ENTRE TROIS-RIVIÈRES ET MONTRÉAL
Ce vieillard croit que l'hiver était jadis bien plus froid qu'aujourd'hui, et que dans sa jeunesse il tombait une plus grande quantité de neige que maintenant. Il se souvient du temps où la gelée détruisait les citrouilles, les concombres, etc., au milieu de l'été, et il assure que cette saison est aujourd'hui plus chaude qu'autrefois. Il ajoute qu'il y a environ trente et quelques années, il ne peut particulariser davantage, l'hiver fut si rigoureux que beaucoup d'oiseaux périrent. Tout le monde admet que les étés de 1T48 et 1749 ont été les plus tempérés que le Canada aient eus depuis des années.
( )n dit que le sol est fertile parce que le blé rapporte neuf ou dix grains pour un semé. Mais le vieillard assure que, dans son jeune temps, la terre neuve avait une telle puissance de fécondité qu'elle rendait partout vingt-quatre grains pour un. On ne sème pas beaucoup de seigle ici, ni d'orge, sauf ce qu'il en faut pour la nourriture des animaux. Cependant, lorsque la récolte est mauvaise, on se rejette sur le pain d'orge, non sans rechigner un peu.
14 SEPTExMBRE.
Ce matin, nous nous levâmes de bonne heure et nous poursuivîmes notre route. Après avoir fait environ deux milles français, nous entrâmes dans le lac St Pierre, que nous traversâmes. Je remarquai, se balançant à la surface des eaux, plusieurs plantes qui sont communes (buis nos lacs de Suède. La g-lace qui recouvre Le lac St Pierre est, dit-on, n^s.'z forte tous les hivers pour supporter le poids de cent chevaux pesamment chai' man-hant réunis en troupe serrée,
Sur les herbes que nous arrachâmes de temps a autre, nous avoni constaté la présence d'une écrevisse ou
homard de rivière, ressemblant quelque peu à un crabe, mais beaucoup plus petite ; elle n'a guère plus de deux lignes géométriques de long, et sa grosseur est en proportion de sa longueur ; elle est de couleur blanc gris pâle.
La Pontédérie à feuilles cordiformes (1) croît en abondance sur les côtés d'un canal long et étroit, formé par des îlots rapprochés les uns des autres ; je remarquai aussi des nénuphars blancs ou lis d'étang, (2) absolument semblables aux nôtres. Des cochons en grand nombre qui se sont aventurés dans cette espèce de détroit, à la recherche de racines dont ils font leurs délices, plongent à qui mieux mieux, afin de pouvoir les déterrer plus facilemant.
A la sortie du lac St Pierre, le regard se repose avec satisfaction sur un paysage des plus ravissants. Les îles et la terre de chaque côté du fleuve jusqu'à Montréal paraissent comme une longue suite de jardins.
Devant chaque maison, il y a, retenu à la grève, un petit canot propre, bien construit, et de forme élégante. J'en ai vu un qui était fait d'écorce.
15 Septembre.
Nous reprîmes notre course au lever du soleil. Mais comme nous avions à lutter contre le courant, nous fûmes contraints de faire relâche plus d'une fois pour permettre à nos rameurs d'aller prendre un peu de repos sur le rivage.
(!) Pontederia cordata. Linn : (Pontédériacées), fleurs auuatiques assez semblables aux Narcisses. (M.)
(2) Nymphaeae. (Nymphéacées), plantes aquatiques qui se fixent au sol par un rhizome épais et féculent. (M,)
Il était quatre heures de l'après-midi quand nous arrivâmes à Montréal. Notre voyage a été considéré comme très heureux ; en effet, la violence du courant est telle que pour peu que nous eussions eu des vents contraires, nous aurions pu être retenus quatorze jours en route.
19 Septembre.
Plusieurs habitants de la ville ont fait venir des vignes de France et les ont plantées dans leurs jardins. Il y a deux sortes de raisins, l'un d'un "vert pâle ou presque blanc, et l'autre rouge foncé.
Le premier produit le vin blanc et le second le vin rouo*e. En hiver, on recouvre les racines de fumier afin d'empêcher le froid de détruire les ceps. Les raisins commencent maintenant à mûrir, les blancs sont un peu plus précoces que les rouges. On n'en fait pas de vin ici, cela n'en vaudrait pas la peine, mais on les passe en grappes au dessert. Il parait que les raisins dégénèrent en Canada.
Le melon d'eau (1) est beaucoup cultivé dans les colonies anglaises et françaises de l'Amérique. A peine y a-t-il un paysan qui n'ait son champ planté de pasttf |i ; Dans le voisinage des villes, surtout, on
s'efforce d'obtenir des produits en ce genre aussi nombreux que possible ; les melons d'eau sont très rares dans la partie nord du Canada. Les Indiens en plantent de grandes quantités maintenant. Mais il est difficile de détermine! s'ils le faisaient autrefois. Un vieux sauvage Onidoe (des six nations Iroquoises) m'a assuré
(I) Cucurbita Ci Linn Pt6lèqu< i de* Indiens, (M.)
que les Indiens ne connaissaient pas les pastèques, avant l'arrivée des Européens. Les Français, de leur côté, affirment que les Indiens Illinois avaient ce fruit en abondance quand ils pénétrèrent dans leur pays pour la première fois et que ces aborigènes prétendirent en connaître la culture de temps immémorial. Il ne me souvient pas cependant d'avoir lu que les Européens qui vinrent les premiers, en Amérique, aient fait mention du melon d'eau, en parlant de la nourriture des Indiens à cette époque. On peut juger de l'intensité de la chaleur, en été, dans ces parties de l'Amérique que j'ai parcourues quand on coiisidère que, là, il n'est pas nécessaire de semer les graines de la pastèque dans des couches chaudes, pour en hâter la germination ; on les jette en pleine terre au printemps sans même se donner la peine de les recouvrir et le fruit mûrit à temps. Il y a deux espèces de melons d'eau, celle à pulpe rouge et celle à pulpe blanche. La première est plus commune au sud, chez les Illinois et dans les colonies anglaises, la seconde est plus abondante en Canada. On en fait le semis au printemps, après que le froid est entièrement disparu, dans une terre bien riche en ayant le soin de mettre les graines à quelque distance les unes des autres ; parceque les tiges de cette plante s'étendent beaucoup et demandent d'autant plus de place qu'elles rapportent plus de fruits. fiLes melons d'eau sont mûrs maintenant à Montréal, mais dans les colonies anglaises ils viennent à maturité en juillet et août. Au reste, il leur faut moins de temps pour arriver à leur entier développement qu'au melon commun. Dans les colonies anglaises, ils ont généralement une saveur plus agréable qu'en Canada. Cette différence est peut-être due à ce que dans ces pays, il fait plus chaud qu'ici. Cependant les melons d'eau de la province de New- York sont réputés les meilleurs.
