‹ Voyage du T.R.P. Louis Soullier en Amérique [microforme]Chapitre 83 sur 83 · MES BIEN CHERS PÈRES ET FRÈRES · texte numérisé non relu

MES BIEN CHERS PÈRES ET FRÈRES

Dès mon retour d'Amérique, le 7 octobre, je conçus le projet de porter

à votre connaissance une importante instruction du Saint-Siège sur la prédication, et de vous rappeler à ce propos la direction que ñous donnent nos saintes Règles sur ce grave sujet.

” De nombreuses exigences d’affaires et, bientôt après, la longue maladie et la mort de notre si regretté P. Martinet ne m'ont pas permis de donner suite à ce dessein. Je le reprends aujourd’hui et je viens vous dire ce que, dans la pensée de l'Eglise et de notre vénéré Fondateur, vous devez être en tant que prédicateurs de la divine parole.

Mais, tout d’abord, j'éprouve le besoin de vous remercier de la pieuse assistance par laquelle vous m'avez soutenu durant mon grand voyage à travers le continent américain. Si, malgré mon âge avancé, j'ai pu supporter les fatigues d’une si longue tournée et revenir en bonne santé et

comblé de consolations, je m'en estime redevable à votre filiale sympathie et à vos prières, et je vous en exprime ma vive reconnaissance.

Ce voyage a été manifestement béni de Dieu. En procurant à nos frères d'Amérique la joie, désirée depuis longtemps, de voir parmi eux le chef de la famille, il a puissamment resserré les liens de fidèle affection et de dévouement qui les rattachent à cette chère famille: il a mis en beau relief l'excellent esprit qui les anime.

Mais quelle joie pour moi de voir tant de belles œuvres créées par le zèle des nôtres, des peuples entiers conquis à la vraie foi, et notre Congrégation partout acclamée, de l'Atlantique au Pacifique et jusqu'à l'Océan Glacial, comme une grande bienfaitrice du nord de l'Amérique !

Que dire des manifestations éclatantes qui ont partout marqué le passage de votre Supérieur général ! Il semble que les peuples visités attendissent cette occasion pour donner un libre cours à leur admiration et à leur reconnaissance envers notre humble Institut, auquel ils se reconnaissent redevables du double bienfait de l'Evangile et de la civilisation.

J'ai pu mesurer alors la grande œuvre accomplie par les nôtres en Amérique depuis cinquante ans, et constater la puissante efficacité des bénédictions dont l'Eglise n'a cessé de les couvrir. Je pensais aussi aux encouragements que les Souverains Pontifes nous ont donnés, et j'aimais à y voir le secret des triomphes que nos missionnaires ont remportés sur l'infidélité et sur l’hérésie, et de l'invincible constance qu'ils ont fait paraître dans les terribles épreuves de leur apostolat.

« Comblés des bienfaits du ciel, disait déjà Léon XII en 1826, les Oblats de Marie s’eflo, cent de plus en pius de marcher sur les traces des saints Apôtres : ils travaillent avec ardeur à leur propre perfection et, en même temps, se dévouent de tout cœur au salut des âmes... Nous fondons le plus ferme espoir que les membres de cette famille sainte, qui regardent la Vierge Immaculée comme leur Mère et se dévouent au ministère de la parole, s'efforceront de tout leur pouvoir d'amener sur le cœur de la Mère de miséricorde ces âmes que Jésus-Christ, du haut de la croix, lui donna pour enfants. »

Vingt ans plus tard, Grégoire XVI saluait « avec une joie toute patere nelle les Oblats qui travaillaient en Europe à la réforme des peuples et ceux qui, répandus dans les régions les plus éloignées de l'Amérique, se dépensaient avec zèle à la conversion des tribus assises à l’ombre de la mort. Il les stimulait tous et chacun à un dévouement toujours grandissant pour combattre les ennemis de l'Eglise et ramener les hommes jans les voies du salut éternel. »

Et, le 28 mars 1851, Pie IX constatait « qu'aucune barrière n'avait pu entraver les ardeurs de la charité de nos Pères. Cette charité les avait

transportés dans les pays les plus éloignés de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique; au prix des plus grands labeurs, ils avaient réussi à faire briller dans ces ténèbres les lumières de l'Evangile. Le Pontife suprême poussait à des combats plus énergiques encore. »

Nous avons visité avec une admiration croissante ces champs où, pendant cinquante ans, nos Pères ont exercé leur apostolat; nous avons admiré la lumière éclatante que leur parole a fait resplendir dans ces contrées autrefois plongées dans les ténèbres. Nous avons vu venir à nous ces peuplades reconnaissantes qui chantent le Christ Jésus, leur Sauveur, et Marie, notre immaculée Mère. ï.e cœur profondément ému, nous redisions : « Oui, nos missionnaires ont marché sur les traces des Apôtres ; avec la croix et le Verbe divin, ils ont converti des nations entières et les ont amenées, par la Mère de miséricorde, à Jésus-Christ, le Fils de Dieu. Laudate Dominum omnes gentes. »

Quels exemples ils nous ont laissés, ces vaillants, ces héros, ces martyrs de l'apostolat, dont parlaient les Pontifes souverains et qui sont tombés au champ d'honneur! Nous avons baisé leurs tombes où ils se reposent de leurs combats, sépulcres glorieux que d'âge en âge les générations viendront saluer comme ceux de leurs pères dans la foi!

Nous clorons ici la relation de ce voyage, dont la reconnaissance des populations et le zèle de nos amis avaient fait un véritable triomphe pour l'Eglise catholique.

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