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nons soutenions , il nous faut d'ici à pluviôse six mille hommes de renfort ; si tous nous en faites passer en outre quinze mille , nous pourrons aller partout , même à Constantinople. Il nous faudrait alors deux mille hommes de caval^ie pour incorporer dans nos régiments , aviec des carabines à la hussarde et des sabres; six cents hussards ou chasseurs; six mille hommes d'infanterie pour recruter les corps, cinq cents canonmers de ligne ; cinq cents ouvriers , maçons, armuriers, charpentiers, mineurs, sapeurs; cinq demi-brigades à deux mille hommes chacune, et surtout vingt mille fusils, quarante mille baïonnettes, trois mille sabres, six mille paires de pistolets, dix mille outils de pionniers. S'il vous était impossible de nous faire passer ces secours , il faudrait faire la paix ; car il faut calculer que d'ici au mois de messidor nous perdrons encore six mille hommes. Nous serotis à la saison prochaine réduits à quinze mille hommes efiPectifs, desquels ôtant deux mille hommes aux hôpitaux , cinq cents vétérans, cinq cents ouvriers qui ne se battent pas, notre force sera de douze mille hommes , compris cavalerie , infanterie , sapeurs, et nous ne pourrons pas résister à un débarquement combiné aveo une attaque par le désert. Si vous nous faisiez passer quatre i cinq mille hommes , cela serait bon à recruter nos corps. Il nous faudrait vingt médecins et soixante à soixantedix chirurgiens. 11 en est beaucoup mort. Toutes les maladies de ce pays-ci ont des caractères qui demandent à être étudiés. Par là on ne peut les regarder toutes comme inconnues ; mais toutes les années elles seront plus connues et moins dangereuses.
Je n^ai point reçu de lettres de France depuis Tarrivée de Moreau , qui m'a apporté des nouvelles du 5 niv6se , et de Belleville du 20 pluviôse. J'espère que nous ne tarderons pas à en avoir. Nos sollicitudes sont toutes en France. Si les rois Tattaquaient, vous trouverez dans nos bonnes frontières, dans
208 DocmiEirTS historiques.
le génie guerrier de la nation et dans tos généraux de» moyens pour leur rendre funeste leur audace. Le plus beau jour pour nous sera celui où nous apprendrons la formation de la première république en Allemagne. Je vous envehraî incessamment le nivellement du canal de Suez , les cartes de toute rÉgypte , des canaux et de. la Syrie. Nous avons de fréquentes relations avec Mokka et La Mecque. J'ai écrit plusieura fois aux Indes et à Vile de France. J'en attends les réponses sous peu de jours. C^est le scbérif de La Mecque qui est Tentremetteur de notre correspondance.
Le contre-amiral Perrée avec trois frégates et deux bricks est sorti d*A1exandrie le 19 germinal et est arrivé devant Ja£Ei le 24. Il s'est mis en croisière, a pris le 13 floréal deux bâtiments du convoi turc avec trois cents hommes , cent mineurs et bombardiers, est revenu devant Tentoura prendre nos blessés , mais il a été chassé par la croisière anglaise ; il sera arrivé en Europe. Je lui avais donné des instructions pour son retour. Personne n*est plus à même que cet officier de nous faire passer des nouvelles et des secours. Il peut choisir depuis la bouche de Ommfaregger, Damiette, Berclos, Rozette, Alexandrie. Dans ce moment-ci il n^y a pas de croisière devant Alexandrie ni Damiette. Cela nous a été utile pour Tapprovisionncment d^Alexandrie. J^ai été très-satisfait de la conduite du contre-amiral Perrée dans toute eette croisière. Je vous prie de le lui faire connaître*
BonAVAaTB.
BOGUfflEIVTS BiSTORIQtES. 299
 la rade de Ville-Franche , le 12 nivôse , Tan 8 dft la république française.
J. GaOBERT, CHEF DE LA BRIGADE D'ARTILLERIE, AUX CONSULS DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE (I).
Citoyens consuls ,
Le général Kléber, commandant en chef Farmée d'Egypte , me charge de me rendre auprès du gouTememcnt pour lui remettre une dépêche dont je dois être porteur, et lui fournir Terbalement les renseignements qui seraient utiles « aux opérations politiques pour le salut de Tarmée» qu'il corn* mande (S) ; il m*a muni d'une lettre de créance à ce relative.
