CHAPITRE UNIQUE
Explications de I'auteur. — Doctrine Communitaire.
Plusieurs de me 3 amis 6tant surpris de me voir pr^cher Id Commuuaute, tandis que je ne leur parlais autrefois que de progres et d' amelioration du sort du Peuple , je leur dois une explication, el la void :
Trop long-temps victime de mon d^vouement a la cause popnlaire pour ne pas m'y devouer toujours, j'avais resolu , comme Campanella, de meltre a profit le temps de I'exil pour etudier, r6flechir et tScher d'etre utile encore a mes concitoyens : je pr6parais, pour le Peuple , trois histoires elementaires (une histoire universelle , une histoire de France , une histoire d'Angleterre)* , lorsque je voulus lire en anglais 1' Utopie , que , comme beaucoup d'autres, j'avais souvent entendu citer sans la bien connattre.
Malgre les nombreux defauts de cet ouvrage, surtout si Ton veut en faire I'application aujourd'hui, je fus tellement frappe de sou idee fondamentale que je fermai le livre sans vouloir m'en rappeler
* Le deuxieme de C€S ouvrages est public. Les deiix aulres sonl presque acheves.
les details pour m^diter s6rieusement siir cette idee de Comtrmnaute que je n'avais jamais eu le temps d'approfondir , domine d'aillcurs que j'etais , comma presque lout le monde , par celle aveuglante prevention qui proscrit la communaute comme une cbimere.
Mais plus je reflechis , moins cette idee me parut chimerique.... J'cn essayai I'application theorique a toutes les situations et a tous les besoins de la Societe;etplusj'essayais d'applications particlles, plus j'en apercevais la possibilite et m6me la facilite.
Jo ne puis dire le plaisir que j'eprouvai a trouver enfin le remede a tous les maux de I'Humanit^ ; et je suis siir que , dans leurs palais et leurs f6tes, les exileurs n'ont pas de jouissances aussi purcs que I'exile apercevant chaque jour davantage I'aurore du bonhcur pour le Genre humain.
Mon plan de Communaut6 termini , je lus ou relus tous les Philosophes les plus c^lebres * , dont je ne donne ici que I'csprit dans les chap. 12 et 13 ** ; et je ne puis dire encore le plaisir quo j'eprouvai quand jedecouvris queccux de ces Philosophes que je ne connaissais pas, et ceux que j'avais lus autrefois sans remarqucr tous leurs tresors , confirmaient mon opinion sur presque tous les points en question.
Ainsi fortifiee, ma conviction devint inebranlable ; et je resolus de publier mon travail .
Cependant, quelques amis en France , a qui je communiquai mon projet el mes idees principales , s'efforcerent de me les faire abandonner.
« La Communaut6 1 m'^crivaient les uns *, mais c'est un epou- <• vantail universel , une chimfere I Vous allez soulever I'opinion
• contre vous, ou bien vous la trouverez indifferente 1 Vous for- » cerez beaucoup de vos amis a vous renier. Le Peuple meme vous
• abandonnera , trop eclaire pour ne pas voir que son veritable
• int6r6t n'est pas dans la Communaute, et que I'figalite reelle ne
• pourrait 6tre que I'figalite de misere 1 Vous vous fermerez ainsi
• tout appui , toute carriere , tout avenir 1 fites-vous done devenu » foul »
Mais ces objections ne m'etonnerent pas plus qu'elles ne me firent reculer.
* Si j'avais ete en France , j'aurais pu trouver des collaboraleurs qui m'auraient aide a en analyser cent autres.
•• X.'analyse de leurs ouvrages forme uii troisieme volume Ires-lnslruclif que \e pubUer«i sij^^-'neut.
« Je soul^verai contre moi, dit-on, ropinion publiquel — Quoi I I'opinion se souleverait contre une discussion philosophique, contre la recherche de la verite et du moyen de guerir les maux qui devorent I'Humanit^ ! Non, non ; il faudrait que I'opinion publique fut bien aveugle, aussi aveugle (si parva magnis componere licet
— s'il est permis de comparer les petites choses aux grandes) que quand elle se souleva contre Socrate et Jesus-Christ; et ce serait une raison de plus pour travailler a I'eclairer.
• Ou bien elle n'accueillera mes idees qu'avec indifference ! »
— H6 bien alors elles n'auront pas d'inconvenients pour les autres ; ot c'est encore une raison pour revoiller I'indifference , aussi funeste en Philosophie et en Sociabilite qu'elle peut I'^tre en Religion.
