PAR JOHN RICHARDSON
Peu de Personnes, en Europe, se font une idée nette et exacte de l'immense étendue que présentent les pays placés au nord des grands lacs du Canada ; il n'est donc pas hors de propos d’en dire ici un mot. Si l'on suppose une ligne partant du golfe de Gascogne, passant par le golfe de Lion, l'Adriatique, la mer. Noire, la mer Caspienne jusqu’u lac Aral; là, se courbant et sc dirigeant vers le nord-est, du côté de la mer d’'Okhotsk; qu'ensuite, au nord de cette ligne, on détache une surface comprenant vingt-scpt degrés de latitude et une centaine de degrés de longitude sur le soixantième parallèle, on aura, dans l’ancien monde, une étendue à peu près égale à celle
qui forme l'extrémité septentrionale de l'Amérique,
au-dessus de la chuine des lacs du Canada. Or, le chemin parcouru par le capitaine Back, depuis New York jusqu’au golfe de Boothia, équivaudrait, sur notre continent, à celui d’un voyageur qui s’embarquerait à Naples, dans un canot, et de là, remontant ou descendant des rivières, faisant des portages, franchissant des montagnes, se rendrait à Archangel, sur Ja mer Blanche.
Dans une centrée qui embrasse vingt-sept degrés de latitude, et que les terres hautes, les vallées, les bois, les prairies accidentent à un s1 haut point, ou doit s'attendre à rencontrer une grande variété d’animaux, d'autant vius intéressants pour le zoologiste qu’ils sont moins bien connus que leurs correspondants d'Europe, et que leur populatioa, moins décimée par la civilisation, moins soumise à l'influence de l’homme, offre des sujets neufs d'étude et d’instruction, C’est dans le nord de l'Amérique seulement que l’on peut admirer les curieux travaux du castor ct observer les émigrations régulières du bison et du renne, soit qu’ils retournent à leurs pâturages, soil qu'ils sc rendent en ces régions éloignées où les feelles mettent bas leurs petits; les passages périodiques des oiseaux abandonnant en troupes innonm-
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APPENDICE. 207 brables les climats tempérés et habités pour Les bords solitaires de la mer glaciale, y seront toujours une source nouvelle d'étude curieuse; l’ichthyologiste y fera d’abondantes récolies dans les eaux douces des lacs et des rivières, ainsi: que dans les mers environnantes, et l'entomologiste y passera de surprise en surprise aux irruptions soudaines des insectes qui bourdonnent dans l'air ou couvrent la surface des caux dès que l'hiver a disparu.
La distribution des animaux est liée étroitement à la nature des climats : sans entrer, à cet égard, dans une discussion détaillée qui nous mènerait trop loin, il est bon de faire quelques remarques sur la diflérence qui existe entre le climat d'Europe (surtout le long des côtes maritimes) et celui de l'Amérique du Nord. Dans la première région, l'hiver est adoucipar les brises tempérées qui viennent d’une mer ouverte; et, excepté dans les hautes latitudes, il est rare que le sol y demeure long-temps couvert de ncige ou que les gelées arrètent complètement le cours de là végétation pendant de longues périodes. — L’exemple le plus parfait de ce que l’on a désigné sous le nom de climat maritime peut être observé dans
l’ouest de l'Irlande, ou mieux encore dans les ilots
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ou holmes des tles Schetland et des Orcades, si: tuées entre le 60° et le 61° parallèle : la verdure n’y cesse point de tout l'hiver, et de nombreux troupeaux de moutons y trouvent constamment leur pâture; il est vrai que cet hiver si doux est suivi d’étés désagréables. |
La croissance des céréales et des végétaux les plus utiles dépend surtout de l'intensité et de la durée des chaleurs de l'été; elle n’est que faiblement influencée par la rigueur du froid de l'hiver ou par le faible degré d’élévation qu’attcint la température moyenne de l’année. Ainsi, quoiqu’en France, leslignes isothermes (ou d’égile chaleur annuelle) inclinent vers le sud, en s’éloignant de la côte, cependant les limites de la culture des oliviers, du maïs et du
vin vont en sens contraire et se portent vers le
nord-est : ce qu'on attribue à la basse température
des étés sur la côte.
