‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Depart d'Angleterre. — Arrivée à Montréal, préparatifs de l'expédition. — Le feu prend à notre hôtel. — Départ de la Chine, — Le Saint-Laurent. — L’Ottava. — Lac Huron. — Saut de Sainte- Marie. — Arrivée au fort William, — Répartition du bagage, — Chute de la Montagne. — Lac de la Pluie. — Arrivée au fort Alexandre. — Observations magnétiques. — Entrevue avec le gou verneur Simpson, — Arrivée [à Norway - House, — Difficulté de se procurer des hommes pour le service. — Départ de Norway- House,

Je m'embarquai, un dimanche 17 février 1833, sur /’Hibernia, paquebot de Liverpool, commandé par le capitaine Maxwell : J'étais accompagné'de M. King et de trois volontaires,

dont deux s'étaient formés dans l'expédition de

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2 VOYAGE sir John Francklin. La traversée fut assez pénible; nous demeurâmes long-temps engagés au milieu des glaces du banc Saint-Georges, et ce fut seulement après trente-cinq jours que nous parvinmes à New-York, où nous attendait l'accueil le plus empressé. Toutes les classes d’habitans s’y montrèrent jalouses de contribuer au succès de notre expédition. On nous exempta des formalités de douane; et lorsqu'il fut question de nous rendre à Albany, les propriétaires du bateau à vapeur /’Ohio mirent ce beau navire à notre disposition. Plus d’un millier d'habitans, en tête desquels se trouvait notre ami M. Buchanan, consul anglais, se rassemblerent sur le quai au moment de notre départ et nous saluérent de trois acclamations cordiales.

D’Albany nous continuâmes notre voyage en voitures ou en charrettes , selon l’état des chemins; nous atteignimes Montréal le 9 avril, précisément la veille du jour où, six mois auparavant, j'avais mis dans mes projets d'arriver en

cette ville, M. Keith, agent principal de la com-

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pagnie de la baie d'Hudson au village de la Chine, ne tarda pas à me faire savoir que le matériel de l'expédition serait prêt à l’époque fixée; toutefois il n'espérait guère pouvoir enrôler à notre service autant de voyageurs capables que nous en avions demandé; et il m'engageait à les choisir moi-même parmi les vieux hiverneurs (winterers) qui fréquentaient les dépôts de la compagnie par lesquels je devais passer..Il m'apprit aussi que le gouverneur résident, M. Simpson, déjà prévenu par des dépêches d'Angleterre, se trouvait en mesure de coopérer efficacement au succès de notre entreprise. e Le bruit de notre arrivée ne se fut pas plus tôt répandu à Montréal, que le lieutenant-colonel Macdougall, commandant de la ville, les

officiers de la garnison et les principaux habi-

tants, s’empressèrent auprès de nous, veillant à

ce que nous fussions entourés de toutes les

jouissances de la vie civilisée, du sein de laquelle

nous devions bientôt sortir.

Je profitai de ce temps pour déterminer rigoureusement la marche des chronomètres, et pour faire, avec des aiguilles de Dollond et de Hansteen, une série d’expériences sur linclinaison et l'intensité magnétiques. Ces travaux, joints aux nombreux détails de notre équipement, nous occupèrent sans relâche, M. King et moi, jusqu’à l'instant du départ.

Cependant j'éprouvai un avant-goût des tribulations qui m'attendaient dans l’épineuse entreprise où je m'étais embarqué ; des symptomes de mutinerie éclatèrent chez deux des hommes partis avec moi d'Angleterre : ils refusai-at d'aller plus loin, sans allégifer toutefois aucun motif précis, mais laissant facilement deviner que l'expression de la sympathie publique ayant exagéré à leurs yeux les dangers à courir, une vague terreur s'était soucainement emparée de leur esprit. Après les avoir convaincus de la défaveur qui accompagnerait cette défection. je les expédiai, par l'entremise

de M. Keith, à un des postes éloignés de la

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des tri- Jineuse sympux des ils retoutelement hie pulangers ucainess avoir gnerait tremise

