‹ Voyage en AbyssinieChapitre 23 sur 35 · N° TEL · texte numérisé non relu

N° TEL

Os trouve, sous ce numéro, ce qu Ebn-al- Ouardy et Marc-Paul ont dit de l'Abyssinie et des pays voisins , ( oy. pag. 271 du présent volume) quelques observations sur Massouah, quelques détails sur le commerce de Zeyla et de Moka , et le journal de Mer des 6 et 7 juillet , d'après lequel j'ai entrepris de fixer la position de l'ile d'Abd-el-Curia et de l’extrémité nord-ouest de l'ile de Socotra.

Extrait d'un Traité de Géographie, composé en Arabe par Ebn-al-Ouardy (1).

« Habesh. Pays situé visà-vis de l’'Hedjaz » qui en est ‘séparé par la Mer. Il est fort » long et s'étend depuis lorient jusqu’au sud

. (a) Ce traité a pour titre : Perle de Merveilles, Mélanges de Géographie et d'Histoire Naturelle, par Zein Eddin Omar, fils d’ Aboul Madhaffer, surnommée Ebn Al-Ouardy. M. de Guignes en a donné une sorte d'analyse qui commence au tom.Il, pag. 19, des Notices et Extraits des Manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Voici ce qu’elle offre au sujet de l’Abyssinie et des pays voisins { pag. 39 et 40.) ;

« Haubaschah , V'Abyssinie, grand pays situé vis-à-vis » de l’Hedgiaz, dont il est séparé par la Mer ; il s'étend

» depuis l’orient de la Nubie jusqu'à son midi. Les Abys-

» sins qui sont chrétiens se sont emparés de l’Yémen avant

de la Nubie. La plupart des habitans(habshi) sont chrétiens. Cest ce peuple qui a conquis Yémen au temps de Chosroës, avant l’établissement de lislamisme. Les femmes des Abyssiniens sont belles et bienfaites. Une de leurs villes principales est Kaber ( An- Kober, la capitale actuelle de la province d'Efat), ou le roi fait sa résidence , et où il y a beaucoup de bananiers. Les Abyssiniens ne mangent pas les coqs.» ( Cette der-

niére remarque est si loin d'être exacte , que les Abyssiniens ne les mangent pas lorsqu'ils ont été chaponnés, ce qui est l'effet d'un singulière superstition qu’ils ne peuvent expli-

quer.)

Mahomet. On estime beaucoup les eunuques de ce pays et les femmes esclaves sont très-belles.

» Kaabar estune grande ville ou demeure le Nadgiaschi ( Empereur d’Ethiopie ). On trouve beaucoup d’arbres appelés #ouza ( banannier), mais les habitans ne mangent point son fruit ; ils s’abstiennent aussi de poules. » Zaila ou Zala., pays au midi de l'Ethiopie. Ses habitans sont nombreux et suivent la religion musulmane. » Badgia, pays situé entre l'Ethiopie et la Nubie; ses habitans livrés à l’idolâtrie, sont braves et honnêtes envers les marchands, ils ont beaucoup d’or qu'ils tirent des sables en les lavant. Plusieurs Arabes vivent avec eux.

» Aidad est une ville environnée de déserts, où les marchands se rendent par terre et par mer (la Mer Rouge). Il y a un officier de la part du roi de Badgia, et un de la part du sultan d'Egypte. | » Les Baliours sont des peuples qui habitent sur le bord de la mer, vis-à-vis l’'Hedgiaz, entre la mer et le pays de Baädgia. Ils sont braves et incommodent beaucoup leurs voisins; ils sont chrétiens de la secte des Jacobites. « ( Vote du traducteur.)

» Bojja ou Bujja (1). Ce sont les marchands de l'habesh, du côté du nord, leur pays étant situé entre cette dernière contrée et la Nubie. Ils sont noirs , vont tout nus et adorent des idoles. Leur pays est divisé en un grand nombre de petits districts. Ils sont

-sociables et bons et traitent bien les mar-

chands. Il y a une mine d'or dans leur pays.

Ils n'ont point de villes et ne sément point de blé, la terre étant absolument en friche.