La chair sucrée et juteuse de la pastèque eu fait un aliment aussi agréable que rafraîchissant. Il n'y a pas d'exemple en Canada, à Albany ou en d'autres parties de New York, d'indispositions causées par l'abus du melon d'eau ; même, les malades en mangent souvent. Cependant, plus au sud, on pense que ce fruit, pris avec excès, peut causer des fièvres intermittentes et d'autres incommodités, surtout aux personnes qui, d'ordinaire, n'en font pas un grand usage. Plusieurs Français m'ont assuré que les natifs du Canada, qui vont aux Illinois, sont sujets à prendre la fièvre, lorsqu'ils se laissent aller à leur friandise pour les pastèques. C'est si bien le cas, que les Illinois conseillent aux Français de s'abstenir d'un fruit si dangereux pour eux. Ils sont eux-mêmes sujets a être attaqués par la fièvre quand ils se rafraîchissent l'estomac trop souvent avec du melon d'eau. En Canada, on garde ce fruit dans une chambre peu chaufFée et ainsi on le conserve frais deux mois après sa maturité, mais il faut avoir soin que la gelée ne l'atteigne pas. Dans les plantations anglaises, on les garde pareillement dans des caves sèches pendant une partie de l'hiver. On prétend que le melon d'eau se conserve supérieurement lorsqu'après l'avoir séparé avec précaution de la tige qui le portait, on en brûle le pédoncule avec un fer chaud ; il paraîl qu'ensuite on le peut garder jusqu'à Noël e1 même plus lard. En Pensylvanie, on dépose soigneusement les melons nvec leurs tiges au fond de irons creusés dans de la terre sèche et sablonneuse .•i par ce moyen on les conserve très frais pendant un.' grand*' partie de l'hiver. C'est le petit nombre, au reste, qui se donne toute cette peine, pour avoir le plaisir de manger un fruit rafraîchissant pendant une saison qui ussez froide par elle-même. Le concombre est trdé connu-- encore plus rafraîchissant que le melon
eau, et on sait que c'est un très puissent diurétique. Les Iroquois l'appellent Onoheserakatee.
Les courges de toutes sortes, oblongues, rondes, plates ou comprimées, à cou croche, petites, etc., sont plantées dans toutes les colonies anglaises et françaises. En Canada, elles remplissent, avec les oignons, la plus grande partie des jardins potagers des cultivateurs. Chaque fermier, dans les plantations anglaises, a son champ de citrouilles ; il en est de même des Allemands, des Suédois, des Hollandais et des autres colons européens. Elles forment une partie considérable de la nourriture des Indiens ; cependant ils cultivent de préférence la courge plate (squash, cucurbita latior) et prétendent qu'ils la connaissaient bien longtemps avant la découverte de l'Amérique ; ce qui est confirmé, d'ailleurs, par les rapports des premiers Européens qui vinrent dans ces contrées ; en effet, ils mentionnent, dans leurs relations de voyage, la courge, comme constituant le fond de la nourriture des Indiens. Les Français lui donnent ici le nom de citrouille et les Anglais des colonies celui de pampkin (en français, potiron) On la plante au printemps, quand la gelée n'est plus à craindre, dans un champ enclos et un sol riche. Fréquemment aussi, on la force en couches chaudes. En Canada, elle mûrit au commencement de septembre ; plus au sud, elle arrive à maturité à la fin de juillet. Aussitôt que la saison froide commence, on cueille tous les potirons qui restent attachés aux tiges, mûrs ou non, et on les étend sur le plancher dans un coin de la maison. Si on a le soin de ne pas les mettre les uns sur les autres, ceux qui n'étaient pas encore mûrs le deviennent parfaitement. Cela se fait autour de Montréal vers la mi-septembre, mais en Pensylvanie j'ai vu des courges dans les champs aussi tard que le 19 d'octobre. Elles
se gardent pendant plusieurs mois et même tout l'hiver dans des caves sèches (dans des caves humides elles pourriraient de suite) où le froid ne peut pénétrer, et mieux encore dané des chambres légèrement chauffées de temps en temps, juste assez pour empêcher le froid d'endommager le fruit.
Le potiron se prépare de différentes manières. Les Indiens le font bouillir tout rond ou rôtir dans la cendre et le mangent ainsi, ou vont le vendre tout cuit dans les villes, et vraiment, le potiron rôti a un goût excellent. Les Français et les Anglais le coupent par tranches qu'ils font rôtir devant le feu et saupoudrent ensuite de sucre. Une autre manière, c'est de couper en deux les citrouilles, d'en enlever toutes les graines, remettre les deux moitiés ensemble et les faire rôtir dans un four. Quand elles sont cuites à point, on les retire du four et pendant qu'elles sont encore brûlantes on y met du beurre qui, s'imbibant dans la pulpe spongieuse, la rend très savoureuse. Elles se mangent, aus'si, bouillies à l'eau, soit seules ou avec de la viande. Quelques ménagères en font un léger potage en en macérant la pulpe après qu'elle a bouilli, et en la remettant bouillir de nouveau dans un peu de son eau, et beaucoup de lait, brassant tout le temps. Ou bien, on fait des gâteaux, des puddings et des tartres avec la pulpe pilée et pétrie dans de la farine de maïs. Les Indiens ont une manière» de conserver les courges pendant très longtemps, c'est de les couper en longues tranches qu'ils attachent ou entortillent ensemble et font sécher au soleil ou devant un l'eu dans une chambre. Après cette dessication. elles se peuvent garder pendant <l<is années, et. bouillies, elles Boni un mets délicieux. Les [ndiens les préparent, ainsi, à domicile ou en voyage et les Européens leur ont emprunté cette recette. Quelquefois, les sauvages. ne
prennent pas le temps de les faire bouillir, mais ils les mangent sèches avec du bœuf qui a passé par le même procédé de dessication ou d'autre viande, et j'avoue qu'un estomac affamé s'en accommode fort bien.
A Montréal, on a une manière de confire les citrouilles : on les coupe en quatre morceaux, on les pèle et l'on en enlève les graines. La pulpe est mise dans un pot avec de l'eau très chaude, et on l'y laisse bouillir pendant quatre ou six minutes, puis on la jette dans une passoire où elle reste jusqu'au lendemain, afin que toute l'eau s'écoule ; alors, on y ajoute clous de girofle, cannelle et de la pelure d'orange, et on la confit dans autant de sirop qu'il y a de pulpe, puis on fait bouillir le tout jusqu'à l'absorption complète du sirop et l'entière disparition de la couleur blanche de la pulpe.
La récolte du grain cette année en Canada est regardée comme la plus belle qui s'y soit jamais faite. Dans la province de New York, au contraire, elle a été très pauvre. L'automne, ici, est splendide.
Les Français, en Canada, font un grand trafic avec les Indiens, et quoique ce fut autrefois le seul commerce de ce vaste pays, cependant ses habitants en ont tiré des bénéfices considérables. Aujourd'hui, les échanges ne se font plus seulement sur les produits que les Indiens apportent avec eux, mais sur nombre d'articles qu'on va chercher chez eux. Les sauvages des pays environnants, dans leurs parties de chasse, arrêtent bien dans les villes françaises pour y vendre leurs pelleteries, maj£ cela ne suffit pas. Les Indiens établis au loin ne
viennent jamais au Canada; et de crainte qu'ils ne portent leurs produits aux Anglais, comme ces derniers vont chez eux, les Français se voient obligés de les imiter et ils entreprennent de longs voyages pour acheter, sur place, les produits indiens. Montréal est l'entrepôt principal de ce commerce et un grand nombre d'aventuriers jeunes et vieux font chaque année de lointaines et pénibles courses dans ce but, apportant avec eux les marchandises qu'ils savent être au goût des Indiens ou en demande dans leurs bourgades. Pas n'est besoin -d'argent pour faire ces voyages, les sauvages ne l'apprécient pas, et je crois vraiment que beaucoup de ces hardis coureurs des bois se mettent en route sans avoir un sou en poche.
Je vais maintenant donner une liste des principaux articles que les Français apportent avec eux pour ce commerce, et qui sont d'un débit facile parmi les Indiens.
