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CHAPITRE XXXIV

Séjour à l'Ile-de-France : Relâche au Cap de Bonne-Espérance , Retour en Europe.

[Du 13 août 1803 au 16 avril 1804.]

Il faut avoir été privé comme nous, pendant plusieurs années, de toute relation avec les personnes les plus chères, avoir passé ce temps d'exil sur des mers orageuses ou des terres sauvages, en butte aux contrariétés , aux maladies , aux privations sans cesse renaissantes, pour bien concevoir tout ce que nous éprouvâmes en nous voyant réunis à nos parens, à nos amis , à nos compatriotes de l'Ile-de-France; les lettres d'Europe qui nous y attendoient vinrent ajouter à notre contentement : celui qui a une bonne mère, un père tendre, une épouse chérie , peut apprécier les douces affections dont fut alors rempli le cœur de ceux d'entre nous qui furent assez heureux pour recevoir de bonnes nouvelles de leur famille.

Cette alternative de chagrin et de joie, de fatigue et de repos, de disette et d'abondance , à laquelle les marins sont si souvent exposés, les soumettant, presque sans cesse, aux impressions les plus actives et les plus fortes, doit les habituer à supporter plus facilement que les autres hommes les vicissitudes de la vie. Triste avantage cependant qu'on ne peut acquérir que par des secousses multipliées du corps et de l'âme , toujours si funestes à la santé !

Parmi les nouvelles que nous apprîmes ici, je dois citer ce qui est relatif à la corvette le Naturalise. On se rappellera sans doute a

* Voy. plus haut, pag. y,

que ce bâtiment fut expédié de l'île King, pour rapporter en France les collections nombreuses d'objets d'histoire naturelle, recueillies depuis le commencement de la campagne. M. Hamelin, qui le commandoit, avoit eu d'abord le projet de ne faire aucune relâche ; mais l'état et le nombre de ses malades l'obligèrent bientôt de venir toucher à l'Ile-de-France : là, parmi les personnes qu'il mit à terre comme incapables de supporter les fatigues de la navigation, se trouvoit notre minéralogiste M. Depuch, réduit au dernier degré de marasme par la dyssenterie. Ce jeune et infortuné savant, aussi précieux par sa modestie et la bonté de son cœur, que par l'étendue et la variété de ses connoissances, ne devoit jamais revoir sa terre natale ! Victime intéressante de nos communs désastres, il succomba bientôt. Nous déplorâmes la perte d'un ami qui nous avoit été cher, et auquel l'expédition doit tant de travaux utiles.

Après* une relâche de dix jours, M. Hamelin remit sous voiles le 10 février 1803. Il vit un instant la côte d'Afrique, doubla hors de vue le Cap de Bonne-Espérance , et passa l'équateur le 28 mars, pour rentrer dans l'hémisphère Septentrional. Sa route fut contrariée par une avarie majeure dans la tête du grand mât et par la disette d'une partie des vivres. Le 26 mai on perdit M. Amand de Gouhier. Cet intéressant jeune homme , d'un caractère fort doux , étoit parti de France en qualité de pilotin, et avoit mérité par sa bonne conduite le grade d'aspirant de seconde classe. Il mourut d'une inflammation d'entrailles, après cinq ou six jours seulement de maladie.

Le lendemain, le Naturaliste arriva en vue des côtes d'Angleterre, et, malgré l'exhibition de son sauf-conduit et les justes et fortes représentations que fit M. Hamelin, ce bâtiment fut arrêté par la frégate angloise la Minerve , capitaine Charles Bullen, qui jugea convenable de le conduire à Portsmouth , pour y faire examiner, disoit-il , la validité de son passe-port. Cette vexation

dura jusqu'au. 6 juin , que le Naturaliste fut relâché par ordre de l'amirauté. II quitta Portsmouth le même jour, et entra le lendemain dans le port du Havre, après une absence de deux ans sept mois et dix-huit jours.