Ce général a reçu , par la voie du commodore Smith , les Bouvelles des événements survenus en Europe jusqu'au 25 août, yieux style de l'année dernière. Les maux annoncés par les gazettes de Francfort et de Mrlan étaient probablement exagérés ; mais il a cru entrevoir dans la masse des faits, dans ' les discours et les rapports des membres du corps législatif, qu'une révolution quelconque s'était opérée , et que , dans les tourmentes dont la France semblait agitée, l'ennemi avait une puissante influence. Ces considérations , et la difficulté extrême de faire paryenir au gouvernement des nouvelles-
(1) Cette lettre a été insérée ati Moniteur du 30 nivôse , an 8. Tout ce qui est placé entre des guillemelt a été changé dans le journal, ou bien entièrement supprimé. J'indique par les renvois suivants les phrases par lesquelles on a remplacé celles du texte original.
(S) « Les renseignements qui seraient utiles aux opértUions ulUrieurtê de V armée qu'il commande. >•
500 D0G|}XEIfT8 HISTOBIQVBS.
« aussi fréquentes que sa positiou Texige , » ont dft lui nifo gérer des précautions pour en assurer Tarrivée.
Les événements heureux dont j'ai été instruit à mou ariTée à Ville-Franche peuvent dissiper une portion des craintes dont doivent être affectés ceux qui sont séparés de « Thorixon politique » (1). Je présume que, si la durée de la quarantaine qui me serait prescrite à Toulon était trop longue , je pourrais trouver dans cette ville un moyen sûr pour faire Tenvoi de ma dépêche; je fournirai personnellement, après, leséclairr cissements que la situation politique du Levant exige. * Conformément à mes instructions , je dois, proTÎsoirement, TOUS faire parvenir les notions suivantes.
Vous trouverez ci-joint le rapport du général Kléber sur Taffaire qui a eu lieu i Damiette , lors du débarquement des janissaires. J'ai fait part de cette victoire aux généraux et commandants des ports où notre i>àtiment a relâché , afin de rassurer de plus en plus les esprits sur le sort de notre ' armée. Un tel avantage, qui suit de près le brillant succès d*Âboukir, a effectivement inspiré une vive confiance à cette armée pour repousser les forces «plus nombreuses que redoutables que le grand-visir amène en Egypte (2).» Le commandant en second des janissaires, qui. est prisonnier, a déposé, lo, que la Porte fondait son unique espoir dans ce corps d'élite ; 2o, que Ion ne comptait aucunement à Constantnople , sur Tarmée de Syrie ; 3o, que la totalité des janissaires n'avait pas débarqué ; on devait effectuer un second
(1) « Ceux qui sont séparés de la métropole.^ {^) tt Les forces que le grand- wsir pourrait amener contre » l Egypte, n
DOGUHSlfTS HISTORIQUES. 301
débarquement « de quatre mille hommes envion » (1) ; 4o, que , dans le plan primitiv^neat conçu , cette opération devait marcher de front avec le débarquement commandé parle pacha «pris à» (3) Aboukir. Il a été étonné que ce pacha ait débarqué sans les attendre. Patrona-Bey a eu la téia tranchée (3).
io
Le quartier-général était sur le point de quitter le Caire » lorsque j^en suis parti , le l«r frimaire (4). « On attendait un courrier du général Desaix , qui sMtait rendu à Damiette , ou du général Reynier, qui était à Salahiéh. » L^avant-garde du grand-visir, forte de o treize mille hommes environ (5), » était à Gaza. Plusieurs voiles turquçs avaient paru le 30 brumaire devant Damiette ; mais elles avaient disparu de suite. La mer est très-oragense dans cette saison sur l'étendue de la côte qui est comprise entre Damiette et El-Arisch. Trois barques canonnières turques et environ cinquante-six hommes, avec quelques pièces d^artillerie , ont échoué à proximité de Tiriéh et Omfurége. Je n''ai rencontré aucune voile turque ni anglaise depuis la sortie du port d* Alexandrie , « jusqu^à la hauteur de Tile de Pantéiéana, quoique les vents nous aient contraints à louvoyer pendant quelques jours sur le cap occidental de Candie et les côtes de la Morée.»
(l) « Veux mille hommes environ. »
(3) Au Moniteur il y a « près.»
(5) Le ilfoni/eur porte ici cette note: « Patrona-Bcy était le vice-amiral de la flotte turque lors de l'expédition de thermidor dernier.
(4) « Le quartier-général élait sur le point de quitter le Caire , lorsque j'en suis parti le 1er frimaire ) pour se porter en avant. n
(5) « L^avant-garde du grand-visir forte de cinq milU hommes environ. »
3<MI ttOCVKEIfTS HISTOHKQVXS.
