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Sitôt que la nuit eut remplacé le crépuscule , on plaça les sentinelles , précaution indispensable dans un pays infesté de sauvages. Le camp présentait alors un aspect tout-à-fait pittoresque. Des feux épars brillaient ou se mouraient parmi les arbres , et des groupes de Rangers les entouraient, les uns assis, les autres couchés sur l'herbe, d'autres debout, recevant les rouges reflets des flammes, ou leur profil se dessinant sur un fond noir.
Autour de quelques uns de ces foyers retentissaient les éclats d'une gaité bruyante, les rires prolongés , les rudes exclamations; car cette troupe ne se distinguait point par une discipline sévère, étant composée de jeunes gens de la frontière, qui ne s’enrôlaient que pour changer de place et courir les aventures; quelques uns aussi dans le but de connaitre le pays. Plusieurs étaient les voisins de leurs officiers, et leur parlaient avec la familiarité de camarades , non avec la subordination du soldat envers son chef. Pas un d’eux ne se faisait la moindre idée de l'étiquette, de la contrainte d’un camp régulier, et pas un d'eux n'aurait eu l’ambition d'acquérir une bonne renommée par son exactitude à suivre les lois d’une profession qu'ils n'avaient pas l'intention de continuer.
Tandis que cette folle gaité régnait auprès de l’un des feux , une sorte de mélodie nasale partit d’un autre ,et un chœur de voix se réunit bientôt à cette très lugubre psalmodie. Le coryphée était un des lieutenans, grand homme efflanqué, qui avait été maître d'école, professeur de chant , et, par occasion, prédicateur méthodiste dans un des villages de la frontière. Ce chant s'élevait avec une tristesse solennelle dans l'air de la nuit, et me rappelait la description de semblables cantiques chantés dans les camps des Puritains. En effet , ce bizarre mélange de figures et de costumes offert par nos gens aurait fait honneur au «dl :peau de Praise-God-Barebones. Dans un intervalle de la psalmodie nasale, un hibou, amateur probablement désireux d’entrer en concurrence, commença ses hou-hou sinistres. À l'instant ce fut un cri général : Le hibou de Charley ! le hibou de Charley ! paraît que cet oiseau de ténèbres avait visité le camp toutes les nuits précédentes , et qu’une des sentinelles, garçon peu malin, avait tiré sur lui et s'était excusé ensuite d’avoir tiré étant de faction , en disant que les hiboux faisaient d'excellente soupe. Un des jeunes cavaliers imita le cri de l'oiseau de Minerve, lequel, avec une simplicité peu d'accord avec sa réputation de prud’hom-
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mie, sortit de l'obscurité, et vola sur la branche dépouillée d’un arbre éclairé par un des feux. Aussitôt le jeune comte saisit son fusil, visa , et dans un clin d’œil le pauvre oiseau de mauvais augure, tomba sans vie. Charley fut appelé et sommé d’apprêter et de manger sa prétendue excellente soupe ; mais il refusa sous prétexte qu’il n'avait pas lui-même tué la béte.
Dans le courant de la soirée , je fis une visite au feu du capitaine, qui se composait d'énormes troncs d'arbres, capables de rôtir un bufle tout entier. Là se trouvaient les principaux chasseurs et officiers debout, assis ou couchés sur des peaux et des couvertures, contant leurs histoires de chasse et de guerre avec les sauvages.
À mesure que la nuit approchait, une lumière rougeâtre se montrait à l’ouest au-dessus des arbres.
« C'est probablement une prairie incendiée par les Osages, dit le capitaine.
— Ce doit être vers l'embouchure de h Rivière Rouge, dit Beatte en regardant le ciel; on dirait que c’est à trois ou quatre milles d'ici, et peut-être c’est à plus de vingt milles. »
: Entre huit et neuf heures , une douce lumière argentée s’élevant par degrés à l’orient annonça
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74 VOYAGE DANS LES PRAIRIES, etc.
le lever de la lune. Alors je sortis de la cabane du capitaine pour me préparer au repos de la nuit. J'étais décidé à quitter l'abri de la tente, et à bivouaquer avec les cavaliers. Une peau d'ours me servit de lit, un bissac était mon oreiller. Enveloppé dans des couvertures, je m'étendis sur la couche du chasseur, où je m’endormis d’un sommeil doux et profond , et ne m'éveillai qu'au bruit du cor, sonnant le départ au point du jour.
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