Ces détails sur le sort de nos anciens compagnons de voyage, furent pour nous du plus grand intérêt. Si nous nous affligeâmes de la mort de quelques - uns d'entre eux , et des privations qui n'avoient cessé de les poursuivre, nous eûmes tous au moins la satisfaction de voir que les collections importantes qu'ils accompagnoient, étoient heureusement parvenues dans notre patrie.

Quant à nous; ce qui devoit principalement nous occuper pendant notre séjour à l'Ile-de-France, c'étoit d'abord la santé de nos équipages, puis les réparations des navires et le remplacement de nos vivres. Pour satisfaire au besoin le plus pressant , nous envoyâmes tout de suite à l'hôpital la plus grande partie de nos gens ; mais dans le nombre il y en avoit de si sérieusement malades, que nous eûmes le chagrin d'en perdre plusieurs. Il n'en mourut qu'un seul appartenant au Casuar'ma,

Le ly août, nous vîmes entrer dans le port la frégate la Belle- Poule, et quelques jours après, le vaisseau le Marengo , les frégates la Sémillante > l'Atalante , la corvette le Bélier , et deux navires de transport. Tous ces bâtimens , sous les ordres du contre - amiral Linois, avoient à bord le général Decaën et huit cents hommes de troupes , et revenoient de la côte de Coromandei , où ils avoient été envoyés pour prendre possession de la ville et du territoire de Pondichéry. Mais tandis que le Gouverneur anglois retardoit, sous divers prétextes, de faire la remise de la place, un aviso , expédié de nos ports , étoit venu apporter à la division l'ordre d'appareiller sans délai pour se rendre à l'Ile-de-France. Tout annonçoit le prochain renouvellement des hostilités avec la Grande-Bretagne , et c'est ce qui avoit engagé le Gouvernement françois à prendre cette mesure de prudence.

La goélette le Casuarina n'ayant été achetée que pour faire avec plus de facilité la géographie des côtes de la Nouvelle-Hollande, se trouvoit maintenant inutile à notre expédition. Je reçus donc l'ordre de la désarmer le 29 août , et de passer avec mon équipage sur la corvette le Géographe , où ce renfort ne fut pas superflu.

16 septembre. J'ai dit, dans le chapitre précédent, qu'à l'époque où nous abandonnâmes l'exploration des terres Australes, notre Commandant se trouvoit dangereusement malade. Depuis notre arrivée dans la colonie, son état s'étoit beaucoup aggravé ; déjà, il y avoit long-temps que tout espoir de guérison étoit perdu, et les efforts des médecins n'avoient pour but que de prolonger de quelques jours une existence dont la nature même de la maladie avoit fixé le terme. Enfin ce dernier moment arriva; et le 16 septembre 1 803 , à-peu-près vers le milieu du jour, M. Baudin cessa

d'exister Le 17, il fut enterré avec les honneurs dus au

rang qu'il avoit occupé dans la marine militaire : tous les officiers, tous les savans de l'expédition, assistèrent à ce convoi, auquel se rendirent aussi les principales autorités de la colonie.

On s'attendoit, à bord, que le commandement du Géographe resteroit à M. Henri Freycinet, premier lieutenant de la corvette : ses travaux pendant le voyage, sous le double rapport de la géographie et des observations astronomiques, sembloient ajouter aux droits qu'il avoit comme officier de marine ; mais l'amiral LiNOis jugea devoir nommer M. M il i us, capitaine de frégate, qui se trouvoit alors à l'Ile-de-France. Cet officier , au mérite et aux talens duquel je me plais à rendre une entière justice, avoit appartenu à l'expédition, dans le principe, en qualité de premier lieutenant du Naturaliste, et ne l'avoit quitté, au port Jackson, que pour cause de maladie a. Il fut donc considéré comme faisant

a Voy. tom. 1, pag. 366,

toujours partie de cette expédition, et dès-Jors la supériorité de

son grade lui assuroit le commandement.