Dans le nord de l'Amérique, la diminution de la température moyenne annuelle, à mesure que l’on s'élève en latitude, est beaucoup plus grande qu’en Europe; il y a aussi, surtout dans l’intérieur, une bien plus grande différence entre les chalours de l’été
rt le froid de l’hiver ; an printemps, le passage d’unc
température àl’autre y estsubit ct la différence en est considérable. Sur la rive nord du lac Huron qui s6 trouve presque sur le même parallèle que le golfe de Venise, la neigo persiste pendant la moitié de l’année à peu près; néanmoins la chaleur moyenne des trois mois d'été s'élève, comme à Bordeaux, à 50° Farenheit (21° 1. C.). Cumberland-House, par la latitude d’York, en Angleterre, est traversé par la ligne isotherme de 32° (o°0o. C.)qui s'élève en Europe, jusqu’au cap Nord par, le 71° parallèle ; mais la chaleur de l’été y dépasse celle de Bruxelles et de Paris. Ilumboldt nous apprend que dans les régions dont la température moyenne est au-dessous de 63° (19°,22. C.), le printemps ou le renouvellement de la végétation a lieu dans le mois dontia chaleur moyenne atteint33° ou 34° (0°, 56à1°, 11. G.);etquelcsarbres annuels poussent leurs feuilles , lorsque la chaleur moyenne atteint 52 degrés (11°, 1. C.), on peut donc dire que la période de temps durant laquelle cette dernière température se maintient, donne une mesure de la force et de la persistance de la végétation :
le lac Huron, par 44° de lat., en jouit pendant cinq
mois; Cumberland-House, pendant trois; le grand lac
de l’Ours et le Fort-Entreprise, par 64°-3° de lat.,
pendant deux ; à l’île Winter, par 64°-15/, sur lacôte orientale et à Igloolik, par 66°-20 /, aucun des mois de l'annéen'offrentla chaleurmoyenne de 5a°(11°, 1.C.). À Churchill, par 59° de latitude, la chaleur de l'été u'excède pas celle du grand lac de l'Ours; elle y est de 10° (5°, 56. C.) au-dessous de celle qu’on éprouve par la même latitude dans l’intérieur du continent, On a expliqué de diverses manières le phénomène que présentent les lignes isothermes s’abaissant sur la côte occidentale de la baie d'Hudson, au lieu de s'élever comme elles le font sur les côtes de l’Europe. Le + docteur Brewster suppose deux pôles septentrionaux de froid; il en place un par le méridien de Churchill, 92°, à l’ouest de Greenwich (94° de Paris); mais nous pensons plutôt que le climat de cette région dépend principalement de la configuration des terres. La côte, au nord, est découpée en golfes profonds et en détroits ; elleest entourée d’une ceinture d'îles nombreuses qui retiennent plus long-temps les glaces dont la fonte retarde enuite sla marche ascensionnelle de la chaleur de l'été ; d’un autre côté, la mer glacée n’a que peu ou même point d'influence pour tempérer la rigueur de hiver.
Le sol inférieur, au nord du parallèle de 56°, est
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> l'été > yest rouve inent, mène it sur eu de l'Eupôles néri- (94° imat figuie en ’une plus auite été ; ême ver.
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éternellement ge:$. Le dégol ne pénètre pas à plus de trois pieds (914 millim.) sur la côte, ni à plus de vingt pouces (510 milli.) près du lac de l'Ours, par 64°. Toutefois, cela ne s'oppose point à la végétation ; car, à peu de distance de la mer, de belles forêts couvrent la surface du pays; l'été, court mais chand, donne naissance à unc floraison assez importante, mûrit plusieurs fruits agréables ct produit des herbes ainsi que des joncs (carices).
La lisière septentrionale des bois montre l’élévation graduelle des lignes isotères (1), à mesure qu’on s'éloigne de la baic d'Hudson; sur la côte, près de Churchill, elle s'arrête vers le 60° degré de latitude; mais, à cinquante ou soixante milles de la mer, elle s'élève rapidement vers le nord, puis court presque O. N. O. jusqu'à ce qu’elle atteigne le grand lac de
l'Ours par 65° de latitude. L’arbre qui se montre le
‘plus au nord est l'épinette blanche (white spruce) ;
le bouleau à feuilles annuelles dont l'écorce sert aux canots, s'arrête à trente ou quarante milles plus au sud et nous permet de reconnaître jusqu'où s'étend au nord latempérature d’élé de 52° (11°, 1. C.)- Tou-
(1) On appelle ainsi celles où les étés présentent des températures moyennes égales,
tefois, en fixant ces limites, faut-il faire la part de l'élévation et de la nature du sol : ainsi, sur le Delta du Mackenzie, l’épinelte blanche (spruce fir) atteint la latitude de 68e, et les bords de cette rivière sont mieux boisés que les terres rocheuses plus hautes qui s'étendent dans l’ouest.