Les marchands ( probablement de l'Egypte) traversent leur pays jusqu'à la vallée (ou torrent ) d'Ollaki( la moderne Salaka ) vallée qui a une population nombreuse composée d'hommes de différentes nations » L'auteur

décrit ici la manière de ramasser le sable dans lequel l'or se trouve, puis il dit : « Ils Le lavent

aux puits et le purifient jusqu’à ce que l'or en soit séparé. Alors ils le mélent avec du vif argent et le fondent dans un abbeouatah (un creuset ). Ce travail fournit principalement à leur subsistance. Plusieurs Arabes de la tribu de Rabbia Eb'n Nuzzar se sont mélés avec ce peuple par des mariages. »

Ebn-al-Ouardy décrivant ailleurs la terre d'Aidhab , remarque «qu’un gouverneur nom-

mé par les Bojja, y préside, qu'il yenaun autre nommé par le sultan d'Egypte, etque ces officiers partagent le revenu entre eux.

Le gouverneur Egyptien doit fournir des vivres ( probablement pour les ouvriers em-

(x) Ce sont, sans doute, les tribus mentionnées dans

l'inscription d'Axum.

po)

ployés aux mines ) et le gouverneur nomme par les Bojja, doit mettre le pays à l'abri des invasions des Habshi. » Cette notice sur les

Bojja tend à expliquer , d'une manière trèssatisfaisante, l'inscription d’Axum.

Extrait des Voyages de Marc Paul ou Polo

( dans Ramusio, lib. IIT, p. 55, c. 38.)

« Agescx est une vaste province, appelée Inde moyenne ou seconde. Le principal souverain du pays est chrétien. Il ÿ a six rois soumis à son autorité, et dont trois sont aussi chrétiens , et les trois autres musulmans. — Le principal souverain réside au centre du pays. Les états des rois Sarrazins sont situés près de la province d'Adem (ou plus correctement Adel).— Les Abyssiniens font un peuple très-belliqueux. Ils sont constamment en guerre contre le soudan d'Adem et le peuple de Nubie, et contre plusieurs autres nations voisines. Le continuel exercice qu'ils font du métier des armes, les fait considérer commeles meilleurssoldats de l'Inde.

» Vers l’année 1288, le souverain des Abyssiniens se proposa, ma-t-on dit, de visiter

-en personne le tombeau de Jésus-Christ ,

à Jérusalem, où, par un pareil motif de

dévotion, se rendent chaque année, une

foule de ses sujets; mais tous ses barons (chefs ) l’en dissuadèrent , à cause des dangers qu'il aurait à courir en passant par un

APPENDICE. 385 si grand nombre de places soumisés aux Sarrazins. En conséquence , il chargea un évêque renommé par la sainteté de sa vie, d'aller à Jérusalem , à sa place , et d’y porter ses offrandes. L'évêque , à son retour, fut arrêté à Adem, dont le Soudan le fit paraître en sa présence, et tenta, par des menaces,

. de lui faire embrasser la reliscion musul-

mane. N'ayant pu y parvenir, il le fit cir-

-concire , comme pour braver le roi d'Abys- -sinie.Ce prince, à quil'évêque, àson arrivée,

raconta l’outrage qu'on lui avait fait, mit toutes ses troupes sur pied , et marcha à leur tète dans le dessein d'écraser le Soudan d’Adem , qui appela à son secours les autres Chefs sarrazins ( probablement du pays

d'Hurrur }. Ceux-ci vinrent avec de nom-

breuses armées ; mais elles furent toutes mises en déroute par le Souverain d'Habesch , qui s'empara de la ville d’Adem ( peutêtre de Zeyla )et la dévasta pour venger l'outrage fait à son envoyé. ({ Consultez les Voyages de M. Bruce , tom. LIT, pag. 9 de la traduction française).

» Les Abyssiniens se nourrissent de froment, de riz, de viandeet delait. Ils font de

» l'huile de sésame , et ils ont toute sorte de » vivres en abondance. Il y a dans leur pays

des éléphans , des lions et des giraffes. On

y trouve aussi quantité de chèvres et de

volailles de différentes espèces, ainsi que

beaucoup d'autres animaux, parmi lesquels

on peut menlionner des singes qui ressem- 11: "san

» blent à des hommes (r). Les provinces inté- » rieures sont riches en or que des marchands » s'empressent d'aller chercher; carils retirent » un grand profit de ce commerce (2). Je vais » à présent parler d'Adem. « Ici l’auteur décrit le pays; mais, d’après son texte, ilest certain que par Adem , il a jusque là entendu Adel , méprise qui probablement doit être imputée à l'inattention d’un copiste.

