VOYAGE
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'Empereur vint jusqu'à Fontaine Blcau, Noble chasteltant ou plus fort que beau, Tresbeau pourtant, mais sa meilleure grâce C'est qu'en Europe il n'y a telle chasse. Pour ce le Roy, ou qu'il soit, nest chés soy,
Dit il, que la : il le nomme Chés mny. Noël passé, car ou y vint la veille, Le Roy mal sain toutesfois se traveille Luy faire avoir quelque plaisir du boys, Et luy monstra luy mesmes quelque foys.
I. — Le cbâteau de Fontnineljleau, dont l'existence est constatée à la fin du x(i"= siècle, fut beaucoup agrandi et embelli par François I*^'', qui en fit une de ses résidences favorites.
RENE BIACE
-Six jours après, par Corbeil il l'amené Coucher au parc qu'on appelle Vincene, Le parc des daims, lieue et ung quart pour plus Loing de Paris. L'Empereur au surplus, Au fin matin que la nuyct desja moindre Cedoit au jour lors s' avançant de poindre, Va disnev dens Sainct Authoyne des Champs, Ou vers luy fut le Prévost des marchans Et aussi tous les estatz de la ville.
On avoitfaict d'antique moult gentille Ung corps d'hostel sur le chemin : leans Disna Monsieur et le duc d'Oi'leans, Avecque luy et mainte baronnie.
Car il se aymoit moult estre en compaignie.
L'heure venoit de marcher : on marcha ; El luy en dueil cheval noir chevaulcha.
12. — Le i)ois de Vincennes était entoure d'une clôture commencée piir Louis VII et aclievée par Philippe-Auguste. « Le roy avoit fort grand désir de inoustrer a l'Empereur sa belle maison royalle qu'il avoit fait faire a Fontainebleau, ung fort beau Heu plaisant a cause des grans boys qui avironnent ladicte maison es quelz il y a ung fort beau déduit de la vénerie. » fRelation des troubles de Gand, publ. par M. Gachard, Bruxelles, 1846, p. 47-)
17. — Saint-Antoiue-des-Cliamps était une abbaye de religieuses cisterciennes, fondée vers 1191 sur remplacement d'une vieille chapelle dédiée à S'. Antoine l'ermite.
22. — Henri, dauphin eu l536, roi de France en 1547- — Charles, duc d'Angoulême, d'Orléans et de Bourbon, né en i522, mort eu l545 sans alliance.
Tresrichc estoit la porte de l'entrée ,
De SOS plusieurs escussons ucoustréc,
Et d'ung long ciel, prenant du preniier huys
Jusques au mur, de l'hierre et de buys 3o
A beaux chapeaulx de triumphe et aiglettes :
Or en leur col, or sur leurs testellettes.
ïreshault César, la tienne majesté,
Et ta puissance, et ta loelicité.
Et bruyt couvrant de son vol tout ce monde, 35
N'oyra jamais louenge qui responde
A ton mérite ; et , tant soit hault honneur,
Gist soubz tes faictz inégal et mineur.
Mais croyons nous que si peu de corsaige
Ait sur la terre exploicté tant d'ouvraige, 40
Et que soubz Dieu poi'tes ainsi le faix
De ce rond monde empli de tes beaux faictz.
Qu'a peu Fortune inconstante a l'encontre, A chacun est son propre faict pour monstre : Tousjours auguste, a dire vérité, 4 5
En toy y a quelque grand deité ; Tes faictz ne sont faictz humains, mais miracles, Et tu prens goust a nos pctis spectacles ! Et harangueurs, qui tant soyent bien apris. Puis que le dis, sont neantmoins surpris. 5o
De cas si grand avions nous espérance, Ung moys y a, veoir tant de gloire en France ?
Mais veoy aussi ce peuple : tout au long
De les chemins ailleurs tant n'en fut oncq.
N'est ce ung vray monde? En liesse et joye 55
Se foule et tue, afin que ung peu te voye.
Nous n'attendions, pour vray, ton amytié, Après si longue et dure inimitié ; Ores l'avons, et gros honneur encore, Quand tel seigneur, nous veyant, nous honore 60 Et prend pour gens d'entière feaulté, En nous monstrant si franche privaulté.
Or de tes faictz ceste heureuse entreveue Est le plus grand, mais que bien en soit veue La conséquence : en paix chacun sera, 65
Toyct le Roy en paix on servira, Nous l'espérons. O! qu'est ce d'estre en guerre : Fureur de Dieu, ruine de la terre ?
Rien n'est si beau que le soleil es cieulx. Ne grand que toy au monde spacieux, 70
Et amytié est la meilleure chose Qui soit des cieulx et de ce monde enclose.
