‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 130 sur 148 · J ; MATIN · texte numérisé non relu

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3, La mer a monté de 0",698.

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Le dernier de nos gens quitte l'ile vers une heure après-midi.

APPENDICE I (p. 644).

Rapport de la Cour d'enquête convoquée par le Lépartement de la marine, Washington, en vertu d’un ordre signé de l'Hon. William E. Chandler, Secrétaire de la marine, pour examiner les circonstances de Ja perte du navire d’exploration la Jeannette.

Président : Le commodore William G, Temple, marine des Élats-Unis; jugeavocat, le maître Samuel C. Lemly, marine des États-Unis.

12 février 1883.

A la suite d’un vote du Congrès, approuvé le 8 août 1882, et en exécution d'ordres du Ministre de la marine, datés du 29 sep-

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tembre 1882, la Cour d'enquête a diligemment et soigneusement examiné :

Les circonstances de la perte, dans les mers polaires, du navire d'exploration la Jeannette, et de la mort du lieutenant-commandant George W. De Long et de plusieurs de ses officiers et de ses horames.

En outre, la condition dudit navire à son départ; la manière dont il a été commandé jusqu’à la catastrophe; et, après le naufrage, les mesures prises et les plans adoptés pour les équipages des diverses embarcations; les efforts faits par les officiers pour assurer le salut des détachements placés sous leurs ordres immédiats et pour porter secours à leurs compagnons ; en un mot, la conduite et les mérites de tous et de chacun des officiers et des hommes de l'expédition.

La Cour, après enquête, témoins ouïs, et mûre délibération, estime que les faits suivants ressortent des dépositions produites devant elle :

1° Au sujet de la condition du navire au départ :

La Jeannette, en premier lieu la Pandore, navire de S. M. B., fut achetée en avril 1875, au gouvernement de la Grande-Bretagne, par Sir Allen W. Young, qui fit avec elle deux voyages aux régions polaires, puis la vendit en 1877 à M. James Gordon Bennett.

Par acte du Congrès, approuvé le 27 février 1879, elle fut acceptée, sous certaines conditions, par le gouvernement des États-Unis, pour de nouvelles explorations dans les mers arctiques. Bien qu'il ressorte de diverses dépositions qu’elle n’était pas spécialement adaptée, comme force ou comme modèle, à ce genre de navigation, le fait qu’un voyageur polaire expérimenté s’en était volontairement servi pour deux croisières dans ces parages, montre toutefois le jugement et le soin avec lequel elle fut choisie par son dernier acquéreur.

En outre, le navire fut, autant que possible, renforcé dans l’arsenal de Mare-Island, Californie; on y procéda à toutes les améliorations et additions demandées par le nouveau commandant. A son départ du port de San-Francisco, la Jeannetle était en bonne condition : officiers et équipage s'en déclaraient satisfaits, sauf qu'on la trouvait extraordinairement chargée, inconvénient qui diminuait tous les jours, par suite de la consommation du charbon, des vivres et autres provisions.

2° La manière dent il a été dirigé :

La saison, avancée déjà au moment où la Jeannette quittait San Francisco, la vitesse relativement faible du navire, les retards occasionnés, d’après les ordres du Département de la marine, par la recherche, sur les côtes sibériennes, du vapeur suédois la Vega, ont

placé le commandant dans des conditions très désavantagemes. Dis les premiers jours de septembre, 1l rencontrait la banquise dams le voisinage de l'île Herald, Il lui fallait alors, ou regagmer quelque port plus au sud pour y passer l'hiver dans l'inacton. swerifiant ainsi toute chance de marcher vers le nord jusqu'à l'été smivant, ow, à travers la barrière de glaces, pousser son navire vers l'ile Wrangell, qu'on supposait très étendue, y hiverner, et poursuivne ses explorations au moyen de traineaux. Les possibilités de réussite paraurssaient sez plausibles pour que le commandant De Long püt. sums tfmérité, adopter ce parti, Eût-il agi autrement, qu'on lui reymotherait, avec raison, de manquer des qualités maîtresses de l'exploratewr.

Cette tentative, malheureusement, aboutit, moins de deux mous après le départ de San Francisco, à la captivité du navire dans La banquise. captivité qui devait finir par la destruction totale de la femmmette vingt et un mois plus tard,

Pendant cette longue période d'inaction désespérante, Le mavire et

ses hôtes furent exposés aux plus grands périls, surtout Le 1% janvier 1880, où la pression des glaces détermina une voie d'eau : à partir de ce moment la Jeannette ne fut maintenue à flot qu'a moyen d'efforts ingénieux et du labeur le plus ardu.

Ajoutons que l'expédition profita de toutes les occasions possibles pour travailler aux progrès de la science : observations météorologiques et astronomiques, température et densité de l'eau marin, sondages réguliers, étude du caractère et de l’action des glunse: érhantillons du fond de la mer; examen de tous les spécimens de la flore et de la faune qu'on put se procurer... Trois îles furent dévmvertes, dont deux visitées, explorées, et déclarées possession des Etats-Unis.

Les mesures préparées de longue main dans l'éventmalité de l'abandon subit de la Jeannette ou pour parer au danger d'imeendie, ne laissent rien à désirer, Tout démontre au contraire que. jusqu'au jour de la perte du navire, la prévoyance et la prudence du expitaine furent sans cesse en éveil pour faire face à tous les périls, pour main tenir la discipline, pour conserver la santé et la gaieté de eux qu'il avait sous ses ordres. L'état sanitaire était bon, sauf quelques eas d'intoxication saturnine, résultat de l’usage des conserves em hoîte. Le fait seul que le navire a passé deux années dans la hamguise sans que le scorbut ait paru, atteste suffisamment l'excellence des préeautions hygiéniques, et témoigne hautement en faveur du chirurgien, l’aide de première classe James M. Ambler, qui toujours à été infatigable dans l’accomplissement de ses devoirs.

