleurs, le roi leur ôtait le livre des mains et m’en demandait le nom. Je lui expliquai les propriétés des plantes et des arbres. Il montra beaucoup d’étonnement eu voyant le lin dpnt nous faisons nos toiles, le chêne dont nous construisons nos vaisseaux , le pavot qui fait dormir. » Il reconnut la sensitive et en fit lui-même la description. Il dit alors quelques mots à un homme de sa suite qui sortit un instant et qui lui apporta neuf ackics d’or dans un morceau de drap. Leroi me les offrit, je les pris en le remerciant. Il me demanda alors si je consentirais à venir le voir toutes les fois qu’il m’enverrait chercher. Je lui dis que je serais toujours prêt à faire tout ce qu’il désirait, autant que mes devoirs me le permettraient. Il me prit la main et sortit un instant.

« Il revint presque aussitôt, donnant la main à une de ses sœurs, d’une manière qui ferait honte à plus

d’un petit maître européen, et il lui dit: « Voici le docteur blanc dont je vous ai parlé- Allez lui prendre la main. Vous êtes malade ; dites-] ui votre maladie, et il vous guérira. » La dame lui ayant obéi , il me dit: « Rendei-moi l’or que je vous ai donné. Le drap n’est pas convenable, je veux le mettre dans une plus belle étoffe. » Il le mit alors dans un morceau d’étoffe de soie , et me le rendit en disant' « Je vous aime , j aime tous les Anglais, c’est un peuple comme il faut, et je veux boire à votre santé. » Il alla chercher un flacon de genièvre; deux esclaves apportèrent un vase d’argent contenant de l’eau et deux verres. Il les remplit lui-même, en prit un, et me présenta l’autre, en disant : « Saï boit à votre santé. » Je le saluai et lui répondis : « Je bois à la santé du roi,’et je désire qu’il n’ait jamais besoin de mes médicamens. ». Quand l’interprète lui eut expliqué ces paroles, le roi avança son verre vers le mien , le toucha, et nous bûmes. Mc prenant alors par la main, il me dit : » Si je vous epvoie ma sœur /vous lui direz ce qu’il faut qu’elle fasse. » Je l’assurai que je donnerais mes avis à tous ses amis, toutes les fois qu’il le désirerait.

« Je lui remis alors tous les médicamens dont je n’avais pas un. besoin indispensable. Il recommanda à son eunuque et à dix ou douze personnes de sa suite de bien mettre dans leur tête tout ce que je dirais , après quoi il me fit répéter les propriétés de chaque médicament, la manière de s’en servir, la dose qu’il en fallait prendre ; et, lorsque j’eus fini,

il s’écria : « Saï se souvient de ce que le docteur Blanc vient de dire; « et, prenant lui -même les médicamens , il ajouta : « Ceci est bon pour ma tête, ceci pour mon ventre , ceci pour mon estomac , etc. »

« Une de ses sœurs lui fit -dire qu’elle désirait voir le docteur Blanc, et elle arriva peu après avec son trône et une suite nombreuse , parce qu’elle est cabocir d’une grande ville. Nous nous saluâmes, après quoi elle se plaignit de souljfrir beaucoup de la main gauche. J’examinai sa main , et je n’y vis absolument rien. J’y appliquai cependant un liniment, ce qui parut la contenter. Lorsque je partis, elle me demanda si je voudrois venir la voir dans la soirée , et je le lui promis. Quamina, notre guide aschante, vint me chercher pour me conduire chez elle , me dit qu’il fallait m’habiller, prendre mon chapeau et mettre mon épée; cette femme étant cabocir et sœur du roi , il voulut porter mon parasol. Quand j’arrivai, je trouvai la princesse couchée sur une natte, dans un de ses appartemens intérieurs; elle me fit donner un siège , et je mis encore un liniment sur sa main. Elle m’engagea à rester et à boire du vin de palmier avec elle; mais je la remerciai , en lui di^mt que les Anglais n’en buvaient jamais dans la soiree, et je me retirai. »

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