Mousquets, poudre , plomb et bal/es. Depuis que les Européens ont appris à leurs voisins Indiens l'usage des armes à feu, ceux-ci ont laissé de côté leurs arcs et leurs flèches pour le mousquet. Aujourd'hui, si on refusait de leur vendre des fusils, ils mourraient de faim, parce qu'ils ne se nourrissent presque entièrement que de la chair des animaux qu'ils tuent à la chasse, et ils s'irriteraient contre les Européens jusqu'à les attaquer. Les sauvages n'ont jamais essayé de fabriquer des armes à Peu, et leur indolence est telle qu'ils ne s'aviseraient pas même de réparer celles qu'ils ont pu se procurer. Ils dépendent entièrement des Européens à cet égard. Les premiers blancs qui vinrent dans l'Amérique du Nord se gardèrent bien de fournir des armes à feu aux sauvaftfais dans les guerres entre lei Français e1 les
Anglais, chaque nation en donna à ses alliés Indiens pour affaiblir ses ennemis. Les Français jettent le blâme sur les colons hollandais d'Albany, les accusant d'avoir commencé en 1642 à donner des armes à feu à leurs auxiliaires sauvages, et de leur en avoir enseigné l'usage, dans le but d'affaiblir les Français. Les habitants d'Albany, au contraire, affirment que ce sont les Français qui ont introduit cette coutume, et qu'ils l'ont fait parce qu'ils se seraient trouvés trop peu nombreux pour pouvoir résister aux forces réunies des Hollandais et des Anglais dans les colonies. Quoiqu'il eiî soit, il est certain que les Indiens achètent des mousquets des Européens, et souvent savent mieux s'en servir que bon nombre de leurs maîtres. Ce commerce d'armes à feu et de munitions doit rapporter des profits considérables.
Drap blanc en coupons et drap commun en pièces. — L'Indien porte constamment un morceau d'étoffe sur sa personne, soit qu'il le laisse pendre sur son épaule ou le roule en ceinture autour de son corps durant les chaleurs, ou qu'il s'en couvre la tête pendant l'hiver. Cet usage est commun aux hommes et aux femmes, et le drap dont ils se servent est bordé généralement de plusieurs bandes bleues ou rouges.
Drap bleu ou rouge, avec lequel les Indiennes font leurs jupons qui, entre parenthèse, s'arrêtent à la hauteur du genou. Le bleu est leur couleur favorite.
Chemises de toile. — Dès qu'un Indien, homme ou femme, a passé une chemise, il la garde sur lui jusqu'à ce qu'elle soit entièrement usée ; de lavage, point.
Morceaux d'étoffe, avec lesquels ils s'enveloppent les pieds au lieu de bas, comme les Eusses.
Hachettes, couteaux, ciseaux, aiguillts et briquets. — Tous ces instruments sont maintenant communs chez les Indiens, et leur viennent des Européens ; ils reconnaissent volontiers que les hachettes et les couteaux sont supérieurs à ceux qu'ils faisaient, autrefois, avec de la pierre et des os. Les hachettes de pierre des anciens Indiens sont très rares en Canada.
Chaudières de cuivre ou d'airain étamées. — Les Indiens font cuire, maintenant, tous leurs aliments dans ces vaisseaux, qui sont en grande demande chez eux. Autrefois, ils se servaient de pots de terre ou de bois ; ils les remplissaient d'eau et y mettaient tout ce qu'ils voulaient faire bouillir, ensuite, ils produisaient l'ébullition en y jetant des pierres rougies au feu. Quant aux chaudrons de fer, impossible de leur en vendre, ils les trouvent trop lourds à porter, et c'est une considération, pour des gens qui voyagent continuellement. D'ailleurs, des vaisseaux en fer ne résisteraient pas aux chûtes et à mille autres accidents auxquels leurs chaudières sont constamment exposées.
Pendants d'oreilles de différentes grandeurs, communément en cuivre et quelquefois en étain ; hommes et femmes en portent, mais l'usage n'en est pas général.
Vermillon, avec lequel les Indiens se peignent la figure et différentes autres parties du corps, et teignent leui s chemises. Ils se servaient autrefois d'une terre rougeâtre assez commune dans le pays, mais les Européens s'étant avisés de leur offrir du vermillon, ils l'ont adopté de suite et trouvent qu'aucune couleur n'est comparable à '•«•lie de ce minéral. Je tiens de plusieurs personnes. qui prétendent le tenir de leurs pries, que les premiers colons françaù recevaient an rrand monceau de fourra-
res pour trois fois autant de cinabre qu'en tienddiens
pointe d'un couteau. nt le
usant Vert-de-gris, pour se peindre la figure en vert. '^ feu
les sauvages veulent se noircir la face, ils n'ont qjffn£
barbouiller avec la suie de leurs chaudrons. ^
les Miroirs. — Les Indiens affectionnent beaucoup ^
objet de toilette qui leur est utile surtout lorsq;
veulent se peindre la figure. Aussi les hommes en p<-
tent-ils toujours un sur eux dans leurs voyages. Chc-i
curieus3, les femmes aiment moins la parure que lei;
maris et n'achètent pas de miroirs.
Miroirs ardents. — Il n'y a rien que les sauvages apprt1 cient autant que cet instrument qui leur sert à allumer la pipe sans aucun trouble, ce qui n'est pas un petit mérite aux yeux de l'indolent Indien.
Tabac. — Les Indiens du Nord sont les seuls qui achètent le tabac, parce que leur pays n'en produit point, et par conséquent, il est en grande demande chez eux. Quant à ceux du Sud, ils en plantent autant qu'il leur en faut, pour leur propre consommation. On a remarqué que les Indiens du Nord fument plus que les autres.
Wampums, qu'on appelle porcelaines ici, petits grains de forme cylindrique faits avec une espèce d'écaillé et dont les Indiens se servent en guise de monnaie et comme ornement.
Verroteries ou petits grains de verre de couleur blanche ou bleue avec lesquels les Indiennes ornent les sacs à tabac, les rubans et les vêtements.
Fil de laiton ou d'acier, qui leur sert à différents usages.
'--de-vie, que les Indiens estiment au-dessus de toute
ces m marchandise qu'on peut leur apporter; pour se
1 nrer cette liqueur, ils sacrifient même ce qu'ils ont
naisselis cher au monde. Mais l'usage de l'eau-de-vie a
m e de tels désordres parmi eux que la vente en a été
a P^'iibée sous les peines les plus sévères ; certains trafi-
in lits cependant ne craignent pas de les braver.
Q"els sont les principaux articles que les Français 10brtent chez les Indiens, et qui s'écoulent le plus facilement parmi eux.
ils sa- Les Français ne rapportent de chez les Indiens que
ho}S Peaux °t des fourrures : ils ne reçoivent rieai autre cphose en échange de leurs marchandises, sinon les provisions qui leur sont nécessaires pour le voyage de retour. Il y a deux sortes de fourrures: celles du nord, qui sont les meilleures, et celles du sud, qui sont les moins estimées.
Voici les principales fourrures fournies par les contrées septentrionales de l'Amérique: peaux d'ours, de castor, d'élan [orignal ou orignac), de renne ou caribou^ de loupcervier et de martre. Il vient aussi du sud, des peaux oîe martre, mais elles sont rouges et ne valent pas grand' cnose. Le pichou du Nord esl peut-être l'animal que les Anglais de la Baie d'iludson appellent le woloerenne (1).
.mi le Saturait I i idien, 1er vol., p. 131, le Wolverenne des quadrii] >ier du genre plantigrade qui
nalui le G louton, Qulut, et les
Canadien celui de Carcajou dénomination zoologique
■lus lusi pendant, is auteurs modem atquele
i d'Amérique, M< les La ra I m de
Pichou, donn< den
Patpi imme lynon; me
<i" laid : " Laid comme "ji Pu !i ^i
Aux fourrures du Nord appartiennent les peaux d'ours, de renards noirs, et de plusieurs autres animaux.