s de la

DY CAPITAINE PACK. 5 compagnie, et non seulement je fus délivré de la crainte de perdre leurs services; mais je pus mème conserver l'espérance d’en tirer bon parti par lasuite, Néanmoins cet incident me montra le peu de confiance que je devais: fonder sur des hommes qui, reculant à la seule idée de dangers éloignés, avaient été sur le point d’abandonner un dessein que deux mois auparavant ils avaient embrassé avec l’ardeur la plus vive et le zele le plus déterminé. Je crus donc devoir profiter des cîtres du capitaine d’artillerie Anderson, et recevoir les engagements de quelques uns de ses meilleurs hommes enflammés du désir de m’accompagner. J’obtins du gouverneur- général un congé pour quatre d'entre eux. L’empressement de ces auxiliaires me prêta de nouvelles forces; Jy voyais une garantie contre ceux qui voudraient se montrer mutins par la suite, et javais des hommes éprouvés sur lesquels je pouvais compter aux instants

les plus critiques.

Dans la soirée du 2/4 avril, le feu éclata à no-

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tre hôtel à l'instant même où nousallions le quitter. Un spectacle y avait attiré une grande quantité de monde, et surtout des dames, dont la plupart ne purent se dérober à la violence de l'incendie que par les fenêtres les plus élevées. Heureusement mon bagage était en grande partie déménagé ; je n’eus à regretter que la perte d’un bon baromètre, perte il est vrai bien sensible puisqu'il ne me restait que celuilà en état de servir; je le devais à la gracieuse obligeance de M. Walker. Les deux baromètres venus d'Angleterre avaient souffert pendant le voyage, et je n'avais pu trouver à les faire réparer à Montréal.

Comme il me fallait engager dans l'expédition un certain nombre de voyageurs (1), je craignais que ces gens, fort superstitieux de leur nature , n’interprétassent comme présage de mauvais augure ce fâcheux incident. Ce ne fat

donc pas sans un certain plaisir, qu’à mon arri-

(:) Ge mot est toujours en français danse texte anglais (n. d, 4.).

le quitgrande s,dont olence levées.

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véc au village de la Chine le matin suivant (25 avril), en compagnie de mon ami le colonel Macdougall, je trouvai nos gens ’"9p absorbés par de copieuses libations en l'honneur de Bacchus pour être accessibles à toute autre influerive.

Malgré les alarmes et le fatigues de la nuit précédente , des officiers de la garnison se réunirent à un grand nombre d'habitants de la ville pour nous offrir un dernier témoignage d'affection. Nous nous embarquämes au milieu des plus vives acclamations et au bruit des décharges de mousqueterie; nos deux canots

glissèrent rapidement sur la surface unie du

canal, en présence d’une foule nombreuse qui

se pressait sur les rives; en quelques minutes nous atteignimes le Saint-Laurent, et au moment où nous tournâmes vers ce beau fleuve la proue de nos petites embarcations, un houra prolongé s’éleva sur la rive et vint nous appor-

ter le salut d’adieu.

Le bagage avait été réparti également entre

les ballots, de manière à donner à chacun le

poids de go lbs. ( 40, 8 kil. ). Nous n’en comptions guère qu'une cinquantaine; aussi quoique fort encombrés, nous n'étions qu’à demi chargés ; condition favorable pour faire diligence, même avec l'équipage le plus mé- | diocre. Le nôtre présentait un mélange inévi-

table de jeunes novices sans expérience et de

vieux routiers, nommés vulgairement nangeurs L | de lard; à peine en pouvait-on compter un | seul parmi eux qui eût fait faute à la dernière

occasion de s’ivrogner. À la tête de l'équipage

était Paul, vieux pilote iroquois , qui sauf l'a-

mour qu'il professait pour la bouteille, était

| d'un prix vraiment inestimable, car il connaissait la position de toutes les roches danu- €

| gereuses entre Montréal et la baie d'Hudson.

Tournant à droite, nous entrâmes dans l’Ot-

| tava; semblable à la Moselle au confluent du

Rhin, cette riviere continue quelque temps

après sa jonction à rouler ses flots brunâtres

sans les mélanger avec les eaux limpides du

fleuve Saint-Laurent.

