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… 45 un brisseau a besoin de tuteurs pleins de la force qui soutient, et de la souplesse qui préserve.
Notre âge, qui ignore bien des soucis, bien des maux, ne voit ordinairement qu'un ciel serein, et se plait toujours à formuler des vœux en harmonie avec les impressions de cette piété filiale.
Merci donc, Très Révérend Père, et vivez longtemps pour les fils de vo re famille. Vivez longtemps pour l'affection des petits enfants de ces derniers auxquels vous voulez bien sourire avec tant de complaisance.
Qu'il vive aussi le vénérable Assistant, compagnon de votre voyage, le R. P. Antoine, Nos Mères et nos maîtresses nous ont dit que, il y a déjà bientôt vingt ans, il avait trouvé le chemin de leur cœur, lorsqu'il vint dire au plus ancien et au plus vénéré des Oblats du Nord-Ouest, l'amour de ses prêtres, le respect de ses ouailles.
Merci de l'honneur de votre visite, mon Très Révérend Père, et veuillez la couronner en donnant une bénédiction spéciale aux
Elèves du Pensionnat de Saint-Boniface.
30 avril 1894.
« Le T. R. Père Général répondit en vrai père; il tit l'éloge de la maison, des zélées Sœurs Grises et de leurs excellentes élèves; il rappela aux enfants ce qu’elles doivent au fondateur de l’établissement, Mgr Taché, qui les traite en Benjamines.
« Du pensionnat nous nous rendîmes au collège des RR. PP. Jésuites. Le K. Père Recteur, accompagné de plusieurs Pères, vint recevoir le T. R. Père Général à l’entrée de la propriété; les élèves, rangés en deux colonnes, nous attendaient sur le perron; nous traversâmes les rangs de cette fraîche et studieuse jeunesse, gloire des catholiques à l’Université du Manitoba, et le R. Père Recteur présenta ses religieux au T. R. Père Général. Nous nous rendimes alors dans la grande salle du collège, où un chant de bienvenue, composé pour la circonstance, salua son 2rrivée; puis un élève de philosophie célébra délicatement, dans une belle adresse, les œuvres de nos missionnaires et l'union si fraternelle des Oblats et des Jésuites.
Mon TRÈs RÉVÉREND PÈRE,
Îl nous est infiniment doux de recevoir aujourd’hui dans nos murs le chef de l'illustre Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, le Supérieur général que nous avons connu de réputation longtemps avant que
la Providence lui eût confié une charge aussi éminente dans la hiérarchie religieuse. Lors de votre première visite en 1876, mon Très Révérend Père, l'édifice que nous habitons maintenant n'existait pas encore; mais le collège était déjà florissant, grâce à la direction habile et dévouée de votre fils en Jésus-Christ, le R. P. Lavoie. Les fruits de son zèle pour l'éducation parurent bientôt lorsque, trois ans plus tard, deux élèves, ayant commencé leur cours classique sous vos Pères, firent tant de progrès sous les prêtres séculiers, dignes successeurs du R. P. Lavoie, qu'ils purent se présenter aux examens de l'Université, alors naissante, de Manitoba. Depuis cette époque, vous n'ignorez pas, mon Très Révérend Père, combien consolants ont été les succès des candidats de Saint-Boniface dans ces joutes scolaires.