« Mes amis me renieront ! » — Ha! j'en serais desole pour ccux que j'aime autant que je les honore; mais I'exil apprend et habitue a se passer de bien des amities ; et je ne balancerais pas a dire : Amicus Cato, sed magis amicus Plato et magis adhiic arnica Ve- ^i^"^. O'^^'"® Caton, mais plus encore Platon , et plus encore la Verite)... Et d'ailleurs, non, mes vrais amis ne me renieront pas ; car je pensais comme eux quand je n'avais pas eiudie la question, et ils penseraient probablement comme moi s'ils I'avaient comme moi meditee pendant trois ans : je suis prdt a la discuter avec eux, bien convaincu qu'ils se convertiront, el pret a me laLsser converlir moi-m6me s'ils me demontrent mon erreur.
« Le Peuple lui-m^me m'abandonnera ! " — Non, parce qu'il n'a pas d'ami plus sincere, plus constant et plus devoue. Je sais bien ccpendant que ce Peuple, toujours generalement bon, juste et gencrcux, peut 6tre trompe et ecouter ses ennemis, comme autrefois le Peuple lacedemonien abandonna le roi Agis , comme le Peuple alhonien abandonna Socrate, comme le Peuple romain abandonna les Gracques, et comme le Peuple juif laissa crucifier Jesus-Christ : mais c'est encore une raison pour se devouer a sa delivrance.
« Je me ferme tout appui, toute carriere et tout avenir 1 «— IIo ! je le sais, et j'y travaille depuis trop long-temps pour ne pas le savoir : mais trop d'entre nous ne pensent qiCd cux-memes; il faut bien qu'il y en ait quel<jues-uns qui ne pensent quau Peuple et a I'Humanitel
« Je suis devenu fou 1 » — Helas 1 tout n'est-il pas folic sur la terre? Ne sommes-nous pas tous des fous qui ne differons que par le genre et I'espece? Quanfl tant de pretendus sages se tourmeiitent pour des jouissances ^goistes, les plus fous sont-ils ceux qui trouvent de la jouissance a se devouer pour leurs Freres? Et quand on est fou avec Socrate, Plalon, Jesus-Christ, et tant d'autrcs, le Cliarenton dans lequel on se trouve avec eux ne vaut-il pas le Charenton rempli d'ambitieux, de cupides et d'avares?
« Quoi, m'ecrivaient d'autres amis , vous faites un Roman pour » expliquervotre systemede Cotnmunaut6 1 etvous ne commencez » pas par exposer votre doctrine! » — He! oui, je fais un Roman pour exposer un systeme social, politique et philosopliique, parce quejesuis profondementconvaincu que c'est la forme la plus simple, la plus naturelle et la plus intelligible pour faire comprendre le systeme le plus complique et le plus difficile; parce que jeno veux pas ecrire seulement pour les savants, maispour tout le nionde; parce que je desire vivement 6lre lu par les FEMMES, qui seraient des apolres bien aulrement persuasifs si leur Sme genoreuse etait bien convaincue sur le veritable interet de rilumanito ; parce que jene veux pas imiter les economistes et leurs imitateurs qui, comme le dit Condorcet, gaterent souvent leurs idees par I'abus des termes scientifiques : je me trompe peut-6tre, mais cette forme, dont au reste I'Utopie m'a donne I'idee, me parait pref6rable a toutes celles qu'ont choisies les ecrivains modernes pour traiter des sujets analogues... J'ai besoin sans doute de I'indulgence de mes lecteurs, surtout pour toute la partie romanlique; mais on concevra que cette partie n'est qu'un accessoire auquel je n'ai pu consacrer que le moins de place possible. D'autres feront mieux ; et quant a moi , je n'aurai pas manque mon but si le Roman a pu gagner quelques lecteurs sans en faire perdre aucun a I'oeuvre pliilosophique.
Neanmoins ce systeme etant nouveau , il aura probablement besoin , pour 6tre parfaitement saisi , d'une seconde lecture , qui sera bien plus facile quand on aura I'ensemble des faits et des raisonnements.