« Le {^néral Kléber a presque épuisé la roie des négociations avec le grand-YÎsir. Fort des circonstances, plus ou moins instruit de notre situation , et viTenient sollicité par les commissaires anglais et russes qui Tenvironnent, ce général turc repousse toute proposition sans Tévacuation préalable de l'Egypte ; il ofiPre seulement, pour Teffectaer, des bâtiments et des garanties. Dans cet état de choses, le général Kléber a employé tous les moyens qui étaient en son pouroir pour temporiser; mais le dernier courrier tartare, envoyé de Damas , a presque détruit tout espoir de difiPérer une action, dont le succès sera toujours funeste à une armée dépourrue de moyens de recrutement. On prépare toutefois une tentative ultérieure. Le général Menou et le citoyen Poussielgoe doÎTent se transporter en Syrie, et, si faire se peut, à Constantinople. Ils portent quelques présents en sucre, café, etc. ; leur valeur est proportionnée à celle de nos moyens de finance. Il est encore un moyen dans lequel le général Kléber avait fondé quelque espoir ; c^est la menace faite au grand-visir de livrer TEgypte aux Russes ; c'est le tableau très-vrai des fautes politiques de la Porte depuis qu'elle a rompu ses anciennes liaisons avec la France, son unique soutien , et qu'elle a imprudemment ouvert les Dardanelles aux flottes moscovites; cette idée effraie à l'excès les habitants du Caire. L'effendi, qui s'est transporté une seconde fois à Damas , assure que le grand-visir en est frappé} mais ces réflexions ne peuvent arrêter sa marche » (1). Le
(1) Toutes cette phrase est remplacée ainsi : « Le général » Ktéàer et le grand-vîsir sont en pourparlers. »
L'idée qu'il y a des Russes dans l'armée turque indigne
B0GVMBIIT8 HISTORIQVSS. $03
comBDiasaire russe prodigue Targent et les préseato ; il me&aoe de déclarer la guerre à la Porte si elle ne continue pas les hostilités contre les Français.
a II n'a pas été impossible d'émouroir SmîUi lui-raénie aur les progrès des Russes dans les régions qui environnent la Méditerraoée ; on a saisi Toccasion de répondre à une lettre par laquelle il demandait à entrer comme partie intégrante dans les négociations pour lui envoyer Tadjudant-général Morand ; cet officier est parti pour JafEa. On lui a offert de continuer les négociations à bord même de son vaisseau. Par cette mesure , il sera facile d'en exclure totalement le commissaire russe. » L'attacbement et les opinion» religieuses dea habitants nombreux de la Grèce, de la Morée et de TArchipel semblent promettre de grands succès à la Russie (1). Cette idée doit occuper vivement le commodore anglais (3).
« Les dispositions militaires dn |prand-visir, autant que Ten peut en croire des espions suspects ou ignorants , sont telles qu'il laisserait un corps quelconque pour Caire le siège d'El* Arich, et passerait outre avec le gros de son wmée. Il sen* blerait vouloir attaquer à plusieurs reprises avec trois portions de son armée, qu'il ferait agir successivement. Cette méthode nous serait infailliblement désavantageuse, en ce que l'effet moral étant le plus puissant motif de défaite dans une tourbe indisciplinée, et qui n'est pas guerrière, on ferait une dépense
et effraie les habitants de l'Egypte. » Et il continue par « Le commissaire russe , etc. »
(1) Le ilf07n7«ur ajoute « dans ces mers. »
(5Q Après cette phrase vient celle-ci dans le Moniteur : On ne peut plu* concevoir la marché de la politique tutglaUc et autrichienne.»
904 D0CVHENT8 HISTOfilQVES.
égale d^hommes et de munitions pour la repousser collectiTement ou par portions. Il est certain que les munitions seront presque épuisées sans ressource ultérieure à la première action. La perte des hommes sera peut-être au niveau de celle qui est indiquée dans les instructions que le louerai Kléber a reçues pour fixer le dernier terme de la supériorité* ou de Téquilibre de ses forces.»