Il seroit peu intéressant pour le lecteur que je m'étendisse ici sur les divers événemens politiques qui eurent lieu dans la colonie et sur ceux que nous apprîmes pendant notre séjour: je ne parlerai donc point des ordres qui nous furent apportés par la corvette le Berceau, à l'occasion du renouvellement de la guerre entre la France et l'Angleterre; des changemens que cette circonstance occasionna dans le gouvernement de l'île ; du départ de l'escadre de l'amiral Lin ois pour aller en croisière ; de l'arrivée dans le port d'une division de vaisseaux de ligne Hollandois, &c. &c. Ces détails, déjà un peu surannés, seroient d'ailleurs étrangers au but de cette histoire, et je dois les supprimer.

Je ne ferai aussi mention que très -rapidement des travaux que nos naturalistes exécutèrent, pendant la relâche, pour augmenter leurs collections déjà, si riches, MM. Péron et Lesueur, les seuls zoologistes qui nous restassent alors, s'occupèrent avec beaucoup de soin et de persévérance de l'étude des poissons qu'on trouve sur ces rivages ; ils en découvrirent une multitude d'espèces nouvelles, qui tous furent décrits et dessinés avec l'exactitude que ces savans voyageurs apportoient dans leurs travaux.

Notre jardinier, le laborieux, l'infatigable M. Guichenot, augmenta le nombre des plantes vivantes qu'il vouloit transporter en Europe ; il trouva à cet égard , chez M. Céré , Directeur du jardin de botanique, au quartier des Pamplemousses, toutes les facilités qu'il pouvoit désirer, et cet empressement désintéressé d'être utile, apanage touchant et ordinaire des hommes qui s'occupent de l'étude des sciences.

Parmi les arbres qui nous furent donnés par ce savant agriculteur, je dois distinguer sur-tout l'Arbre à pam des îles de la mer du Sud. Ce végétal précieux, qu'il seroit possible, peut-être, d'acclimater dans quelques parties de l'Italie et de l'Espagne, n'existe

à l'Ile-de-France que depuis l'année 1797. Dentrecasteaux en fit embarquer plusieurs individus à Tongatabou a pendant son voyage à la recherche de la Pérouse ; transportés ensuite à Java, où les frégates françoises furent désarmées , ces arbres restèrent près de trois ans sur l'île, confiés aux soins de M. la Haye, jardinier-botaniste de l'expédition. Malgré l'état déplorable de sa santé , M. la Haye ne voulut point abandonner à d'autres le soin de cultiver les plantes vivantes qu'il avoit recueillies pendant le cours d'une navigation longue et périlleuse : rien ne put à cet égard lasser sa constance et son courage. M. le contre -amiral Willaumez , alors capitaine de vaisseau , et qui avoit été lui-même l'un des officiers les plus distingués de Dentrecasteaux , sollicita l'ordre d'aller chercher ces plantes , fut expédié pour les prendre à bord de la frégate la Régénérée qu'il commaridoit, et parvint enfin à les transporter à l'Ile-de-France. Ce fut l'amiral Willaumez encore qui engagea M. Dupuy, aujourd'hui Pair de France, et à cette époque Intendant de la colonie , à faire distribuer des arbres à pain chez ceux des habitans de l'île qui se livroient avec le plus de succès et de soins à l'agriculture ; on en fit passer également à la Martinique et à Cayenne, où ils ont fort bien réussi.