Au retour de votre deuxième voyage, mon Très Révérend Père, vous avez pu, en 1884, constater l'achèvement de ce spacieux collège que nous devons à l'initiative généreuse et à la persévérante activité de notre cher et vénéré Archevêque, la gloire de votre Congrégation et l'âme de toute l'histoire religieuse du Manitoba. Cette année-là même Mgr Taché offrait la direction de notre collège à la Compagnie de Jésus, qui s'en chargea effectivement l'année suivante. Les Pères Jésuites sont trop heureux, mon Très Révérend Père, de vous offrir un accueil aussi respectueux qu'il est plein d'affection sincère. Au Manitoba comme dans la province de Québec, dans l’île de Ceylan, dans les missions des Montagnes Rocheuses — partout où les Pères Oblats etles Pères Jésuites travaillent en voisins, ils se reconnaissent comme frères, ils rivalisent de zèle et de charité, ils sont penétrés du même esprit profondément catholique romain, leurs cœurs battent à l'unisson. Cette sainte fraternité n'a rien du reste qui doive nous étonner. Le nom de Marie Immaculée n'appelle-t-il pas tout naturellement le nom de Jésus ? Et, si les Jésuites ont devancé par trois siècles de propagande théologique la définition de l'Immaculée Conception, les Oblats n'ont-ils pas fait choix de ce vocable béni quarante ans avant cette même définition P de sorte que la gloire de Marie Immaculée a été portée, par les peines et les dévouements de ses apôtres, jusqu'aux extrémités de la terre, avant que l'Eglise eût apposé à ce titre son sceau infaillible.
Nous avouons, toutefois, que ces beaux sentiments de fraternité réciproque vous coûtèrent cher plus d'une fois. L'empire germanique, aveuglé par le fanatisme, chassa de son sein les Pères de votre Congrégation sous le prétexte qu'ils étaient Jésuites. Plus tard, vos Pères de France ont subi la dispersion surtout parce qu'ils avaient trop de rapports avec les fils persécutés de saint Ignace. Mais, en véritable disciple de Jésus Crucifié et de la Mère des Douleurs, vous vous consolez en vous rappelant que la persécution peut devenir une béatitude et qu'elle augmente merveilleusement la charité fraternelle de ses victimes chrétiennes.
Mon Très Révérend Père, nous prions le ciel de vous accorder un voyage prospère. En parcourant ces vastes régions de l'Ouest, il vous sera donné de contempler les nombreux et impérissables travaux de vos enfants. Si vous cherchez un monument de votre grande famille religieuse, vous n'avez qu'à jeter les yeux autour de vous : Si monumentum quæris, circumspice. Nous prions Marie Immaculée d'obtenir du Roi Jésus pour vous, mon Très Révérend Père, une longue continuation de cette verte vieillesse qui réjouit vos enfants et vos amis, afin que le nombre et le mérite des Pères Oblats, que vous dirigez si bien, aillent toujours en augmentant, Enfin, mon Très Révérend Père, veuillez encore une fois accepter l'hommage de notre vive reconnaissance pour votre visite et nous accorder votre sainte bénédiction.
Collège de Saint-Boniface, 30 avril 1894.
« Le T. R. Père Général répondit en glorifiant, dans les termes les plus flatteurs, l’illustre Compagnie de Jésus, félicita ces heureux élèves d’avoir de pareils maîtres et conclut en donnant un grand congé ; je ne vous dirai pas s’il fut applaudi. Un dernier chant, composé aussi en l'honneur du T. R. Père Général, clôtura la réception.
« Après le collège, vint le tour de l’Académie Sainte-Marie. Ce pensionnat est regardé par tout le monde, sans acception de croyance, comme la première maison d'éducation pour les jeunes filles à Winnipeg. On voulut y recevoir notre bien-aimé Père comme il n’avait été reçu nulle part. Les Sœurs de Jésus-Marie, les dévouées directrices de cet établissement, organisèrent en son honneur une séance littéraire et musicale qui ne le cédait en rien aux réunions auxquelles j'ai pu assister dans nos meilleures maisons d'éducation en France et en Belgique. L’opérette française : Fais ce que dois, advienne que pourra, et le drame anglais : The heroine child Mary, furent très bien rendus. La musique vocale et instrumentale n’obtint pas un moindre succès. L’éclat de cette belle soirée fut encore augmenté par l'assistance, aussi variée que choisie, invitée à cette réunion par les Sœurs; un nombreux clergé, des avocats, de riches commerçants, les présidents de toutes les sociétés catholiques de Winnipeg et de Saint-Boniface, en un mot les premiers catholiques des deux cités s’y trouvaient réunis pour faire honneur au T. R. Père Général. »