‹ Voyage de Benjamin Bergmann, chez les Kalmuks. Traduit de l'allemand par m. MorisChapitre 46 sur 55 · LETTRE XXX · texte numérisé non relu

LETTRE XXX

Le 7 décembre.

Hi er, les kalmulcs ont célébré la fête soulla. C’est la seconde des trois grandes fêtes annuelles, dont vous connaissez déjà Vuruss, parce qu’elle se célèbre au commencement de l’année : l’époque fixée, est le vingt-cinq du premier mois d’hiver. Plusieurs jours auparavant, les prières journalières delà khouroull , le matin, à midi et le soir, sont faites avec plus de cérémonies, pour se préparer à la fête , et l’on n’y épargne pas les instrumens de musique ; tandis que dans les huttes particulières, on célèbre ce temps de prière avec du vin tartare, et en jouant aux cartes.

Cette fête tire son nom de la manière dont elle est célébrée, c’est-à-dire, en allumant des lampes ( soulla en kahnuk signifie lampe ) j au reste les kalmuks ne consacrent pas

seulement ce jour au nouvel an, mais aussi à fêter leur naissance commune. La disposition de la soulla est aussi singulière, et le kahnuk qui est né la veille , est considéré , ce jour-là, comme ayant un an. Le jour de la fête arrivé, chacun s’occupe des dispositions de la cérémonie qui a lieu vers le soir, lorsque les étoiles commencent à briller. Les lampes, faites avéc une espèce dé pâte , sont remplies de graisse , au milieu de laquelle on fixe un brin de la plante nommée par les botanistes stipa capillata, qu’ils entourent de coton pour servir de mèche.

Chaque famille kalmuke a une lampe commune, qui a autant de mèches, que les membres de toute la famille réunie ont d’années; ces lampes sont placées ensemble ou séparément.

Les personnes de distinction font élever, au devant de leur hutte, une espèce d’autel nommé dender , qui est souvent aussi placé auprès de la khouroull. Leur hauteur est ordinairement celle d’un homme , ils ont trois à quatre pas de long sur la moitié de large : ils sont composés de branches tressées et posées sur des morceaux de bois, et on les recouvre de gazon.

Lorsque la nuit approcha y les prêtres se rassemblèrent auprès du dender de leur khouroull. A côté de chacun des autels brillait un petit foyer, que les prêtres entouraient, en attendant pour allumer les lampes, que les principauxde la khouroull commençassent la procession. Dans la khouroull de la cour, on attendait encore la famille du prince, et comme j’étais auprès du dender de Tclioutchei, je me contenterai de vous décrire ce qui se passa près de moi. Le prince et la princesse marchaient avec une suite nombreuse , pendant que l’image de Soukouba était portée , en procession , au son d’une musique bruyante , trois fois autour de l’autel, et à chaque fois, le prince, sa famille et tous les assistans se prosternaient. Le mouvement de la marche changeait suivant la mesure de la musique, et l’obscurité la plus profonde régnait dans la forêt du Kouma, au milieu de laquelle la fête se célébrait. La place où l’autel était élevé, et autour de laquelle se faisait la procession , était pleine de fossés , de trous et d’inégalités , qui auraient rendu cette marche dangereuse pour nous; mais les kalmuks qui, pendant

le jour, ontlavue perçante comme le faucon, et pendant la nuit comme la chouette, exécutèrent leur marche sans s’en inquiéter.

La procession lit ainsi le tour de la khouroull t ensuite chacun revint dans les huttes, célébrer la fête en buvant et en jouant.

Page 1