‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 55 sur 83 · RARES · texte numérisé non relu

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trahison de Judas. C'est très bien imité. C’est la tribu des Seychells qui, cette année, a le privilège de faire ces tableaux vivants. Il y en a dix. La rencontre de Jésus avec sa Mère attire l'attention de tout le monde. C’est ici le crucifiement. Vraiment les acteurs ne peuvent être surpassés ; leur position et leur tenue indiquent leur habileté, augmentée par les sentiments du cœur qui les animent. Enfin vous êtes en face du Calvaire, à l’entour duquel se masse la foule, à mesure que la procession arrive, bandes après bandes. Sur une élévation du rocher est un grand crucifix de grandeur naturelle, qui, par un ingénieux mécanisme, répand du sang. Ici, le tableau vivant est frappant par la perfection de l'exécution, quand on considère la longueur du temps (au nioins une heure) pour se tenir immobile, dans une même position. Pour moi, j'admire surtout Marie-Madeleine aux longs cheveux étreignant et embrassant la croix, d’où le sang lui couvre les épaules. Vous diriez une statue. On peut dire sans crainte d’exagérer que tous les personnages ont très bien joué leur rôle.

« Après que toute la multitude s’est prosternée, le P. Chirouse cntonne la grande prière du Pardon, le Parce Domine de l’âme pénitente. Dans tous les rangs, comme un courant électrique, toutes les voix sont à l’unisson pour répéter cette prière. Enfin e signal est donné, pour annoncer que c’est terminé et qu’encore cetie fois, la représentation de ce drame, si chère à ces peuples, a été un succès.

« En détournant les yeux du nouveau Golgotha où vous avez pleuré, votre cœur est soulagé, en voyant à distance le sanctuaire de Notre-Dame de Lceurdes, ce temple de la Jérusalem des Chrétiens, où réside dans son tabernacie Jésus-Christ, qui à souffert, mais aujourd’hui est glorieux et triomphant. »

Le samedi 30 juin, un service funèbre est chanté par le T.R. Père Général pour les évêques, les prêtres, tous les missionnaires défunts du pays. Ce sont les Indiens qui exécutent eux-mêmes, et parfaitement, le chant de cette messe de Requiem.

Le soir du même jour a lieu la procession aux flambeaux en l'honneur du Sacré-Cœur et de la sainte Vierge. Le R. P. Lacombe raconte ainsi ses impressions :

« Quand la procession s'ébranle, il y a comme un élan général de chants qui, s’élevant de toutes les poitrines, s'expriment par le

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O Cor Jesu, Ave, maris stella, et les hymnes analogues en langue indienne. Quatre canons, avec leur voix puissante, entonnent leurs chants à eux. La répercussion de leurs notes est répétée en cadence par les échos des rivages et de montagnes environnantes, qui nous envoient leurs Deo gratias. Mgr Durieu, le père spirituel de tous ces enfants de la forêt et le chef organisateur de toutes ces fêtes, est là, avec ses missionnaires, mêlé au milieu de la procession, dont les colonnes sont déjà déroulées en tous sens. Au milieu de tout ce charme, entendez ces fanfares, qui, à qui mieux mieux, font retentir les airs et rompent le silence de la nuit par leurs sons harmonieux.

« Du haut de la colline, sur les degrés du sanctuaire de Notre- Dame de Lourdes, je me suis isolé pour contempler plus à mon aise le spectacle, qui est vraiment féerique. À un moment, des feux de Bengale vous font voir les personnes, les statues, les différents mouvements, comme des fantômes qu’un instant après vous apercevez sous leur propre aspect. En considérant cette masse de personnes qui conservent un ordre si parfait, en entendant ces chants religieux si variés, en voyant toutes ces sinuosités de lumière, de mouvements comme les vagues d'un lac, et cela partout sur les rives du fleuve Fraser, vous vous croiriez à rêver les apparitions des Mille et une nuits. En effet, combien cette nuit dont je suis témoin me touche et imprime dans mon cœur des sentiments qui ne s’oublient plus ! Les éléments se sont donné la main pour ne pas troubler les dévotions des bons sauvages. Les vents se sont tus ; les nuages ont retiré au loin leurs sombres rideaux, pour laisser les étoiles du ciel s’unir à celles de la terre:

c'est un spectacle ravissant. Il est onze heures de la nuit, quand la procession vient se débander, en face de la chapelle. Voilà encore une journée du Congrès bien remplie et qui aura sa page dans les annales de ces Missions. »

La retraite se clôtura le 7 juillet. Le R. P. Lacombe écrivait ce

jour-là :

« C’est aujourd’hui le grand jour, puisqu'il met fin au congrès de nos chers sauvages, pour 1894. La journée s'annonce par un temps magnifique et une température délicieuse. Ce matin c’est la Communion générale, qui a lieu à différentes Messes, dans les tentes-chapelles. Plus de 1.500 personnes ont reçu la sainte Com-

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munion, pour terminer ces jours d'union et de bonheur. Avec une tendre dévotion et des signes de la foi la plus vive, les communiants ont montré une fois de plus leur attachement à la sainte Eucharistie, qu'ils ont appris à aimer depuis qu'ils ont connu Jésns fait homme pour nous. C’est à deux heures après midi qu'est fixée la procession du Très Saint Sacrement. Tout est prêt. Avec impatience, on attend le signal et l’ébranlement de la procession. C'est le R. P, Antoine, notre cher ancien provincial, qui porte le Dieu-Hostie. Vos processions de la Fète-Dieu dans votre Canada civilisé sont sans doute plus grandioses, par la richesse des ornements et des décorations, par vos chants plus étudiés et vos musiques plus savantes, mais vous n’avez rien pour surpasser la foi, l'entrain et l'enthousiasme des sauvages catholiques de la Colombie.

« Comme hier, l'ordre le plus parfait règne dans tous les rangs. Les reposoirs sont charmants par leur architecture et leurs banderoles, leurs statues et leurs images, le tout inondé par des flots de lumière.

« Pendant le long parcours, vous entendez de tous côtés des airs d'hymnes et de cantiques, dont les échos vont se perdre au loin. Les fleurs de la forêt sont répandues en masse et à profusion devant le Saint Sacrement, couvert par un beau dais et entouré d’une gurde d'honneur. Voyez en avant ces enfants de chœur en aubes, balançant leurs encensoirs fumants, comme les anges devant le trône du Rédempteur. A chaque reposoir, quand le prêtre officiant donne la bénédiction, le canon tonne et annonce à la foule l’Adoremus in æternum sanctissimum Sacramentum !

« C’est Monseigneur accompagné de ses assistants qui suit de près le Saint Sacrement. Ensuite les élèves, filles de l'école industrielle des Sœurs de Sainte-Anne. Ces jeunes demoiselles, vraiment bien civilisées par les bonnes Sœurs, font un effet très heureux, avec leur costume rouge et blanc, leurs couronnes rouges et blanches, puisqu'elles représentent les vierges et les vierges martyres.

« Après une station au reposoir du Calvaire, la procession se dirige vers la chapelle, où, après un dernier T'antum ergo et après une bénédiction finale, toutes les voix entonnent le Laudate omnes gentes, et le canon dit que c’est terminé.

« Ce soir, Mgr Durieu donne la Confirmation à deux cents élus,

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