‹ Voyage de Benjamin Bergmann, chez les Kalmuks. Traduit de l'allemand par m. MorisChapitre 44 sur 55 · LETTRÉ XXVIII · texte numérisé non relu

LETTRÉ XXVIII

Le 16 novembre.

IVIon retour précipité au camp deskalmuks m’a fait; connaître un de leurs usages , que , sans cela , j’aurais encore long-temps ignoré. On me dit que la fille du prince, qui était mariée, venait d’arriver, et que son père verrait avec plaisir que j’allasse lui offrir mon compliment : je regardai pomme un devoir de faire quelque chose qui pût être.

agr4tt>le au loyal Tchoutchei, et m'étant rendu chez lui, je trouvai l’entrée de sa hutte fermée par des tapis, par dessous lesquels on voyait passer les pieds des kalmuks qui étaient agenouillés dans l’intérieur. Comment entrer, deinàndai-je à un kalrnuk? Il me fit signe de lever seulement un tapis.

Ayant suivi ce conseil , je fus tout étonné de voir la fille assise à la porte , en dehors, et le père et la mère en dedans de la hutte.

La joie qn’ils éprouvaient, brillait sur leur figure, et ils se disputaient, à l’envi, le plaisir d’embrasser leur fille. Je ne me rappelle pas d’avoir jamais vu une scène plus naturelle de la tendresse paternelle.

• Vous croyez peut-être que la fille arrivait d’un pays étranger P Rien moins que cela :

elle ne s’était éloignée de ses parens; que de ■vingt-cinq werstes ; mais la privation de la présence de leur fille, pendant quelque temps, avait suffi pour les remplir d’une joie tendre à son retour inattendu.

Que signifie, direz-vous, cette expression: # était assise à la porte? C’est précisément ce qui m’avait surpris, et ce que je vais vous expliquer.

Lorsque, chez leskalmuks, une 4fee se marie, celle-ci, avant plusieurs mois, et si le mari l’exige avant un an, n’ose revenir chez ses parens ; et le mariage ne serait pas heureux, selon les kalmuks , si cet usage n’était pas bien observé. Lorsque la fille revient à la maison paternelle, elle doit s’agenouiller à*la porte , pendant que ses parens la reçoivent de l’intérieur, et c’est à la porte que doivent se faire les embrassemeiis. Lorsque

les cérémonies d’usage sont terminées , les parens sortent et peuvent s’entretenir avec leur fille.

Ce temps de pénitence ou de séparation étant écoulé , on donne un repas. Des chevaux j des moutons , des bœufs sont tués pour le festin ; les coupes de vin et de brandevin circulent parmi les convives j et le père termine la fête par un présent, qui, lorsqu’il est prince, consiste en une partie de ses sujets , ou en plusieurs centaines de chevaux ou d’autres animaux.

Une autre fille du vice-khan doit rentrer, à la prochaine fête de Vuriiçs , dans la hutte de ses pères, et l’on parle déjà des présens et du grand repas ; mais je ne vous dirai pas ce que j’en sais, afin de pouvoir, à l’époque de cette fête , vous écrire une lettre à ce sujet.

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