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is n’en >; aussi ns qu’à ir faire us méinévie et de ngeurs ter un ernière uipage auf l’a-

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les du

DU CAPITAINE BACK. ( Lorsque nous passämes devant un des villages qui bordent la rive, les plus dévots de nos voyageurs descendirent à terre devant une grande croix élevée à quelques pas de l'église; et là, dans une attitude contempiative, ils se mirent à implorer la protection de leur saint patron pour notre entreprise bérilleuse, tandis que leurs compagnons, peu touchés de ces pieux sentiments, leur criaient à tue-tête de s’ernbarquer, et maniaient leurs avirons en répétant sur un ton burlesque une Joyeuse chanson de bord. — Nous atteignimes bientôt le rapide Sainte-Anne, où un de nos canots éprouva une légère avarie; et nous campâmes sur une ile dans le joli lac des Deux-Montagnes. Comme nous avons suivi ‘exactement la route où passent, à chaque saison, les gens de la compagnie, et qu'on la trouve décrite par Mackenzie et par d’autres voyageurs plus récens, il serait superflu de donner ici un détail

minutieux de notre marche; il suffira d'indiquer

quelques unes des principales localités que

ne NES ere

nous visitâmes entre le poste de la Chine et l'extrémité sud-ouest du grand lac de l’Esclave, où commencent véritablement nos découvertes.

Par l’obligeance du colorel Duvernet , nous pümes traverser le canal du Gouvernement qui fait éviter le dangereux rapide du Longsaut ; nous füûmes ensuite pris à la remorque par le bateau à vapeur qui fait le service entre ce rapide et Bytown, village assis sur des hauteurs dans une position magnifique, entre le Rideau et les chutes de la Chaudière; on y déplorait, à notre passage, la perte de plusieurs

conducteurs de radeaux, engloutis la veille

‘dans les chutes. N'ayant pu faire agréer au

lieutenant Kains, commandant le bateau à vapeur, la moindre rémunération pour le service ,

qu’il nous a rendu, il ne me reste qu’à consigner ici mes remerciements.

Durant la nuit , deux de nos jeunes gens désertèrent. Je n’en ressentis pas la plus légère inquiétude; c’est un accident auquel on doit

toujours s'attendre, si bien que pour y pa-

hine et Esclave, uvertes.

vernet , uvernepide du remorservice sur des . entre >; on y usieurs , veille réer au u à vaservice

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>s gens légère n doit

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rer, on enrôûle généralement quelques hommes en supplément.

28 avril 1833. — Nous étions arrivés à un portage; (il est presque inutile de dire que l'on entend par ce mot l’endroit où, la navigation étant forcément interrompue par un accident de terrain, il faut porter le bagage et les embar. cations). Nous y trouvämes à déjeûner dans la maison d'un Indien, trafiquant de fourrures, appelé Day. Ce bon vieillard était si enthousiasmé du but de notre expédition, qu'il ne fallait rien moins que son grand âge pour l'empêcher de ñous offrir ses services. — Je retrouvai au poste de la compagnie, appelé le fort desChats, mes trois hommes de Montréal; Je les’ embarquai ainsi que dix-sept ballots apportés d'avance par le bateau à vapeur. Nous poursuivimes au travers des rapides jusqu’au fort Collonge, n’apercevant sur notre route

que des maisons isolées et de rares habitants;

aussi, quelle ne fut pas ma surprise, lorsqu’à

mon retour en 1835, je trouvai en ces mêmes

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lieux un grand nombre de maisons confortables, élevées au milieu du riant aspect des champs de blé, et animées par des groupes d'hommes et de femmes que la curiosité attirait aux fenètres et sur le rivage.

Laissant l’Ottava, nous nous dirigeâmes à gauche , sur des eaux noires et profondes, bordées de rochers menaçants et d'arbres desséchés; l’on eùt dit le séjour de la tristesse et du désespoir, tant l'aspect en était désolé et dénué de vie; il me revint aussitôt en mémoire une admirable peinture représentant Sadak en quête des eaux de l'oubli. — Ayarit atteint le lac Nipising , nous descendimes par la rivière des Français dans le lac Huron ; mais là , notre marche fut si souvent contrariée par les brumes et le vent que nous ne pûmes arriver avant le 11 mai, au Saut de Sainte-Marie, qui forme à l'extrémité du lac la dernière limite du monde civilisé. Je retrouvai là une de mes anciennes connaissances, M. Béthune, qui fut un peu surpris de nous voir arriver sitôt. La grande quantité de

glaces flottantes répandues sur le lac Supérieur

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geàmes à des, bores dessésse et du et dénué oire une en quête nt le lac viere des otre mar'imes et le le 11 mai, xtrémité [vilisé. Je connaisarpris de antité de