3° Les circonstances de la perte, dans les mers polaires, du navire d'exploration la Jeannette :

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La Jeannette a coulé le 13 juin 1881, latitude 77°15/N., longitude 155050'E., broyée par les glaces, après avoir été promenée çà et là avec la banquise depuis le 6 septembre 1879. Dans une situation pareille, et quelle que fût la perfection de son modèle ou la solidité de sa construction, tout navire soumis aux terribles pressions qu'a subies la Jeannette aurait été, comme elle, infailliblement annihilé,

Elle fut évacuée avec ordre et sang-froid le soir du 12 juin, et sombra le lendemain matin à quatre heures : aucun de ceux qui la montaient ne peut être rendu responsable de cette perte,

ho Les mesures prises et les plans adoptés après le naufrage pour les équipages des diverses embarcations :

L'éventualité de la perte du navire avait été depuis longtemps prévue, et quand la catastrophe arriva, tout était prèt.

Les officiers et les hommes, partagés en trois escouades, furent assignés aux embarcations les mieux appropriées au travail à elles demandé ; les traîneaux à bateaux et à provisions étaient organisés; on avait retiré du navire plus de eanots, de vêtements, de vivres qu’il ne fut possible d’en emporter à travers la banquise.

Les marins de la Jeannette ainsi jetés sur les glaces, cinq jours se passèrent à préparer cette périlleuse retraite, et les mesures prises par le capitaine doivent avoir été des plus judicieuses, puisque, quatrevingt-dix jours après le naufrage, et malgré les souffrances inséparables de leur terrible campagne, tous ses officiers et matelots étaient en bonne santé,

5° Les efforts faits par les officiers pour assurer le salut des détachements placés sous leurs ordres immédiats et pour porter secours à leurs compagnons :

La retraite commença le 18 juin, et pendant les trois mois qui suivirent, les anciens hôtes du bord restèrent sous la direction du commandant, luttant contre des obstacles qui, pour être surmontés, exigeaient une énergie et une persévérance indomptables : forcés de charrier des embareations et des traîneaux très pesants par-dessus des éboulis de glaces fuyant sous leurs pas; souvent obligés de les convoyer en bac d'un champ à l'autre, et souvent emportés loin de leur route par la dérive de Ja banquise; leur marche encore ralentie par les tempêtes, les brumes, la neige. il ne semble point qu'aucune précaution ait été négligée qui pût assurer leur salut. Pendant toute cette période, comme en nombre d’autres occasions, la conduite de Dunbar, le pilote-glacier, de Cole, maître de manœuvres, et de Bartlett, chauffeur, appelle les éloges de la Cour.

Le plan de retraite, d'abord, était de se diriger vers le sud, d’atteindre au plus tôt la mer libre, et de là, par l'archipel néo-sibérien,

le delta de la Léna, point le plus rapproché où l'on pût espérer du secours, Mais, après des observations précises, le commandant eonstata que le courant les entratnait très vite au nord-ouest ; leurs labeurs en devenaient presque illusoires, et en réalité ils avaient à peine propressé vers le nud-ouest, Sagement il 'abatint d'en faire part à sex compagnons, de peur de les décourager, et changea son orientation de manibre à traverser le courant à angle droit et à se soustraire à son influence le plus promptement possible,

Après vingttrois jours de fatigue et d'anxiétés ils découvrirent l'ile Bennett, y abordérent et passbrent une semaine à se reposer et ü réparer les embarcations, Pour franchir Ja courte distance qui les séparait de la rive, il leur avait fallu faire face à des difficultés sans nombre, causées par les courants violents et les mouvements désordonnés des glaces borditres, alors en pleine débâcle,

Une nouvelle perte de temps (19 au 29 août) leur fut encore imposée par le mauvais état des bancs, qui rendait Ja marche impossible, A l'ile Bennett, afin d'économiser les vivres, on avait sacrifié Ja moitié des chiens, inutiles maintenant aux traineaux, Les autres, deux exceptés, s'enfuirent où #'égarbrent nur les glaces... et malgré cela, presque de jour en jour, on fut obligé de réduire les rations,

Le 12 septembre, au large de Ja côte sibérienne, les trois embarcations furent képarées par une violente bourrasque, à une distance d'environ quatre-vingt-dix milles nord-est des bouches de la Léna : depuis, on n'a rien appris au sujet du deuxième cotre; mais son commandant, le lieutenant Chipp, marin de haute valeur, aura fait, nous n'en aurions douter, tout ce qu'il était possible de faire pour lutter contre la tempête,

Le premier cotre, sous les ordres du Ticutenant-commandant De Long, et la baleinière, confiée au mécanicien en chef Melville, résistérént de leur mieux à la bouvranque cn #e mettant à la cape sous une ancre flottante; dans les maneus:es, Ja grande embarcation perdit l'emplanture de son mât, ct le lendemain, sa voile, qui formait une partie de son ancre de cape,

Pendant cette tempête, les services du lieutenant Danenhower, porté sur la liste des malades, furent en réquisition constante : il mérite l'approbation de Ja Cour pour l'habileté avec laquelle il a manwuvré la baleinière, et plus tard a aidé à ln conduire à la côte,

Dès que le vent se fut modéré, les embarcations essayèrent toutes deux de gagner le cap Barkin, pointe nord-est du delta de la Lénu, où les cartes indiquaient, à tort, des huttes d'hiver et des indigènes,

La baleinière, montée par onze marins, arrètée nar les bas-fonds avont même d'apercevoir la terre, reprit sa route vers l'est, puis, signa-

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