Ainsi pensois, quand, entre ces portaulx Larges d'arcure et montée ireshaultz, Vey l'Empereur vis a vis des Tournelles, 75
Dessoubz le poelle, ou son aigle a grandz aelles
75. — Le palais des Tournelles, à la fin du xiv' siècle, n'est autre chose que l'iiôtel d'Orgemont, situé au Marais, vis-à-vis de riiôtel S. -Paul. Depuis Charles VII jusqu'à Henri II, il fut la demeure du roi. — Nous lisons dans La magnificque et triuni-
Voloit sur luy. Voire cest empereur,
Du nom duquel seul nous avions horreur,
Avant le veoir, et pourtant a sa chère
Nous a semblé prince non trop severe, 80
Mais trescourtois, tresbcnign et tresdoulx.
a Quoi fust ce vous! » disoit on, « fust ce vous! » Le regardant, « fust ce vous, qu'on renomme Sestrc vanté contre le Roy a Ronmio De conquérir ce royaulme, et passer 85
Par le meilleu avant, sans menasser?
Conquérez nous, passez en bonne estrene : Le Roy entra par tel jour en son règne.
Vous povez tout en vertu d'amytié.
Mais qui vouldroit venir par maulvaitié, go
Nous mectroit tous au soing de nous deffendre; Ce que peut estre assez povez entendre.
Or troys jours a que sans fin il a pieu Moult laydement, et, a ce jour esleu.
Des bien long temps, pour vostre entrée insigne, gS L'air de doulceur et beaulté s'enlumine.
phante entrée..,, j}. 280-281 : « Devant les Toiirnelles y avoit ung. .. portail d'antique double enridiy de piliiers rond/, noirs en façon de marbre avec les testes, cornises, cliapiteaulx et mollures d'or et d'asur, colore?, avec frises et morestpies bien faictes. »
84. — Cliarles-Quint était à Rome en avril l536, et nous trouvons dans le Journal de F'andeiiesse, publié par M. Gacliard, Bruxelles, 1874, p. iiS-i3i, le long exposé de ses griefs contre François l".
D RENK MACE
Ce bon temps mesme ayde a vous recevoir,
Et veult vers vous faire aussi son debvoir :
Ainsi, après des guerres la tempeste.
Fortune a tous soit plus doulce ethonneste! )i loo
C'est ce que niaintz discouroient a part soy. Et quant au vray, si assez cler je veoy, La colle mesme et vantance haultaine De l'Empereur ne fut pas du tout vainc, Ains a peu près a sorty son eftect, io5
Car des deux poinctz l'ung et l'aultre il a faict.
Il a gagné le coeur du Roy sans guerre. Qui vault aultant, voire plus, que conquerre Tous ses pays; oultre, par le meilleu Il a passé, mais sans, loué soit Dieu ! 1 1 o
L'endommaiger, non obstant ce couraige, Dont il parla, de y faire maint oultraige.
O quel seigneur que le futur aussi Vient a son mot, et le preveut ainsi ! A telz gens nez a haultains cas Nature 1 1 5
Baille sens propre a leur charge future.
En ce relluvt son esperit divin.
Qui a conduict a si heureuse fin Ses beaux désirs et tresgrandes pensées. Par ses efTectz oultreplus surpassées. lao
Mais tel monarche est si noblement né ! Eust il marché en pays ruyné, Que de coeur triste ? Ou gist vraye noblesse
Qu'a condoloir et sentir la tristesse
Du mal d'aultruy? C'est inhumanité laS
Penser sans plus en quelque atrocité.
Mieulx doncq a veu, pour entrée, Bayonne, Et Bordeaux jusque ou s'embat la Garonne, Après, Poictiers si bien sentant ses loix, Toute civile, après Loches et Bloys, i 3o
Et Orléans, six jiopuleuses villes ;
Montz avinez, champs de tous fruiclz fertilles, Fleuves, forestz, riches et grandz buffectz. Changez a tous les repas qu'il a faictz ;
Arcz de triumphe et rues tapissées, i 'i5
Ou qu'il passast, et grandz aigles dressées. Jolis presentz, nobles, clercs et marchans , Le devançant, leurs enseignes aux champs ;
Et en maintz lieux tableaux de bonne grâce, Faictz richements au semblant de sa face, i .\o
De sa feu femme et ses petis enfans, Luy rians la avec luy triumphans !
Mesmes le Boy, des qu'il sent ses approches,
131. — Le poète nous tnire ici l'itinéraire que l'empereur avait suivi depuis son entrée en France.