‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 74 sur 115 · TOME II. Qq · texte numérisé non relu

TOME II. Qq

i o.° Qu'on l'observe dès l'enfance , qu'il croît avec l'âge , et disparoît par le croisement des races Hottentote et Boschisman.

Quelque extraordinaire que puisse paraître et que soit en effet ie tablier des femmes Boschisman, il n'est cependant pas le seul phénomène que présente leur organisation. Il y en a un autre tout aussi inexplicable, mais beaucoup plus frappant, bien qu'il ait été généralement plus négligé, c'est le développement prodigieux de leurs fesses.

Le Vaillant donne à cet égard de minutieux détails dont nous avons reconnu l'exactitude. «... Ce croupion alongé n'est qu'une 55 masse graisseuse et charnue, dit-il a, qui, à chaque mouvement du 55 corps, contracte une oscillation et une ondulation fort singulières.

55 J'ai vu une fîllede trois ans... jouer et sauter devant moi pendant 55 plusieurs heures. Je la plaignois d'être chargée de ce gros paquet 55 qui me paroissoit devoir gêner ses mouvemens ; et je ne m'aper- 55 cevois point qu'elle en fût moins libre. Quelquefois, pours'amu- 55 ser d'un jeune frère avec qui elle jouoit, elle marchoit à pas 55 comptés ; puis , appuyant fortement le pied contre la terre, elle 55 communiquoit à son corps un ébranlement qui faisoit remuer 55 son postique comme une gelée tremblante; le bambin cherchoità 55 l'imiter; mais n'en pouvant venir à bout, parce qu'il n'avoit pas 55 ce gros c. . qui n'est propre qu'au sexe, il se dépitoit d'impa- 55 tienoe , tandis que sa soeur rioit à gorge déployée. Les mères. . . 55 lorsqu'elles sont en marche , . . . . placent ( leurs enfans ) sur 55 leur croupe. J'en ai vu une courir ainsi ; et l'enfant . . . posé 55 debout ... se tenoit derrière elle comme un Jockey derrière un 55 cabriolet. 55

Un voyageur dont les écrits portent un caractère de véracité si bien reconnu des habitans du Cap, Barrow confirme par ses observations particulières , ce que nous venons de rapporter. « La

1 Second Voyage de LE VAILLANT en Afrique, tom, III f pag. rojetzoô'.

» courbure intérieure de l'épine dorsale, dit-il a, et l'extension des y? parties postérieures, sont les caractères de toute la race Hottentote ; 33 mais dans les petits Boschismans ces caractères sont si excessive- » ment exagérés, qu'ils en sont ridicules. Si la forme de la lettre S 35 peut être regardée comme un modèle de grâces dans les femmes, 33 celles-ci ont des droits à la première place parmi les beautés par- 33 faites. Leur personne, depuis la gorge jusqu'au genou, se dessine 33 absolument comme cette lettre. Dans un autre sujet que je me- 33 surai, les parties postérieures se projetoient à cinq pouces et demi 33 en dehors de l'épine du dos ; cette exubérance étoit toute de 33 graisse, et rien n'étoitrisible comme de voir cette femme marcher: 33 chaque pas étoit marqué par un tremblement pareil à celui qu'au- 33 roient éprouvé deux masses de gelée placées au même endroit. 33

Nous avons vu nous-mêmes ces fesses extraordinaires dans un nombre assez grand d'individus tous du sexe féminin et de la race des Boschismans; il paroît cependant qu'on rencontre aussi quelquefois cette difformité chez les Hottentotes.

Des faits que je viens de rapporter, on peut conclure, ce me semble, que la contradiction des voyageurs, relativement au tablier, provient sur-tout de ce qu'ils ont attribué aux femmes Hottentotes , ce qui appartenoit réellement à des individus d'un autre peuple. Les sujets soumis à une observation peut-être trop superficielle, pouvoient aussi n'être pas de race pure, mais le résultat du croisement des races Hottentote etBoschisman. C'est ainsi que des erreurs involontaires se sont propagées, tantôt par des observateurs étrangers aux connoissances anatomiques, et tantôt par ceux qui ont cru pouvoir établir leur opinion sur de simples ouï-dire. Au reste , l'existence de cet organe chez les femmes Houzouânas ou Boschisman, ne peut être aujourd'hui révoquée en doute; cette vérité, qui paroît jaillir des observations qui nous sont propres,

b Voyage de John Barrow en Afrique, tom. II ,pag. So de la trad. franc.