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DU CAPITAINE BACK. 13 l'avait empêché d’expédier avant le 1* mai les dépèches mentionnées par M. Keith; elles étaient parties d'Angleterre dès le mois de décembre, et n'avaient plus que onze jours d’a-

vance sur nous. Jen’éprouvai dans cette circon-

‘stance d’autre regret que de voir le peu de

temps dont pourrait disposer le gouverneur résident, M. Simpson, pour s’employer efficacement en notre faveur; j'avais grand besoin de son secours bienveillant, soit pour compléter le nombre de mes volontaires qui ne montait encore qu'au tiers de celui qui m'était indispensable, soit pour terminer plusieurs affaires importantes que le gouverneur seul pouvait arranger convenablement.

La rareté des vivres dans l’intérieur nous forçca de prendre ici un supplément de provisiC.s pour cinq semaines; il fallut acheter un troisième canot pour les transporter. Avant de

quitter le Saut de Sainte-Marie, je rendis vi-

. site aux officiers de la garnison américaine. Il

est inutile de dire que leur accueil fut en par-

faite harmonie avec les sentiments qu'on nous avait manifestés dans l’État de New-York. Mais l'officier commandant, le capitaine Baxly, voulut joindre à la gracieuse réception qu’il nous avait faite une preuve plus palpable de ses bonnes dispositions à notre égard, et :l nous envoya des pièces de venaison préparées, des langues, et quelques friandises.

Nous n’éprouvâmes aucun retard notable en traversant la partie septentrionale du lac Supérieur. Au poste, qu'on appelle le Pic, nous fûmes approvisionnés de beurre frais et de poisson par mon vieil ami, M. Mac-Murray. Il fit tous ses efforts pour nous retenir avec lui pendant la nuit; l'apparence du temps était si engageante que nous résistimes courageusement. Mais à peine étions-nous en route qu'une brume épaisse nous entoura , et mit si bien en défaut toute la science de notre guide, qu’à notre grande mortification force nous fut d’acoster la terre.

Notre débarquement, au fort William , le 20

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mai, étonna beaucoup M. Mac-Intosh,l employé de service ; car nous étions au moins d*? douze jours en avance sur l’époque où l’on avait commencé, dans la saison précédente, à voir arriver des canots légers. Nous échangeämes, à ce poste, nos grandes embarcations pour de plus petites, mieux appropriées aux innombrables difficultés de la navigation intérieure; j'en trouvai deux excellentes que le gouverneur Simpson avait fait construire pour nous, sous la direction de M. Mac-Intosh. Un jour entier fut consacré à visiter nos provisions et nos instrumens, et à les emballer de nouveau; on répara aussi notre canot du nord (north canoe), amené de Montréal : les deux autres auraient été trop chargés pour naviguer sur les eaux peu profondes du Kaminestiquoia. Comme il y avait assez de monde pour manœuvrer les trois embarcations, cette addition n'’occasionna aucun surcroît de dépense.

Le voyageur canadien est fort original,

mais il est surtout susceptible , je dirais même

DE

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chatouilleux , sur un point: c’est sur l’équitable distribution des ballots entre les canots qui font partie d’une même expédition. Leur susceptibilité est fondée sur d'excellentes raisons ; car, en supposant les embarcations tout-à-fait semblables d’ailleurs, la plus légère différence

dans les charges en produira une grande dans

les vitesses relatives , ‘et: occasionnera de plus

longs retards aux portages. Pour éviter toutes contestations , le guide est dans l’usage de distribuer la charge entière en différents lots que les hommes des équipages tirent à la courte-paille. Les arrêts du sort sont sans appel, et chacun obéit, non sans se réjouir ou murmurer, selon sa bonne ou sa mauvaise fortune.