Quiant au fond du Systeme, a Porganisation sociale et politique d'Icarie, je prie le lecteurdebien distinguertout ce i[uiQsl principe fondamental de ce qui n'est qu'exemple ei detail. Ainsi , quand je dis que le plan d'une mai;>au-modeIc est ou doit etrc arrete par
line lot apr6s un conct urs, c'est la un principe, que je crois incontestable ; mais quand je donne un plan de cette espece , ce n'esl qu'une des mille idees qu'on pent adopter ; et les gens de I'art pourront trouver beaucoup d'erreurs d'execution que j'aurais evitees si j'avais fait mon travail a Paris, mais qui sent indifferentes en ellesmemes : car ce n'est pas la le systeme ; et quand il s'agira de Texecution , lePeuple et les savants reunis sauront bien trouver les meilleurs plans etles meilleurs modeles.
Qu'on ne me chicane done pas sur les details; car je renonce moi-m6me a les defendre.
Voici du reste ce que je considere oomme la Doctrine ou les Principes de la Communaut6.
PRlivClPES ET DOCTRINES SUR LA COMMUNAUTE.
Qu'est-ce que les droits naturels ou divins ? •— Ce sont ceux qui sont accordes par la Nature ou par la Divinite.
Qu'est-ce que les droits sociaux ou humains? — Ce sont ceux qui sont accordes par la Societe ou imagines par les hommes.
Quels sont les droits naturels? — Les principaux sont le droit d'exister, et le droit d'exercer toutes ses facultes physiques et in-
tellectuelles.
Qu'entendez-vous par droit d'exister ?— J'entends le droit d'user
de tous les biens crees par la Nature pour la nourrilure , le vetement et le logement , et le droit de se defendre centre toute espece d'agresseur.
Qu'entendez-vous par le droit d'exercer toutes ses faculles physiques ? — J'entends le droit d'aller et venir, de travail ler, de s'associer, de s'assembler, en un mot de faire tout ce qui plait sans nuire au droit d'autrui. J'entends aussi le droit d'avoir un epoux et une famille, parce que c'est evidemment pour chaque individu le vQBu de la Nature.
Qu'entendez-vous par le droit d'exercer ses facultes intellectuelles ? — J'entends le droit d'cmployer tous les moycns de s'in- Struire.
Tous les hommes ont-ils les rn^mes droits naturels? -^ Oui, parce q«ie ces droits tiennent a la qualite d'homme et que tous les hommes sont 6galement hommes.
Cependant les hommes ne sont-ils pas indgaux , en force par cxemple? — Cela est vrai ; mais la force n'est pas un droit, et plusieurs faibles peuvent se reuiiir contre un fort : les hommes peuvent 6tre differents en force, en taille, etc. ; mais la Raison nous indique qu'ils sont egaux en droits aux yeux de la Nature.
La Nature a-t-elle partagd la terre entre les hommes ? — Certainement non : elle a donne la terre a tout le Genre humain , sans assigner de part a personne. Tous les Philosophes reconnaissent que la Nature a donne tout a torn sans rien partager, et que les biens de la terre ont forme une Communaute naturelle et primitive,
Ce n'est done pas la Natur* qui a 6tabli la Propriete? — Certainement non : elle n'a ni etabli la Propriety , ni impose la Communaute ; elle a laisse les hommes libres de jouir des biens de la terre comme ils voudraient , en etoblissant la Propriete ou en conservant la Communaute.
Chacun avalt-il droit h une part 4gale ? — fividemment oui ; car tous sont enfants et heritiers de la Nature.
' Cette egalit^ 6tait-elle parfaite et absolue, de manifere que chacun ne devait avoir que la m6me quantite d'aliments? — Non, Vegaliti 6tait relative aux besoins de chaque individu : celui qui avait besoin de deux fois plus de nourriture pour 6tre rassasie avait le droit d'en prendre deux fois plus , quand il y en avait pour tout le monde.
Y a-t^il jamais eu un portage reel de la terre entre les hommes ? — Non, chacun a occupe ce qui lui convenait, sans consulter personne, sans obtenir le consentement de personne, et souvent sans que personne le sut.
Qu'est-ce que le droit de premier occupant ? — C'est le droit d'occuper ce qui n'est encore occupe par personne.
Pourquoi ditcs-vous ce qui n'est encore occupe par personne f
— Parce qu'on doit respecter la possession du premier occupant si Ton peut trouver ce dont on a besom parmi les objets non encore occup^s.
Qui regie le droit du premier occupant ?— L'fiquite naturelle.
Qu'est-ce que VEquite naturelle? — C'est I'opinion que la Raison donne partout a tous les hommes de ce qui est juste ou iniuste, c'est-a-dire conforme ou contraire a la Nature et a TEgalilci naturelle.