Les peaux qui viennent du Sud sont principalement celles du chat sauvage, du cerf, du chevreuil, de la loutre, du pichou du sud, dont parle le père Charlevoix (1), (c'est probablement une espèce de chat-cervier, ou de panthère) (2), des peaux de renards de toutes robes, de ratons (raccoon), de lynx, et de plusieurs autres animaux.
Il est presque impossible de dire les fatigues, les privations et les misères que les Canadiens ont à endurer dans ces voyages; ils sont obligés parfois de transporter leurs marchandises, par terre, des centaines de milles, et se voient en butte aux insultes, aux violences et même aux cruautés des Indiens, qui ont massacré plus d'un de ces hardis coureurs de bois ; ils sont exposés aux toitures de la faim et de la soif, à une chaleur torride ou à un froid glacial, à la piqûre des moustiques, aux morsures des serpents venimeux. Ces courses aventureuses détruisent une grande partie de la jeunesse du Canada ; car beaucoup de ceux qui les entreprennent meurent d'une mort prématurée. Mais aussi quelle école pour faire de braves soldats ! Ces voyageurs deviennent tellement aguerris et endurcis à la peine, qu'ils ne craignent plus ni dangers, ni fatigues. Un grand nombre d'entre eux s'établissent parmi les sauvages, loin du Canada, s'y marient avec des Indiennes et ne reviennent jamais au pays.
(1) Ilist. de la Noiiv. France. Tom. V, p. 158.
(2) Ne serait-ce pas plutôt le cliat-putois ou pichûis de la Louisiane? (M.)
Mon hôte, M. de Couâgne, marchand de Montréal, a en l'obligeance de me communiquer le prix des peaux en Canada pour l'année 1749.
Peaux d'ours, grandes et moyennes. 5 livre Peaux d'oursons, 50 sols.
Peaux de Lynx, 25 sols.
" Pichous du Sud, 35 sols.
" Renards du Sud, 35 sols.
" Loutres, 5 livres.
" Ratons (Raccoon), 5 livres.
" Martres, 45 sols.
" Loups-Cerviers, 4 livres.
" Loups, 40 sols.
" Carcajous, un animal que je ne connais pas (1), 5 livres.
Peaux de Visons, espèce de Martre qui vit dai s l'eau (2), 25 sols.
Peaux crues d'Elans (Orignacs verts), 10 livres. 11 crues de Cerfs (Cerfs verts).
u d'Orignacs et de Cerfs passées, '■) livres Peaux de Chevreuils, 25 ou 30 sols.
" Renards rouge», 3 livres.
" Castors, 3 livres.
J'insère, maintenant, une liste qui m'a été donnée par un des plus grands marchands de Montréal; elle renferme toutes les différentes espèces de peaux que L'on peut se procurer en Canada, et qui en sont exportées en Europe :
Chevreuils p Loups-Cerviers,
Chevreuils verts, Pichous du Nord,
(I) Voir à la note plus haut. Celte liste el la suivante sont. en fra dans le texte. (M.)
Mu r/e/i I t. (M
Chevreuils tannés,
Ours,
Oursons,
Loutres,
Pékans (1),
Chats,
Loups de bois,
Martres,
Ecureuils noirs,
Cerfs passés,
Orignacs passés,
Biches vertes,
Carcajous,
Castors gras d'hiver
Castors secs d'été,
Castors vieux d'été,
Pichous du Sud, Renards rouges, Renards croisés Renards noirs, Renards argentés, Renards du Sud ou de Virginie, Renards blancs de Tadoussac, Visons ou Foutreaux, Cerfs verts, Orignacs verts, Caribous, Biches passées, Rats musqués, (2), Castors gras d'été, Castors secs d'hiver.
Castors vieux d'hiver.
Aujourd'hui Yon m'a donné un morceau de cuivre natif provenant du Lac Supérieur (S). On y trouve ce métal presque à l'état pur, de sorte qu'il n'est pas nécessaire de le faire fondre pour qu'on puisse s'en servir. Le Père Charîevoix fait mention de cette mine de cuivre dans son Histoire de la Nouvelle-France, tom. VI, p. 415. Un des Jésuites de Montréal, qui est allé dans cette contrée, m'a dit qu'on trouve le
(1) Pékan — Wood-Shock, espèce de Martre du Canada, Maries Canadensis. On a. vu plus haut que les Français donnaient ce nom à la bôtepuanle. (M.)
(2) Le castor gras est c^lui que les sauvage?, pour se couvrir, ont porté ; lant quelque temps, comme alors, il a perdu tout le long poil, et qu'il ne lui reste plus que le duvet, il était ordinairement préfère par les chapeliers. Celui oui n"a i^as é;é smsi pori.é et qui conserve le long poil, est nommé castor vert. Feriand, Cours d'histoire, 2nd vol., p. 414. (M.)
(3) Upper Lake. Le Lac Supérieur n'est pas marqué sur la carte annexée aux traductions hollandaise et anglaise du voyage de Kalm. (M.)
minerai près de l'embouchure des rivières, et qu'il y a des morceaux de cuivre natif si ils qu'une
personne seule ne peut les soulever. Les Indiens, de leur côté, prétendent avoir découvert autrefois un bloc de cuivre de sept pieds de longueur sur quatre d'é >ur.
S'il est vrai que ce métal se rencontre toi' - sur le sol, à l'embouchure des : .\ ières, il i >babje qu'il y est
apporté par la glace, ou par l'eau qui descend des montagnes. Cependant quoique des recherches soigneuses aient été faiies, on n'a encore trouvé aucun endroit où le cuivre existe en aussi grande abondance.
Le chef ou supérieur clés prêtres de Montréal m'a donné aujourd'hui un morceau de minerai de plomb très compacte et à cuboïdes bril qui a été ramassé à
quelques milles fr mçais (lieues) de Me Ltr il. riusiours personnes m'ont assuré qu'il y a ri te de plomb
quelque part dans le Sud Les ! ls en connaissent
l'existence,! ; u Llis< ni même le m y trouvent en
le convertissant, par lai i,enbal nb.
Je m'en su' are quelques éch con-
tiennent, en effet, un minerai de plomb en < lants, séparés les mis des autres par de minces <• d'une terre blanche ou glaise dure, H sensible à l'action de l'acide nitrique.
.l'ai pareillement reçu un échantillon d'une sorte de terre brune tirant sur 1«> roux, que l'on trouve près du des Deux-Montagnes, à quelques milles français de Montréal. Elle s'écrase facilemeni entre les doigts, quoique très pesante comme toutes les argiles. Luisante à .sa surface, elle se déteint dans la main pou* peu qu'on l'y garde quelque temps, <-t y laisse des reflets argentés t probablement un.- sorte <!<■ terre plombifère, ou une terre mélangée <l<i mica i!U fer,
Il y a une distinction à faire entre les dames canadiennes, et il ne faut pas confondre celles qui viennent de France avec les natives. Chez les premières, on trouve la politesse qui est particulière à la nation française. Quant aux secondes, il faut encore faire une distinction entre les dames de Québec et celles de Montréal. La québecquoise est une vraie dame française par l'éducation et les manières ; elle a l'avantage de pouvoir causer souvent avec des personnes appartenant à la noblesse, qui viennent chaque année de France, à bord des vaisseaux du roi, passer plusieures semaines à Québec. A Montréal, au contraire, on ne reçoit que raïementla visite d'hôtes aussi distingués. Les Français eux-mêmes reprochent aux dames de cette dernière ville d'avoir beaucoup trop de l'orgueil des Indiens, et de manquer d'éducation. Cependant, ce que j'ai dit plus haut de l'attention excessive qu'elles donnent à leur coiffure s'applique à toutes les femmes du Canada (1), Les jours de réception, elles s'habillent avec tant de magnificence, qu'on serait porté à croire que leurs parents sont revêtus des plus grandes dignités de l'Etat. Les Français, considérant les choses sous leur véritable aspect, s'alarment beaucoup de l'amour extravagant de la toilette qui s'est emparé d'une grande partie des dames en Canada, qui éloigne d'elles toute idée de faire des épargnes en prévision des besoins à venir, qui cause le gaspillage des fortunes et pousse à la ruine des familles. Elles ne portent pas moins d'attention aux modes nouvelles, et se moquent les unes des autres, chacune critiquant le goût de sa voisine. Mais ce qu'elles reçoivent comme nouvelles façons est déjà passé
( 1 ) Leurs cheveux tout toujours frisés, même quand elles restent au logis ; elles sont vêtues d'un mantelet malpropre et d'un jupon de tissu grossier, rjui ne descend pas plus bas que jajncHié de la jambe. {N'jte de l'auteur.)