« A cette considération puissante se joint celles des ravages que la peste peut occasionner. Lors de mon départ d^ Alexandrie , les accidents n'étaient pas nombreux ; mais une pluie •rageuse et èontinùe qui a tombé au Caire le 50 vendémiaire et les jours suivants a alarmé les habitants sur ce symptôme , qu'ils croient assez sur pour l'approche des maladies contagieuses. Si quelque motif peut nous rassurer contre cette crainte , ce sont les précautions nombreuses que l'ou a prises pour éloigner ce fléau. Les pluies sont beaucoup plus abondantes qu'à l'ordinaire à Rosette et à Alexandrie ; mais Ton est parvenu , à force d'étudier les effets de la peste, à la trûter avec succès sur plusieurs individus. »
La « presque » totalité de l'armée était habillée en drap lors de mon départ; cette précaution influera puissamment sur la conservation de la santé du soldat. On a fait face à cette dépense par l'échange de* quelques blés de la Haute- Egypte que l'on a livrés aux négociants Pinj et Cîe.
a Les pertes pres<;^ue inévitables en hommes et en munitions font présumer au général Kléber que le sort de l'Egypte doit être décidé après la bataille de Salahiéh. » Il est indubitable que l'armée du grand-visir a été recrutée pas force, qu'elle a soulevé contre elle tous les habitants do la Syrie par les excès révoltants qu'elle a commis ; qu'elle est , presque en totalité , mal armée ; que les maladies l'affaiblissent journellement dans une saison o^ les pluies sont abondantes dans cette contrée, et que sa marche doit en détruire une partie.
DOCVmiCTS BiSTORIQinES. S08
11 est également certain que le petit nombre de soldats que Djezzar a fourni n'aura pas avec énergie. Ibrahim-Bey et le peu de Mamelouks qu'il amène seront {piidés par des intérêts semblables à ceux du pacba d^Acré. Il est notoire que ce pacba a fait étrangler un capidgi que le grand-visir lui a enToyé pour lui ordonner de sortir d'Acre , et qu'il a facilité révasion d^un certain nombre de chrétiens qui se sont réfugiés en Egypte. Ces difiFérents motifs , et la supériorité inappréciable de nos troupes , en valeur et en instruction, promettent au général Kléber une victoire complète sur « les soixante mille hommes que » « le grand-visir entraîne avec lui. Mais son état de faiblesse après cette victoire ne peut lui permettre de contenir le pays, lever les contributions à main armée, et faire face à de nouvelles agressions à la saison prochaine. Vous aviserez , citoyens consuls, aux moyens les plus prompts que votre sagesse vous dictera pour agir auprès des cours de Londres et de Qonstantinople , afin d^utiliser révacuation de PEgypte, ou la retarder par des négociations. Vous connaissez la force de cette armée en hommes , en munitions , et ses ressources en finances ; je vous soumettrai des renseignements plus récents sur les détails qui y sont relatifs. Le général Kléber prend. la liberté de vous rappeler en tout cas les lenteurs et la méfiance ordinaires de la Porte ottomane.
a Le bâtiment la Belles-Marianne , qui portait en France le cousin du citoyen Barras , ex-directeur, et le général Vaux , est parti le 13 brumaire dernier d^Alexàndrie. Je n*ai pu recueillir ici aucune notion certaine sur son arrivée. Le citoyen Barras était porteur d^une dépêche qui contenait les pièces suivantes :
905 Mwonnm msTonqvsB.
» !• La l«ttr* da çêménA en éket Bonaparte , tm ^tênà- ▼î«ir ;
» 5^ La rëpoase dn çrand-^'visir à cette lettre ;
» 3« Uoe lettre da général Kléiier an grand-irisir ; •
» 4* Une r^pwite dn grand-T»ir à cette lettre ;
• &> Une deniiène lettre dn général Kléber an fgnmà-^fwir ;
• 6» Une denûème repense dn grand-Tinr j » 7a Une lettre dn eommodore Smith ;
» 8» Une lettre dp citoyen PonsMelgne mi direeti^re ;
» 9o Les conférences qni ont en lien, lors dn premier retour de reffendi de Syrie, en présence dn paeba prisonnier à Djizé , et dn citoyen Ponssielgne ; »
» 10* Une lettre dn général K)éber an directoire ;
» ilo I^antres pièees ^i me sont mconnnes.
« La eme dn Nil de cette année a été failérietire de TÎngt denx ponces à celle de Tannée dernière. H s^est retiré quinze jonrs pins t6t.
» Le numéraire disparaît jonmellcnent en Egypte; on Tend les piastres an prix de cent soixante-dix paras, malgré les pnnitioos et les défenses les plus sévères. Les médins senls sontea circnlation.» Le citoyen Lepère, dans une reconnaissance feite avec le général Reynier, a ultérieurement vérifié rexistence et nivelé la pente d^un ancien canal, primitivement découvert par le général en cbef Bonaparte , qui s^étend de Suez à BelbeXs, et de Belbels au Nil. Une douane était située sur ce canal , à proxinûté de Tancienne ville d'Héropolts. Le point intermédiaire était de ctnquante-qnatre pieds au^lessons dn niveau de la mer Ronge ; la branche nord-ouest , qui se jotfsait à la précédente , éUit alimentée par les eaux dn Nil.
