Évar
aucun sot ni comme
LES BOUCHES DE LA LÉNA. 563 l'eau. Je vais la transformer en une large couverture sous laquelle nous nous abriterons tous.
La marche est terriblement lente. Le soleil brille là-haut et me permet de savoir que notre orientation générale est le sud; mais Lant de marais tourbeux, tant de petits élangs recouverts d'une mince lame de glace nous barrent le passage! notre route serpente d’une façon lamentable. Ericksen nous retarde beaucoup; il ne peut guère que sauter à cloche-pied. Des haltes de plus en plus fréquentes n’y font rien; à onze heures nous sommes forcés de nous arrêter : il est tout à fait fourbu. Quatre milles à vol d'oiseau. Boyd et Ah-Sam vont mieux, quoique ne pouvant rien porter. Tous, nous avons perdu la sensalion de nos orteils; d’aucuns ne sentent plus la moilié antérieure du pied. Cetle terrible semaine en bateau nous a été bien funeste!
On prépare le thé; on ouvre la dernière boîle de pemmican : 20,400; en deux coups de couteau, j'en fais quatre portions : il faut qu’elles nous durent quatre jours. Après, l'infortuné Souffleur sera notre ressource. Puis... peut-être la Providence jettera-t-elle quelque chose sur notre route!
Dimanche dernier, un incident est survenu qui m'a fortement impressionné; notre Bible de bord étant toute trempée, j'ai dû lire l'Épitre et l'Évangile dans mon livre de prières, C'élait, d’après mon calcul sommaire, le quinzième dimanche après la Trinité, et l'Évangile renfermait des promesses qui me semblent singulièrement adaplées à notre situation.
Nous nous éloignons peu à peu des dépôts de bois flotté; je crains qu’en avançant vers le sud nous ne perdions ce moyen de nous sécher le corps et les harces, de nous réchauffer avec le {hé bouillant! En route à midi trente. Empreintes de rennes comparativement fraiches. L'espoir nous revient au cœur; je les suis de mon mieux el retrouve plus loin de grandes masses de bois, apporté par les crues. Trois pièges; à rennes, à loups, à renards? Je ne sais. La brume s'élève au sud, je commence à croire que nous sommes près du grand fleuve. Un appel, venant de l’arrière-garde, m’averlit que je marche trop
1. Évangile de saint Mathieu, VF, 25: + C'est pourquoi je vous dis : Ne prenez aucun souci de votre vie, ni de ce que vous mangerez, ni de ce que vous boirez, ni comme vous serez: vêtus, » etc,
vite. Mes pauvres compagnons sont égrenés au loin sur la route. Ils arrivent l’un après l'autre, sauf Ericksen, qui s’est couché sur le sol, suppliant en grâce ses camarades de le laisser en repos. Je cours à lui, accompagné du docteur, et, l’accablant de reproches sur sa folie, nous l’aidons à se relever et à se traîner plus loin. Mais la chose est très grave : il ne peut plus marcher, et certes il nous est impossible de le porter. Comment gagner avec lui quelque endroit habité? Faudra-t-il envoyer le docteur et Nindemann réclamer du secours ?
Pendant une nouvelle halte du malade, je rejoins l'avantgarde pour expédier Alexey et Nindemann, l’un à la recherche du fleuve, l’autre sur la trace des rennes; on m’apprend que quatre de ces animaux ont paru pendant mon absence et que mes gens sont à leurs trousses : on allume le feu; nos deux chasseurs reviennent, ils en ont vu une bande de sept ou huit, mais n’ont réussi qu’à les effaroucher. On repart à trois heures vingt; cette fois le docteur et moi restons en arrière pour soutenir et encourager le pauvre Ericksen, qui finit par faire son mille en une heure. Ici, nous traversons ce que je crois être l'embouchure d’un bras quelconque, d’après les masses de bois entassées sur la plage méridionale. J'avais déjà donné l’ordre à Collins, à Nindemann et à l’Indien d’y déposer leurs fardeaux et de prendre les fusils. S'ils trouvent quelque chose, tout va bien; sinon, nos messagers devront se mettre en route.
A cinq heures trente, nos gens reviennent les mains vides. Souper à six heures; léger vent du sud-est. Baromètre, 758,5 +109); thermomètre, — 1°,7. J'allais oublier d'inscrire un de ces petits incidents qu’on remarque même dans nos fâcheuses circonstances : à la halte de midi, un bruant des neiges vole autour de nous et finit par se poser sur le petit pavillon que je porte. « Bon augure, capitaine! » me crie M. Collins. Nous avons trouvé cet après-midi une sorte de madrier que je croyais être un montant de barrière avec rainures pour y placer les traverses; Ericksen dit que c’est plutôt un couple de chalan à blé ou de bachot quelconque.
