L. AFRiCANus, Laporte, Buffon Dumesnil; Ins., t. I, p
n° 2 (1840), Var.
Cette espèce varie considérablement pour la forme et pour la coloration, mais dans les mâles seulement;
le caractère qui domine et que l'on peut regarder comme éminemment spécifique , c'est la forme carrée du corselet, forme qui se maintient invariablement dans les deux sexes. Nous allons décrire un mâle au maximum de coloration et de composition , et nous indiquerons ensuite les principales variations de cette curieuse espèce.
La tête, les antennes et le thorax sont noirs, à l'exception de quelques taches jaunes sous la poitrine. Les antennes sont deux fois et demi aussi longues que le corselet, aplaties, un peu en scie. Le corselet est de forme carrée , arrondi aux angles , surtout en avant, avec le bord antérieur un peu avancé et faiblement échancré au milieu : il est lisse et luisant, offre de chaque côté un profond sillon longitudinal , à partir duquel les bords latéraux se relèvent, présentent en avant un petit commencement de carène, un sillon longitudinal au milieu , et une petite bordure imprimée au bord postérieur. L'écusson est allongé, tronqué, faiblement creusé au milieu, noir. Les élytres sont allongées, planes, presque rondes, épaissies au bord externe avec l'extrémité plus mince. La dilatation externe est formée par les angles huméraux qui se prolongent presque jusqu'à l'extrémité postérieure. 11 y a sur les élytres proprement dites , deux côtes longitudinales un peu sinueuses, ramifiées avec une foule de petites côtes transverses, et sur la partie dilatée un réseau de ramifications élevées, bien marquées et plus serrées vers les bords. La base des élytres , à l'écusson , et leur extrémité sont noires , ainsi que le bord
externe de la dilatation humérale, dans une étendue plus ou moins grande et au milieu. L'abdomen est jaune avec le milieu noir. Les pattes sont noires avec la base des cuisses jaune fauve : les cuisses sont assez épaisses, aplaties, ainsi que les jambes. Les ailes sont jaunâtres avec l'extrémité noire.
Parmi les mâles très-développés et à côtés ronds, il y en a qui , en ayant le dessous du corps noir, le rostre et les antennes entièrement noirs, une petite tache noire au milieu du corselet, n'ont cependant pas de noir au milieu du bord externe des élytres : tel est le cas de la variété d'Abyssinie que nous représentons figure 1 .
D'autres ayant au contraire une large bordure noire aux côtés de la dilatation des élytres, ont le milieu du rostre, la base des antennes et l'abdomen fauves : ils forment le Lycus amplissimus du Catalogue de M. Dejean.
Il y en a qui sont semblables aux précédents , mais qui n'ont pas de trace de noir aux côtés des élytres : ils forment l'espèce que M. Delaporte a nommée L. flavicans, qui correspond au L. scutellaris du Cataloo-ue de M. Dejean. '^
Quelques-uns, avec ces mêmes caractères, n'ont plus de noir près de l'écusson, qui est lui-même entièrement jaune. C'est l'espèce décrite par M. Delaporte sous le nom de L. africanus, laquelle correspond au L. dUatatus du Catalogue de M. Dejean.
On trouve d'autres variétés de mâles d'une forme toute différente , chez lesquelles la bosse humérale '^- 19
au lieu de s'arrondir pour former le large disque qui rend les précédentes si remarquables, ne se dilate que vers la base, et vient se terminer insensiblement près de l'extrémité (fig. 2). Cette dilatation à la base des élytres diminue de largeur dans d'autres variétés, et enfin elle ne forme plus qu'un rebord arrondi sur les côtés des élytres , sans augmenter leur largeur, et en les laissant parallèles comme celles des femelles. Chez ces individus, on observe toutes les variétés de coloration que nous avons chez les précédentes, mais ils tendent à devenir de plus en plus petits ; ce sont , pour ainsi dire, des avortons dans l'espèce (fig. 3). Quelques-unes de ces variétés figurent dans les collections sous les noms de Lycns distinctus, distinguenduSy etc., du Catalogue de M. Dejean.
