‹ Voyage dans les prairies à l'ouest des Etats-Unis [microforme]Chapitre 72 sur 76 · ESS CR PASSE NT · texte numérisé non relu

ESS CR PASSE NT

une teinte rosée, et à celle-ci succédait une raie d'un beau violet foncé; uneligne étroite de nuages bruns , dont les bords étaient couleur d’or et d'ambre , flottait à l’occident ; et juste au-dessus de ces nuages, l'étoile du soir brillait avec le pur éclat d’un diarnant.

Le concert du soir des divers insectes était en harmonie avec la scène ; et tous ensemble formaient ce son doux et un peu mélancolique, toujours si agréable à un esprit disposé à la réverie tranquille.

Nous eûmes encore une belle nuit. Nos homines ; fatigués, après un peu de conversation à demi-voix autour de leurs feux, tomberent bientôt dans un profond repos. La lune, alors dans son premier quartier, éclairait faiblement ; mais lorsqu'elle fut couchée , des étoiles et des météores brillans répandaient encore une douce lumière. Il est délicieux de bivouaquer ainsi sur les Prairies , de contempler, étendu sur la couche du chasseur , les étoiles du ciel, comme on les contemple du pont d’un vaisseau. Dans ces soli- Ludes, on sent la réalité de cette sympathie avec les astres, qui fit des astronomes des bergers de

l'Orient, lorsqu'ils veillaient la nuit sur leurs troupeaux. Combien de fois ne me suis-je pas rap-

pelé, en admirant la douce et bénigne charté de ces beaux luminaires, ce passage sublime du livre de Job : Peux-tu enchaïner les secrètes influences des Pléiades, ou déchaïner les tempêtes d'Orion! Je ne saurais dire pourquoi, mais je me sentais, cette nuit-la, plus affecté que de coutume par la solennelle magnificence du firmament. Il me semblait que j'étais ainsi couché sous la voûte des cieux pour aspirer, avec l'air pur, une vie nouvelle , une active énergie, et en même temps une délicieuse tranquillité d’esprit. Je dormais et veillais alternativement ; et, quand je dormais, mes rêves participaient du caractère serein des pensées de mes veilles. Sur le matin, une des sentinelles, le doyen de la troupe, vint s'asseoir près de moi : il était assoupi, fatigué et très impatient d’être relevé de son poste.

Il me paraît qu'il avait, comme moi, regardé le ciel, mais avec des sentimens différens.

« Si les étoiles ne me trompent pas, dit-il, le jour va bientôt paraître.

— On ne peut en douter, dit Beatte, qui était couché tout près de moi ; je viens d’entendre un hibou. |

— Le hibou a donc coutume de se faire entendre au point du jour ? demandai-je.

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— Oui, monsieur , justement comme le coq. »

C'était une habitude de l’oiseau de la sagesse qui m'était inconnue. Au reste, ni les étoiles ni le hibou ne trompèrent la confiance de nos deux observateurs; un moment après, une lueur blanche et faible se montrait à l’orient.

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