D'apres I'fiquite naturelle , chacun a-t-il le droit d'occuper du super jlu? — Certainement non ; c'est une injustice, une usurpation, tin vol, a regard de ceux qui n'ont pas le necessaire.
Mais s'il reste encore aux autres des parts egales , de maniere que chacun ait le necessaire et m6me du superflu...? — Alors chacun peut occuper du superflu, parce qu'il ne nuit a personne, mais a la condition de le ceder a d'autres quand il s'en presentera qui ne pourront pas se procurer ailleurs le necessaire.
Celui qui aurait du superflu devrait done le ceder a d'autres qui ne pourraient pas obtenir autrement le necessaire? — Certainement : dans ce cas , quand m6me I'occupation du super jlu aurait ete juste dans le principe , comme elle aurait ete essentiellement conditionnelle, ce serait une injustice de le conserver ; car I'Equile naturelle ne peut pas tolerer qu'un homme ait du superflu quand un ou plusieurs autres n'ont pas le necessaire , et la retention du superflu au prejudice d'autres hommes manquant du necessaire est une injiLstice et une usurpation repetee chaque jour.
Mais si le premier occupant, possesseur du superflu, I'a personnellement travaille...? — N'importe : \e superflu etait la part des autres, qui commenceraient a la travailler s'il I'avait laissee vacante ; son travail ne peut lui acquerir la part d'autrui ; il ne I'a travaillee qu'a la condition de la rendre ; il a profile de son travail pendant sa possession ; rien ne peut priver les autres de la part qui leur est necessaire dans les biens communs donnes par la Nature a tous ses enfants ; et rien ne peut autoriser le possesseur du su~ per flu a Ic conserver.
Vous venez de parler de devoir : qu'entendez-vous par devoir? «- J'enlends ce que chacun est oblige de t'aire.
m PRINCIPES.
Tous les hommes ont-ils des devoirs naturels ? — Oui ; I'un ne peut pas avoir un droit sans que les autres aient le devoir de respecter ce droit; iroit el devoir s'engendrentreciproquement. etl'un ne peut pas exister sans I'autre ; ce 8ont deux choses corelatives et inseparables.
Tous les hommes sont-ils egaucc en devoirs naturels f — Oui, tous les hommes ayant des droits , tous ont des devoirs ; et tous ayant les m6mes droits, tous ont les memes devoirs ; tous, par exemple, ont le droit de reclamer leur part des biens communs , et tous ont le devoir de laisser aux autres les parts qui sont a ceux-ci.
Quels sont les devoirs naturels ? — Aimer ses semblables comiue ses freres et respecter tous leurs droits , ou bien « ne pas faire a » autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fit , et faire , au con- » traire, aux autres tout ce que nous voudrionsqu'ils aous fissent. »
Vous avez parle de droits sociaux et de Societe : qu'est-ce qu'une veritable Societe ? — G'est une reunion d'hommes qui , librement et volontairement , convienneiit de s'associer dans leur inter6t commun.
Pourauoi dites-vous librement et volontairement? — Farce qu'il n'y aurait pas Societe entre des homaies qui ne seraient pas tous libres et egaux, et qui ne consentiraient pas a Tassociation : si les uns etaient contraints par les autres . il y aurait des maltres et des esclaves ou des quasi-esclaves , des exploiteurs et des exploites, mais pas d'associes, si ce ne sont les maitres entre eux ; entre les oppresseurs et les opprimes il n'y aurait pas plus Societe qu'entre les bergers et les troupeaux.
Pourquoi dites-vous associes dans leur inter^t commun ? — Parce qu'on ne peut concevoir que des hommes libres et egaux puissent volontairement s'associer dans I'inter^t de quelques-uns d'eux , quand ils peuvent le faire dans I'inter^t de tous.
Quel est I'interfit commun des associes ? — C'est de conserver et de garantir leurs droits naturels et d'emp6cher que les plus forts ne portent atteinte aux droits des plus faibles > c'est de maintenir et de perfectionner I'Egalite naturelle.
L'associe doit done avoir VEgalite sociale et politique, comme I'Egalite nalurelle ? — Oui, VEgalite sociale et politique doit 4tre la confirmation et le perfectionnement de I'Egalite naturelle.
Les Nations sont-elles de veritables Societes ? — Non ! dans toutes il y a bien Societe entre les Aristocrates ; mais il n'y en a point entre 1' Aristocratic et le Peuple , entre les riches et les pauvres : ceux-ci sont, a I'egard de ceux-la, comme les esclaves d'Athenes a regard desAtheniens.