de mode, et mis au rebut en France. Les vaisseaux ne venant au Canada qu'une fois tous les douze mois, on considère comme de mode, pendant toute l'année, ce que les passagers ont apporté avec eux, ou ce qu'il leur plaît d'imposer comme étant du derirer goût. Les dames canadiennes, celles de Montréal surtout, sont très portées à rire des fautes de langage des étrangers ; mais elles sont excusables jusqu'à un certain point, parce qu'on est enclin à rire de ce qui paraît inusité et cocasse, et, au Canada on n'entend presque jamais parler le français que par des Français, les étrangers n'y venant que rarement. Quant aux sauvages, ils sont trop tiers pour s'exprimer dans une autre langue que la leur, et les Français sont bien obligés de l'apprendre. Il suit de là, que les belles dames du Canada ne peuvent entendre aucun barbarisme ou expression inusitée sans rire. ^La première question qu'elles font à un étranger est pour savoir s'il est marié ; la seconde, comment il trouve les femmes du pays, et si elles sont plus jolies que celles de son propre pays, et la troisième (quand l'étranger a répondu qu'il n'est pas marié), s'il ne fera pas choix d'une compagne avant de retourner chez lui/Pour continuer la comparaison entre les dames de Québec et celles de Montréal, j'ajouterai que celles-ci sont généralement plus belles que les premières. Les manières m'ont semblé quelque peu trop libres dans la société de Québec ; j'ai remarqué à Montréal plus de cette modestie qui va si bien au beau sexe. Les dames de Québec, surtout celles qui ne sont pas sous puissance de mari, mènent une vie passablement oisive et frivole. Une fille de dix-huit ans passe p<>ur bien mal partagée, si elle ne compte pas au moins vingt adorateurs. Ces jeunes demoiselles, surtout celles du plus haut rang, se lèvent pt heures, .•! s'occupent de leui toilette jusqu'à neuf
heures, et cela en prenant leur café ; aussitôt leur toilette finie, elles se placent près d'une fenêtre qui ouvre sur la rue, tiennent à la main quelqu'ouvrage à l'aiguille, et cousent un point de temps à autre, mais sans cesser de regarder au dehors.
Tin jeune homme entre-t-il dans la maison, soit qu'elles le connaissent ou non, elles mettent immédiatement l'ouvrage de côté, et vont s'asseoir près de lui pour causer, rire, plaisanter, inventer des " double- entendrez" (1) et, ainsi, l'on croit passer pour avoir beaucoup desprit Pendant ce temps-là, la mère a tout le fardeau du ménage. A Montréal, les filles sont moins frivoles et plus adonnées au travail. On les voit toujours occupées à coudre quand elles n'ont point d'autre devoir à remplir. Cela ne les empêche pas d'être gaies et contentes ; personne, non plus, ne peut les accuser de manquer d'esprit ni d'attraits. Leur seul défaut, c'est d'avoir trop bonne opinion d'ellesmêmes. Notons à leur louange que les tilles de tout rang, sans exception, vont au marche, et rapportent avec elles les provisions qu'elles y o»t achetées. Elles se lèvent aussi de bonne heure, et se couchent aussi tard que qui que ce soit dans la maison. D'après ce qui m'a été dit, je suis porté à croire que leur dot, en général, est peu considérable, à cause du grand nombre d'enfants dans chaque famille et de la modicité des revenus. Les filles de Montréal ne voient pas, sans en éprouver un grand dépit, celles de Québec trouver des maris plus tôt qu'elles. Aussi les chances ne sont pas égales : les jeunes gentilhommes qui viennent de France, chaque année, sont captivés par les dames de Québec et s'y marient ; mais comme ces messieurs vont rarement
(1) En français dans le Uwte.
-ai: r- \r-!:i':cui.ij. 217
à Montréal, les jeunes filles de oçtte dernière ville n'ont pas souvent semblable fortune.
23 Septembre.
Ce matin, je suis alfë au Saut-au-Recoliet. village situé à trois milles français au nord de Montréal, pour en observer et décrire les plantes et les minéraux, et surtout pour cueillir des graines de différents \ ux Près de la
ville, le chemin est bordé d'habitations de chaque côté, mais, plus loin, le pays est boisé et d'un niveau inégal. Le sol est ferme et contient de la pierre composée et une espèce de pierre à chaux grise. Les routes sont mauvaises et presqu'impraticables pour les voitures légères. Un peu avant d'arriver au Saut-au-Ré collet, le pays est découvert, et offre au regard une longue suite de champs, de prairies et de pâturages.
A un mille français de la ville, il y a, sur le bord du chemin, deux fours à chaux construits en pierre durcie au feu, à l'exception de l'intérieur, qui est i mit. Leurs voûtes ont sept verges de hauteur.
La pierre a chaux es! de deux sortes, l'une a sque noire, et si compacte <]'i'on ne peut en distinguer
particules constituantes, sauf quelques gri pars
(1*1111 spath grie, blanc ou pâle. Par-ci par-] . on dé
couvre de petites [entes remplies de spath >lanc e
menus cristaux. Malgré l'examen le plus atienx ie n'ai pu y découvrir aucune pétrification.
Cette pi' me dans l'île de Mou a! : on
l'y rencontre a une profondeur d'environ un p i un
pied »'t demi de la surface 'lu sol, en lits de à
dix pouces d'épaisseur. Elle donne paraît-il chaux qui, sans être aussi blanche que la pierr<
grise, est cependant beaucoup plus estimée, parce qu'elle fait un mortier d'une qualité supérieure, lequel se durcit et devient plus dense en vieillissant. Il est arrivé quelquefois, pendant qu'on était à faire des réparations à des maisons dont les pierres étaient liées avec ce mortier, que ces pierres se brisaient, tandis que le mortier restait intact.
L'autre espèce de pierre à chaux est grise ou grisfoncé ; c'est un calcaire compacte, mêlé de grains de spath de même couleur. Cette pierre est remplie de coquilles striées, pétrifiées ou pectinites. La plupart de ces pétrifications ne sont cependant que des impressions du côté creux des écailles. Pourtant, j'ai trouvé, ça et là, des morceaux de valves pétrifiées, bien que je n'aie jamais pu découvrir des coquillages de même espèce dans leur état naturel sur les rivages ; et je ne conçois pas comment une telle quantité d'impressions ait pu se grouper en un seul point. J'ai vu de gros morceaux de cette pierre à chaux composés presqu'entièrement de ces pectinites serrées les unes contre les autres. On trouve cette pierre en différents endroits dans l'île, en couches horizontales de l'épaisseur de cinq à dix pouces. Elle fournit beaucoup de chaux blanche, mais de qualité inférieure, parce qu'elle devient humide dans la saison des pluies.