Indépendamment des richesses végétales que nous devions rapporter dans notre patrie , M. Péron voulut essayer d'y en transporter d'un autre genre et d'un intérêt tout aussi grand ; je veux parler de l'excellent poisson d'eau douce, connu sous le nom de Gmiramy b. Ce poisson , comme l'on sait , originaire de Chine , a

a L'une des îles des Amis. » comme sa hauteur est très- grande à pro-

'• Osphronhne Goramy , poisson Gouramie «portion de ses autres dimensions , il fournit

ou Gouramy de Lacepède, Hist. des poissons, » un aliment aussi copieux qu'agréable

tom. III pa°: uv- " ^ seroit bien à désirer que quelque ami

« Cet osphronème, dit l'auteur, est remar- » des sciences naturelles, jaloux de favoriser

«quable par sa forme, par sa grandeur, et » l'accroissement des objets véritablement

«par la bonté de sa chair. II peut parvenir «utiles, se donnât le peu de soins néces-

» jusqu'à la longueur de deux mètres ; et » saires Pour Ie faire arriver en vie en France, TOME II. Pp

été naturalisé depuis plusieurs années à l'Ile-de-France, où on le trouve maintenant en abondance dans les rivières et dans les viviers. Divers essais ont été déjà faits par quelques personnes pour l'apporter en Europe ; mais jusqu'ici tous ont été infructueux, ce qui dépend, selon moi, du défaut de précautions convenables pendant le transport. M. Péron n'a pas été plus heureux que ses prédécesseurs ; cependant l'inutilité de ses efforts particuliers , loin de décourager ceux qui voudroient renouveler une tentative aussi importante, doit au contraire leur faire redoubler de zèle pour s'entourer de soins plus minutieux et plus complets. Quatre ou cinq jours avant de mettre sous voiles, M. Péron reçut de M. Céré cent petits gouramys qui furent distribués dans douze vases , chacun de cinq à six pintes de capacité. Quelques-uns de ces poissons moururent dans les premiers momens de leur transport sur le vaisseau; néanmoins trois jours après notre départ, il en restoit encore quatre-vingt-treize , paroissant jouir d'une santé parfaite. Nous avions l'espoir de les conserver jusqu'en France, lorsque, avant d'avoir atteint le travers du canal de Mosambique , la mauvaise qualité de l'eau donnée pour remplacer une partie de la leur, occasionna la mort de tous ces animaux sans exception.

Il paroît que jusqu'à ce jour les variations subites de la température, et peut-être aussi les orages qu'on éprouve dans le voisinage du Cap de Bonne-Espérance , où il règne des brises très-fraîches et de fréquens coups de vent, ont été la cause de la mort des gouramys qu'on a essayé de transporter en Europe. M. Péron avoit pris des précautions pour éviter ce premier inconvénient : chacun de ses vases, couvert d'une gaze légère, pour empêcher que les poissons, en sautant, ne s'échapassent au-dessus des bords, fut enfermé dans une armoire bien abritée de l'air extérieur.

Je remarquerai que la putridité de l'eau , toujours moral ry acclimater dans nos rivières, et procurer ainsi à notre patrie une nourriture peu chère , » exquise, salubre , et très-abondante. »

telle s pour les poissons , pourroit aisément se corriger par l'usage des filtres-charbon , aujourd'hui si généralement connus et employés. Peut-être devroit-on tenter également l'usage de l'eau de mer distillée ; mais ce qui vaudrait mieux sans doute , ce seroit de faire de fréquentes relâches sur la route , et d'y renouveler souvent cette provision. Il me semble d'ailleurs que les gouramys embarqués sur notre bord étoient trop jeunes (ils n'avoient guère que 3 à 4 pouces de longueur ) ; que les vases qui les contenoient étoient trop petits; enfin que ces mêmes vases eussent dû être suspendus par un mouvement de Cardan, fait avec de simples cercles de barriques, pour éviter que ces animaux ne vinssent, au roulis, se heurter contre les parois. A ces réflexions , que l'expérience m'a suggérées, il me paroît important, pour l'utilité des voyageurs qui voudraient renouveler ces mêmes tentatives, de joindre ici quelquesuns des préceptes que l'illustre M. de Lacepede a insérés dans son Histoire des poissons.

