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vingt-cinq milles qui avait été bien rude pour nos chevaux. Long-temps après que les premiers de la ligne étaient campés, le reste arrivait en se trainant par groupes de trois ou quatre. Un de nos chevaux de bât était tombé épuisé à neuf milles en arrière , et bientôt un poulain, appartenant à Beatte, tait également resté sur la place. Plusieurs a itres chevaux paraissaient tellement faibles ei harassés que l’on doutait qu'ils fussent capables d'atteindre le fort. Pendant la nuit, il y eut beaucoup de pluie, et le jour suivant se leva sombre et triste; toutefois le camp retentit encore de quelques uns de ses anciens accens joyeux. Les cavaliers avaient bien soupé, et ils avaient repris courage en se sentant près d'arriver à la garnison. Avant notre départ, Beatte revint, ramenant son poulain, non sans beaucoup de difficultés. A l'égard du cheval de bât, on fut obligé de l’abandonner. La jument sauvage avait aussi pouliné par épuisement, et n'était pas en état d'aller plus loin. Elle et le poulain furent donc laissés au camp, où ils avaient de l’eau et un bon pâturage, et où l’on pouvait les revenir chercher ensuite, et les amener au fort s'ils reprenaient leurs forces.
Nous partimes à huit heures , et notre journée
fut extrêmement pénible, la moitié de notre chemin se trouvant sur des collines abruptes, l'autre, sur des prairies onduleuses. La pluie avait rendu le sol glissant , et si difficile pour les chevaux que plusieurs de nos hommes furent obligés de descendre, leurs montures n'ayant plus la force de les porter. Nous fimes halte dans le courant de la matinée. Nos malheureuses bêtes étaient trop fatiguées pour paître. Quelques unes se couchèrent , et l’on eut bien de la peine à les forcer de se relever. Notre troupe avait la plus piteuse apparence imaginable , marchant lentement en ligne rompue, irrégulière, qui s’étendait à plus de trois milles sur les collines et les vallées , par groupes de trois ou quatre, les uns à pied, les autres à cheval, un petit nombre de traîneurs très éloignés fermant la marche. À quatre heures, nous fimes halte pour la nuit dans une forêt spacieuse, près d’une rivière étroite et profonde , nommée la Petite Fourche du Nord. Il était tard lorsque les derniers de la troupe arrivèrent au camp, plusieurs chevaux étant tombés de lassitude. Le courant étant beaucoup trop profond pour être passé à gué, nous cherchâmes quelque moyen de le traverser. En attendant, nos métis emmenèrent nos chevaux
à la nage de l’autre côté, parce que le pâturage y était meilleur, et que la rivière commençait évidemment à enfler. La nuit fut orageuse et froide ; les vents sifflaient avec rage à travers la forêt , et emportaient des tourbhillons de feuilles sèches. Nous fimes des feux immenses avec des troncs d'arbres, et leur chaleur nous consola , si elle ne put nous égayer.
Le lendemain, une permission générale de chasse fut accordée jusqu'a midi, le camp se trouvant dénué de provisions. Le riche terrain boisé sur lequel nous étions abondait en dindons sauvages , et l’on en tua un très grand nombre. En méme temps, on fit des préparatifs pour passer la rivière , qui avait cru de plusieurs pieds pendant la nuit, et l’on abattit des arbres propres à faire un pont. Le capitaine, le docteur ét un ou deux autres chefs versés dans la science des bois, examinèrent avec des yeux de connaisseurs les arbres qui croissaient près du rivage, et ils en désignèrent deux de la plus grande dimension et de courbure convenable. La hache fut alors vigoureusement appliquée à leurs racines , de manière à les faire tomber directement en travers du courant ; mais comme ils n’atteignaient pas à l’autre rive, il fallut que quelques
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hommes se missent à la nage, et allassent couper des arbres de l’autre côté, afin qu’ils pussent se croiser avec ceux-ci. Enfin ils vinrent à bout de former un chemin précaire au-dessus du profond et rapide courant, sur lequel le bagage pouvait être porté; mais nous étions obligés :1e nous traîner pas à pas le long du tronc et des grosses branches des arbres , qui, pendant une partie du trajet, étaient complétement submergées, en sorte que nous étions à moitié dans l’eau.
La plupart des chevaux traversèrent à la nage ; mais quelques uns étaient trop faibles pour rompre le courant ; d'ailleurs, üis n'auraient pu aller
plus loin. Douze hommes furent donc laissés au
campement pour garder ces chevaux jusqu'à ce que le repos et la bonne nourriture les eussent suffisamment restaurés pour achever le voyage, et le capitaine promit à leurs gardiens de leur envoyer de la farine et les autres provisions nécessaires aussitôt qu il arriverait au fort.
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