A la halte du souper, les hommes construisent un bûcher formidable; toutes les épaves de la rive n’ont pas d’aulres
en un pie ces:
Jar heu mal qua bra min ou | des et €
rave : il le de le habité?
mer du
l'avantcherche end que
sept ou t à trois n arrière finit par e que je après les wais déjà y déposer L quelque se mettre
ins vides.
e, 758,5 un de ces euses Cirs vole auon que je ins. Nous je croyais placer les * chalan à
an bûcher s d’autres
maîtres que nous; on se rôtit à cœur joie; des tourbillons de vapeurs s'élèvent de nos habits mouillés. Nos couchettes sont des troncs d'arbre; chacun s’enveloppe dans sa couverture, puis, quand treize d’entre nous sont rangés côte à côte, le quatorzième étend par-dessus la moitié de tente dont j'ai parlé, comme un prélart sur des ballols, et se glisse en son coin à son tour. Élape, cinq milles.
21. — La brise a fraîchi pendant la nuit; la neige tombait en lourdes averses; la couverture commune a élé emportée par une rafale; nous avions commis la faute de nous coucher les pieds au feu, la tête au vent. Le froid nous réveillait sans cesse; certes, nos lits étaient à donner le frisson!
Lever à six heures; bourrasques du sud-est, neige et brouillard; départ à sept heures trente, On marche jusqu’à onze heures trente. Boyd et Ah-Sam vont assez bien; Ericksen moins mal, mais que cette lenteur est désespérante ! Quatre milles en quatre heures! Je suis les amas de bois sur la plage sud du bras de rivière, mais nous ne voyons d’eau que si, la glace mince se brisant tout d’un coup, nous enfonçons dans la vase ou l'herbe des marais. Point d’épaves sur la rive nord. Partout des pièges à renards, quelques-uns dont le ressort est refermé, et des traces de rennes, provenant sans conteste d’une harde nombreuse.
A onze heures, Nindemann, parti en quête de gibier, revient dire qu’il a gagné le bord d’un cours d’eau large d’une centaine de mètres et le long duquel un ruban de glace parfaitement plane court dans une direction parallèle à notre route. La plus grande quantité de bois d’épave se trouve maintenant sur la berge du nord; il en reste cependant assez dans le voisinage pour nous ôter toute inquiétude.
À onze heures vingt, on s'arrête pour le diner, qui se fait longtemps attendre, grâce aux allumettes humides, au bois mouillé, aux coups de vent. Pour gagner la glace unie, il faut quitter le marais et nous enfoncer dans la neige jusqu’à la ceinture. On rencontre un piège à renard : la tête de l'animal y est encore; le corps a été mangé ou coupé. Notre plan de mettre le matin dans la bouilloire la ration quotidienne de thé n’a pas fait merveille aujourd’hui : on y avait placé aussi une petite boîte pleine de sel, et Lee l'a renversée sur les feuilles.
A une heure, la caravane se remet en route; à trois heures, elle arrive à un coude de la rivière qui maintenant va droit au sud; agréable surprise, nous trouvons deux huttes, dont l’une presque neuve. Élape, six milles (101° jour de notre pèlerinage sur la glace) Si je me décide à expédier deux éclaireurs, mieux vaudra rester ici. Nous entrons, et déposons nos fardeaux. Serait-ce Tscholbogoié? La question est pour nous d'une importance extrême : si oui, si celte couple de huttes forme « l’élablissement » porté sur notre carte, nos chances d’êlre secourus acviennent bien faibles; car, en ce cas, nous sommes à 60 kilomètres de la station! suivante et à 150 d’un lieu habité... peut-être! Après le déjeuner de demain, il nous restera des vivres pour deux jours : nos trois éclopés ne sauraient fournir que cinq ou six milles de marche quotidienne; et je ne veux ni ne puis les laisser en arrière!
Ces huttes, l’une en très bon état, toutes deux fort habitables et organisées pour une résidence prolongée, me semblent à souhait pour y loger mes hommes, tandis que nos meilleurs piétons iraient, à marches forcées, nous chercher assistance. Je choisis le docteur et Nindemann, après une sérieuse conférence avec le premier. Ils pousseront en avant jusqu’à ce qu'ils trouvent du secours. Nous resterons ici à soutenir notre vie avec ce résidu de nos vivres allongé le plus possible, peut-être aussi par quelque aubaine de gibier. Notre ami y répugnait d’abord, ne voulant pas avoir l’air de nous abandonner, mais il se résigne à tout faire pour nous procurer de l’aide, et demain matin j'aurai complété mon plan et préparé mes ordres. Ici, du moins, les malades auront chaleur et abri. Sur l’autre rive on signale un objet qui ressemble à un petit mât de signaux ou à quelque perche à sécher le poisson ; Nindemann va voir ce que c’est. Alexey, de son côté, part pour explorer ce qui nous paraît un groupe de huttes. Les recherches les plus minutieuses dans les cabanes n’ont pas amené la moindre trouvaille en fait de nourriture. On tire, mais sans succès, sur une floltille de canards. Nindemann revient à six heures. Il a retiré une mouette, pourrie, hélas! d’un piège à oie ou à renard, appâté de poisson. On soupe, puis chacun s’enveloppe dans sa couverture. Le docteur, Collins, Nindemann et moi avons d'excellents lits de camp dans la hutte neuve.