La permanence des gelées, lorsqu'elles ont une fois commencé, cst un des traits caractéristiques des pays à pelleteries. Il en résulte unc influence bien marquée sur la distribution des animaux granivores et hcrbivores par suite de la modification qu’en éprouve leur nourriture, et aussi sans doute sur la distribution des animaux et oiseaux de proie qui vivent aux d“pens des premiers: Les joncs et les gazons sont gelés presqu’avant que leurs graines aient eu le temps de mûrir ; cependant ils conservent leur sève et fournissent de bons fourrages jusqu’au printemps, où ils abandonnent leurs graines lorsque la‘ neige fondue a préparé la terre à les recevoir. Les moineaux et les bruants font leur profit de cette récolte printanière. De même les vaccinæ, les arbuti et les autres buissons à baies conservent aussi leurs fruits jusqu’à la même époque au bénéfice des
ours, qui s’éveillent alors de leur sommeil d'hiver,
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et des grands troupeaux d’nies qui se rendent à leurs quarliers d'été.
La lisière septentrionale des bois forme la limite des régions habitées par l'ours noir, le renard américain, la marte commune, le nekan, le lynx, le castor, plusieurs variétés de marmotes, le lièvre américain, l’orignal, la perdrix du Canada, les piverts, etc. Les terres stériles, dans le nord üs bois, ont aussi leurs habitants particuliers, tels. que l'ours brun, le renard arctique, la marmotte de Parry, le lièvre polaire, et le bœuf musqué; la petite variété des rennes hiverne à la oite des contrées boisées, remonte an nord, dans l'été, dépose ses petits sur le bord de la mer. Le loup et le wolverenne habitent également les bois et les terres stériles ; l’ours polaire pénètre rarement dans l'intérieur. Les prairies ou plaines sans bois qui confinent aux montagnes Rocheuses et s'étendent depuisle 55° parallèle, jusqu'au Mississipi jouissent d’hivers plus doux que les districts plus à l'est, et sont habitées par une autre classe d'animaux dont les bisons sont les plus importants. Ges bisons errent en troupes innombrables sur les herbes des prairies el forment le fond de nourriture d’une population
indienne bien plus nombreuse que la population des fa-
rêts. On trouve cependant des bisons dans les bois
mais en pelit nombre, parce qu'ils ne s’écartent
jamais à l'est du 105° méridien (107° de Paris);
quelques uns de ces animaux égarés ont pu traverser
les montagnes ct se répandre dans les pays fertiles et
comparativement tempérés qui confinent à la mer
Pacifique. Le loup des prairies, le renard tricolore,
diverses espèces de marmottes appartiennent aux
plaines; l'ours terrible, quoique répandu surtout sur
les hautes montagnes, descend aussi cependant à
quelque distance dans les contrées plates de l’est.
i La côte du nord-ouest dont nous venons de parler
jouit, quant à sa température, d’un climat plus sem-
blable à celui de la côte d'Europe qu'aucune autre par-
tiedel’ Amérique du Nord,mais elle est humide à causc
du voisinage des montagnes Rocheuses; les sommets
de celles-ci sont habités par la chèvre portant laine,
nommée Capra À mericana, étles pentes par le mou-
flon d'Amérique ou Ovis montana. La région voisine
de la mer Pacifique est fréquentée par un renard
beaucoup plus ressemblant au canis fulvus d'Europe
que tous ceux de la région orientale. L’orignal, le
renne américain ou Caribou, le wapiti, et plusicurs
autres variétés de l'espèce des cerfs, le Wule-deer
bois $ artent aris) ; verser iles ct \ mer lore , | aux it sur ant à {.
arler sem- > parcause mots nine, mou- ‘sine nard rope }, le curs
deer
mn
Jumping-deer, Fallow-decr, connus des traitants "de pelleteries sous les noms de Cerf-Mulet, Capree, Chevreuil, enfin l'antilope aux cornes fourchues habitent aussi la Nouvelle Calédonie et les rivages de Colombi:.
La liste ‘suivante désigne les spéc' ueus rapportés par l'expédition et indique la page de l'ouvrage intitulé Fauna-Boreali-Americana où se trouve leur
description scientifique,