Les commissions des KÎences et arts sont de retour de fa
JKlCVUlfTS XIBT0AIQVK8. SOt
Hattt»-E(^te. Elles ont apporté ube oolleetiofi intér«Maiit« 4e dessim. Le citoyen Delètre y est resté poar perfectionner aes travaux.
L^opération indiquée par le puerai en chef Bonaparte pour rassembler les Mttnelouks épars dans TËg^pte a très-bien réussi. Le générai Kléber les a distribués à plusieurs officiers généraux et supérieurs. Ces jeunes cens se sont attadiés à leurs neuTeanx maîtres; ils ont apprécié la différence des traitements qu'ils reçoivent des Français , qu^ils envisagent comme leurs sauveurs dans une circonstance aussi difficile pour eux. Plusieurs parmi ceux qui étaient en Syrie, ou qui suivaient le sort de Mourad-Bey, étant instruits par leurs camarades, ont déserté. On présume que ce motif a contribué à la rentrée de Mourad*Bey dans le Saïd.
. Une grande portion des troupes de la Haute-Egypte est mentée sur des dromadaires. Ce corps a été presque doublé.
L'esprit de Tannée est excellent. Elle est animée de la plus vive confiance dans Taffiection de son ancien général.
« Je suis parti d'Alexandrie le 7 frimaire. Mes instructions me prescrivaient d'aborder autant qu'il serait possible dans un des ports d'Espagne les plus voisins de la France. Mais quoique j'aie croisé dans le passage dangereux qui est entre la SArdaigne et la Barbarie , pendant deux jours , le vent de nord-ouest qui a fraîchi , et la présence de plusieurs briks Ang^is , de quelques bâtiments algériens et de deux demigalères sardes nous ont forcés à longer la Sardaigne à Test. Nous avons échappé , en affrontant le péril des roches , à plusieurs bâtiments ennemis dans .les environs de cette lie. Nous n'avons pas pu doubler les bouches de Bonifacio, et nous avons été contraints de relâcher à Bastia, après vingt-
308 POGUKBIITS HI8TOBIQOI8.
deux Jonrs de navigation. Lee Tents contraires nout «nt retenus pendant six jours à Bastia. Je suis pard ayee une escorte pour le golfe Saint-Florent , où j^ai attendu pendant trois jours mon départ. J'ai employé un jour pour m^y rendre, et un jour pour la traversée de Saint-Florent à Pelle-Franehe. Mon absence d* Alexandrie a été de trente-trois jours à répoque où nout avons mouillé dans le port de Ville-Franche.
» La tartane sur laquelle jMtais embarqué était chargée de blessés a6n de faire valoir le cartel d'échange stipulé par le général Marmont, dans le cas où je serais pris.. Dans la crainte de cet événement le général Kléber m^a communiqué les principales pièces contenues dans sa dépêche , dont cette lettre forme en quelque sorte un extrait.
» Conformément à mes instructions, j^ai fait ici des démarches pour obtenir, sans passer outre , dans ce port , quelques jours d^observation pour moi individuellement, afin de me rendre promptement à Paris. Les retards que j^éprouve dans les réponses , et la presque certitude d'être contraint à me rendre à Jaclen pour Tobtention de cette demande, m^ont décidé à vous écrire , citoyens consuls , afin d'obvier à tout retard qui fût préjudiciable à la chose publique. Malgré les suites d'une maladie douloureuse et une navigation trèspénible , je me rendrai en toute diligence auprès de vous à l'expiration du terme que l'on me fixera lorsque je serai à Jaclen. J'espère suivre de près ma lettre. Notre quarantaine est commencée , et nous avons été exempts de toute maladie dans la traversée. »
Cette dépêche a été remise le 13 nivôse au commandant de la place de Ville-Franche avec invitation de la faire parvenir au général commandant le département des Alpes-Maritimes. J'ai écrit à celui-ci pour le prier de Tenvoyer à Paris par on courrier extraordinaire.
Salut et respect. ..J..Gn<»BE».
BOGUMSUTS HI8T0AIQVE8. 309
Du camp de Salahiéh , 10 pluviôse afl 8.