heures,
itables blent à eilleurs istance, se conqu'à ce r notre ossible, ami y s abanurer de préparé et abri.
in petit n ; Ninrt pour rechernené la JS sans 1t à six piège à chacun emann neuve.
Je fais pousser les braises dehors et fermer la porte, pour empêcher la déperdition de la chaleur. A huit heures trente, Alexey n’était pas rentré, et quoique j'aime à savoir tout mon monde autour de moi, je ne me sentais pas autrement inquiet. A neuf heures on frappe à la porte, notre Indien crie : « Dormir tous ? » Je saute sur mes pieds. Il passe sa têle dans l’embrasure : « Capitaine ! deux rennes! » et me tend un cuissot de gibier. Personne ne songe plus au sommeil; le feu est immédiatement reconstruit; cn cuisine dans les deux huttes: bientôt, tout ce qu'avait apporté Alexey disparaissait, sauf les deux langues, avant qu'aucun de nous pensät à dire : Assez!
Notre chasseur s'était dirigé vers ces cabanes qui ne sont plus que des amas de débris. Il aperçoit, en les parcourant, des fumées absolument fraiches ; les rennes ne peuvent être loin. Il hésite d'abord; il craint, s’il rentre tard, une « gronderie » du capitaine. « Mais s’il rapporte de la viande! Va pour la viande ! » Après une bourrasque de neige, il distingue des ramures de rennes en mouvement à quelque distance, et par la plus savante des strat' :ies, parvient à s'approcher du troupeau; il tire à 25 mètres, et réussit à abattre deux bêtes. Les douze autres décampent en désordre. Riant à en mourir, il coupe un quartier de derrière, les deux langues, et nous arrive gelé, trempé, triomphant. Bravo, Alexey! L'heure la plus sombre est bien celle qui précède l’aube !
22, — La hutte reste chaude et confortable jusqu’au matin, où nous sentons le froid revenir. On se lève à cinq heures et demie, on déjeune de pemmican. Nindemann, Alexey et cinq hommes vont chercher le gibier. Voilà mes plans changés du tout au tout. Nous resterons ici une couple de jours pour refaire les malades et tâcher de nous procurer d’autres rennes. Je serre précieusement le pemmican, hier encore notre seule ressource. ;
La hutte que nous occupons offre des traces du passage des Russes ou d’autres êtres civilisés : un grossier échiquier, des fourchettes en bois, des débris de crayons, tous objets portant l'empreinte d’un travail un peu moins inintelligent que celui des sauvages. A midi, légères brises de l’est; thermomètre, —l°et, au pied de mon lit, devant le feu, +10°.
A une heure cinquante, sept longues heures après leur dé-
part, Nindemann et ses gens reparaissent avec leur fardeau; on s'affaire au diner. A trois heures et demie, chacun a ses 680 grammes de côteletles frites, de foie, de cœur; puis on se met incontinent en devoir de préparer le souper. En fait d’ustensiles de cuisine, une marmite et son couvercle, une poêle sont lout ce qui nous reste, et chaque repas de viande doit être cuit en plusieurs temps. Les os demandent à bouillir deux heures avant de faire un potage présentable. Bref, le soir, nous avons tous 75 centilitres de soupe excellente, 225 grammes d’émincés; à neuf heures on éteint le feu et nous nous couchons, économisant les bouts de chandelle pour un besoin plus urgent. Pas de thé, la marmite ayant été consacrée au bouillon. Les malades ne vont pas plus mal. Boyd semble presque bien. Le repos, l'abri, la bonne nourriture les mettront bientôt en état de reprendre la marche, et les 50 kilogrammes d'excellente viande qui nous restent, éloignent pour quelques jours la nécessité de partager en deux notre petite bande.
23, — Lever à six heures trente. Déjeuner 350 grammes de friture; 75 centilitres de thé. À midi, légères brises sud-est. Baromètre, 756% (+129,5), Thermomètre, —4°, Apparence de hautes terres au sud. Diner: soupe, 350 grammes de renne frit. D'après le rapport du docteur sur l'état de nos gens, je décide qu’on partira demain matin, après le déjeuner.
