ENTRE MONTREAL ET TROIS-RIVIÈR E
assez d'eau pour ces embarcations. Outre cette ile, il y en a plusieurs autres qui sont toutes habitées. Un peu plus loin, le pays sur les deux côtés de la rivière est désert, jusqu'à ce qu'on arrive au lac St. Pierre, et si bas qu'il est inondé en certains temps de Tannée. En revanche, il parait que l'intérieur en est aussi peuplé que les bords de la rivière ailleurs.
Le lac St. Pierre l'ait partie dé la rivière St Laurent, qui est si large ici que c'est à peine si l'on voit devant soi autre chose que le ciel et l'eau. On m'assure que le lac a sept lieues de longueur sur trois de largeur. Du milieu de ce lac, Ton voit à l'ouest un pays fort élevé, dominant les bois. L'eau en plusieurs endroits est couverte d'une espèce de jonc Scirpus paluslris, (Cypêracées) Linn.. 11 n'y a pas de maisons en vue sur les rives ; elles sont trop basses, et par suite toujours inondées au printemps, si bien que l'on s'y promène en 'bateau entre les arbres. Le niveau du terrain est plus élevé à quelque distance du rivage et les fermes sont rapprochées les unes des autres. Nous n'avons pas vu d'iles cette aprèsmidi dans le lac, mais le lendemain nous en comptâmes plusieurs.
Tard dans la soirée, nous laissâmes le lac St. Pierre pour entrer dans une petite rivière appelée la Rivière du Loup, à la recherche d'un gîte pour la nuit. Parvenus à environ un mille anglais de son entrée, n<>uavons trouvé un pays habité de chaque Côté de la. rire, qui esl profondément encaissée, bien que la coni rée 'in général soit unie.
Nous passâmes la nuit chez un fermier. Le territoire de Montréal s'étend jusqu'à (,(,t endroit; mai lom-
mence la juridiction du gouverneur des Trois-Rn le
04 Août 1749.
petite ville distante d'environ huit lieues de la Rivière du Loup.
Nous nous rembarquâmes dès cinq henres du matin. Redescendre le cours de la petite rivière fut l'affaire d'un instant, et bientôt nous nous retrouvâmes sur le lac St. Pierre, suivant une direction inclinée vers le bas. Après avoir ramé quelque temps, nous aperçûmes une haute chaine de montagnes dans le nord-ouest, dominant tout le pays d'alentour, qui est plat et uni. La côte est parsemée d'habitations, mais au sud-est on ne voit rien que des bois épais, couvrant de leur ombre une contrée basse et sujette aux inondations. Mais plus à l'intérieur on me dit qu'il y a beaucoup de fermes.
A l'extrémité du lac, là rivière rentre dans ses limites ordinaires, ne dépassant pas un mille et demi en largeur, avec tendance à se rétrécir à mesure que nous avançons. De l'extrémité du lac St. Pierre à Trois-Rivières, on estime qu'il y a trois lieues. Vers onze heures du matin, nous étions arrivés à cette dernière place, où nous assistâmes au service divin.
Trois-Rivières — petite ville de marché — - a tout l'apparence d'un grand village. Elle est cependant comptée au nombre des trois grandes villes du Canada qui sont Québec, Montréal et Trois-Rivières. Elle est sise à égale distance des deux premières, et éloignée de trente lieues de chaque. La ville est bâtie sur la côte nord du fleuve St Laurent, au sommet d'un plateau sablonneux, et occupe un site des plus agréables, entre la rivière qui coule à ses pieds, et dont le lit a, en cet endroit, une largeur d'un mille et demi, et de beaux champs de blé, qui paraissent très fertiles, quoique le sol contienne beaucoup de sable.
TBOIS-BIVIÈRES.
Ses principaux édifices sont deux églises en pierre, un couvent et un collège sous la direction de frères de l'ordre de St François, et la maison, aussi en pierre, du gouverneur, qui est le troisième gouverneur du Canada. La plupart des autres maisons sont en bois, à un seul étage, assez bien bâties, et très éloignées les unes des autres ; les rues sont tortueuses. La côte ici est composée de sable et s'élève très haut. Lorsque le vent est violent, il balaye le sable et le porte jusque dans les rues, ce qui rend la marche très fatigante. Les sœurs du couvent qui sont au nombre de vingt-deux, passent pour très adroites en toutes sortes d'ouvrages à l'aiguille.
Il fut un temps où Trois-Rivières était la ville la plus florissante du Canada. Les Indiens alors y apportaient de tous côtés leurs marchandises Mais depuis la guerre avec les Iroquois, ou Cinq-Nations, ils vont faire leurs achats à Montréal et à Québec, et chez les Anglais, ce qui — avec d'autres causes — a de beaucoup amoindri l'importance delà ville et arrêté ses progrès. Ses habituais vivent principalement du produit de leurs terres, mais le voisinage des Forges leur est aussi très avantageux. A la distance d'un mille anglais au-dessous de la ville, une grande rivière vient se décharger dans le fleuve St. Laurent, après s'être divisée en trois branches, qui semblent autant de rivières différentes. De là le nom de T rois-Rivi^rcs donné à la ville, aussi bien qu'à la rivière
La marée se lait sentir jusqu'à une lieue au-dessus de Trois-Rivi< mais si peu que c'est à peine si on le
remarque. Cependant, au temps de l'équinoxe, et aux nouvelles et pleines lunes au printemps e( en automne, La différence entre le niveau le plus élevé et le plus bas est de deux pieds. La marée remonte donc très haul dans le fleuve, puisque l'on compte du lieu ci-dessus
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mentionné à la mer une distance d'environ cent cinquante lieues.
Pendant que mes compagnons prenaient du repos, je montai à cheval et fus voir les Forges, passant à travers un pays assez élevé, sablonneux, et à surface plane. Pas de montagnes, ni même de pierres.
L'usine, qui est le seul établissement de ce genre dans le pays, est à trois milles à l'ouest de Trois-Bivières. Il y a là deux grandes forges, avec deux plus petites adossées à chacune d'elles, sous un même toit. Les soufflets sont en bois, ainsi que tout le reste, comme dans les usines de Suède. Les hauts-fourneaux sont près des forges et ressemblent aux nôtres. La mine est à deux lieues et demie de la fonderie, et le mitferai y est charroyé sur des traineaux. C'est une sorte de métal (1) (moor ore) que l'on trouve en veines, à six pouces ou un pied de la surface du sol. Chaque veine a une profondeur de six à dix-huit pouces, repose sur un lit de sable blanc, et est entourée de chaque côté de ce même sable. Le tout est recouvert d'une légère couche d'humus. Le minerai est très riche, et se trouve dans les veines en masses détachées, de la grosseur des deux poings ; il y en a qui ont jusqu'à dix-huit pouces d'épaisseur. Ces masses sont pleines de trous remplis d'ocre. Le minerai est si mou qu'on peut l'écraser entre ses doigts. Pour en activer la fusion, on se sert d'une sorte de pierre à chaux grise, que l'on se procure dans le voisinage de l'usine ; on emploie aussi dans le même but de la marne argileuse, appelée vulgairement terre-à-pipe, que l'on trouve près de là. Le pays étant
(l) Tophus labalcaini, Linn. Syst. Nat. III, p. 187, n. 5. Minera ferri subaquosa nigro cœrulescens. Wall. Minerai, p. 2G3. Ed. Allemande, p. 340, n. 3. Les ocres de fer en forme de croûtes sont quelquefois caverneuses^ comme le Briish ore. Forster's Minerai, p. 48.