Les Nations n'ont done pas ete formees par une convention expresse? — Aucune : les conquerants ont bien pu s'associer expressement ou tacitement pour conquerir ; mais les grandes Nations ont toutes ete formees par la conqu^te ; partoul , c'est toujours une Aristocratic conquerante qui subjugue un Peuple devenu son esclave ou son sujet.
Ces pr6tendues Societes peuvent-elles 4lre bien organisees ? — Non, parce qu'elles sont raeuvre de la conquete, de la force, de la violence, de I'injustice et de I'usurpation, ou de rinexperience, de rignorance et de la barbaric.
L'organisation actuelle de ces pretenducs Societes est -elk encore vicieuse ? — Infiniment ; car les uns ont tout et les autres rien ; VAristocratie a du superflu sans travailler, et le Peuple ri'apas le necessaire en travaillant excessivement ; les pauvres sont depouilles de leurs droits naturels.
Les enfants des pauvres ont-ils encore aujourd'hui des droits naturels?— Certainement : aujourd'hui, comme toujours, les enfants, a leur naissance, sont tous les enfants de la Nature; tons les hommes d'aujourd'hui sont des hommes comme les premiers hommes; tous sont cgaux en droits naturels ; tous ont droit a la meme part des biens de leur mere commune; c'est pour eux tous que la Nature, aujourd'hui comme toujours, repand la lumiere et la chaleur qui feconde la terre et sans laquelle sa Propriete serait inutile.
Tousles hommes existants aujourd'hui ont done encore des droits naturels ? — Sans aucun doiUe: les lois sociales qui privent les uns dune'cessam^pour donner aux autres du superjlu , sont autaiitde voies de fait qui violent FEquile naturelle; mais les droits diviiis
sont sacres, inali^nables et imprescriptibles ; le d^pouill^ conserve son droit, quoiqu'il n'en ait plus la jouissance; comme Ic vole conserve son droit sur la chose enlevee et possedee par le voleur,
Cette organisation pretendue sociale est-elle au moins bonne pour les Aristocrates et les riches? — Non : eUe fait le malheur des pauvres sans donner aux autres un bonheur parfait ; elle etablit entre eux tons une guerre perpetuelle qui entratne pour eux tous d'innombrables calamites.
Quels sont les principaux vices de cette organisation pretendue sociale ? — Trois : I'lnegalite de fortune et de pouvoir, la Proprielo individuelle et la Monnaie : en reflechissant bien, on trouve que co sont les trois principales causes de tous les vices et de tous les crimes, de tous les desordres et de tous les malheurs.
Pourquoi les hommes ont-ils adopte partout ces trois institution-;? — Lesuns lesont adoptees paregoisrae, dans leur interfit oxclusif : et les autres par ignorance, esperant qu'elles ameneraient le bonheur general.
Quel est le principal vice de I'organisation politique ? — C'est que la loi est faite par les Aristocrates ou les riches.
N'y a-t-il aucun remede au mal ? — Certainement il y en a un, car a quoi servirait a I'homme la Raison?
Quel est ce remede? — C'est de supprimer la cause du mal, c'esta-dire de supprimer I'lnegalite, la Propriete et la Monnaie, et de les remplacer par I'figalile en tout et par la Communaute.
La Communaute permet done de conserver les droits nalurels? — Oui , puisque son principe fondamental est precisement de conserver et de perfectionner VEgalite naturelle.
Quel est son principe concernanl les personnes ? — La Nation ou le Peuple forme une veritable Societe conseutie dans I'interet commun ; tous les membres de la Nation sont associes, freres, par faitement egaux en droits et en devoirs : La Nation n'est meme qu'une Famille ; elle n'est aussi qu'une seule personne morale.
Quel est le principe par rapport aux biens ? — Tous les bieng
sont commans et ne Ibrment qu'«n capital social ; le territoire ne forme qu'uji domaine exploite en commun.
Quel est le principe pour Vindustrie ? — L'industrie sociale est unique, c'est-a-dire ne forme qu'une seulo industrio exploitee par le Peuple comme par un seul homme , de maniere a produire tout ce qui est necessaire en divisant et en ordonnant le travail , et de maniere a produire le plus possible , sans double emploi ct sans perte.