Inventorié ce qui reste de renne : sans os, 25,50; avec os, 6; os pour la soupe, 6*,80. Ce soir et demain matin ces . deux dernières catégories auront disparu ; nous emporterons la premièr .
A trois | ‘ures, excellent potage d'os à moelle. A six, souper : thé, ?5 grammes de viande et os, puis on prépare le bouillon à lemain.
24, — Le v à quatre heures vingt; potage, une heure après; à six heurc thé et 450 grammes de viande et os; thermomètre, — 2 5. Temps doux et agréable. À sept heures, préparatifs de depart. Un court récit des faits et gestes de l’expédition est placé dans une boîte à briquet fixée à un des soliveaux de la hutte. Les malades s’ébranlent sous la conduite du docteur; je ferme la marche avec Gôrtz, laissant ma carabine Winchester en cadeau à celui qui visitera la cabane après nous.
Nou
une pl heures gagné huttes bout € rivière des va plus e ployan rable « d'un 1 tant d troncs l'après assez
voile,
condu rant d Assez
repre
march elles } til sa soupe il faut
nos CO
Étape Din repos.
batus lrave pas 1 lis le reste peser été fin
au ; On ses 680 se met ensiles nt lout cuit en savant 1s tous aincés ; JS, ÉCOargent.
n. Les ien, Le en état ellente \néces-
mes de sud-est.
nce de ine frit.
* décide
); avec iltin ces rterons
ix, sOupare le
> après; thermo- , prépa-
l’expées solionduite na cara-
cabane
Nous remontons les rives d’un des courants, contournons une petite baie, en traversons une autre sur la glace. A onze heures vingt, sans compter les tours et détours, nous avons gagné trois milles et demi vers le sud. Passé devant trois huttes en ruines. Après avoir suivi la courbe d’une anse au bout de laquelle sont situées celles-ci, nous retournons à la rivière; elle n’est plus gelée; l’eau est profonde; le clapotis des vagues nous fait songer à la mer; les berges s'élèvent de plus en plus. Découragé par la marche si lente de mes hommes ployant sous leurs fardeaux, inquiété de la mine hâve et misérable que je leur vois à chaque halte, l’idée me vient d'essayer d'un radeau : nous avancerions plus vite ou du moins sans tant de fatigues. Pendant le repos du diner, je choisis les troncs d’arbre qui nous serviront de cadre. On y travaille tout l'après-midi; à cinq heures quarante, le véhicule est prêt, assez mal agencé, vu le manque de cordes. On y hisse une voile, et, au risque de perdre le peu qui nous reste, nous le conduisons au milieu de la rivière. Par malheur un fort courant de jusant s’élablit, le vent s’éleint, nous échouons bientôt. Assez de cette expérience! Nous épaulons nos fardeaux et reprenons le bâton de voyage. Les malades et le docteur marchent en têle vers des huttes qu’Alexey disait voir : elles brillent par leur absence. « Bord rivière cache », assuretil sans se troubler. Nous faisons du feu ; on prépare le souper ; tout le bois est à demi enseveli dans les berges, il faut l’en arracher à grand labeur; nous nous séchons enfin. 450 grammes de renne.
A dix heures, on se couche sur ces troncs, et, roulés dans nos couvertures, nous appelons un sommeil qui ne vient point. Étape, cinq milles.
Dimanche 25 septeribre. — Nuit misérable, froid intense, nul repos. À cinq heures trente, nous nous levons tout courbatus. 340 grammes de viande. Départ à sept heures. Nous lraversons une baie encore couverte de glace. La route n’est pas mauvaise; à onze heures, nous avons fait six milles. Je lis le service divin. Hélas! on vient m’apprendre qu'il ne reste que 3*,65 de viande et les deux langues! On a dû mal peser au départ ou faire les portions trop fortes. Bref, tout a été fini à diner. Repartis à une heure; à trois heures trente,
quatre milles; nous avons franchi, je pense, la partie la plus basse du delta. Ici il nous faut grimper sur la falaise par une route horriblement difficile; ls malades mêmes arrivent à s’en tirer; deux huttes signalées plus loin leur donnent du courage; à cinq heures, l'étape entière est de douze milles; quelque chose de merveilleux pour des gens épuisés et qui n'avaient pas dormi de la nuit. J'arrive après les autres, ayant dû rester à l’arrière-garde pour pousser en avant Lee qui n’en pouvait plus. Une difficulté terrible et que nous ne connais sions pas encore : en brisant la croûle de fine glace, nos boltes prennent l’eau; la neige ct le verglas s’y altachent, se regèlent jusqu’à former des balles énormes; on croirait marcher dans des sacs de sable. Notre carte n'est pas toujours très juste; il a fallu « couper le nez » du della, passer d’un bras à l’autre sur une sorte de bec; mais nous avons pu suivre presque tout le temps un ancien lit du fleuve, sur une surface unie et gelée, bordée des üvux côtés par une étroite ligne d’épaves et semée de trous, dans l’un desquels moi et d’autres avons enfoncé jusqu'aux aisselles.
