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| quaient des cuillers de fer dans lesquelles ou devait fondre le plomb pour faire des balles. Uu vieux chasseur, en veste de cuir et en mocassin, avait posé son fusil contre l’établi , et contait ses exploits tout en surveillant l'opération. Plusieurs chiens énormes flânaient dans la forge et en dehors, ou dormaient au soleil, et un petit roquet, la tête penchée de côté et une oreille dressée, examinait avec la curiosité ordinaire | aux petits chiens les procédés du maréchal, | comme s’il avait eu l'envie d'apprendre son métier, ou qu'il eût attendu son tour pour étre ferré.
Nous trouvâmes le comte et son compagnon | le virtuose prêts à marcher : comme ils avaient l'intention de regagner les Osages et de passer quelque temps à chasser au buflle et au cheval sauvage , ils avaient ajouté à leurs montures de voyage, des chevaux de la meilleure espèce qu'on devait mener en lesse et ne monter que pour la chasse.
Ils avaient de plus engagé à leur service un métis français-osage, sorte de maitre Jacques | propre à la chasse , à la cuisine, à prendre soin des chevaux ; mais il joignait à ces talens variés une propension irrésistible à ne rien faire, com-
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mune à cette race mêlée, engendrée et nourrie autour des missions. Par-dessus tout cela, c'était un joli garcon, un Adonis de la frontière; il était fier de ses avantages personnels, et plus encore d’être, à ce qu’il croyait, hautement allié, sa sœur étant la maitresse d’un riche négociant blanc.
De notre côté, nous désirions aussi, le commissaire et moi, ajouter à notre suite un homme accoutumé aux courses dans les bois, et capable de nous servir comme chasseur; car notre petit créole, chargé de la cuisine pendant les haltes et de la conduite des chevaux de bât pendant les marches, avait assez à faire. Un individu tel qu'il uous le fallait se présenta, ou plutôt nous fut recommandé dans la personne d’un certain Pierre Beatte, de race croisée d'Osage et de Français. On nous assura qu'il connaissait parfaitement le pays , l'ayant traversé dans toutes les directions en participant à des expéditions de chasse ou de guerre. Î pouvait nous être également utile comme guide et comme interprète, et passait pour un chasseur habile et déterminé.
Cependant sa mine me déplut quand il me fut d'abord designé , taudis qu'il rôdait dans le hameau, vêtu d'une vieille veste de chasse avec des
guêtres où métusses, de peau dedaim crasseuses, tachées , presque vernissées par un frottement longuement prolongé. Il n'annonçait pas plus de trente-six ans, et sa structure était carrée et forte ; ses traits n'étaient point mal, puisqu'ils étaient à peu près dans la forme de ceux de Napoléon : seulement les hautes pommettes indiennes donnaient à ceux-ci un caractère moins noble. Peut-être la teinte d’un jaune verdâtre de ce visage le faisait ressembler encore davantage à un buste en bronze de l'Empereur que j'avais vu autrefois; mais à tout prendre sa physionomie était sombre et sournoise, et cette expression peu agréable était renforcée par un vieux chapeau de laine rabattu sur ses yeux, et des mèches de cheveux enmélées qui retombaient le long de ses oreilles.
Telle était l'apparence de l’homme, et ses manières n'avaient rien de plus engageant : il était froid, laconique, ne faisait aucune promesse , ne se vantait d'aucun talent. Il nous dit à quelles conditions il consentirait à nous engager ses services et ceux de son cheval; nous les trouvâmes dures; mais il ne parut nuilement disposé à en rabattre , et nullement empressé de s'assurer l'emploi qui s’offrait à lui. Il tenait un
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peu plus de l'homme rouge que du blanc, et j'avais appris depuis long-temps à me délier des métis, race inconstante et sans foi. Je me serais donc volontiers dispensé de la coopération de Pierre Beatte; mais nous n'avions pas le temps de chercher une autre personne, et il fallut s’arranger avec lui sur-le-champ. Alors il nous dit qu'il allait faire ses préparatifs pour le voyage, el promit de nous rejoindre à notre campement du soir.
Une chose essentielle manquait à mon équipage pour les prairies : c'était un cheval sûr et goût ; l'animal que j'avais acheté était fort, de bon service, mais sa bouche et son allure étaient dures. Au dernier moment, je réussis dans mes vues, et je me procurai une excellente bête, un bai brun, vif, généreux, puissant, et en tres bon état. Je le montai en triomphe, et transférai le gris d'argent au petit Tonny, qui fut dans une exlase complète de se voir en parfait cavalier.