KLÉBÉR, GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMÉE D'EGYPTE, AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRAN- ÇAISE.
Je viens de signer, citoyens directeurs, le traité relatif à l'évacuation de l'Egypte , et je vous en envoie la copie. Celle qui porte la signature du grand- visir ne pourra m*étre remise que d'ici à quelques jours, l'échange devant avoir lieu à El-Arich.
Je vous ai rendu compte par mes dépêches précédentes de la situation où se trouvait cette armée « lorsque je fus obligé d'en prendre le commandement (1). » Je vous ai informé aussi des négociations que le général Bonaparte a commencées avec le grand-visir, et que j'ai dû continuer.
Quoiqu'à cette époque je comptasse peu sur le succès de ces négociations, j'espérais cependant qu'elles ralentiraient assez la marche et les préparatifs de guerre du visir pour vous donner le temps de m'envoyer des secours en hommes et en armes , ou du moins des ordres précis sur la conduite que j'avais à tenir dans les circonstances pénibles où je me trouvais . Je fondais cet espoir de secours sur ce que je savais que les flottes française et espagnole se trouvaient réunies à Toulon , et n'attendaient pour en sortir qu'un vent favorable. Elles en sçnt sorties en efiFet , mais pour repasser le détroit et rentrer à Brest. Cette nouvelle affligea profondément
(1) Le Moniteur porte : « Lorsque j'en pris le commande" ment, » Les mots a j'en pris » sont écrits sur l'original do la main du premier consul , au-dessus de la phrase de Kléber.
310 DbGWETTT^ ttlSTORIQVÏ».
Tannée , qui apprit en même temps nos revert en Italie , en AlIema^pAe, en Hollande, et jusque dans la Vendée, san» qu^il parût qu^on prit aucune mesure propre à arrêter le cours des malheurs qui menaçaient jusqu^à Teûstenee de la république. '
Cependant le visir s'avançait de Damas ; d^uu autre c6té t au commencement de brumaire, une flotte parut devant Damiette. Elle débarqua d'abord quatre mille janissaires qui devaient être suivis d'*un pareil nombre ; mais on ne leur en donna pas le temps : les premiers furent attaqués et complètement battus en moins d'une demi-heure. Le carnage fut affreux : on leur fît cependant plus de huit cents prisonniers.
Cet événement ne rendit point les négociations plus faciles; le visir manifesta les mêmes intentions , et ne suspendit sa marche que pendant le temps qui lui était indispensable pour former ses établissements et se procurer des moyens de transport. Son armée était alors estimée à soixante mille hommes ; mais d'autres pachas le suivaient et recrutaient de nouvelles troupes de toutes les parties de l'Asie jusqu'au mont Caucase. La tête de cette armée arriva bientôt jusqu'A Jaffa.
Le Commodore sir Sidney Smith m'écrivit vers cette époque, c'est-à-dire quelques jours avant le débarquement de Damiette , et comme je connaissais toute l'influence qu'il avait sur le visir, j'ai cru devoir non-seulement lui répondre, mais mêitae lui proposer pour le lieu des conférences le vaisseau qu'il montait ; je répugnais également à recevoir en Egypte des plénipotentiaires anglais ou turcs, ou à envoyer les miens au camp de ces derniers. Ma proposition fut acceptée , et dès lors les négociations prirent une marche plus déterminée. Tout cela cependant n^arréta point l'armée ottomane que le grand-visir conduisit sur Gaza.
Pendant tout ce temps la guerre continuait dans la Hante- Egypte , et les bcys , dispersés jusqu'alors , pensèrent à se
MGviiBirrs HiSTORiQinM. su.
révttir à Mourad, qui, toujours poursuivi et jamais abattu, entraînant dans son parti les Arabes et les habitants de la proTÎnoe de Bénissouef , ne laissait pas que d^occuper des forces et de donner des inquiétudes.
La peste nous menaçait aussi de ses ravages et nous enle- Tait déjà plusieurs hommes par décade à Alexandrie et dans d'autres places.
Enfin le premier nÎTÔse , le général Desaix et le citoyen Poussielgue , que j^avais nommés plénipotentiaires , ouvrirent à bord du Tigre les conférences avec sir Sidney Smith à qui le grand'visir avait donné des pouvoirs pour traiter. Il* devaient tenir les parages de Damiette à Alexandrie ; mais , un coup de vent très-violent les ayant obligés de gagner le large , ils tinrent la mer pendant dix-huit jours ; au bout de ce temps ils descendirent au camp du visir. Ce dernier s'était porté sur El-Arich , et s''était emparé le 9 nivôse de ce fort. Il ne dut ce succès qu^à la lâcheté insigne « d^une garnison de près de six cents hommes » (1) qui se rendit sans combattre le septième jour de Tattaque.