— Des trappes à renards tous les 200 mètres à peu près, garnies de débris d'oiseaux, quelques-unes démontées, la plupart en bon élat et faites de facon que, si l’animal vient toucher à l’appât, un petit montant se détache et un tronçon de rondin lui tombe sur le dos. Une des deux hutles est en ruines; l’autre, assez grande pour nous servir d’asile à tous, est excessivement sale, mais très habitable. Des empaumures de renne montrent que la chasse avait été heureuse; des débris en décomposition attestent qu’on avait mangé et cuit le gibier: des fourchettes et des assiettes de bois établissent que les chasseurs n'étaient pas tous des indigènes. Dans le voisinage, des cadres à sécher le poisson et des pièges à renards. Le bec dont j'ai parlé a tout au plus 6 mètres plus haut. Souper à six heures trente; thé; 130 grammes de pemmican. Coucher, sept heures trente.
26. — Les cuisiniers se lèvent à cinq heures trente; thé; 130 grammes de pemmican. Le docteur m'apprend qu’Ericksen a un ulcère sous lu plante du pied; il peut marcher encore, mais sera forcé de s’arrêler dans quelques jours.
A sept heures trente, Nindemann et les hommes s'occupent
à cons détach.
moyen dix he travers M. C faisant Coups ( dans le une pe A on cinq: pi conten A tre docteu:
cordes, ct de :
pour tr Mais m espérel En rt nous à la halt fleuve ; carte le gelé do ie poir cipal. ( mirops 9% pour la aux pre 130 gri repas.
Hier deuxièr mais j départ, sous Île
> la plus à construire un radeau pour franchir un petit bras qui se | par une délache du cours principal. Alexey a été voir s’il n’y aurait pas rrivent à moyen de passer à gué ou sur la glace. Il ne trouve rien, et à | anent du dix heures, l’aventureux petit bac étant prêt, on commence la | e milles; traversée.
és et qui M. Collins, Alexey et Lee d’abord, Nindemann et Kaack | es, ayant faisant les fonctions de passeurs. Ils réussissent à force de qui n’en coups d’aviron : à 2 mètres de la rive le radeau s'était enlisé | | connais dans la boue; à 3 mètres on ne pouvait toucher le fond avec 1 08 bottes une perche de 10 pieds. | : regèlent A onze heures, le bac revient; celte fois, j'essaye d'expédier her dans cinq passagers, mais la chose est trop périlleuse, il faut se s juste; il contenter de trois. { à l’autre A trois heures, le dernier convoi est sur l’autre rive (le ! sque tout docteur, Ericksen et Gürtz), et dès que nous avons repris nos | et gelée, cordes, précieuses au delà de toute expression, on dine de thé et semée ct de nos 130 grammes de pemmican; il reste de celui-ci foncé jus- pour trois repas semblables... puis, suprême réserve le chien! Mais ma confiance inébranlable dans la bonté de Dieu me fait près, gar- espérer que le secours est près!
a plupart En route à quatre heures trente; à six heures cinquante-cinq, toucher à nous avons quatre milles. La nuit tombe, je donne l'ordre de de rondin la halle. Je ne saurais dire si nous nous arrêtons sur le vrai ruines; fleuve; nous avons marché lout le temps au sud-ouest, et la est exces carte le montre se dirigeant vers l’ouest; nous suivions ce lit (1 de renne gelé dont j'ai parlé hier, coupant parfois au plus court pour \ ébris en ne point quitter ce que nous supposons être le courant prin- | le gibier: cipal. On verre deain. Le temps est très froid; nous ne dor- à que les À mirons guère. . | l oisinage, M 97. — Après une nuit très longue, glaciale, nuit blanche ll s. Lebec M pour la plupart d’entre nous, le cuisinier fait bouillir le thé Souper à À aux premières clartés de l’aube. On déjeune à cinq heures cinq. l Coucher, À 130 grammes de pemmmican. Il n’y en a plus que pour un il NO "cpas. {l bnte; thé; Hicr soir à souper, on a ajouté 15 grammes d’alcool à notre ’Ericksen PM deuxième tasse de thé, pour notre plus grand bien sans doute, 14 r encore, mais j’en ai encore des nausées. À six heures, au moment du
départ, Nindemann a vu neuf rennes, descendant à la rivière l'occupent M sous le vent; Alexey et lui suivent leurs traces.
Le pied d’Ericksen est en très mauvais élat.