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acquerra sans doute un nouveau degré d'évidence par les remarques intéressantes que M. le Gouverneur de Janssens a faites depuis notre départ du Cap, dans le pays des Boschismans, et qu'il a bien voulu nous communiquer peu de temps après son retour en Europe.

M. de Janssens ayant été forcé, pour terminer quelques arrangemens avec les Caffres , de se porter sur la frontière Orientale de la colonie, résolut de pénétrer dans le pays des Boschismans, et de vérifier', par ses propres observations, ce qu'il avoit entendu dire de ce peuple extraordinaire. Accompagné, dans cette entreprise, d'un détachement de troupes, et muni de tous les objets nécessaires, M. de Janssens, à force de générosité, de patience et de soins, parvint à se mettre en rapport avec les Boschismans. Pendant près de cinq semaines, il vécut, pour ainsi dire, au milieu d'eux; il entra dans tous les détails de leur existence , de leurs mœurs et de leurs habitudes, et donna sur-tout une grande attention à leur organisation singulière.

C'est ainsi qu'il s'est assuré que les Boschismans forment effectivement une nation bien distincte de celle des Hottentots ; que tous les individus en sont extrêmement petits ; que la taille commune des hommes est de 4 pieds, comme l'avoit dit Barrow; que toutes les femmes , sans exception , ont le tablier ; que cet organe parvient quelquefois à la longueur de 7 ou 8 pouces ; qu'il se perd, à la vérité, par le croisement des races ; mais qu'à la quatrième génération il conserve encore tous les mêmes caractères, aux dimensions près , qui sont réduites des deux tiers.

Ces femmes ont toutes des fesses monstrueuses, et M. de Janssens a vu de jeunes enfans montés sur cette espèce de croupe, s'y tenir debout, tandis que leurs mères étoient en marche. On nous avoit assuré au Cap que les hommes ne participoient point à une telle difformité ; mais M. le Gouverneur a reconnu que l'assertion n'étoit pas exacte , et que la croupe graisseuse dont il s'agit , quoique

beaucoup moins prononcée chez les hommes que chez les femmes , étoit cependant un caractère commun aux deux sexes.

Les Boschismans, continue le même observateur, errent dans les déserts de l'Afrique Méridionale sur une surface immense dépourvue de bois % qui s'étend d'Orient en Occident, à partir des limites de la colonie du Cap, et vers le Nord, jusqu'à une distance considérable encore inconnue h. Ce peuple est sauvage , féroce , rabougri , et misérable au-delà de ce qu'on peut imaginer. Il ne vit pas en corps de nation ; chaque famille est dans l'isolement, et les hommes ne se réunissent en petites troupes que pour se défendre, ou pour piller chez les colons Hollandois , chez les Caffres, ou autres indigènes qui ont des propriétés. Ils sont redoutés , et vivent dans l'inimitié avec tous leurs voisins , dont ils sont traités à leur tour plutôt comme des bêtes féroces que comme des hommes. Il paroît cependant que cette férocité ne dépend pas d'une organisation particulière , mais qu'elle est une conséquence de leur état misérable et des mauvais traitemens qu'ils reçoivent des peuples moins éloignés qu'eux de la civilisation.

Ces sauvages ne cultivent pas la terre, et, si l'on en excepte le chien, ils n'ont aucun animal domestique. Quand on leur en donne, ce que les Hollandois ont fait quelquefois dans l'espoir de les adoucir et de leur faire perdre leurs habitudes pillardes, ils ne savent pas les conserver. Cependant, ceux des jeunes Boschismans que les paysans de la colonie parviennent à fixer pour quelque temps chez eux, deviennent de très-bons gardiens de troupeaux.