Les formalités préliminaires étant terminées, nous primes congé de notre aimable hôte, et nous allâmes camper auprès de la chute imposante Kakabikka, communément nommée, par les voyageurs , Chute de la mon-

tagne. Le major Long et sir J. Francklin l'ont

r l'équitacanots qui Leur sus- > r'AÏSONS ; jout-à-fait différence ande dans ra de plus …iter tou- ’usage de rents lots ‘ent à la ns appel, jouir ou

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parfaitement décrite et en ont donné des vues ; cette chute est moins considérable que celles du Niagara et de Wilberforce , mais son aspect est bien plus pittoresque.

Le canot des dépéches nous Joignit, le 26 mai, au Portage de Savannah; j'en profitai avec empressement pour écrire à M. Simpson, et lui demander des hommes et des provisions; je le priai aussi de prendre certains renseignements sur la route la plus facile à suivre pour atteindre la rivière Thlew-ee-Choh.

En descendant le cours étroit du Savannah, l'un de mes volontaires de l'artillerie cherchant à ouvrir au milieu des arbres flottants un passage à nos canots, glissa hors de l'embarcation, et peu s’en fallut qu'il ne se noyât; mais il SUPporta cet accident avec tant de calme et de bonne humeur, que le guide Paul, dans un mouvement d'admiration, lui prédit qu'il ferait un excellent voyageur.

Le 30 nous traversâmes le lac de la Pluie ; il justifia bien son nom,

car nous y fûmes ac-

cueillis par une pluie battante qui nous mouilla jusqu'aux os. — Il n’y avait ni viande ni poisson à l'établissement de la compagnie; et le riz (rizsauvage, folle avoine, zizania aquatica) qui se récolte ordinairement en abondance dans les terrains marécageu». des environs du lac, avait manqué cette année.

Nous campâmes dans le lac des Bois sur une petiteile entièrement couvertede raquettes(cactus opunctia ); nos hommes n'y pouvaient faire un pas sans avoir les pieds remplis d’épines.

Le 6 juin nous débarquämes au fort Alexandre, à l'extrémité méridionale du lac Winnipeg ; je m'attendais à y trouver le gouverneur, aussi fus-je passablement désappointé d’apprendre qu'il n’y viendrait pas avant quelques jours. Cependant le canot des dépêches ayant quitté le fort la veille, il était probable que le gouverneur se trouvait déjà en possession de

ma lettre, et en conclurait certainement que

je ne devais pas être loin d'arriver.

Il était pour moi de Ja plus haute impor-

mouilla ni pois-

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Alexan- Winnierneur, : d’ap- 1elques s ayant que le sion de

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tance d'avoir une entrevue avec M. Simpson ; craignant de me croiser avec lui, si je tentais d'aller à sa rencontre, je préférais l’attendre à l'établissement.

Pour donner le change à mon impatience, je fis examiner les provisions et exposer au s0leil, celles que la pluie avait un peu avariées, après quoi on les emballa de nouveau avec le plus grand soin. Je fis aussi une suite d’observations sur l'inclinaison de l'aiguille airnantée, elles me donnèrent 70° 12’ (1); résultat différant de 25 minutes avec celui qui avait été obtenu précédemment. Les oscillations de l’aiguille et les inclinaisons furent observées alternativement sur les deux faces de l'instrument; l'accord des résultats était assez satisfaisant excepté pour l'aiguille n° 2, retournée, la face de l'instrument étant vers l'est ; dans ce cas, je re-

marquai une différence considérable sur le

(1) Obtenu par Pinstrament sans aucune correction pour Ja température.

MT " a

0 VOYAGE nombre des oscillations, ainsi que sur la position où l'aiguille s’arrêtait. Une seconde expérience ayant confirmé cette anomalie, je demeurais fort embarrassé pour l'expliquer, lorsqu'une heure après plusieurs personnes venant du côté de l’ouest, m'apprirent qu'elles avaient été surprises à peu de distance par une forte averse accompagnée de tonnerre.

Pour nous le temps avait été étouffant presque toute la matinée, et l'atmosphère autour du fort n'avait éprouvé aucun changement sensible.