A huit heures, cri joyeux dans le lointain : deux hommes se profilent sur l’horizon de l’est. On court à leur rencontre, et à neuf heures quarante-cinq un renne, un mâle superbe. gît sur la neige devant moi. Sauvés encore !
Le repos descend dans mon esprit tendu à l'excès. Ce matin, quand les chasseurs sont partis, notre dernier pemmican cuisait pour le diner. Pour la première étape, huit milles en decà de la moins éloignée des stations possibles, il ne restait que Souffleur à mettre sous la dent.
Nindemann et Alexey ont rampé au vent de la harde jusqu’à l'endroit où nous avons passé l’eau. À 100 mètres environ ils ont tiré : malheureusement le winchester du premier a fait long feu; le remington d’Alexey abat son renne, un magnifique animal ; à peine si cinq hommes pouvaient le trainer. À dix heures et demie, quatorze affamés s’asseyaient devant des fritures de gibier : je dois confesser qu’une vingtaine de kilogrammes y passèrent! On s'arrête pour reprendre haleine, pour peser ce qui reste ; 44 kilogrammes de viande sans os: 9 kilogrammes de collet (pour la soupe); les côtes, de quoi faire deux repas ; puis le cœur, le foie, la cervelle, la langue, les os pour le bouillon. Trois jours de rations à 450 grammes par repas. Si jamais la Providence s’est manifestée à l'heure du besoin, certes, c'est aujourd’hui! Mais, pour mettre mon esprit entièrement au large, il me faudrait des nouvelles des deux autres embarcations !
L'ulcère d’Ericksen fait de sinistres progrès. La peau, rongée par les escharcs, ne recouvre plus ni les nerfs ni les muscles ; l’autre pied est pris : le docteur craint d’avoir à ampuler la moitié, sinon plus, de tous deux.
A midi trente, on se remet en route, l'estomac plein, le cœur à l'aise, tous, moins le malheureux Ericksen, portant 7 kilogrammes de viande, outre leurs fardeaux ordinaires. Le docteur el moi avons chacun sur le dos une rangée de côtes : quel singulier spectacle ‘pour nos amis, s’ils pouvaient nous voir! À quatre heures, la traversée d’un autre ressaut nous fait gagner un mille sur le parcours de la rivière. Le bois abonde, et comme ce poids inusité et le manque de sommeil de la nuit précédente nous ont mis presque hors de combat, je
donn & kil l'abr
Ve tourt cuil :
qu'à Saga
empi à la haut blent 28, heur.
thé, puist à pei froid taurc
hommes ncontre, superbe.
e matin, ican cui-
en decà stait que
e jusqu’à viron ils ier à fait n magnitrainer. À evant des e de kilohaleine, sans 08;
, de quoi la langue, ) grammes à l’heure ettre mon ivelles des
au, rongée ; muscles ; mpuler la
ce plein, le n, portant inaires. Le e de côtes :
aient nous
ssaut nous e, Le bois sommeil de combat, je
donne l’ordre de faire halte et de préparer le souper : collet, 4 kilogrammes ; entrecôtes frits, 3; nous nous endormons à l'abri de la berge, la couverture étendue sur nous.
Vent du sud-est; neige épaisse tout le jour ; ce soir la brise tourne à l’est et diminue beaucoup. La rivière fait un long circuit vers le sud-ouest. D’après mon estime, nous ne serions qu'à quatre milles et demi du point opposé à Sagastyr, si Sagastyr est une station, ce que Dieu veuille! Demain nous le dira.
A notre grand étonnement, nous avons aperçu ce soir une empreinte de mocassin dans la neige qui s’étend de la rivière à la berge. Alexey assure qu’elle remonte à deux jours. De la hauteur, on signale sur l’autre bord trois objets qui ressemblent à des huttes.
28, — À cinq heures, j'appelle le cuisinier; les autres à cinq heures cinquante. Déjeuner, soupe (4*,50 cou), 15,50 de côtes ; thé. Quoique la nuit n’ait pas été si mauvaise que l’autre, puisque la haute berge nous garantissait un peu, nous avons à peine sommeillé. La fatigue nous assoupit d’abord, puis le froid nous réveille; la bise souffle droit dans le fleuve. Restaurés et réchauffés par le déjeuner, on se met en route à huit heures; première halte à huit heures quarante-cinq, après un mille. Tous, moi le premier, tombons à l'instant même endormis de faiblesse. Dorénavant, après un trajet de vingt minutes, nous nous reposerons dix. On distingue sur la neige la trace de deux hommes marchant dans une direction opposée à la nôtre. À onze heures, nous trouvons une vieille hutte où les cendres d’un feu récent et des rogalons de viande font supposer qu’elle a été occupée la nuit dernière. La rivière décrit une vaste courbe vers la droite, et j'ordonne une halte pour laisser souffler ma troupe aux abois. A une très grande distance, on voit une autre cabane, où nous réussirons peutètre à arriver ce soir.