Cet événement était d'autant plus malheureux que le général Reynier était en marche pour faire lever le blocus avant que le gros de Farmée turque fût arrivé.
Dès cet instant on ne pouvait plus espérer de traîner les négociations en longueur ; il s'agissait d'examiner mûrement le danger qu'il y avait de les rompre , d'écarter les motifs d^une vanité personnelle, et de ne point exposer tous les Français dont la vie m'était confiée à des suites terribles que plus de délais rendaient inévitables.
Les rapports les plus récents portaient Tarmée ottomane à
(1) Au Moniteur il y a « la lâcheté insigne de la garniiton,^ Sur l'original le premier consul a écrit, « la garnison tie plut de quatre eenie hommes.»
Zï% DOCUMENTS BI8TORIQIIB8.
quatre-YÎngt mille hommes, et elle devait s^au^^menter encore ; on y comptait douze pachas, dont six da premier rang. Quarante-cinq mille hommes se trouvaient devant El-Arich, ayant cinquante pièces de canon et des caissons en proportion. Cette artillerie était traînée par des mulets. Vingt autres pièces étaient à Gaza avec le corps de réserve ; le reste des troupes se trouvait à Jaffa et dans les environs de Ram)é. Un cabotage actif approvisionnait le camp du visir; toutes les tribus d'Arabes secondaient à Tenvi cette armée et lui four* nissaient plus de quinze mille chameaux. On m'a assuré que les distributions s'y faisaient régulièrement. Toutes ces forces étaient dirigées par des officiers européens, et cinq à six mille Russes étaient attendus d'un moment à l'autre.
A cette armée j'avais à opposer huit mille cinq cents hommes divisés sur les trois points de Katiéh, Salahiéh et Bclbeys. Cette répartition était nécessaire pour faciliter nos communications avec le Kaire , et pour pouvoir porter promptement des secours à celui de ces postes qui aurait été le premier attaqué. En effet il est certain qu'on peut les tourner ou les éviter tous ; c'est ce qu'a fait récemment Elfi-Bey, qui pendant les négociations est entré avec ses mamelouks dans la Charkié, pour se réunir aux Arabes Billis et de là rejoindre Mourad dans la Haute-Egypte. Le reste de l'armée était distribué ainsi qu'il suit : mille hommes , aux ordres du général Yerdier, pour former la garnison de Lesbé , lever des contributions en argent et en denrées , et tenir en obéissance le pays entre le canal d'Âchmoun et celui de Moës , agité sourdement par le cheik Leskam. Dix-huit cents hommes étaient aux ordres du général Lanusse, pour fournir les garnisons de Rosette , Aboukir et Alexandrie , contenir le Delta et le Bahiré. Douze cents hommes étaient demeurés au Kaire et à Gizeh, et ils étaient obligés de fournir des escortes aux convois de Tarmée. Enfin deux mille cinq cents hommes se troa-
DOCUMSIITS HlSfOBIQUKS^ M 2^
T^ent dÎMéminés dans la Haute-Éçypte sur ùn« ligne de plnsde cent cinquante lieuea ; ils avaient jonrnellenent à com- . battre les beys et leurs partisans : le tout forme quinze mille hommes. Voilà en effet ce qu^en évaluant au plus haut on peut compter de combattants disponibles dans Tannée.
Malgré cette disposition de forces , j^cspérais la victoire, et j'aurais hasardé une bataille si j'avais eu la certitude de l'arrivée d'un secours avant la saison d'un débarquement; mais cette saison étant une fois arrivée sans que j'eusse obtenu de renfort , j'étais obligé de renvoyer au moins cinq mille hommes sur les côtes , il me restait trois mille hommes pour défondre un pays , ouvert de toutes parts , contre l'in- Tasion de trente mille cavaliers , secondés par les Arabes et les habitants du pays , sans places fortes , sans vivies , saps argent, sans vaisseaux. Je devais prévoir ce moment et me demander ce que je pouvais faire alors pour la conservation de l'armée. 11 ne restait aucun moyen de salut; l'on ne peut traiter que les armes à la main avec des hordes indisciplinées de barbares fonatiques qui méconnaissent tous les droits de la guerre. L'évidence de ces motifs a frappé tous les esprits; elle a déterminé mon opipion. J'ai donné des ordres à mes plénipotentiaires de ne rompre les négociations que dans le cas où l'on proposerait des articles qui pussent compromettre notre gloire ou notre sûreté : « Mais je n'ai fait cette démarche qu'après m'étre éclairé du conseil des officiers-généraux qui m'entouraient. Leur avis était unanime; l'évacuation fut arrêtée , et les motifs exposés dans un procè»-verbal. Je viens d'accomplir, citoyens directeurs, une action que la raison approuvera dans tous les temps , mais je n^en suis pas moins affligé d'avoir été contraint d'attacher mon nom à un évén»* ment qui ne m'appartient pas.