Quel est le principe relativement aux droits et aux devoirs ? — lis sont les memes pour tous ; chacun a le devoir de travailler le m6me nombre d'heures par jour, suivant ses moyens, et le droit de recevoir une part 6gale, suivant ses besoins, dans tous les produits.
Mais , n'est-il pas injuste que Thomme de talent et de genie n'ait qu'une part egale a celle desautres? — Non, parce que le talent et le genie sont le resultat de I'^ducation que donne la Societe , et que I'homme de talent ne serait rien sans la Societe.
Comment le travail est-il considere? — Comme une fonction publique ; tandis que , de leur cote , toutes les fonctions publiques sont consid6rees comme un travail : le travail et les fonctions sont aussi consideres comme un imp6t.
Y a-t-il d'autre imp6t ? — Pas d'autre que la part 6gale de chacun dans le travail et dans les fonctions.
Quel est le principe par rapport au travail ? — 11 est general et obligatoire pour tous ; commun , dans de grands ateliers publics , et, le plus possible, attrayani , court, et facilite par des machines.
Quel est le principe pour les machines ? — On ne pent trop les multiplier : on fait par elles tout ce qu'il est possible de leur faire ex6cuter.
Quel est le principe concernant la noiirriture , le v4tement , le logement et Vameublement? — lis sont, autant que possible, les m6mes pour tous , prepares par la Communaute et fournis par elle a chacun ; tout est fait d'apres un modele adopte par la loi.
Quel est le principe concernant les plaisirs et le luxe P— Li Communaut6 produit d'abord le n^cessaire et rutile ; ensuitc elle produit Tagi^able, sans y meiue d'autres bornes que la Raison.
Quel est le principe par rapport aux villes , etc., aux niaisons ? — Toules sont faites par la Gomraunaut^ sur un plan-modele.
Quel est le principe pour les chemins et les canaux? — Ce sont des machines de transport qu'on ne peut trop multiplier.
Quel est le principe relaiivement au commerce? — Le commerce extdrieur est fait par la Communaut^, et le commerce int^rieur n'csl qu'uno distribution faite sur lous les points par celte mcme Communaut^.
Quel est le principe concernant la famille?— Chaque fami!!e vit le plus possible en commun^ toujoursian* domes tiques, ne formant qu'un scut manage.
Quel est le principe quant au mariage? — Chacun peut et doit semarier; le choi\ est parfaitement Ubre; les <^poux sont 6gaux; »e mariage peut eire dissous quaud il y a n6ccssit6.
Quel est Ic principe relativeinent a VMucation? — Elle est tout rhomaie el la base de la Conimunaut6; elle est physique, iniellectuelle , morale, civique et industrielle; elle est partie domestique et partie commune ; elle est g^n^rale ou 616meniaire , et sp6ciale ou professionnelle.
Quel est le principe pour Vidiication generate? — Elle donne a lous les 6I6ments do loutes les sciences et de tous les arts.
Quel est le principe de Vorganisation politique? — Le Peuple est Souvcrain ; tout est fait par le Peuple et pour le Peuple,
En quoi consisle VEgalitd politique? — Tous les associds sont dgalement citoyens, membres des assemblies populaires et de «a garde nationale, ^lecteurs, eligibles.
Quel estle principe concernant le pouvoir legislatif? — Ce pouvoir constitue la Souverainet^ ; il organise et rfegle lout par des lois.
PlUiNClPES. S&9
Le pouvoir legislatif est-il exerce par le Pciiple ? — Oui 1 Les lois sont discutees et preparees par des Represcntanls elus par le Peuple, et soumises ensuite a I'approbation du Peuple.
Les lois sont done I'expression de la volonte generale ? — Oui , dans toute la verite de ces mots.
Vous venez de dire qae la loi organise et rfegle tout ; mais n'estce pas une atteinte a la liberie ? — Non , parce que la loi est t'aite par le Peuple, et que le Peuple ne fait que les lois qui lui conv-iennent.
Quel est le principe concernant le pouvoir cxecutif? — U es., essentiellement subordonne au pouvoir legislatif, et exerce par des magistrats electifs, teinporaires et responsables ; les fonctionnaires provinciaux et communaux sont tres-nombreux.
Quel est le principe pour le pouvoir judiciaire f — La Comnninaute prevenanl par elle-m6me presque lous les crimes , les lois penales sont infiniment simples et douces, et les tribuiiaux presquo inutiles : c'est le Peuple qui juge dans ses assemblees populaires.
Le Peuple peut-il aisement frequenter les Assemblees populaires? — