‹ Voyage dans les prairies à l'ouest des Etats-Unis [microforme]Chapitre 38 sur 76 · RE RS SERRE · texte numérisé non relu

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retentit du bruit des haches et du craquement des arbres tombans. De grands feux brillèrent ; on étendit des couvertures devant eux pour servir de tentes; on forma des logettes en écorces et en peaux, et chaque foyer eut un groupe qui se serrait autour de lui , occupé à se sécher, à se réchauffer ou à préparer un repas réconfortant. Quelques cavaliers déchargeaient ou nettoyaient leurs armes , et les chevaux, débarrassés de leurs harnais et de leurs charges , se roulaient dans les herbes mouillées.

Les averses se succédérent à de courts intervalles jusque bien avant dans la soirée. On rassembla les chevaux à l’approche de la nuit, et on les mit au vert autour du camp, mais en-decà des avant-postes. La crainte des Indiens, qui profitent ordinairement des nuits orageuses pour leurs attaques, obligeait à prendre cette précau-

tion. À mesure que les ténèbres devenaient plus

noires, nos feux émettaient une clarté plus intense , éclairant fortement des masses de feuillage , tandis que d’autres parties des bosquets restaient dans une profonde obscurité. Près de chaque foyer, on voyait un cercle d’un aspect tout-à-fait surnaturel, et les chevaux paraissaient aussi , à travers les branches , comme des

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ombres parmi lesquelles un coursier gris se détachait çà et là en brillant relief.

Le bois, ainsi éclairé par la lueur rouge et intermittente des feux, ressemblait à un vaste dôme de feuillage cerné par des ténèbres opaques. Cependant, par intervalles, une suite d’éclairs révélait un paysage étendu, où des champs , des forêts , des ruisseaux paraissaient prendre vie pour quelques secondes ; mais avant que l'œil eût eu le temps de les saisir, ils se perdaient de nouveau dans l’obscurité.

Un orage de tonnerre , sur les prairies comme sur l'océan, emprunte une grandeur, une sublimité additionnelle de l’espace immense et sauvage sur lequel il exerce ses fureurs. Il n’est pas surprenant que ces phénomènes imposans de la nature soient l’objet de la vénération superstitieuse des pauvres Indiens , et qu’ils considèrent la foudre comme la voix du Grand-Esprit en colère. Tandis que nos métis babillaient auprès du feu , je tirai d’eux quelques unes des idées adoptées par les sauvages à ee sujet. Ces derniers prétendent que les tonnerres éteints sont quelquefois trouvés sur les prairies par ies chasseurs, lesquels s’en servent pour faire des pointes de flèches ou de lances. Ils assurent qu'un guerrier

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ainsi armé est invincible ; mais cet avantage est accompagné d’un certain péril. Si par hasard un orage éclate pendant une bataille, le guerrier possesseur de l'arme céleste est sujet à être emporté, et l’on n’entend jamais parler de lui.

Un guerrier de la tribu des Kousas fut surpris par un orage en chassant sur les prairies , et frappé de la foudre, il tomba privé de sentiment. Lorsqu'il revint à lui , il aperçut le trait du tonnerre gisant sur le sol , et à côté de ce trait un beau cheval. Il saisit la bride , sauta sur le coursier, mais il reconnut trop tard qu’il avait enfourché l'éclair. En un moment il fut enlevé audessus des prairies, des forêts, des rivières, et enfin jeté, sans connaissance , au pied des montagnes de rochers. Quand il reprit ses sens, il se mit en marche pour retourner à sa tribu, mais il voyagea plusieurs mois avant de la retrouver. Cette histoire me rappela une tradition indienne du même genre qui m'avait été contée par un voyageur. Un guerrier avait vu le tonnerre éteint reposant sur la terre, avec une belle paire de mocassins brodés, placée à s°s deux côtés : le guerrier , croyant avoir fait une riche trouvaille,

se hâta d’enfiler les mocassins, mais ils l’'empor-

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tèrent dans le pays des esprits, et il n’en revint jamais.

Ce sont là des contes simples et sans art, mais ils ne manquent pas d’un certain intérêt romantique , lorsqu'on les entend de la bouche de narrateurs demi sauvages, autour d’un feu de chasseurs , pendant une nuit orageuse, ayant unc forêt d’un côté, de l’autre un désert où le silence n’est interrompu que par des hurlemens , où peut-être des ennemis se glissent pour vous surprendre dans les ténèbres extérieures.

Notre conversation fut in.rompue par un violent coup de tonnerre, immédiatement suivi du bruit d’un cheval courant au grand galop dans la campagne. Les pas de l’animal résonnèrent d’abord fortement , ensuite ils devinrent moins distincts, et ils se perdirent bientôt dans l'éloignement.

Quand le son eut cessé de se faire enténdre , les auditeurs commencèrent à former des conjectures sur sa cause. Les uns pensaient que le tonnerre avait effrayé ce cheval; d’autres, qu'un voleur indien l’avait monté et l’'emmenait. À cette dernière supposition , l’on objectait que le mode habituel des Indiens est de se glisser près d'un cheval, de le détacher sans bruit, de le monter

revint tout doucement, et de se retirer ensuite le plus | silencieusement possible, en tâchant d'emmener | y Mais d’autres chevaux avec lui, sans donner l’alarme | L oman- au camp. D'autre part, on disait qu’une pra- | le nar- tique également commune aux Indiens était d’ar- | | e chas- river en tapinois au milieu d’une troupe de che- k nt unc vaux, pendant qu'ils paissent la nuit, d'en | silence monter un, en prenant soin de ne faire aucun { ns, Où bruit, et de partir ensuite au grand galop. Rien 1. us sur- n’est plus contagieux que la terreur parmi les \ chevaux ; cette fuite soudaine de l’un d’eux épou- )| par un vante les autres, et tous se mettent à courir | nt suivi péle-mêle après le fuyard. | d galop : Tous ceux dont les chevaux paissaient sur les jA réson-— { lisières du camp étaient remplis d’inquiétudes, | inrent L. mais on ne put savoir avant le jour sur qui le l Ôt dans 3 malheur était tombé. Ceux qui avaient lié leurs | chevauxétaient plustranquilles; cependant cette 1 éndre , F précaution a son désavantage , les chevaux ainsi 1 es CON- n attachés ne peuvent s'éloigner beaucoup pour | | que le chercher pâture, et leurs forces s’en ressentent | | qu'un dans le cours d’un long voyage : plusieurs des ! Acette nôtres donnaient déjà en effet des signes d’épui- | e mode À sement. (| s d'un . Après une nuit sombre et tourmentée , l’au- (| onter 4 rore parut claire et brillante , et un glorieux lever

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du soleil transforma le paysage comme par enchantement. Cette horrible solitude des heures précédentes se changea en une belle campagne découverte, variée par des bosquets et des massifs de chênes gigantesques, dont quelques uns s'élevaient isolément et semblaient nlantés exprès pour l’ornement du site, ou pour arrêter les yeux au milieu des vastes prairies. Nos chevaux épars, et paissant à travers les bois, donnaient à l’ensemble l’apparence d’un parc immense. On avait peine à se persuader que l’on füt aussi éloigné de toute habitation humaine ; notre campement, seul, avait un aspect sauvage avec ses tentes grossières, formées de blankets et de peaux, et ses colonnes de fum bleues s’élevant au-dessus des arbres.

Dès que le jour parut, on s’occupa de la recherche des chevaux. Plusieurs s'étaient égarés assez loin, mais ils furent tous ramenés, méiñe celui dont la course désespérée nous avait causé tant de soucis. Il était allé jusqu'à l’une de nos haltes, à environ un mille du camp, et on le retrouva paissant tranquillement.

Le cor sonna le départ à plus de huit heures. Nous risquions maintenant, plus que jamais , d’être attaqués par les Indiens : aussi la ligne fut

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formée avec plus d’exactitude qu’on ne l'avait fait jusqu'alors. Chacun avait sa place marquée , et il était défendu de la quitter pour suivre du gibier, sans une permission spéciale. On mit les chevaux de somme au centre de la colonne » et une forte garde la terminait.

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