‹ Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes; (volume 2)Chapitre 22 sur 52 · tome ir · texte numérisé non relu

tome ir

2i5 YOYAGE

quil ne voulait pas gêner la liberté de sa troupe , que les Machaculis pouvaient se retirer s’ils le jugeaient convenable, mais qu’il n’était pas juste que leurs voisins cultivassent toujours pour eux , et que s’ils s’en allaient dam la saison du travail et des défrichemens , on ne les

laisserait point revenir pour F époque de la récolte . Après

avoir nié qu’il eût envie de se retirer, après avoir dit qu’il ne voulait que faire une cliasse dans le voisinage , le capitaine des Machaculis finit par avouer qu’il avait véritablement formé le dessein d’abandonner le pays pour n’y plus revenir. « Ma troupe, dit- il à Juliâo, n’est point accoutumée à vivre uniquement de maïs et de patates * elle a besoin de manger de la viande -, dans ce canton le gibier a été détruit par les Botocudos $ si le commandant nous le permet, nous irons nous établir plus bas , mais toujours sur les bords du fleuve. » Alors il indiqua le lieu où il voulait se fixer, et le commandant , trouvant sa demande raisonnable , lui permit de faire ce qu’il désirait. Établis sur les rives du Jiquitinhonlia , et à peu de distance du chemin , dans un lieu où il n’y avait point encore de colons , les Machaculis n’auront pas été sans doute entièrement inutiles aux voyageurs.

Le capitaine de ces Indiens avait été élevé parmi les Portugais , et ne savait presque plus sa propre langue. Il répondait , en ricanant , aux questions que le commandant lui adressait, et il n’avait point cet air naïf et ouvert , ces grâces des forêts qui distinguaient les Botocudos, et que peut-être ils auront perdues à leur tour.

Les douze ou quinze maisonnettes qui composaient ]e hameau des Machaculis étaient bâties sans ordre et ressemblaient à celles des Macums. Elles étaient pe~ tites , carrées , couvertes avec des morceaux d’écorce d’arbres ou des feuilles de palmier. Quelques-unes avaient été construites en terre* 5 les autres n’offraient que des feuilles de palmier passées entre les perches qui leur servaient de charpente. Celles où j’entrai me parurent assez propres. Leur ameublement était semblable à celui des maisons des Macums.

Les femmes des Machaculis n’ont d’autre vêtement qu’une simple jupe. Le capitaine ne portait qu’un caleçon. Quant aux autres hommes de la troupe, je ne les vis point ; ils étaient à la chasse.

Quoique les Machaculis aiment beaucoup la viande, et qu’ils vivent depuis long-temps parmi les Portugais, ils n’ont point pris l’habitude d’élever , comme les Macums , des cochons et des poules • ils s’étaient contentés de faire, sur les bords du Jiquitinhonha, un grand nombre de ces espèces de trappes à prendre le poisson, semblables à celle que j’avais vue sur les bords du Rio Vermelho , et que j’ai déjà décrite.

Ces Indiens bornent leur culture à planter des patates, racine qu’ils font cuire aussitôt quelle est tirée de la terre, et qui ne demande pas les mêmes préparations que le manioc ou le maïs. La plantation des patates est en général celle que préfèrent les peuplades qui ont quelque teinture de civilisation, parce que ce genre de culture s’accommode avec leur paresse. Les Indiens n’arrachent jamais toutes leurs patates à la

fois 5 mais ils les tirent de la terre à mesure qu’ils en ont besoin , et ne dégarnissant point entièrement les racines , ils ont des tubercules pendant toute l’année.

Les femmes des Machaculis savent filer le coton -, elles préparent un cordonnet très-fin, et avec ce cordonnet elles font des sacs et meme des hamacs d’un filet semblable à celui des femmes macum's d’Alto dos Bois.

Au milieu des vices qui caractérisent les Machaculis, la paresse, le penchant au larcin, la duplicité1 , cette peuplade se distingue par une vertu touchante , l’amour des pères et des mères pour leurs enfans. « Autrefois, me répétait une femme machaculi en mauvais portugais , autrefois je filais nuit et jour, je filais pour Luciana Teixeira2, et elle m’avait donné un beau couteau que les Botocudos m’ont dérobé-, mais j’ai perdu mes deux fils , et à présent je ne puis plus filer. » En disant ces mots, cette femme laissait tomber ses bras sur ses hanches, et sa figure portait l’empreinte d’une amère douleur. Cependant les marques de tendresse que les Machaculis donnent à leurs enfans et à leurs proches ne sont pas toujours, il faut l’avouer, dictées par la rai-

1 On a vu que les Portugais -Brésiliens sont aussi bien loin d’être exempts de paresse. Le penchant au larcin est la conséquence naturelle de la fainéantise. Quant à la duplicité, c’est la ressource du faible contre le fort, et il n’est pas étonnant que les Indiens y aient recours. Les vices des Machaculis me semblent donc être tout simplement le résultat d’une civilisation mal ébauchée.