Le sapin est considéré comme le meilleur combustible pour les fours à chaux, et le thuya vient ensuite. L'érable à sucre et les autres arbres de même espèce ne conviennent pas pour cet usage, parce qu'ils font une trop grande quantité de charbon.
Les bois et les champs sont remplis de grosses roches grises (rock-stone).
Les feuilles de beaucoup d'arbres et de plantes commencent à prendre une teinte pâle, surtout celles de
- \r C-AU-RÉCOLLET. 21!»
l'érable rouge, du sumac glabre, de la renouée sagittée, Pohjgonum Sagittatum (1), Linn, et de plusieurs fougères.
1 ne grande croix est érigée sur le chemin, et le gamin qui m'a servi de guide à travers le bois me dit que là fut enterrée une personne qui a fait de grands miracles.
A midi, nous étions arrivés au Saut-au-Récollet, petit village situé sur un bras de la rivière St Laurent, dont le courant est très violent entre l'île de Montréal et l'île Jésus. Son nom lui vient d'un accident qui est arrivé à un frère récollet appelé Nicolas Yeil, en Tannée 1623 (2). Il descendait dans un bateau avec un sauvage converti et quelques autres sauvages de la nation des 1 lurons, dans le but de se rendre à Québec ; mais, comme il passait en cet endroit delà rivière, le canot chavira et il se noya, ainsi que son néophyte. Les sauvages, qui furent soupçonnés au reste d'avoir causé volontairement l'accident, nagèrent jusqu'au rivage, emportant avec eux ce qu'ils purent sauver des effets du moine, épaves ou dépouilles, qu'ils ne rendirent jamais.
Le pays, aux alentours, est rempli de pierres, et la culture ne fait que d'y commencer. Les vieillards se souviennent d'avoir vu, couverts de grands bois, tous ces champs, ces prairies et ces pâturages.
Les prêtres disent que la contrée était autrefois entièrement habité • par des limons convertis. Quand les Frannétrèreni daus cette partie du pays, ces [ndiene
] Iv M
vivaient sur une hante montagne à une petite distance de Montréal ; mais les colons, à force d'instances, finirent par les décider à leur abandonner la place, et à transporter leurs cabanes dans une autre localité. C'est alors que les sauvages vinrent s'établir au Sault-au-Récollet, où plus tard on leur construisit l'église qui existe encore, et où ils assistent, actuellement, et depuis une longue suite d'années à l'office divin. Les Français s'étant accrus en nombre dans l'île de Montréal, le désir de l'avoir tout entière, pour eux seuls, s'empara naturellement d'eux, et ils s'efforcèrent d'engager les Indiens à leur vendre cette terre du Saut, comme ils avaient déjà fait de l'autre, et d'aller planter leurs tentes ailleurs.
Après maints pourparlers, ils réussirent encore au gré de leur désir, et les sauvages, dont au reste le voisinage est peu désirable, à cause de leur ivrognerie et de leur vie nomade et paresseuse, quittèrent le pays pour aller se fixer au lac des Deux-Montagnes, où ils sont encore et où ils ont une belle église en pierre (1). Celle du Sautau-Récollet est un vieil édifice en bois, d'apparence décrépite ; mais l'intérieur en vaut mieux que le dehors et es Français y suivent les offices religieux. D'ailleurs, on ne tardera pas à bâtir une église neuve ; la pierre qui devra entrer ctens sa construction est déjà rendue sur les lieux.
Les observations que j'ai faites durant ces trois jours paraîtront dans une autre publication.
Il n'y a pas eu de pluie ici depuis quelque temps ; cependant l'humidité de l'air est telle que j'ai retrouvé,
(1) On sait dans quelles circonstances fâcheuses seltc église a été récemment détruite. (M.)
SAUT-AU-rtÉOOLLEl.
tout mouille . des morceaux de palpier que j'avais laisses à l'ombre, sur le sol, quelqueé mi mtes auparavant, et que je destin is à pes A niés graines.
Cep< n<ïant, le firmament est clair et brillant, et la chaleur aussi nterisé qu'au mois de juillet.
Chaque année, une moitié des champs est laissée en friche en alternant, et la par:;" ; i ; : tesée en friche n'est jamais labourée pend mt l'été, ce qui permet aux animaux de brouter les herbes sauvages qui y poussent. Je l'ai déjà dit, on ne sème ici que du blé d'été. Quelques cultivateurs labourent les terrains en friche, tard en automne, d'autres attendent jusqu'au printemps pour le faire ; mais le premier mode est, dit-on, préférable au second, et donne une bien meilleure récolte. Le blé, l'orge, seigle el l'avoine sont hersés, mais les pois sont semés avant le labour. L'ensemencement se fait ordinairement vers le 15 avril, et on commence par les pois. Parmi les espèces différentes de pois que l'on peut se procurer ici, les pois verts sont préférés pour la semence. Ils viennent très bien dans un sol pauvre, niais élevé, sec el mélangé de sable grossier. La récolte commence vers la lin el quelquefois au milieu d'août. blé rapporte généralemenl quinze ou vingt niinota pour un, L'avoine de quinze à trente. Le rendement ]><»is va parfois jusqu'à <|u:irau<<4 minots pour un : mais d'autres années il ne dépasse pa> dix ri varie beaucoup. La charrue h la 1" rse Constituent tout l'outillage ai du paysan canadien, et encore ces
instrumenta ne sont-ils de la meilleure qualité. On fume ]• bes au printemps. Le sol se compose d'une
terre grise pierreuse, mélangée de glaise el de sable. ( >u ne sème d'orge •ut'- ce qu'il en faut peur la nourri-
ture des bestiaux ; il ne se fait pas de malt ici. On sème beaucoup d'avoine, mais seulement pour les chevaux et les bestiaux. Personne, dans un pays où il faut garder à l'étable et nourrir les animaux de ferme pendant cinq mois chaque année, ne songe à utiliser, comme fourrage, les feuilles d'arbres décidues, dont cependant les forêts sont remplies.
J'ai déjà dit et répété que presque tout le blé semé en Canada est du blé d'été, c'est-à-dire qu'on n'y sème le blé qu'au printemps. Près de Québec, il arrive quelquefois, lorsque l'été est moins chaud ou le printemps plus tardif que d'ordinaire, qu'une grande partie du blé n'a pas le temps de mûrir parfaitement avant que le froid commence. On m'assure que quelques culti dateurs de l'île Jésus sèment leur blé en automne, et que leur récolte est bien meilleure et beaucoup plus abondante que s'ils semaient leur blé l'été ; cependant, le blé d'automne mûrit à peine une semaine avant l'autre.
25 Septembre.
Je remarque qu'ici les champs sont enclos de murs de pierre a»u lieu de palissades de bois : ce qui s'explique par l'abondance de la pierre.
Le hêtre, qui est très commun dans les bois, porte maintenant ses graines, dont les Canadiens sont très friands ; ils les cueillent l'automne et les font sécher jusqu'à l'hiver ; les faînes ont alors une saveur excellente, et on les sert, au dessert, en guise de noix ou de noisettes. Le curé de cette localité me dit qu'à sept milles français d'ici, près de la rivière l'Assomption, il y a une saline où, pendant la guerre, les habitants se sont approvisionnés d'un beau sel blanc. L'eau de cette source a, paraît-il, un goût très saumâtre.