Pour tout vêtement, ils portent de petites peaux crasseuses sur les épaules. Ils n'ont ni huttes ni ustensiles ; leurs armes consistent en de petits arcs et des flèches légères qui sont empoisonnées ; ils tirent à de grandes distances et avec une rare justesse. Ils ont l'or-

a Le nom de Boschiesman ou de Bosjesman , qui, en hollandois, signifie Homme des bois. est par conséquent très-impropre.

b En 1807.

gane de la vue extrêmement exercé, et au-delà même de ce qu'on pourrait croire.

La chasse ne peut suffire à leurs besoins. Leur nourriture ordinaire est extrêmement dégoûtante et peu assurée ; ils supportent la faim pendant long -temps , par l'habitude qu'ils ont d'une disette presque continuelle ; mais lorsqu'ils ont du gros gibier, ils mangent en un seul repas une quantité prodigieuse de viande.

Leur vocabulaire ne doit contenir qu'un très-petit nombre de mots , attendu que ces gens ont peu de besoins , qu'ils connoissent peu d'objets , et ne sentent guère la nécessité de communiquer leurs pensées. Les sons qu'ils articulent ne peuvent pas se rendre par écrit a : ce n'est qu'un claquement de la langue mêlé d\m son guttural. On rencontre des différences d'idiomes, de l'une à l'autre famille , pour peu que le lieu de leur résidence habituelle soit éloigné.

L'usage du tabac est leur plus grande jouissance. Ordinairement ils fument une espèce de chanvre que les colons Hollandois nomment dagha , qui est très-fort et qui étourdit. Au lieu de pipes , ils se servent des os de l'antilope ou de ceux de quelque autre animal.

Souvent les colons, et même les autres peuplades qui environnent les Boschismans , font une chasse ou battue sur ces malheureux, et tuent, sans pitié comme sans remords, tous ceux qu'ils trouvent ; les Hollandois conservent cependant quelquefois les jeunes enfans pour les élever à garder leurs troupeaux ; mais ils prétendent que jamais , même quand ils sont élevés chez eux , ils ne peuvent leur faire perdre leurs premières inclinations vagabondes.

1 « Ce son est le même, dit DE PAGES, «Je ne puis les rendre que par l'expression

» que celui que font certaines gens du peuple, » de clop ou de clep. » ( Voyages autour du

» gourmets ou ivrognes, lorsqu'ils trouvent monde et vers les deux pôles, &c. to?n. H,

:» du vin bon. Ils font deux espèces de ces pag. 26. ) 33 sons en tournant différemment la langue.

Il est plus probable que cela tient au peu de soin qu'ils prennent d'eux, ou, plus exactement, à un défaut absolu d'éducation.

M. de Janssens avoit expressément défendu de faire de pareilles chasses , voulant tâcher d'apprivoiser ces peuples par un régime de douceur et de justice. Malheureusement les circonstances qui l'ont rappelé en Hollande ne lui ont pas permis d'observer l'effet de ce nouveau système , dont il attendoit beaucoup de succès.

Un fait qui vient à l'appui de cette idée , c'est que, s'étant procuré un jeune Boschisman a, et l'ayant gardé pendant deux ans et demi chez lui au Cap de Bonne-Espérance, M. de Janssens parvint à l'apprivoiser parfaitement. Ce jeune sauvage, auquel on donna le nom de Flamengo , avoit un très-bon naturel , et paroissoit susceptible du plus grand attachement, sans aucune inclination vicieuse : doué d'une intelligence assez remarquable , il parvint à apprendre avec facilité la langue Hollandoise et même un peu d'anglois. Ses membres d'ailleurs très-souples et très-agiles, le rendoient fort propre aux exercices du corps,

La durée totale de notre relâche au Cap de Bonne- Espérance fut de vingt-un jours ; nous en repartîmes le 24 janvier 1 804, et reprîmes la route de France. Le 3 février, nous aperçûmes l'île Sainte-Hélène, et parvînmes bientôt après à l'équateur, malgré les calmes qui nous atteignirent , mais qui heureusement ne furent pas de longue durée. Lorsque nous quittâmes les régions des tropiques pour nous rapprocher des mers plus froides de notre hémisphère, un grand nombre de personnes de l'état-major et de l'équipage fut attaqué de coliques bilieuses très-intenses, et qui, chez quelques-uns, résistèrent long-temps à tous ies remèdes. MM. Boullanger, de Montbazin et moi, nous enfumes les plus fortement affectés, et ne