« De toutes les saisons, dit l'auteur1", la plus favorable au transport » de ces animaux (les poissons) est l'hiver, à moins que le froid » ne soit très-rigoureux. Le printemps et l'automne le sont heau- » coup moins que la saison des frimas; mais il faut toujours les » préférer à l'été. La chaleur aurait bientôt fait périr des individus 35 accoutumés à une température assez douce ; et d'ailleurs ils ne » résisteraient pas à l'influence funeste des orages qui régnent si 33 fréquemment pendant l'été.

» C'est en effet un beau sujet d'observation pour le physicien; « que l'action de l'électricité de l'atmosphère sur les habitans des 33 eaux, action à laquelle ils sont soumis, non-seulement lorsqu'on 33 les force à changer de séjour , mais encore lorsqu'ils vivent indé- 33 pendans dans de larges fleuves ou dans des lacs immenses, dont

a « La plus terrible des maladies des pois- « miasmes produits dans le fluide qui les en- »sons, dit LacepÈDE, op. cit. tom. III, ■» vironne. » »p. xxij , est celle qu'il faut rapporter aux b Tom. III , pag. v) et suiv.

Pp 2

y> la profondeur ne peut les dérober à la puissance de ce feu

» électrique.

y> II ne faut exposer aux dangers du transport que des poissons 55 assez forts pour résister à la fatigue , à la contrainte , et aux autres 5> inconvéniens de leur voyage. A un an, ces animaux seroient s? encore trop jeunes ; l'âge le plus convenable pour les faire passer 55 d'une eau dans une autre , est celui de trois ou quatre ans.

55 On ne remplira pas entièrement d'eau les tonneaux dans 55 lesquels on les renferme \ Sans cette précaution, les poissons, 55 montant avec rapidité vers la surface de l'eau , blesseraient leur 55 tête contre la partie supérieure du vaisseau dans lequel ils seront 55 placés. Ces tonneaux devront d'ailleurs présenter un grand espace. 55 Bloch, qui a écrit des observations très-utiles sur l'art d'élever 55 les animaux dont nous nous occupons, demande qu'un tonneau 55 destiné à transporter des poissons du poids de 50 kilogrammes 55 [100 livres ou à-peu-près], contienne 320 litres ou pintes 55 d'eau.

55 II est même nécessaire que vers la fin du printemps, ou au 55 commencement de l'automne , c'est-à-dire lorsque la chaleur est 55 vive au moins pendant plusieurs heures du jour, cette quantité 55 d'eau soit plus grande, et souvent double ; et quelle que soit la 55 température de l'air, il faut qu'il y ait toujours une communi- 55 cation libre entre l'atmosphère et l'intérieur du tonneau , soit 55 pour procurer aux poissons , suivant l'opinion de quelques phy- 55 siciens, l'air qui peut leur être nécessaire, soit pour laisser 55 échapper les miasmes malfaisans et les gaz funestes qui, ainsi r> que nous l'avons déjà dit dans cette histoire, se forment en 55 abondance dans tous les endroits où les habitans des eaux sont 55 réunis en très-grand nombre, même lorsque la chaleur n'est pas

Pour de longues traversées , des jarres en terre me paroissent devoir être préférées aux barriques, dont le bois , en se décomposant, peut fournir des miasmes putrides et délétères.

» très-forte , et leur donnent la mort souvent dans un espace de » temps extrêmement court.

» Mais comme ces soupiraux, si nécessaires aux poissons que » l'on fait voyager , pourroient , s'ils étoient faits sans attention , 33 laisser à l'eau des mouvemens trop libres et trop violens qui » la feraient jaillir, pousseraient les poissons les uns contre les 53 autres, les froisseroient et les blesseraient mortellement, il sera 33 bon de suivre à cet égard \es conseils de Bloch , qui recom- 33 mande de prévenir la trop grande agitation de l'eau par une 33 couronne de paille ou de petites planches minces introduites 33 dans le tonneau, ou en adaptant à l'orifice qu'on laisse ouvert 33 un tuyau un peu long , terminé en pointe , et percé vers le haut 33 de plusieurs trous qui établissent une communication suffisante

33 entre l'air extérieur et l'intérieur du vaisseau C'est avec des

33 précautions analogues , que dès le xvi.e siècle on a répandu dans 33 plusieurs contrées de l'Europe, des espèces précieuses de poissons 33 dont on y étoit privé. C'est en les employant.... qu'on a peuplé 33 de cyprins dorés de la Chine, les eaux non-seulement de France, 33 mais encore d'Angleterre , de Hollande et d'Allemagne.

