‹ Voyage de l'Altantique ua PacifiqueChapitre 1 sur 43 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le charme qui entraîne un public considérable à lire des voyages a pour origine principale la satisfaction que procure un récit d'aventures où l'on voit se déployer la force morale de l'homme parmi les dangers, dont il est entouré mais qu'il surmonte. Ensuite viennent les plaisirs que donnent à l'imagination l'observation de mœurs inaccoutumées, la description de pays différents de ceux où nous vivons et l'enchaînement d'actions extraordinaires, racontées avec esprit, même avec talent de la mise en scène. Enfin peu de lectures sont plus propres à faire naître des réflexions qui intéressent la raison des gens un peu habitués à comparer le présent au passé. Sans doute ces diverses sortes de délectations intellectuelles ne se

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rencontrent pas réunies dans toutes les relations de voyage; mais plusieurs les présentent ensemble et, dans le nombre, on peut ranger désormais celle qu'ont écrite lord Milton et le T)^ Cheadle.

Le problème, que ces messieurs s'étaient proposé, consistait à découvrir la route qui, le plus directement, conduirait, sans quitter les possessions anglaises, d'abord aux régions de l'or dans le Caribou, puis aux rives de l'Océan Pacifique.

Leur projet n'était donc que la modification de celui de Christophe Colomb et de tant d'autres navigateurs qui, jusqu'à Magellan (i 5 19-1522), avaient parcouru toutes les côtes orientales des deux Amériques avec l'espoir d'y découvrir un passage qui permît d'atteindre directement, en allant de l'E. à l'O., les régions des Indes opulentes. Lorsqu'il a fallu renoncer au désir d'arriver à l'Asie sans doubler les Amériques, on s*est mis à chercher si l'on ne pouvait pas en approcher en traversant l'Amérique du Nord, et, dès 173 1, en poursuivant cette idée, les Canadiens français étaient arrivés aux Montagnes Rocheuses. Mais les guerres de la fin du xviii^ siècle firent oublier ce dessein et l'on se reprit à chercher par les mers, au N. O. de l'Europe, un passage vers l'Asie. Que de millions de francs et de centaines d'existences n'y a-t-on pas sacrifiés? Puis, quand Inglefîeld l'a eu découvert en i853, ce passage encombré par les glaces

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s'est trouvé inutile (i). Si glorieuse ou même profitable qu'elle fût au point de vue scientifique, cette découverte resta donc sans aucun intérêt pour les rela^ tions et le commerce. Aussi en a-t-on conclu définitivement que la vraie grande route de l'Atlantique au Pacifique, c'est-à-dire de l'Europe à l'Asie (Russie, Chine, Japon, Indes), devait être ouverte à travers les Montagnes Rocheuses : Fremont, Palliser et d'autres l'avaient cherchée sur le territoire des Etats-Unis, et Hind sur celui des possessions britanniques, quand lord Milton et le D^ Cheadle se sont mis en route.

Par conséquent ces messieurs allaient explorer des contrées peu connues surtout en Europe.

Les possessions anglaises, dont elles font partie,

sont, dans leur plus grande étendue, situées entre le

j 55^ et le 143® méridien à l'occident de Paris; elles

i touchent, au sud, le 42^ degré de latitude au N. de

l'Equateur et descendent jusqu'aux mers polaires;

mais, en réalité, c'est à peine si elles atteignent, au

N., le 60^ parallèle et, à l'O., le iSy^ méridien.

Naturellement, elles sont partagées, par les Monta-

I gnes Rocheuses, en versant occidental ou de l'océan

Pacifique et en versant oriental ou de l'Atlantique;

en outre, le second a trois divisions : d'abord les

bassins des mers polaires , y compris la baie de

(i) Voir notre introduction au voyage de J. Hayes, intitulé la Mer libre du Pâle,

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