‹ Voyage de Benjamin Bergmann, chez les Kalmuks. Traduit de l'allemand par m. MorisChapitre 48 sur 55 · LETTRE XXXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXII

Àu Manetcli, le 20 mars i8o3.

L s paysans qui habitent les bords du tourna, avaient déjà commencé, depuis huit jours , à s’occuper de la culture des terres , lorsque les premières divisions de la horde, et la famille du prince , quittèrent leur quartier d’hiver pour reprendre leurs courses.

Qn aurait cependant mieux fait de séjourner encore quelques temps dans ces contrées méridionales, qui sont abondantes en bois; car nous éprouvions la différence du climat, à chaque werste que nous faisions vers le nord. Les monceaux de neige étaient de plus en plus considérables, et le froid du mois de mars de plus en plus sensible ; enfin il paraissait que nous cherchions à fuir le printemps ; et ici , dans notre nouveau camp , nous avons souvent occasion de regretter la fox'êt qui

est sur les bordstlu Kouma, car nous n’avons d’autres moyens de faire du feu qu’avec du fumier, soi-disant sec, et qui donne plus de fiimée que de chaleur.

Le départ des 'quartiers d’hiver se fait presque toujours, chez les kalmuks, avec une espèce de joie : en effet le danger de perdre les troupeaux par la rigueur de la saison , n’est plus à craindre : la belle verdure, qui couvre les steppes, ranime le courage , en ce que l’on y trouve l’assurance de pourvoir abondamment à la nourrituredes bêtes.

Le kalmuk compare, pour ainsi dire, l’hiver à l’enfer , et l’été au paradis : et comment ne serait- il pas porté à la joie , lorsque se dissipent toutes les inquiétudes que l’hiver lui donne , de perdre ses richesses, qui sont 6es troupeaux.

Avant le départ de la horde , le prince fit une offrande an Bourkhan du fleuve Kouma , en reconnaissance de la protection qu’il lui avait accordée pendant l’hiver. A cet effet , il s’approcha du Kouma , suivi de sa famille et d’un certain nombre de prêtres, et jeta, dans ses eaux, plusieurs petites pièces de monnaie d’argent, en lui demandant

sa protection pour l’avenir. Pendant la prié*re , les huttes fusent défaites , chargées sur les chameaux, et les chevaux furent sellés, pour transporter la troupe veis le Manetch.

Ce qui, chez d’autres peuples, eut été une cause de retard , ne fut ici , au contraire , qu’une raison de plus pour précipiter le départ. La mère du vice-khan avait été indisposée pendant tout l’hiver, et quelques jours avant la migration de la horde, sa maladie avait fait de tels progrès , que personne ne doutait de sa fin prochaine. Elle avait eu des accès si violens, qu’nne nuit on fut chercher le lama , qui fut obligé de commencer une grande prière, au bruit des timbales et des chalumeaux.

Cette prière fit son effet, car elle était accompagnée de toute la croyance de la princesse malade. Sa situation ne parut pas faire une grande impression sur la famille affligée, et comme, suivant les usages kalmuks, le cadavre doit rester dans le lieu où la personne meurt, on désirait faire la cérémonie funèbre dans un endroit éloigné de celui où ils passent habituellement l’hiver. Ils firent donc voyager sur un chariot, pendant deux

jours , la pauvre malade , et ils auraient continué leur route le troisième jour , sans la grosseur des eaux du Manetch. Nous sommes arrivés depuis quatre jours, et nous ne partirons que lorsque le gué permettra à la voiture de la princesse de passer la rivière.

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