Comme nous l'avons dit plus haut, les femelles ne varient pas pour la forme et pour la coloration (fig. -4). Elles ont le même corselet carré, leurs élytres sont allongées, constamment parallèles, noires au bout , avec deux côtes longitudinales et une faible carène latérale qui atteint le commencement de la partie postérieure noire, et représente la grande carène humérale des mâles. Leur dessous, le rostre et la base des antennes sont fauves , les cuisses sont presque entièrement de cette couleur, et l'on ne voit que de faibles taches noirâtres au milieu de l'abdomen chez quelques-unes.
Nous avons reçu deux individus, mâle et femelle, d'Abyssinie, et nous avons vu un grand nombre de variétés provenant du Sénégal.
LYCUS FOLIACEUS, Sch., App. syn. Ins., p. 26,
pi. 5, f. 4. — L. senegalensis y Laporte, Hist. nat. des iîis.y Buffon Dumesnil, t. I, p. 2G2.
Celte grande espèce représente le Lyciis latissimus de Linnée au Sénégal et en Abyssinie. Les auteurs que nous citons n'ont pas signalé sa femelle qui est allongée, à côtés parallèles, comme toutes les autres. Elle se rapporte parfaitement à son mâle par la forme subtriangulaire de son corselet, qui n'offre aucune tache au milieu. Dans les collections, cette espèce porte encore les noms de L. traheatus, oblitus et diversiis, et la femelle celui de L. adustus , du Catalogue de M. Dejean.
LYCUS DE BRÈME. PI. 3, F. 7 à 9.
LYCUS BREMEl.
L. corpore, antennis pedibusque nigris. Thorace subtriangulari, nigro, lateribus flavis. Ehjtris maris amplissimis , humeris elevatis {in fœminibus parallelis , elongatis) , ad scutelluni nigro maculatis , apice nigris. Lateribus abdominis flavis.
L. {mar. ) 0,014 à 0,019 ; 1. 0,10 à 0,013. - L. [fœm. ) 0,014 à 0,017 ; 1. 0,005
Cette espèce varie beaucoup pour la couleur et un peu pour la taille. La tête , les antennes , le thorax et les pattes sont noirs dans les deux sexes; le corselet est presque de forme triangulaire, avec les angles postérieurs un peu prolongés en arrière quoique arrondis , le bord antérieur un peu avancé et les côtés arrondis et un peu sinués. Son milieu est noir avec les côtés largement jaunes ; il offre au milieu du bord
antérieur, une petite carène, et tout à fait au centre, un faible sillon longitudinal. Les côtés jaunes sont garnis d'un faible duvet court, doré et couché. L'écusson est allongé, tronqué en arrière et noir. Les élytres des mâles sont très-dilatées latéralement, en arrière, avec les angles huméraux fortement relevés et la suture presque droite et non bossue au milieu. La dilatation des élytres ne part pas immédiatement de leur naissance , mais elle commence à se manifester brusquement au-delà du milieu de la base humérale, qui est assez épaisse et se fond insensiblement en arrière, bien avant le milieu de Télytre. Leur surface est marquée de quatre petites côtes longitudinales sinueuses, dont la quatrième limite extérieurement la bosse humérale , et il y a entre ces côtes des réticulations transversales bien marquées et assez nombreuses. On voit à la base de ces élytres, à Técusson, une large tache noire fondue, quelquefois prolongée en arrière, sur la suture, et leur extrémité est largement bordée de noir, dentelé au côté interne, et remontant sur les côtés jusqu'au milieu de leur longueur. Dans quelques variétés, le noir de la suture descend et vient joindre le bord postérieur; nous avons même une variété (fig. 8) chez laquelle le noir domine tellement qu'il a remonté surles côtés jusqu'aux angles huméraux et que celui de la suture s'est élargi de manière à ne laisser qu'une bande longitudinale jaune de chaque côté. Dans cette variété , le noir du corselet en occupe presque toute la surface et ne laisse de jaune qu'à la partie postérieure des bords, l'abdomen est entièrement noir, tandis qu'il
est bordé de jaune dans les autres et qu'il est même entièrement jaune dans quelques-uns.
Les femelles (fîg. 9) diffèrent par leur forme allongée, leurs élytres non dilatées et parallèles et par leur corselet qui est un peu moins rétréci en avant. Elles offrent les mêmes variétés de coloration que les mâles.