2 La propriétaire de Boa Vista da Barra do Calhao.

AU BRÉSIL. 2i3

son. Quelqu’un d’entre eux est-il malade, toute sa famille se réunit autour de lui , et les assistans poussent des cris aigus que l’on entend de très-loin.

Comme les Malah's , les Macunis, et les Monochos , les Machaculis parlent du gosier, presque sans ouvrir la bouche, et n’ont dans leur prononciation aucun de ces éclats de voix qui distinguent celle des Botocudos. Par le vocabulaire suivant, on verra que la langue des Machaculis a beaucoup de ressemblance avec celle des Indiens d’Alto dos Bois. — Dieu 5 Tupd. — Tête; imtonhom (im, dans ce mot, comme dans les mots malalis , monochos , et macunis que j’ai cités ailleurs , a la prononciation portugaise : c’est notre i simple prononcé du nez ). — Yeux’; ingué. — Nez ; nitsicoe. — Bouche ; nhicoi . — Dents ; tsooi. — Cheveux ; imde (ces lettres ne représentent que très - imparfaitement le mot des Machaculis ; des sons extrêmement sourds partent de leur gosier, et ils les poussent entre leurs dents). — Bras ; nhimnoi . — Mains; nhimcotoi. — Doigts; nhimcoton. — Cuisses ; tchecnoi. — Jambes ; kené. — Pieds ; patd. — Soleil , apocai. — Lune ; pua. — Étoile ; achi. — Genoux ; cupaché. — Mamelle ; tsictan. — Arbre ; abaai. — Sapucaia (fruit du lecythis ); caiai. — Eau; conaham . — Feu; ko (dans la langue des Machaculis, la prononciation de ce mot est beaucoup moins fermée que dans celle des Macunis ; c’est un o très-sourd). Dormir; monon. — Boire de l’eau; conatchum. — Manger; tomon. — Faim; tomamin. — - Flèche; pahan. — Grand ; tacotchum. — Très-grand; miptsotoi (ce dernier mot désigne peut-être le corn--

ai4 voyage

paratif, car il y en a un autre qui exprime un degré de grandeur plus élevé \ )

Après avoir fait notre visite aux Machacuhs , nous nous rendîmes directement à S. Miguel, et nous trouvâmes chez le commandant la troupe de Jan-oé et celle de Tujicarama qui étaient arrivées par terre. Avec les hommes de Joahima , tous ces Indiens remplissaient la maison de Juliâo} on leur donna à manger, et ils paraissaient fort contens.

Cependant le lendemain on vit arriver au hameau une autre troupe de Botocudos, celle du capitaine Ariari, qui habitait la rive gauche du fleuve, à peu de distance du village de S. Miguel. Les hommes d’ Ariari avaient appris des Portugais à faire de petites pirogues , et ils s’en servaient pour passer la rivière.

Parmi eux étaient deux jeunes gens qui avaient été élevés au hameau par le commandant lui-mème. Parvenus à l’âge de quinze ou seize ans , ils s’étaient enfuis , et avaient repris les habitudes de la vie sauvage ; mais de temps en temps ils revenaient à S. Miguel, et leur ancien maître les recevait avec bonté.

Après l’arrivée des gens d’ Ariari, ceux de Jan-oé devinrent tristes. Le jeune Botocudo qui, comme on

1 L’orthograplie suit encore ici la prononciation portugaise. J’engage les voyageurs qui formeront des vocabulaires indiens, à s’occuper de l’accentuation plus soigneusement que je n’ai malheureusement songé à le faire. Ce sera un moyen de donner une idée moins inexacte des idiomes barbares des Américains.

l’a vu , s’était attaché à mob, cessa ses caresses , et quand je lui faisais entendre par des signes que nous allions nous en aller bien loin , et qu’il aurait des vêtemens , il ne témoignait plus de joie et baissait la tête sur sa poitrine. A l’heure du dîner on chercha les hommes de Jan-oé, mais on ne les trouva point-, ils avaient disparu, et n’avaient laissé à S. Miguel que le pauvre estropié qui nous avait accompagnés dans la pirogue. Nous sûmes par celui-ci que les autres Botocudos de sa troupe avaient été effrayés de voir tout à la fois la tribu d’Ariari, qu’ils considéraient comme ennemie, et un aussi grand nombre de blancs, et que tel était le motif de leur fuite. Mon Botocudo était parti avec les autres, et je ne le revis pas plus que la petite fdle.