Parmi les gens partis avec nous de Montréal, | se trouvait un volontaire, nommé [Larke, grand gaillard de belle apparence, qui vrai- | ment s'était donné beaucoup de mal pour être recu dans l'expédition. Il avait passé presque toute sa vie dans les bois, et paraissait réunir au plus haut degré les conditions requises

pour une excursion aventureuse, aussi s'était-il

attiré l'admiration générale par son air déter-

miné; il semblait vouloir tout abattre. Cepen-

r la posinde expémalie, Je xpliquer, personnes nt qu'elles tance par tonnerre.

fant presère autour

angement

> Montréal, né Larke, qui vraipour être assé presaissait réuns requises ssi s’était-il 1 air déter-

tre. Cepen-

dant cet homme vint à moi, et d’un ton contrit me supplia de lui accorder son congé , « voyant bien, disait-il, que nous allions tous » mourir de faim; et étant fermement décidé à » ne pas faire un pas de plus. » Une telle pusillanimité était absolument incompatible avec les exigences de notreexpédition. pour laquelle il fallait faire le sacrifice complet des commodités de la vie, et se sentir pénétré d’enthousiasme, je dirais même entraîné par une sorte de fanatisme. Je ne fus donc pas fâché que la disette se fût laissé sitôt entrevoir » Car si de pareilles faiblesses se fussent manifestées durant l'expédition dans quelque conjoncture un peu critique, nui doute que la contagion de la peur n’eût gagné d’une manière désolante, Notre homme obtint le congé qu'il demandait; mais J'y ajoutai une note sévère où Je priais la compagnie de le retenir au service dans quelque poste éloigné pendant toute la durée de son engagement contracté pour trois

ans.

M. H. Berens, qui revenait de la colonie de la rivière Rouge, m’apporta l’agréable nouvelle de la prochaine arrivée de M. Simpson; et comme ce dernier comptait retourner en Angleterre sans passer par le dépôt de Norway- House , où l’idée m'était d’abord venue d’aller à sa rencontre, Je me félicitai de lavoir patiemment attendu; j'avais néanmoins la certitude que , même sans cette entrevue, rien n'eut été négligé pour l'accomplissement de mes plans.

J'appris avec piaisir de M. Berens l’état prospère de la colonie de la rivière Rouge: malgré les mauvaises récoltes de l’année précédente, la viande valait de 3 à 4 sous la livre, et les œufs 6 sous la douzaine.

10 juin. — Le gouverneur Simpson arriva enfin ; il me fit part des mesures qu'il avait prises en notre faveur, ainsi que des résultats d’une délibération tenue entre quelques uns des principaux officiers de la compagnie.

Tout ce qui pouvait nous être utile avait

olonie de > nouvelle pson; et r en ÂAn- Norwayue d’aller r patiemcertitude n'eût été es plans.

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pson arres qu'il e des rére quel-

la com-

ile avait

DU CAPITAINE BACK. 29 été admirablement prévu; les magasins nous étaient ouverts sans restriction; plusieurs personnes spécialement désignées , à cause de leur expérience et de leurs connaissances locales, avaient reçu la mission de nous protéger contre l'éventualité de certains dangers auxquels nous exposerait notre éloignement dans le Nord.

Une partie des fournitures commandées l’année précédente, étaient déjà à Cumberland House, et le reste devait y arriver avant nous. Quant au pemmican (1), M. Simpson présumait qu'on n'avait pu en réunir une grande quantité, à cause de l’émigration des buffles dans le voisinage de Carlton et d’'Edmonton, postes principaux où se prépare cette provision indispensable, Cependant des ordres avaient été transmis pour en faire des dépôts sur toute la route, jusqu’au grand lac de l’Esclave.

Le souverneur engagea deux hommes de

(v) C'est de la chair de bison séchée, broyée et mêlée avec de la

graisse de bœuf fondue. *

plus dans l’expédition, et me conseilla de me rendre le plus tôt possible à Norway-House, afin d'y choisir un bon équipage sur les brigades de bateaux qui s’y réunissent pour gagner la baie d'Hudson.