Ce passage, qui a été écrit vers l'année 1200, me parait fort précieux , en ce qu’il se rapporte à un temps pour lequel on manque de renseignemens sur l'Abyssinie, donnés par tout autre Européen, et en ce qu'il s'accorde avec les narrations tirées des Chroniques de ce pays. Cependant il est à regretter , pour l'éclaircissement de la chronologie , que l'auteur ait omis le nom du prince qui régnait alors.

(1) Ramusio dit, dans sa nomenclature : Simie, Gatti Mamoni ; et on lit dans la traduction des Voyages de Marc Paul ( Bergeron, tome II, page 157 ), «enfin, » Fon y trouve (en Abyssinie) des chats de plusieurs » espèces, dont quelques-uns ont la face ressemhlante à » celle de l’homme, » Il s’agit probablement du Léopard » dont il a été question à la page 333 du présent Appendice. P. F. H.

(2) C’est une chose curieuse de remarquer combien ( dans l'original) le style est formé sur celui des Arabes.

me

APPENDICE. 38r

Nouvelles remarques sur MassouaAn, faites au mois de février 1810 , et extraites en partie du journal du capitaine W£ATHERHEAD. :

La ville de Massouah est située sur une île du même nom, qui a environ trois quarts de mille de longueur et un quart de largeur.

Elle se trouve par les 15° 56’ 15" de latitude septentrionale et les 39° 23” 30" de longitude orientale. Le port de cette ville est d’un accès facile ; l’eau en est profonde , quoique le chenal en soit étroit ; et il pourrait contenir cinquante voiles en sureté, si elles amarraient avec deux ancres , l’une à l’est-nord-est et l'autre à l’ouest-sud-ouest. En général le vent Y vient de terre , toutes les nuits “avec de jolies brises. Il tourne à l’est et fraîchit Sur les dix heures du matin ; et le peu d’espace de l'entrée est cause que la vague n’est pas grosse dans ce port. L'ile n'est pas fortifiée. Elle n'a pour toute défense que deux pièces de canon posées à terre, sans affüt , et qu'une pièce de campagne , qui est montée mais qu'il n’est pas sûr de tirer. La garnison se compose de quinze soldats ayant des fusils à méêche, et de quelques hommes armés de lances. Les édifices consistent en quatre mosquées d’une architécture fort simple, et en quelques maisons de pierre , dont la plupart sont en ruine, le plus grand nombre des habitans logeant

dans des huttes construites avec des roseaux et couvertes de chaume, et à chacune desquelles tient un petit jardin. La ville est approvisionnéé régulièrement de lait, de bœufs et de chèvres, amenés du continent dans une sorte de bac, qui passe et repasse tout le jour. Il n’y a pas de puits dans toute l'ile; mais on y trouve de grandes citernes qui reçoivent l'eau de pluie, dont on tient la plus grande partie en réserve pour les daous du Shériff.

Les habitans tirent de l’eau d’Arkiko. On en fournit aux vaisseaux vingt outres pour une piastré, et chaque outre contient environ cinq gallons. Le commerce de Massouah consiste principalement en coton de Mascate et de Bombay, qui se vend avantageusement aux häbitans de l'intérieur du pays. Ceux-ci le tissent en le mélant avec le leur qui est d'une qualité upérieure. Quelques grosses toiles des l’Inde et de gros draps larges, font aussi des arbcles d'importation. Les exportations consistent en or , en ivoire, en esclaves et en blé d'Abyssinie. Le peuple parle une langue composée de mots arabes et de mots abyssiniens, cé qui fait qu'un Arabe a beaucoup de

eine à la comprendre. La population de la ville est d'environ deux mille ames. Les habitans construisent des daous et de petites barques. Des vaisseaux viennentsouventse réparer sur l'ile, qui, en quelques endroits, a une petite grève de sable.

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