SAUT-AtKRÉCOLLET. 223
Certaines espèces d'arbres fruitiers réussissent merveilleusement bien près de Montréal, et j'ai eu l'occasion d'y voir de très-belles variétés de poires et de pommes. A Québec, les poiriers ne pourraient supporter la rigueur de l'hiver ; il arrive quelquefois que^ même dans le voisinage de Montréal, la gelée les détruit. Les pruniers de différentes sortes, qui ont été importés de France, viennent très-bien. 11 y a dans les forêts trois espèces de noyers indigènes ; mais le noisetier importé d'Europe périt presque chaque année, à l'exception de la racine, qui émet de nouveaux rejetons au printemps. Le pêcher ne s'acclimate pas ; quelques individus, cependant, résistent au froid, quand on a eu la précaution de les entourer de paillassons. On n'a encore planté en Canada ni mûriers, ni châtaigniers, ni d'autres arbres de même espèce.
Toute la partie cultivée du Canada a été donnée par Le roi au clergé et aux nobles ; les terres non défrichées leur appartiennent aussi, de même que le terrain occupé par les villes de Trois-Rivières et de Québec. Celui sur lequel Montréal est bâti appartient, ainsi que toute l'île du même nom, aux prêtres de l'ordre de St Sulpice résidant à Montréal. Us ont donné la terre en censive aux fermiers el à tous autres désirant s'y établir. Les premiers colons payaient Leurs champs une bien modique somme ; souvent, toute la redevance pour une pièce de trois arpents sur trente consiste en un couple de poulets, ou bien en une rente de vingt, trente ou quarante sols. Mais ceux qui sont venus plus tard paient près de deui écus une terre de semblable étendue; il s'en suit que la rente foncière esl très Inégale par tout le pays. L'évéque du Canada n'a pas de revenus fonciers Les églises sont bâties aux Irais d<
jlM septembre 1749.
grAgutions (1). Les habitants ne paient pas encore de taxes au roi, et les seuls impôts qu'il y prélève sont ceux qui proviennent de la douane.
Les ; rêtres de Montréal ont ici un moulin qui leur rappoii le quart de tout le grain qui y est moulu ; et sur ce quart, le meunier prélève un tiers pour sa part ; ailleurs il en aurait la moitié. Quelquefois, les prêtres louent le moulin une certaine somme. A part eux, nul n'a droit d'ériger un moulin sur l'île de Montréal ; ils se sont réservé ce privilège pour eux-mêmes. Dans le contra passé entre les prêtres et les habitants de l'île, ces derniers s'obligent de faire moudre tout leur grain dans les moulins des sulpiciens.
On extrait beaucoup de sucre en Canada de la sève de l'érable à sucre, de l'érable rouge et du merisier, de la sève du premier arbre surtout. On la fait couler au moyen d'incisions pratiquées sur l'arbre. J'ai décrit avec soin la manière de fabriquer le sucre d'érable dans les Mémoires de notre Académie Royale des Sciences (2).
Je partis ca matin, de benne heure, pour m'en retourner à Montréal. La nature commençait à prendre la teinte de l'automne. Les feuilles de certaines espèces d'arbres étaient pâles, celles d'autres essences, rougeâtres, et la plupart des plantes avaient cessé de fleurir. Néanmoins les espèces suivantes étaient encore dans leur période d'épanouissement :
Plusieurs sortes d'astères bleues et blanches, Asteres. Plusieurs variétés de la verge d'or, Solidaginées.
il) Paroisses.
(?) Vol. de l'année 1751,
La millefeuille commune, Achillea millefolium.
Le prunellier commun, Prunella vulgaris (1).
Le chardon frisé, Carduus crispus (2).
L'œnothère bisannuelle, Œnothera biennis, (Onagrariées.)
Le soleil à feuilles rugueuses trifoliées, Rudbeckia iriloba (3).
La violette du Canada, Viola Canadensis, (Violacées.)
Une espèce de gentiane, Gentiana saponaria.
La vigne sauvage, qui est très abondante dans les bois, grimpe en s'enlaçant autour des grands arbres.
J'ai demandé à des Français qui ont fait de longs voyages dans l'intérieur du pays, quelles sont les différentes substances qui servent à l'alimentation des Indiens. Les sauvages qui vivent dans les régions les plus septentrionales ne peuvent rien planter à cause de la rigueur du froid. Ils n'ont, par conséquent, ni pain ni végétaux ; ils vivent de poissons et de la chair du castor, de l'ours, du renne, de l'élan, du lièvre et de différentes espèces d'oiseaux. Les Indiens qui habitent des contrées plus méridionales cultivent le maïs, une espèce de haricot appelée faséole ou favéole, jthaseoli, plusieurs variétés de citrouilles, le melon d'eau et le melon (cucumis melot Linn.). Les fruits de certains arbres des forêts leur sont une grande ressource. Mais ils se nourrissent surtout de poisson et de la chair de certains animaux, par exemple, de la chair du chat sauvage, du chevreuil, du cerf, de l'ours, du castor et de celle d'autres quadrupè
(I) /V"/, ire prunier, (M.)
la famille des 68, tribu <l«'s cinarées. (M
(3) liu I l.i famille ti ibu de sén
•hélianthôea (M ) L5
Un autre de leurs mets favoris c'est l'ivraie (Water xtaregrass) (1), que les Français appellent folle-avoine, et qui croît abondamment dans les lacs, les eaux stagnantes, et même dans les rivières dont le cours est peu rapiàe. Us en ramassent les graines en octobre, et en font divers plats, de la bouillie le plus souvent, ce qui est facile parce que la fécule de la folle-avoine a autant de consistance que celle du riz. En outre, les forêts leur offrent toutes sortes de fruits les plus délicieux : noix, châtaignes, mûres, acimine (2), chinquapins (3), noisettes, pêches, prunes sauvages, raisins, bluets de différentes sortes, plusieurs variétés de nèfles, de mûres, de ronces et d'autres fruits et racines. Mais les céréales, si communes dans ce qu'on appelle le vieux monde, étaient entièrement inconnues ici avant l'arrivée des Européens, et encore aujourd'hui les Indiens n'essaient pas même de les cultiver, bien qu'ils voient l'usage que les Européens en font, et qu'ils aient un goût très prononcé pour les mets qui sont préparés avec les fruits de la terre.
27 Septembre.
Les castors abondent partout dans l'Amérique du Nord, et forment l'un des principaux articles du commerce en Canada. Les Indiens se nourrissent de leur chair pendant une grande partie de l'année. Il est certain que ces animaux se multiplient très-vite ; mais on en tue un nombre immense tous les ans. Les Indiens
(1) Zizania aqualica. Linn.
(1) Anona muricata, Linn., l'anone, nommée aussi corossolier ou cachi m entier, genre type de la famille des anonacées, renfermant des arbrisseaux à fruit charnu, en forme de poire ou de cœur, composé de plusieurs baies, écailleux à l'extérieur et dont le goût est délicieux. (M.)
(3) Faînes du hêtre nain — Fagus pwnila. (M.)
sont déjà obligés d'entreprendre de longs voyages pour leur faire la chasse. La raison de leur diminution s'explique facilement : les sauvages, avant l'arrivée des Européens, n'en tuaient qu'autant qu'il leur était nécessaire pour se vêtir de leurs dépouilles, et le commerce des fourrures n'existait pas. Aujourd'hui, c'est bien différent : grand nombre de vaisseaux font voile chaque année pour l'Europe, chargés principalement de peaux de castors. La rivalité qui existe entre les Anglais et les Français, faisant hausser le prix de l'article, encourage les Indiens à faire au castor une guerre d'extermination. Beaucoup de gens m'ont dit qu'ils se souviennent d'avoir vu, dans leur jeunesse, toutes les rivières près de Montréal, y compris la rivière St Laurent, remplies de castors et de leurs digues ; mais à présent, il faut pénétrer à plusieurs milles dans l'intérieur pour en trouver un seul, tant ils ont été détruits. J'ai déjà remarqué que les peaux de castors du ^Jord sont préférées à celles des castors du Sud.
