‹ Voyage dans les prairies à l'Ouest des États-UnisChapitre 10 sur 56 · YOTAGE DANS LES PRAIRIES · texte numérisé non relu

YOTAGE DANS LES PRAIRIES

rique, moins rare chez ces peuples qu'on ne l'imagine généralement.

U est de fait que les Indiens avec lesquels je me suis rencontré dans la vie réelle sont tout--àfait difierens des Indiens décrits par les poètes. Ce ne sont point les sfoiques du désert...^ taci-iwmes, inflexibles;... sans sourire ^ sans lar^ mes (*).

Ils sont réellement taciturnes avec les blancs dont ils ignorent le langage y et les blancs sont également taciturnes avec eux par la même raison. Les Indiens n'ont pas même entre eux beaucoup de causeries proprement dites; le temps qu'ils passent ensemble et en repos est employé, soit à concerter leurs expéditions , soit à conter d'étranges et merveilleuses histoires. Mais ils sont en général excellens mimes, et se divei'tissent fort souvent aux dépens àes blancs avec lesquels ils ont frayé, et qu'ils ont laissés persuadés de leur profond respect pour notre supériorité. Rien n'échappe à leur attention eu-: rieuse; ils observent tout silencieusement, échangéant un regard ou un grognement significatif

(^) Allasions au poëme célèbre de Thomas Campbell : Gerinuie dt Wyondng,

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entre eux ^ lorsqu'ils sont particulièrement fira|>pés de quelque chose; mais ils réservent leurs commentaires pour le moment où ils seront seuls : c'est alors qu'ils donnent carrière à Içur verve caustique, bouffonne, à leur talent pour contrefaire, et à leur gaité;

Dans le cours de mon voyage, j'ai pu remarquer en plus d'une occasion à quel point ils sont susceptibles de s^animer, de s'égayer en communiquant ensemble. Souvent j'ai vu une petite troupe d'Osages rester assis autour d'un feu jusqu'à une heure très avancée dé la nuit, engagés dans une conversation vive et agréable, et faisant retentir les bois à chaque instant de leurs joyeux éclats de rire.

Quant aux larmes, elles ne leur manquent point, soit rédles, soit aflfectées. lAlucun peuple ne pourrait lutter avec eux s'il s'agissait de pléu^ rer abondamment et amèrement la perte d'un parent où d'un ami ; ils ont même des époques fixes auxquelles ils doivent aller hurler et se la-« menter sur la tomibe des défunts. J'ai entendu quelquefois des gémissemens douloureux, au point du jour, dans le voisinage des villages indiens : on me dit que ces lamentables sons provenaient de quelques habitans di^ hameau qui

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sortaient à cctle heure pour aller dans les chamj^ pleurer leurs morts. En ces momens les larmes coulent par. torrens siu' leurs joues.

Autant que je puis en juger, l'Indien des poètes est , comme le berger des églogues , un être de raison^ une personnification d'attributs imaginaires.

Le chant nasal de nos hôtes se changea graduellement en murmures confiis , et cessa enfin tout-k-fait. Ils se couvrirent la tête de leurs blankets, et s'endormirent profondément. Au bout de quelques minutes le silence fut complet^ autour de nous ; et le biniit des gouttes de pluî^ tombant sur notre tente se faisait seul entendue au dehors.

Le lendemauî matin, nos trois visiteurs indiens déjeunèrent avec nous ; mais on ne trouva point le jeune Osage qui devait servir d'écuyer au comte dans sa campagne de chevalier errant ; on ne trouvait pas non plus le cheval pie : et après mille conjectures , on fut obligé de s'arrêter à l'idée que le jeune chasseur avait pris congé de nous à la sauvage, pendant la nuit. Nous sÀmes par la suite qu'il avait été persuadé d'agir ainsi par les Osages avec lesquels nous nous étions rencontrés, lesquels lui avaient représenté

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le danger d'une expédition sur les : territoires des Pawnies, où il pouvait tomber dans les < mains de ces ennemis implacables de sa tribu : ils n'insistèrent pas moins sur l'ennui d'être as.sujetti aux caprices et à l'insolèrtce des blancs; et j'avais pu moi-même reconnaître combien leiu's notions étaient justes à cet égard, etquellç tendance nous avons à traiter ces pauvres Indiens aussi durement 'que s'ils n'appartenaient pas à notre espèce. Celui-ci avait manqué de bien peu d'être un exemple de cette injustice attribuée aux blancs ; car, sans notre intervention , il aurait subi une flagellation cruelle , en vertu de la loi des frontières, pour le llagrant délit d'avoir trouvé un cheval.

La disparition de ce jeune homme fut généralement regrettée : nous aimions tous sa belle mine , franche et résolue , et la grâce naturelle de ses manières : on pouvait dire qu'il était né gentilhomme dans l'acception littérale du mot. Cependant personne ne s'affligeait de son départ autant que le comte, qui *e voyait ainsi privé de son écuyer. Quant à moi , je fus fâché de h\ désertion de l'Osagc, par rapport à lui-mênie; nous l'aurions, très certainement, soigné et

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prot^ pendant l'expédition, et la générosité du comte m'était assez connue pour être persuadé que le sauvage serait retourné à sa tribu charge de toutes sortes de présens.

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