33 Mais il est un procédé par le moyen duquel on parvient à son 33 but avec bien plus de sûreté , de facilité et d'économie , quoique 33 beaucoup plus lentement.

33 II consiste à transporter le poisson , non pas développé et 33 parvenu à une taille plus ou moins grande, mais encore dans 33 l'état d'embryon et renfermé dans son œuf. Pour réussir plus 33 aisément, on prend les herbes ou les pierres sur lesquelles les 33 femelles ont déposé leurs œufs , et les mâles leur laite , et on les 33 porte , dans un vase plein d'eau , jusqu'au lac , à l'étang , à la 33 rivière, ou au bassin que l'on désire de peupler.. . . Si le trajet 33 est long, on change souvent l'eau du vase dans lequel les œufs 33 sont transportés.

33 La qualité et l'abondance de la nourriture .... sont aussi les

» objets auxquels on doit faire le plus d'attention, lorsqu'on cherche :» à conserver des animaux en vie dans un autre séjour que leur » pays natal .... L'aliment auquel le poisson que l'on vient de » dépayser est le plus habitué , est celui qu'il faudra lui procurer ; » il retrouvera sa patrie par -tout où il aura sa nourriture fami- » lière. »

J'ai appris de M. Céré que lui-même s'étoit livré autrefois à de curieuses expériences pour parvenir à faire vivre les gouramys absolument dans l'eau de mer. A cet effet , il choisit un certain nombre de sujets d'un âge convenable : d'abord il les plaça dan& un très-grand vase rempli d'eau douce ; tous les jours il renouveloit une partie de cette eau ; puis il en enlevoit une très-petite mesure, qu'il remplaçoit par une quantité égale d'eau de mer. Ce procédé exigeoit , comme l'on voit , beaucoup de patience et d'exactitude ; M. Céré le continuoit depuis assez long-temps pour que l'eau fût devenue presque aussi salée que celle de la mer, sans que la santé de ses poissons en parût altérée le moins du monde , lorsque l'incurie ou la méchanceté d'un de ses nègres vint détruire en un instant le fruit de plusieurs années de travaux et de constance. Le chagrin que cet événement lui causa, et plus encore peut-être le temps et les soins qu'exigeoit l'expérience, l'empêchèrent de la recommencer. II n'en reste pas moins bien constaté , ce me semble , que l'on pourroit habituer le gouramy à vivre dans l'eau de mer ; circonstance qui diminueroit de beaucoup les difficultés de son transport en Europe.

Cependant les réparations qu'avoit exigées la corvette le Géographe étoient terminées ; toutes nos provisions étoient abord, et notre équipage , si long-temps fatigué par d'excessives privations , avoit eu le temps de se reposer : un plus long séjour eût été désormais sans objet ; le capitaine Milius ordonna donc de faire les dernières dispositions pour l'appareillage. Le 15 décembre 1803, tout étant achevé , nous prîmes congé du Gouverneur et de nos

amis , et le \6 nous mîmes sous voiles. Ce fut avec un profond sentiment de reconnoissance et de regret que nous nous séparâmes de ces bons habitans de l'Ile-de-France , qui nous avoient si cordialement accueillis : l'hospitalité généreuse qu'ils exercèrent envers nous, les attentions et les soins délicats dont ils nous comblèrent, furent un ample dédommagement des peines de notre voyage. Les procédés de ces hôtes respectables et chéris demeureront à jamais gravés dans nos cœurs , avec le souvenir des vertus précieuses dont l'intérieur de leurs familles nous a offert les modèles. Leur touchante bonté ne sembla-t-elle pas même nous poursuivre, lorsque, à notre insu , ils envoyèrent à bord du vaisseau tout ce qu'une prévoyance ingénieuse leur suggéra pouvoir nous être utile et agréable pendant la traversée , et nous ménagea ainsi la plus douce surprise î Que nous reconnûmes bien là nos excellens amis !