La chair du castor est mangée non-seulement par les sauvages, mais aussi par les Européens, et surtout les Français, les jours maigres, car Sa Sainteté, dans son système, a rangé le castor parmi les poissons. La chair du castor qui s'est nourri de végétaux ou de feuilles du peuplier et de l'arbre à castor (1), est réputée excellente; mais lorsqu'il s'est nourri de poisson, elle n'a pas bon goût. Aujourd'hui, pour la première fois, j'en ai mangé de bouillie ; tout le monde a trouvé ce mets délicieux, excepté moi, qui n'ai pu m'y faire. C'est mangeable, voilà tout. La chair du < sastoi devient noire lorsqu'elle est bouillie et elle a un goût particulier. Tour la
i Le magm gnolia glawa. Linn.
bien apprêter, il faut la laisser mijoter dans plusieurs eaux depuis le matin jusqu'à midi, afin de lui faire perdre son mauvais goût. La queue se mange aussi ; après l'avoir fait bouillir de la manière qui précède, on la met rôtir ; mais, quoiqu'on n'en veuille pas convenir, cette partie ne se compose que de gras, et il faut être habitué à ce mets pour en avaler une bouchée. Quelquefois, mais rarement, on prend des castors à poil blanc.
Le vin est presque la seule liqueur que les gens un peu à l'aise aient l'habitude de boire. Cependant, on fait, pour l'été, avec la tête de l'épinette blanche (1), un brevage qui s'appelle bière d'épinette ; mais l'usage n'en est pas général, et chez les gens de qualité il est rare qu'on en offre. Le Canada ne produisant pas de vin, (on ne peut donner ce nom aux liqueurs insipides que l'on fait avec le raisin indigène,) de grosses sommes sortent annuellement du paysjaour l'importation de cet article. Les gens peu fortunés boivent de l'eau ; on n'a pas encore introduit ici la coutume de faire la bière d'orge ; quant au cidre, les vergers ne peuvent fournir la quantité de pommes suffisante pour que l'usage de cette boisson devienne général parmi le peuple. Il s'en fait cependant, mais en petites quantités et seulement par des personnes riches, et par les grands propriétaires qui ont beaucoup d'arbres fruitiers, et plutôt par fantaisie qu'en vue de l'utilité ou du profit. La haute classe habituée dès la jeunesse à ne boire que du vin, souffre beaucoup, en temps de guerre, lorsque les vaisseaux qui l'apportent sont interceptés par les corsaires anglais. A la fin de la dernière guerre, une barrique de
(1) La manière de brasser cette bière est décrite au long dans les Mémoires de l'Académie Royale des Sciences, année 1751, p. 190.
vin valait deux cent cinquante francs et même cen écus.
Un cheval de moyenne encolure coûte maintenant quarante francs (1) et plus. Un beau cheval vaut cent francs. Une vache se vend cinquante francs ; mais il y a des gens qui se rappellent le temps où l'on pouvait s'en procurer une pour dix écus (2). Un mouton coûte cinq francs à présent, mais l'année dernière, alors que tout était cher, il coûtait de huit à dix francs. Un cochon d'un an, pesant de cent cinquante à deux cents livres, se vend quinze francs. M. Couâgne, le marchand, m'a dit avoir vu un cochon du poids de quatve cents livres chez les Indiens. Un poulet vaut de dix à douze sous (3), un coq-d'inde vingt sous. Un minot (4) de blé se vendait un écu l'an passé, mais à présentai coûte quarante sous. Le maïs vaut toujours le même prix que le blé, parce qu'il n'y en a que très peu ici, et ce peu est accaparé par ceux qui font le commerce avec les Indiens. Un minot d'avoine vaut quelquefois dp quinze à vingt sous ; mais ces années dernières, on en donnait vingt-six et même trente sous. Les pois ont toujours la même valeur que le blé. Le beurre coûte ordinairement huit d dix sous la livre ; mais l'an passé, le prix s'en est élevé jusqu'à seize sous. Une douzaine d'œufs ne coûte généralement que trois sous, cependant on en donne maintenant cinq sous. Il ne se fabrique pas de fromage à Mou i réal, e\ pour en avoir, il faut le faire venir d'ailleurs. Un melon
1(1)1 de môme valeur que la livre, et vingt-deux livret font un
louis sterling.
(3) Vingt sols font un. Ih :
I lie ai ■• française équivalant 9 environ deux boi
d'eau vaut cinq ou six sols ; mais s'il est bien gros, il coûtera de quinze à vingt sols.
Il n'y a pas encore de manufactures en Canada ; cela est dû, probablement, à ce que la France ne veut pas perdre l'avantage d'y vendre ses propres marchandises. Cependant, les habitants du Canada, aussi bien que les Indiens, souffrent beaucoup, en temps de guerre, du manque d'établissements industriels.
Personne ne se marie sans le consentement de ses parents. Cependant le juge peut en donner la permission si elle est refusée sans raison valide. Pareillement, si l'homme a trente ans et la femme vingt-six, ils peuvent se marier sans attendre plus longtemps le consentement de leurs parents.
Cette après-midi, je sortis de la ville et dirigeai mes pas vers la partie sud-ouest de l'île pour examiner le pays, en étudier l'économie rurale, et collectionner des graines. En face de la cité, il y a de belles terres autrefois cultivées, mais qui servent maintenant de pâturages. Au nord-ouest, le Mont-Royal domine tout le paysage ; il est couvert de champs et de jardins depuis sa base jusqu'à son sommet, ce qui prouve la fertilité de son sol. Au sud-est, la rivière St Laurent, qui est très large ici, coule entre une double rangée de terres en plein rapport, de vastes prairies et de belles maisons en pierre, qui semblent blanches à distance. Bien loin, au sud-est et près du fort Chambly, deux hautes montagnes bornent l'horizon, et les monts du lac Champlain élèvent leurs cimes au-dessus des forêts. Le sol, partout aux alentours, est couvert de pierres de
différentes grosseurs, parmi lesquelles la pierre à chaux noire se voit fréquemment. A environ un mille français de la ville, la grande route longe la rivière qui est à main gauche, et à droite tout le pays est cultivé et habité. Les maisons des fermiers sont à une distance de trois, quatre ou cinq arpents, les unes des autres. Les bords de la rivière sont généralement hauts, escarpés et entièrement composés de terre végétale ; les champs sont couverts de pierres, de roches et de morceaux de schiste calcaire noir. À deux milles français de Montréal, le cours de la rivière est très rapide et rempli de pierres ; en quelques endroits, l'eau est assez agitée pour produire des vagues. Cependant, ceux qui vont en bateaux dans les contrées méridionales du Canada sont obligés de passer par là.
Les outardes et les canards commencent à émigrer par grandes volées vers le sud.
2 Octobre.
J'ai employé cette journée, comme les deux précédentes, à ramasser des graines.
La plupart des maisons des fermiers sont en pierre à chaux noire ou en moellons tirés des environs. Elles sont couvertes en bardeaux ou en chaume. Le comble en est toujours très haut et à pic. Les dépendant les granges et les è fables sont en bois.
La gelée de la nuit dernière a eu un effet visible sur plusieurs arbres. Les noyers de toutes sortes perdent leurs feuilles, <>t les orties leurs fleurs (1). Les feuilles du Lilleul oui été également endommagées. Dans les