Après avoir repris haleine et m'être accordé quelques instants de repos, j’examine la situation, des plus embarrassantes vraiment. Devant nous, un bras du fleuve court au sud-sud-ouest ; mais, à angle droit avec celui-ci, un autre paraît à l’est-sudest, Nous sommes près de la fourche; et, dans tous les cas, nous avons à traverser un courant de 450 mètres de large avant de
DER 2 Don mare
continuer. Il faudrait un radeau; or je ne vois guère ici de bois convenable, quand même, ce qui n’est pas, nous aurions assez de cordes et de courroies. Alexey, envoyé en éclaireur vers la seconde rivière, dit qu’elle tourne plus au nord et s’élargit encore. Nous sommes probablement à Ja pointe du delta; si les lieux diffèrent beaucoup des indications de la carte, c’est que les alluvions de soixante années ont dû modifier singulièrement la configuration du sol. Sagastyr, si Sagastyr il y a, est à cinq milles au sud-ouest; les deux hommes dont nous avons trouvé les traces en viennent peutètre,
Si Chipp ou Melville ont réussi à gagner quelque lieu habité, ils n'auront pas manqué d'envoyer à notre rescousse : ces deux hommes nous cherchent peut-être ! Mais nous sommes trop éreintés pour faire quoi que ce soit avant:d’avoir dormi; nous passerons la nuit dans la cabane. On dine {4*,50 de côtes, 3 de cœur et de foie); puis Nindemann, Alexey et Gürtz relapent un peu la hutte et y font une porte de toile à voile ; les autres ramassent le bois pour la cuisine, et pour un feu qu’on entretiendra au dehors et qui attirera peut-être l’attention.…
Souper à cinq heures : pot-au-feu, 4 kilogrammes os: 225 grammes de grillade; puis tout le monde s’élend; devant la hutte la flamme monte, haute et claire; on ferme la porte; je me couche, absolument à bout.
29 (109° jour). — A six heures, appelé le cuisinier ; il rallume le feu; déjeuner à sept; thé, 225 grammes de viande, A huit heures, Alexey s'éloigne le long de la rivière Est, à la recherche de gibier et d’une passe pour traverser l’eau ou de quelque coude se dirigeant sur le sud-ouest, Nindemann choisit des troncs pour un radcau. Gürtz répare la hutte et dresse une perche sur laquelle il arbore, en guise de pavillon, une couverture noire. Boyd et Ah-Sam font le ménage; le cuisinier est allé querir de l’eau ; les autres portent du bois.
Hier soir, je comptais que nous passerions ce matin le fleuve sur la glace. Je me crois encore, mais sans en être sûr, au sommet du della; l’idée de ne rien tenter pour sortir d’ici nous est tout à fait antipathique. Trouverons-nous seulement de quoi construire le plus modeste des radeaux? L'eau à droite, l’eau à gauche, et si peu de vivres! Nous sommes tout à fait
empié ment; une sl en péi tentioi même sembl corlin élape
je le ; souffre lion. I l'eau :
de con peult-êl pointe cru fr ajouté assez sible « furieus et sur de lan Collins pèdes :
certair
ère ici »; nous oyé en lus au nt à la ications ont dû slyr, si s deux nt peul-
habité, es deux es trop Ii; nous es, 3 de “elapent s autres n entre-
nes OS; devant à porte ;
rallume A huit cherche quelque isit des sse une 1ne couinier est
le fleuve
sûr, au ici nous ent de droite, t à fail
empiégés ! Ericksen va plus mal ; son pied se sphacèle rapidement; à moins de soins qu’on ne peut lui donner, sinon dans une station civilisée, et encore! la vie de notre camarade est en péril. Depuis deux jours, divers symptômes ont attiré l’attention du docteur sur une crise possible de tétanos; quand mème M. Ambler se tromperait là-dessus, la guérison lui semble de moins en moins probable. Que faire? Si nous corlinuons notre route, si je l’emmène, le trainant d’élape en élape sur ses pieds gangrenés, c'est sa mort à bref délai. Si je le garde ici, et tous mes hommes avec lui, je prolonge ses souffrances, au risque pour tous les autres de périr d’inanilion. l'alternative est affreuse. Nous ne pouvons traverser l'eau avant qu'elle regèle ou que nous trouvions le moyen de construire un bac; peut-être, après tout, me trompé-je; peut-être sommes-nous encore éloignés de douze milles de la pointe du delta ; ce bras orienté vers l’est serait celui que j'ai cru franchir il y a quelques jours... une nouvelle déception ajoutée à tant d’autres! Si nous faisons un radeau, il le faut assez grand pour nous transporter tous à la fois; impossible d’aller et de venir sur des eaux si profondes et par ces furieuses bourrasque”, Où découvrir des rondins convenables, et surtout des cordages : nous n’avons que les quelques mètres de lanières qui servent à attacher nos fardeaux ! Le docteur et Collins rentrent de la chasse ; ils ont vu un ou deux lagopèdes : c’est tout, ‘
Diner à midi ; 4*,50 d’os (potage); 3,80 d’émincés. Alexey et Nindemann reviennent ensemble, s’élant rencontrés à quatre milles d'ici sur le bord de la rivière; ils croient qu’elle conlinue indéfiniment à l’est-sud-cst. Ils ont trouvé, à deux milles, une hutte à loger deux hommes et qui semble avoir élé récemment occupée; ils en rapportent un morceau de poisson frais; excellent, cru ou cuit. Un mille et demi en amont, le fleuve commence à geler, peut-être dans un jour ou deux la glace nous livrera-t-elle passage... Point de bois utilisable pour un grand radeau. Quelques traces de rennes. Matinée peu encourageante.
