VOYAGE DAKS LES. PRAIRIES
loquace Toii-y supérieur même au silencieux Beatte^
La fermentation excitée par cet événement tint le camp éveillé bien au-delà de l'heure ordinaire. Il s'élevait y des groupes rassemblés autour des feux épars ^ un bourdonnement de voix interrompu de temps en temps par de longs éclats de rire; et la nuit était à moitié passée avant que tout le monde îùt endormi.
Avec le jour, l'excitation se renouvela. Beatte et son cheval sauvage étaient encore le point de mire , l'objet principal des regards et des conversations du camp. Le captif avait passé la nuit attaché parmi les autres chevaux. Beatte le fit marcher encore en le tenant par un lariat, et sitôt qu'il montrait la moindre envie de se révolter, il le secouait et le tourmentait comme il a#te fait la veille , jusqu'à ce qu'il l'eût réduit à mie soumission passive. Il paraissait d'un ca*ractère doux et docile , et son œil avait une expression touchante. Dans cette situation étrange et abandonnée , le pauvre animal semblait chercher protection , sympathie auprès de ce même cheval qui avait aidé à le prendre.
Encouragé par sa docilité, Beatte essaya^ un peu avant de nous mettre en marche^ d'attacher
A l'ouest des États-unis. i65
un léger paquet sur son dos y et de lui donner ainsi la première leçon de servitude. Mais l'ôr- ' gueilleuse indépendance native de Tanimal se réveillant a cette indignité, il rua , se cabra y employa tous les moyens possibles pour se délivrer de la charge dégradante. Cependant Tlndien était trop puissant pour lui : à chaque paroxysme, il renouvelait la discipline du licou; enfin la malheureuse béte y sentant Finutilité de lutter y se jeta à terre, et resta aplatie, sans mouv<3meut, comme si elle s'avouait vaincue. Certes, un héros de théâtre, représentant le désespoir d'un prince captif, n'aurait pu jouer son rôle d'une manière plus dramatique : il y avait une véritable grandeur morale dans cette action.
L'imperturbable Indien se croisa les bras , et resta un peu de temps à considérer en silence son captif; et quand il le vit bien complètement subjugué, il hocha la tête lentement, sa bouche se contracta en un sourire de triomphe sardonique , et, par une secousse donnée au licou, il ordonna au cheval de se lever. Il obéit, et de ce moment ne fit plus aucune tentative de résistance. Pendant cette première journée , on le. conduisit eu lesse , avec le paquet sur le dos, et il le porta patiemment : deux jours après , on le laissa mar-
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cher en liberté parmi les chevaux surnuméraires.
Je ne pouvais m'empêdier de regarder d'un œil de pitié ce bel animal, dont l'existence avait été si soudainement changée. Au lieu de parcourir, au gré de ses caprices, ces vastes pâturages, allant de plaine en plaine, de prairie en prairie , broutant toutes les herbes , toutes les fleurs , buvant les eaux de tous les ruisseaux , il se voyait condamné à une servitude pexpétuelle et pénible, à passer sa vie sous le harnais , peut-être au milieu du bruit, de la poussière, de la confusion des villes. Cette brusque transition dans sa destinée pouvait se comparer à celles qui ont souvent lieu dans les affaires humaines , surtout dans le sort des individus les plus élevés. Aujourd'hui prince des prairies; le jour suivant, cheval de bât!