Le même jour un Botocudo de la tribu de Joahima, nommé Agostinho , chanta pendant long - temps à la porte d’une maison où j’étais. Son chant n’était qu’un nazillement monotone. Il se plaignait, comme avait fait à la Vigie un des hommes de Tujicarama, de ce que nous avions donné tous nos couteaux et nos brasselets à ceux de Jan-oé ^ tandis qu’il n’avait rien reçu , lui qui travaillait sans cesse pour les Portugais. « Je m’en irai dans les bois , disait-il , et vous ne me verrez plus. » Quelqu’un de la maison le fit entrer et l’engagea à chanter sur un autre air. « Vous m’avez prié de chanter, dit-il, et j’ai chanté. Je vois dans vos yeux que vous ne me donnerez pas davantage \ adieu.)) Et il s’en alla brusquement.

J’ai déjà parlé de l’infâme commerce d’enlans boto-

Mnaan

cudos , qui avait eu lieu pendant l’absence du commandant Juliâo , et des haines que ce commerce avait fait naître entre différens chefs. A cette même époque, le capitaine Joahima, soutenu par les Portugais, avait enlevé, pour les vendre à ceux-ci , des enfans de la troupe d’ Ariari. Ce dernier, voulant se venger , fit la guerre à Joahima et lui tua quatre hommes. A son retour, Juliâo réunit les deux capitaines-, il tâcha de leur persuader de vivre en paix; ils s’embrassèrent, et le commandant crut avoir rétabli la bonne intelligence.

Peu de temps après, quelques jeunes gens de la troupe d’ Ariari passèrent le fleuve et arrivèrent à S. Miguel. Joahima les invita à venir chez lui chercher du rocou. Ils s’y rendirent , et aussitôt qu’ils entrèrent dans l’aldea, quelques hommes de Joahima se jetèrent sur eux et les frappèrent avec violence. Par une barbare équivoque, Joahima avait désigné par le rocou le sang qu’il voulait leur faire répandre. Le commandant tâcha de donner satisfaction à Ariari en punissant les coupables , et lorsqu’à notre retour dans le hameau les gens de ce dernier capitaine passèrent le fleuve , la bonne intelligence semblait régner entre les deux troupes-, mais la seule présence des blancs les retenait. Ariari et Joahima conservaient dans leurs cœurs le désir de la vengeance.

Un matin, pendant que nous déjeunions, cet Agostinho que j’avais déjà entendu chanter, vint encore nous faire entendre ses chants. Il paraissait très-animé; mais en même temps sa figure était triste , et tous ses

gestes exprimaient la crainte. Il disait que Joahima était rempli d’épouvante ; qu’ Ariari avait une troupe nombreuse, et que tous ses hommes étaient grands et vigoureux.

Cependant , sur le soir, j’entendis une femme indienne pleurer et sangloter en entremêlant ses plaintes d’un chant lugubre et monotone. Je sus bientôt que la tribu d’ Ariari avait passé la rivière -, que les soldats de Joahima avaient été au devant d’elle , et qu’il était mort de la troupe de ce dernier trois hommes et une femme , car les femmes accompagnent ordinairement leurs maris à la guerre.

Le commandant et moi nous nous rendîmes à l’ai— dea , et , en y arrivant , nous entendîmes pousser de grands cris. C’était la mère d’un des combattans qui déplorait sa mort. Joahima, d’un ton dur, lui ordonna de se taire, et elle mit fin à ses cris. Alors le commandant adressa quelques reproches à Joahima ; mais celuici nous dit qu’il voulait se venger, et qu’il demanderait du secours à Jan-oé, autrefois son ennemi, et qui était également celui d’ Ariari.

Le lendemain je quittai le hameau ; mais je fus rejoint par un jeune homme qui m’apprit que Joahima , après avoir rendu les derniers devoirs aux soldats qu’il avait perdus , avait quitté ses vêtemens ; qu’il s’était armé de ses flèches et était parti seul , en disant qu’il mourrait ou qu’il tuerait Ariari. Cette résolution n’était pas au reste aussi héroïque quelle semble l’être ; car il ne s’agissait point d aller provoquer un ennemi et de l’attaquer en face,, mais seulement de l’épier dans

vi '

l' j tW'i.îrr!'

aii i'tMitt1

K ' ;»)pd

llMài

I /t\ ’ ri ' fîï • . g .

i MÊSÊ | •' - j %“!

ai8 VOYAGE

quelque endroit et de lui décocher une flèche , caché derrière un arbre.