Au premier aspect , cette espèce pourrait être confondue avec le Lycus latissimus deLinnée(non Fabricius); mais il est facile de l'en distiguer par la forme du corselet qui, dans le latissimus est plus rapprochée du carré, par la dilatation latérale des élytres, qui commence beaucoup plus haut dans l'espèce linnéenne, et parce que, chez celle-ci, on ne voit jamais de noir à la base des élytres. Du reste, les figures de ces deux espèces font ressortir ces différences de formes.
Quant au Lycus latissimus de Linnée, auquel nous comparons le nôtre, et dont nous représentons les deux sexes (fig. T) et 6), il est nécessaire de bien fixer les idées sur l'espèce, car il y a une grande confusion dans les auteurs et dans les collections à son sujet.
Le Lycus latissimus de Linnée n'est pas le même que celui de Fabricius {Ent. syst., t. II, p. 106, 1 ).
Deux espèces bien distinctes ont été confondues par les auteurs.
Enl767,Linnée (5. N. Ed. Holm., t. II, p. 646, 14) a décrit sous le nom de Lampyris latissima , une espèce arrondie , à corselet marqué de noir au milieu , avec les élytres noires à l'extrémité.
Voilà le type de l'espèce.
En 1775, Fabricius, dans son Syst. Entomol., p. 203, décrit
sous le nom de Pijrochroa latissima , une autre espèce toute jaune, ayant une tache marginale et l'extrémité des élytres noires.
EtilciteLinnée,.S. TV.t.II, 2, p. 646, 14. — La description ci-dessus !
II ne cite pas d'autres auteurs.
Voilà bien deux espèces et une première confusion. Voyons les interminables confusions qui vont en découler.
En 1781 et 1787, dans son Species et son Mantissa, il copie la phrase de son Systema, et la citation qu'il a donnée de Linnée.
En 1790, Olivier {Ins., 2, 29, p. 5, pi. 1, fig. 2) commence à s'apercevoir que la description de Linnée et celle de Fabricius ne se ressemblent pas. Pour concilier les choses , il prend la diagnose Linnéenne qui ne mentionne pas le noir du corselet, et celle de Fabricius , qui ressemble à celle de Linnée à cause de cette circonstance , et il en fait un autre , mixte , qui comprend la bande longitudinale noire du corselet de l'espèce Linnéenne , et la tache latérale noire des élytres de l'espèce fabricienne ; puis il donne une description française dans laquelle il dit que le corselet est noir au milieu avec les côtés fauves , comme le dit Linnée ; que les élytres ont une tache noire sur le milieu du bord extérieur et toute l'extrémité noire (comme le dit Fabricius); mais pour concilier les deux auteurs , il dit que /« tache est somment réunie avec le noir postérieur. Pour mieux embrouiller les choses , il dit encore que , dans quelques espèces (que signifie ce mot espèces? Â-t-il voulu dire dans quelques individus?) V extrémité postérieure est presque] coupée et munie d'un léger rebord.
Heureusement que sa figure vaut mieux que sa description. En effet, elle représente parfaitement le vrai Lampyris latissima de Linnée ; c'est cette figtire qui doit guider les entomologistes
consciencieux , mais c'est ce qui n'a pas toujours eu lieu, comme nous allons le voir.
En 1792, Fabricius, tout en reproduisant sa diagnose du Syst. entomoL, et en citant Linnée, ajoute la citation d'Olivier, qui représente cependant une espèce si différente.
En 1801 , Fabricius reproduit encore la même diagnose dans le Syst. eleutheratonim , t. II, p. 110, en citant aussi Olivier et Linnée.
En 1804 (an xii), Latreille (Hist. nat. des cr. et ins., t. IX, p. 89; Buffon-Sonnini), décrit le Lycus latissimus Yahricms , c'est-à-dire celui qui n'a pas de noir au corselet et dont les élytres ont une tache extérieure et l'extrémité noire , et il cite aussi Linnée et Olivier.
En 1806, Latreille (Gênera crust. et ins., 1 , 256), continue de confondre les deux espèces , seulement il fait sa description d'après Olivier, ou pour parler plus exactement, d'après la figure d'Olivier, en sorte que sa diagnose va exactement à l'espèce linnéenne. Ce n'est pas une rectification que Latreille a voulu faire , c'est le hasard qui l'a mis dans le vrai , car il cite toujours pêle-mêle Linnée, Fabricius et Olivier.