Les premiers jours de notre navigation furent assez favorisés, et n'offrirent rien qui fût digne de remarque. Arrivés par le travers du canal de Mosambique , nous éprouvâmes une bourasque violente, qui dura quarante-huit heures, mais qui ne nous causa aucune avarie. Le 30 décembre, nous aperçûmes la terre de Natal, et la prolongeâmes pendant quelque temps sans nous y arrêter. Nous observâmes que les courans portoient fortement au Sud dans ces parages.

Le 3 janvier 1 804, après avoir doublé la partie la plus Australe de l'Afrique, nous nous dirigeâmes vers la baie de la Table au Cap de Bonne-Espérance, où nous laissâmes tomber l'ancre dans l'aprèsmidi. Le but de cette relâche étoit de nous procurer des rafraîchissemens , et d'embarquer pour la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle de Paris quelques-uns des animaux rares et curieux que l'on trouve dans ces riches contrées.

Aussitôt que nous fûmes au mouillage , M. Milius envoya un de ses' officiers saluer le Gouverneur et le prévenir de nos besoins. Le lendemain, nous allâmes lui faire une visite de corps, et le 5

nous dînâmes chez lui. Nous ne saurions trop reconnoître ici avec quelle extrême politesse nous en fûmes accueillis. M. de Janssens, Gouverneur général de la colonie , se prêta obligeamment à toutes les questions que nous lui fîmes , et voulut bien faciliter à nos naturalistes, par tous les moyens en son pouvoir, les observations et les recherches qui leur paroissoient être dans l'intérêt des sciences.

Un des objets que nous nous proposions d'examiner avec le plus de soin , c'étoit l'existence vraie ou fausse de ce fameux tablier des femmes Hottentotes dont on a tant parlé , et sur lequel cependant on étoit encore si peu d'accord. Sans doute la réalité de cet organe doit être considérée comme un des phénomènes les plus curieux de la physiologie; mais, il faut en convenir, la divergence des récits des voyageurs, à cet égard, en est un non moins singulier peut-être. Jamais, en effet, contradiction ne se soutint plus long-temps sur un théâtre d'ailleurs aussi bien connu que le Cap de Bonne-Espérance. Des milliers de voyageurs y abordent annuellement depuis des siècles ; nous en avons une foule de descriptions ; presque toutes parlent de cette conformation bizarre , mais d'une manière tellement contradictoire , que l'opinion des naturalistes a dû rester toujours indécise. Comment, en effet asseoir son jugement sur un objet aussi délicat , lorsque des hommes également célèbres et dignes de foi viennent en nombre à -peu-près égal pour nier ou pour attester le fait dont il s'agit , et sur lequel chacun d'eux se présente comme témoin oculaire î Il étoit donc pour nous d'une haute importance de chercher à éclaircir une question si long-temps agitée sans être résolue, et de montrer d'où avoit pu provenir à cet égard l'opposition des observateurs : telle fut la tâche qu'entreprirent MM. Péron et Lesueur. Un savant aussi distingué que modeste , M. Raynier de Klerk Dibbetz , Médecin en chef de la colonie , leur fournit tous les secours qu'ils pouvoient désirer, et de nombreux moyens de résoudre

leurs

leurs doutes. De l'examen attentif et prolongé auquel ils se livrèrent, et dont tous les officiers du Géographe et plusieurs autres membres de l'expédition furent témoins, il résulte1,

i.° Que cet organe singulier, désigné improprement sous le nom de tablier des Hottentot.es , existe bien certainement chez les femmes d'une autre peuplade ;

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