Le jeune homme qui m’avait appris ces derniers événemens avait quitté le chemin pour aller raconter ce qui s’était passé entre Àriarf et Joahima , au frère de celui - ci , capitaine d’une autre tribu de Botocudos. La troupe du frère de Joahima savait déjà ce qui était arrivé : les femmes pleuraient les morts 5 les hommes paraissaient animés parla colère, et juraient qu’ils vengeraient leurs amis. D’autres troupes avaient aussi pris parti dans cette querelle. Ainsi l’affreuse traite des enfans Botocudos avait causé entre ces malheureux Indiens une guerre qui peut-être n’aura fini qu’avec plusieurs de leurs tribus.

Les Portugais étaient devenus, sans coup férir, maîtres d’un territoire qui s’étend dans un espace d’au moins cinquante lieues sur les deux rives d’un fleuve navigable-, et à cette possession ils devaient de nouveaux débouchés et la certitude d’un commerce important. En retour de tant d’avantages, qu’avait- on fait pour ces Botocudos, à qui on les devait, et qui , en tirant quelques flèches aux soldats brésiliens, auraient pu les confiner à S. Miguel pour de longues aimées ? Ces malheureux Indiens avaient été séparés de leurs enfans; on avait jeté parmi eux des semences de discorde; et non-seulement personne ne s’était chargé de les rattacher à la vie civilisée parles liens de la morale et de la religion, mais encore à peine s’étaientils rapprochés des hommes, de notre race , qu’on avait étalé sous leurs yeux tous les mauvais exemples

que peuvent produire la fainéantise et le libertinage \

Des Portugais prétendent qu’on ne pourra jamais civiliser les Botocudos qu’en les dispersant chez les colons 5 mais, sans parler de l’injustice et de la barbarie de cette dispersion , qui ne serait autre chose que le rétablissement de l’esclavage pour ces Indiens , il est évident qu’une telle mesure ne tendrait à rien moins qu’à éteindre entièrement leur race, et par conséquent elle est contraire aux intérêts de l’État, auquel il importe tant d’augmenter la population de la contrée. On doit donc laisser les Indiens réunis 5 mais ce 11’est pas en leur donnant pour voisins des soldats, des

* On peut fairie de grands reproches aux Portugais sur leur conduite envers les indigènes- mais, il faut le confesser, ils n’ont pas été beaucoup plus coupables à cet égard que tant d’autres nations européennes. Notre race est supérieure à toutes, et l’homme , de quelque race qu’il descende, s’il n’est retenu par une civilisation très - avancée, et surtout par des principes religieux, abusera toujours de sa supériorité. L’Indien traite son prisonnier avec barbarie , et nos enfans , qui 11e sont supérieurs qu’aux animaux, se plaisent à les tourmenter. On sait trop quelles cruautés les conquérans espagnols ont exercées sur les indigènes; tout en conservant les

apparences de la justice, les babitans des Etats-Unis ont démoralisé le Indiens , et les ont détruits avec les liqueurs fortes ; les divers peuples de l’Europe qui ont des colonies en Amérique ont admis l’esclavage des nègres , et les HollandaisMu cap de Bonne-Espérance ont chassé aux Boschis, dit Grandpré , comme nous chassons aux lièvres.

aventuriers, des femmes publiques , qu’on les civilisera réellement et qu’on en fera des hommes utiles. Pour parvenir à ce but , il faut tirer ces infortunés de l’abrutissement où ils sont plongés, et les appeler, autant qu’ils en sont susceptibles , à une vie intelligente et morale. Mais a quoi servira-t-il que quelques hommes généreux fassent des efforts pour les instruire et les arracher, à la barbarie , si d’autres viennent en foule les corrompre par de mauvais exemples, et abusent de 1 infériorité des sauvages pour les tromper et les réduire à une sorte de servitude ! Deux choses , je le répète, sont indispensables pour civiliser les Indiens , autant du moins qu’ils peuvent letre : la religion 1 et 1 isolement. Ces moyens furent employés jadis , et ils ont ete couronnés par les plus heureux succès. Qu’on ne se serve pas, si l’on veut, des memes hommes; mais qu’on revienne au meme système, en y ajoutant tous les perfectionnemens qu’inspireront l’expérience des fautes passées et les lumières nouvelles. Mais où trouver, me dira-t-on , ceux qu’il faudrait pour accomplir une telle œuvre ? Si l’on désespère d’y parvenir, gémissons sur le sort des malheureux Indiens , que nous moissonnons à mesure que nous avançons