Enfin, en 1817, Schœnherr, dans sa Synomjmia insectorum , t. II, 3^ partie, p. 71, suit purement et simplement Latreille, en citant les mêmes auteurs; mais, quoiqu'il ait l'intention d'adopter l'espèce fabricienne , il vient amender la description de cet auteur, qui n'a jamais parlé de noir au milieu du corselet de son espèce, et il nous donne la description d'une troisième espèce , qu'il regarde comme le type fabricien , et qu'il représente pi. 5, fig. 3; et il regarde l'espèce linnéenne comme une variété.
Nous ne parlerons pas des catalogues et des collections , car les premiers ne portant aucune description des choses dont ils font mention , et les secondes étant sujettes à être détruites , on ne peut raisonnablement s'appuyer sur de semblables documents. Nous dirons néanmoins que M. Dejean, voulant adopter l'espèce fabricienne, n'a cependant connu que celle que
Schœnherr figure avec un corselet noir à côtés jaunes , et qu'il a donné au vrai lycus Latissinivs de Linnée le nom de Ltjcus pos tiens.
Il résuite de ce qui précède que les auteurs dont nous avons cité les travaux , ont confondu trois espèces sous le même nom de Lycus latissimus Linnée. Voici comment il convient de débrouiller ces espèces :
1° Lycus latissiinus. — Corselet un peu élargi en arrière, jaune avec une large bande longitudinale noire au milieu. Élytres jaunes , avec l'extrémité noire. — Hab. le cap de Bonne- Espérance, c/ et ^ (pi. 3, fig. 5 et 6).
Syn. — Lampyris latissima. Lin., Syst. nat., 1, 646, 14; Lycus latissimus, Olivier, Ins., t. Il, n° 29, pi. 1,
fig. 2 (non le texte); L. latissimus., Latr., Gênera crust. et ins., t. I, p. 256 (la diagnose).
2° Lycus Fabricii. — Corselet jaune , sans tache médiane. Élytres jaunes avec une tache au milieu du bord externe et l'extrémité noires. — Hab. Sierra Leone. (Je ne l'ai pas vu en nature.
Syn. — Pyrochroa latissima, Fabr., Syst. ent., p. 203, et tous ses autres ouvrages , à l'exclusion de ses citations de Linnée et de la figure d'Olivier qui appartient à l'espèce précédente.
3° Lycus prœmorsus. — Corselet un peu élargi en arrière , jaune , avec une large bande longitudinale noire au milieu. Élytres jaunes avec une tache au milieu du bord externe (formant quelquefois une bande transversale), et l'extrémité noire. Ces élytres tronquées à l'extrémité chez les mâles , dilatées au milieu dans les deux sexes , avec les angles huméraux relevés en carène mince et courte , laquelle forme en arrière , chez les mâles, une épine aiguë ou un crochet. — Habit. Sierra Leone et le Sénégal , c/ et $ . PL III , F. 10, 1 1 .
Syn. — Lycus prxmorsus , Sch., Syn. Ins., App., p. 25, n° 36 (le mâle); L. latissimus , Sch. , Sijn. ins., t. II, 3'= partie , p. 71,
n° 3, (type pi. 5, fig. 3 (la femelle); L. melanurus , Sch., Syn. ins., App., p. 28, n" 42, var. (femelle).
Il serait possible que le Lycus Fabricii ne fût qu'une variété femelle ànprœmorsus. Si on le reconnaît plus tard, il suffira de joindre sa synonymie à celle de ce dernier et de supprimer le nom de Fabricii.
En effet , comme le mode de coloration de ces insectes est très variable , on trouvera peut-être plus tard , et quand les collections posséderont des séries d'exemplaires appartenant à diverses localités , des individus à corselet un peu taché de noir au miheu , conduisant insensiblement à ceux qui ont le corselet tout à fait jaune , lesquels forment l'espèce de Fabricius, Nous ne pensons pas que cet auteur ait omis de mentionner ce caractère chez des individus qui en auraient été pourvus , car il a soin de l'indiquer pour ses Pyrochroa palliata et rostrata {Syst. ent., p. 203) , décrites à la suite de sa Pyrochroa latissima. Ce caractère semble lui avoir paru important pour les deux autres espèces, s'il l'avait observé à la troisième , il n'eût pas manqué de le mentionner.