* La tribu à laquelle il appartenoit, vivoit vière Orange ou Grande Rivière, comme la dans un canton situé entre les Rhenosser ber- nomment plus ordinairement les colons. gen [montagnes des Rhinocéros] et la Ri-

recouvrâmes même notre santé que long-temps après notre arrivée en France.

M, Milius , pour éviter le même désagrément qu'avoit eu le Naturaliste , qui, malgré son passe-port, avoit été arrêté et conduit pour plusieurs jours en Angleterre , ainsi que nous l'avons vu plus haut, pag. 2j)3, se décida à ne point faire route pour le Havre, celui de nos ports où cependant il nous eût été plus commode de débarquer, mais il se dirigea vers Lorient.

Le 23 mars, d'après nos observations, nous ne devions pas être fort éloignés des côtes de Bretagne, et nous pouvions dire avec l'Arioste :

Or , se mi mostra la mia carta il vero , Non è lontano a discoprirsi il porto; Si che nel iito i voti scioglier spero A chi ne! mar per tanta via m' ha scorto ; Ove , o di non tornar col legno intero , O d' errar sempre , ebbe già il viso smorto : Ma mi par di veder, ma veggo certo , Veggo la terra , e veggo il Iito aperto a.

Nous ne pûmes cependant pas y entrer le même jour dans ce port si désiré; car le pilote n'étant arrivé abord que le 24, assez tard, nous n'allâmes mouiller devant l'île de Groix que le soir, et le lendemain en rade de Lorient \

On pourroit croire qu'arrivés au terme de notre voyage dans cette France , après laquelle nous avions soupiré si long-temps , nous dûmes nous livrer à une joie bien vive ; cependant, et ce qui nous surprit nous-mêmes , nous n'en fûmes que foiblement touchés : la gaieté ne revint point encore parmi nous ; on eût dit que la vue de notre vaisseau, en nous rappelant trop fortement

a Orlando furioso , canto XLvi. à 17 mille lieues marines ou 21 mille lieues

b La durée du voyage de ia corvette le moyennes de France la somme des routes

Géographe a été de quarante - un mois et qu'elle a parcourues dans cet intervalle.

demi hors des ports de France ; et j'ai estimé

les

les souffrances auxquelles nous y avions été en proie , empoisonnoit toutes nos autres affections. Ce ne fut même qu'après nous être tout-à-fait éloignés des rivages de la mer, que notre ame put s'ouvrir enfin aux sentimens de bonheur, étrangers à nos cœurs depuis si long-temps.

M. le vice-amiral Thévenard , préfet maritime , et M. le capitaine de vaisseau Molini , chef militaire , nous accueillirent avec une extrême bonté , et nous comblèrent d'attentions et d'égards. Il m'est bien doux de pouvoir en témoigner publiquement ici notre respectueuse gratitude à celui des deux qui existe encore.

Le 2 6 mars, on commença de mettre à terre les diverses collections d'histoire naturelle que nous avions à bord. Indépendamment d'une foule de caisses de minéraux, déplantes desséchées, de coquilles; de poissons, de reptiles et de zoophytes conservés dans l'alcool; de quadrupèdes et d'oiseaux empaillés ou disséqués , nous avions encore soixante et dix grandes caisses remplies de végétaux en nature, comprenant près de deux cents espèces différentes de plantes utiles ; environ six cents espèces de graines , contenues dans plusieurs milliers de sachets ; enfin une centaine d'animaux vivans , d'espèces rares ou tout-à-fait nouvelles.

Le débarquement de tant d'objets précieux nous occupa près de quinze jours; enfin, le 14 avril, on commença le désarmement de la corvette. Ce travail ayant été achevé le 1 6 , l'équipage fut ce jour même congédié pour trois mois.

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