1 Donnée a tous les hommes , la religion , qui éleva le genie des Pascal et des Bossuet, peut aussi être entendue des raees qui sont placées le plus bas sur l’échelle de l’intelligence humaine. A sa voix , de féroces Aimorés se sont réunis en bourgades , et les Hottentots, devenus moins abrutis , ont pu goûter quelque bonheur. (Voy. South. Hist. I, p. 362 et le V oyagè de Barrow.)

dans leur patrie ; comme cette graminée ambitieuse qui , gagnant du terrain, étouffe tous les autres véeé-

taux.

Si l’on ne peut faire ce qu’il faudrait pour le bonheur des Indiens eux-mêmes , que l’on songe du moins aux avantages de 1 état dans lequel on les incorpore. Qu’au milieu de cette immense contrée, que les Botocudos ont abandonnée aux Portugais-Brésiliens , ceuxci leur réservent un coin de terre 5 que , pour empêcher ce territoire d’être bientôt vendu par l’Indien insouciant pour un peu de sucre ou pour un peu d eau - de - vie , on le déclare inaliénable , comme avait fait Pombal pour les possessions des Indiens de la côte 5 que l’on prenne tous les moyens imaginables pour faire respecter cette inaliénabilité 5 que , par des avantages, on cherche à encourager les unions légitimes des fdles botocudos avec les nègres et les mulâtres libres : alors on aura une race mixte , plus capable que les Indiens de résister à la supériorité des blancs, une race qui sera plus en harmonie avec notre état de civilisation , qui possédant des terres inaliénables pourra subsister et multiplier , et qui enfin s’amalgamera peu à peu avec la population actuelle.

De vains discoureurs peuvent faire prendre le change à leur oisiveté , en bâtissant pour les Indiens, à Rio de Janeiro ou dans quelque autre ville de la côte , des théories qui conviendraient à peine aux hommes de notre race; cela est plus commode sans doute que d aller étudier ces enfans de la nature au sein de leurs forets ou dans un aldea où ils gémissent sous l’oppres-

sion de quelques aventuriers. Quant à moi, j’ai vu le sauvage dans sa hutte grossière , j ai reconnu que les blancs et les Indiens ne devaient point être soumis aux mêmes règles 1 ^ et j ai eleve ma foible voix en faveur de ces derniers. Si elle peut être entendue de quelque Brésilien qui réunisse le pouvoir à l’amour du bien, je me croirai assez dédommagé de mes longs et pénibles travaux3.

* Voyez chapitre III, p. 67 et suiv.

* Une lettre que j’ai reçue de M. Guido Ths. Marlière, commandant en chef des divisions, et directeur général des Indiens, datée de 1824, me prouve que, depuis mon départ de Minas Novas , 011 s’est enfin occupé des Botocudos. Né en France , le respectable Marlière est entré au service du Portugal; il a d’abord consacré de longues années à la civilisation des Paris ; il s’est ensuite beaucoup occupé des Botocudos du Bio Doce , et peut être compté parmi les plus généreux défenseurs des infortunés Indiens. Voici à peu près ce qu’il m’écrivait d 'Onça Pequenci, en date du 6 décembre 1824* « ha direction des Botocudos m’a été « confiée par l’empereur; et sous la surveillance d’un eccîé- « siastique qui les aime, le P. Jozé Lidoro Pereira, curé de « S. Miguel, je leur ai envoyé des instrumens d’agriculture « et des vêtemens. J’ai chargé M. Lidoro de faire faire, par « les soldats divisionnaires , des plantations annuelles desti- « nées aux Indiens ; et une augmentation de paie de 4 o reis « a été accordée aux militaires pour chaque jour de travail. « Les Botocudos ont un maître d’école auquel on a donné « le grade de sergent de la 7e division , et qui jouit de la solde « attachée à ce grade; enfin, sur mes représentations, le « gouvernement a ordonné aux magistrats d’informer contre

AU BRÉSIL. m3

« ceux qui vendent et qui achètent les enfans des Botocu- « dos. » « Comme Fempereur protège les Indiens , m’écrivait M. Marlière dans une autre lettre, j’espère que cela ira. » A la fin de mon second Voyage, j’entrerai dans de plus longs détails sur les nobles travaux de M. Marlière.

Page 1