Le pavillon noir est dressé à 6 mètres sur deux perches amarrées ensemble; mais la brume est très épaisse ; personne certainement ne le verra. Pourlant un goéland de grande
taille, amené sans doute par la curiosité, a volé tout autour; Alexey le démonte, et, de l'affaire, nous aurons le pot-au-feu ce soir.
On ramasse du bois. Alexey et Nindemann placent des lignes à pêcher. Le cuisinier prépare ses bûches, les autres raccommodent la hutte ou ravaudent leurs nippes. Souper à six heures ; deux tasses de potage, 225 grammes de renne frit, On allume un grand feu pour signaler notre campement. — A qui? hélas! — Coucher à huit heures. Le vent s’apaise peu à peu et retourne à l’ouest-nord-ouest ; la surface de l’eau redevient unie; nous avons le plaisir de voir la glace se former sur les deux rivières.
30 (110° jour). — Appelé le cuisinier à six heures. Déjeuner à six heures cinquante. Thé; 225 grommes friture. Légère brise ouest. Baromètre, 764mm,5 {Æ 18). Thermomètre, — 8,5 à neuf heures. Le bras principal est recouvert d’une nappe assez épaisse. Nindemann cherche un endroit favorable pour le traverser. La hutte reste assez chaude la première partie de la nuit; avant l’aube elle devient si froide qu'on ne peut plus dormir. Boyd et Sam ont élé rayés de la liste des malades; quant au pauvre Ericksen, le docteur se décide à lui amputer quatre des doigts du pied droit et un du pied gauche. Ce matin, après déjeuner, il commence à couper les muscles tout autour, heureusement sans douleur pour le patient : la partie antérieure du membre est absolument mortifiée. Mais j'avais le cœur navré de voir ainsi enlever les os et la chair d’un homme que j'avais espéré rendre sain et sauf à sa famille! Puisse Dieu nous prendre en pitié! Puisse notre expédition ne pas éprouver de malheurs encore plus grands! Il esl sûr, maintenant, que cet infortuné ne pourrait marcher; il nous faudra le porter ou le traîner. Mais si le temps continue à se refroidir ainsi, nous n’attendrons pas longtemps à passer la rivière. Nindemann et Alexey, à leur retour, nous disent l'avoir traversée sans encombre à un mille et demi.
Diner : 225 grammes de ragoût; 680 grammes par jour, ce n’est point assez; j'ai très faim encore; pourtant, je ne travaille point, comme les autres, à ramasser du bois. Il ne nous reste plus que pour trois jours de viande.
Alexey repart pour la chasse, M. Collins prend un fusil pour
ba col cro Soi Ale S de don nou
autour; t-au-feu
cent des s autres per à six e frit. On — À qui?
à peu et redevient r sur les
Déjeuner e, Légère re, — 8,5 ne nappe able pour ère partie n ne peul e des macide à lui 4 gauche.
ss museles atient : la ifiée. Mais et la chair uf à sa faotre expénds! 1l est archer; il )s continue )s à passer ous disent
ar jour, ce ne travaille nous reste
1 fusil pour
LES BOUCHES DE LA LÉNA. 517 battre le voisinage; les hommes vont faire du bois. Nindemann confectionne un traineau-lilière pour Ericksen : le docteur le croit perdu si nous ne gagnons un élablissement avant qu'il soit trois jours. Hélas! hélas!
Les chasseurs ont fait buisson creux. Dans ses 17 kilomètres, Alexey n'a vu que des fumées de rennes.
Souper : thé; 225 grammes viande. Feu pour signal comme de coutume, A huit heures, tous au lit dans notre sale bouge, dont là-bas personne ne voudrait pour son chien, mais qui nous semble un palais, puisque nous y sommes à l'abri!