» Je n'avais pas seulement à vaincre toutes les difficultés de ma position militaire, il fallait encore surmonter des obstacles
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adrinniétratifîi ifoi m r«éoiiv«Uieiit sans cesse. L^IflendAtion ay«int été trètnléfirctneate cette année , la valenr moyettna de» revenns se trouvait réduite d*utt tiers. De plus , si la perte successive des fbrces militaires m>ût obligé de retirer les troupes de la Haute-Egypte, cet abandon aurait occa^ sienne une diminntiou de revenu plus considérable encore ; cela seul me mettait dans ^impossibilité absolue de soutenir la campagne prochaine. Je donnerai plus de développement à ces assertions f il suffit en ce moment, pour détruire les idées exagérées que l'on se serait faites des revenus annuels de régypte , de citer ta dette de once millions qu'a laissée le général Bonaparte avant sou départ, quoiqu^à son arrivée en ce pays il ait trouvé des ressources extraordinaires qui , aujourd'hui, sont épuisées entièrement (1). »
Je termine ce rapport , citoyens directeurs, en vous obser* vaut que les circonstances de ma situation n'ont point 'été prévues dans Tinstruction que m'a laissée le général Bonaparte. « 11 ne me parle nullement de Tarmée du grand^visir, soit qu'eu effet il n'y* crût pas , ou qu'il eût d'autres motih pour ue m'en point informer (2). » Lorsqu'il .me promet de prompts secours , il fonde , ainsi que je l'avais fait , ses espé-> rances sur la réunion des flottes française et espagnole dans la Méditerranée ; on était alors loin de penser que ces flottes retoumeraiebt dans TOcéan, et que l'expédition d'Egypte, entièrement abandonnée, deviendrait un chef d'accusation contre ceux qui l'ont ordonnée.
Je joins à cette lettre copie de ma correspondance , tant
fl) Tout ce qui est entre des guillemets est omis dans le Moniteur,
(2) Cette phrase n'est point imprimée dans le Mamtêur» Sur l'original le premier consul a écrit au-dessus de la phrase « soit qu'en effet il n'y crût pas » ces mots « soit qu'il l'ignorât ùu qu'il n'y crût pets» »
DOCVMEIITS HIST0EIQUE8. 815
atee le grand-visir, qu^avec le commodore sir Sidney Smith et mes plénipotentiaires , ainsi que toutes les notes oflBcielles remises de part et d^autre ; je joins aussi copie des rapports qui m*ont été faits sur la prise d^I-Arich (1), o et sur les différentes insurrections dont nos troupes se sont rendues coupables à Damiette et h Alexandrie. Vous apprécierez tousmêmes Pimportance de pareils événements. Je dois cependant ajouter, pour rendre témoignage k la vérité , que partout où j*ai été présent , nos troupes m^ont manifesté une confiance absolue et le plus louable dévouement. Quant à celles de la Haute-égypte, je ne puis leur reprocher le moindre murmure. »
Au reste, Tarmée française, pendant son séjour en Egypte, a gravé dans Vesprit des habitants le souvenir de ses victoires, celui de Téquité et de la modération avec lesquelles nous «Tons gouverné, le sentiment de ses forces et de la puissance de la nation dont elle fait partie. Le nom français sera longtemps respecté , non-seulement dans cette province de Vempire ottoman, mais encore dans tout TOrient.
Je compte être rendu en France, avec Tannée, au plus tard à la fin de prairial.
Salut et respect.
KuBan.
(1) A la suite du rapport de Kléber viennent en effet, dans le Moniteur du 29 germinal an 8, un rapport du capitaine Ferray sur la prise d'El-Arich, la convention sur Tévacuation de rÉgypte, et diverses autres pièces.
Toute la suite de la phrase est omise dans le Moniieur^
FIN DU TOJfl TKOISIÈME.
TABLE SOBEIIEAI&E
VO TBOMlim TOLOXB.