M. Simpson me remit aussi deux lettres, qui donnent une idée si élevée de ses sentiments, que Je ne peux résister à l'envie de les transcrire ici, bien qu'elles n'aient point été destinées à l'impression. Si j’en juge par ce que J'ai éprouvé moi-même, M. Simpson n'aura certainement pas à se plaindre de l'accueil que le public leur fera; et d’ailleurs j'ai besoin de faire comprendre toute ma reconnaissance envers ce digne gouverneur, si profondément pénétré du sentiment de notre mission philanthropique qu'il est parvenu à enflarn-

mer de la même ardeur tous ceux qui l’entou-

raient.

la de me y-House, es briga-

r gagner

lettres, es sentiie de les oint été r ce que a n'aura ueil que esoin de aissance "ofondémission enflarm-

l’entou-

Au Capitaine Back, officier de la marine royale, commandant l expédition de découvertes aux

Terres polaires arctiques.

Établissement de la rivière Rouge, 7 juin 1833,

« Mon cHER Monsreux,

»On m'a remis hier seulement vos deux » bonnes lettres, l’une datée de Londres, du » 14 décembre 1832, l’autre du Gros-Cap, » au lac Supérieur, datée du 12 mai 1833.

» Je regrette bien sincèrement que des cir- » Constances impérieuses me forcent à renoncer » au plaisir de me rencontrer avec vous : ma » santé est si dérangée qu’il faut absolument me » rendre d’ici au Canada, pour de là passer en » Angleterre. Les forces me manquent pour » tenir la plume, et je suis obligé de recourir

» à mon secrétaire.

» Mais je peux vous assurer, mon cher capi-

» laine, que j'ai conservé toutes mes forces pour

» lire vos lettres, et pour examiner le projet » imprimé de votre expédition. Les vues philan- » thropiques qui vous dirigent exciteront les » sympathies de tous ceux quise trouveront en » relation avec vous; quant à moi, personnel- » lement et en ma qualité de fonctionnaire, je » suis jaloux de vous seconder dans vos plans »et Je ne peux assez me réjouir de.voir cette » entreprise confiée à vos soins : c'était une » Juste récompense de votre expérience et des » talents dont vous avez fait preuve dans les pré- » cédents voyages de découvertes auquels vous » avezpris une partsi méritoire.— Dieu seul con- » nait le sort de ceux que vous allez recher- » cher; mais si nous avions à déplorer la réali- » sation de nos craintes, il nous resterait à tous. » à vous surtout, monsieur, et à vos compa- » gnons, la consolation d’avoir rempliles devoirs »qu'impose lhumanité envers des malheu- » reux dont on nesaurait envisager sans frisson- » ner l’horrible destinée. D'ailleurs votre voyage

» ne serait pas entierement inutile, les fatigues

r le projet ues philaniteront les uveront en personnelonnaire, je s vos plans voir cette c'était une nce et des ans les préiquels vous eu seul conlez recherer Ja réalirait à tous, Jos COMpailes devoirs ss malheuans frisson- Dire VOyage

les fatigues

»et les frais en seraient largement compensés » par des acquisitions précieuses pour la science » et pour la géographie.

» J'approuve complètement l'opinion de » M. Keith, quant à la nécessité absolue de ne » prendre avec vous que des hommes pratiques » du pays, et habitués à supporter les fatigues » de ce genre de voyages.

» Je crois bien qu’il sera assez difficile de » vous trouver des volontaires, aussi m’estimé- » je heureux de confier cette tâche importante À » MM. Cameron et Christie, facteurs en chef de » la compagnie, dont les connaissances locales » seront précieuses pour vous. — M. Charles » Compte vous rencontrer à la rivière Jacques ; » il vous portera le tribut de son expérience et » vous fera part de tout ce qu’il sait sur les en- » virons du lac de l’Esclave. -- Vous trouverez »sous ce pli la lettre que le conseil adresse à » quatre officiers de la compagnie, tous hom-

» mes de cœur et de tête; ils demeureront à

28 VOYAGE » votre disposition, et vous pourrez compter » sur eux en toute occasion.

» En finissant, je vous répète que toutes nos » ressources sont à vous et à vos compagnons, » que vous pouvez disposer de nos embarca- » tions , et que nos magasins vous sont ouverts. » Avec cette lettre vous pouvez vous présenter » partout et réclamer en toute occasion aide, » secours et protection.

» Agréez, monsieur, etc.

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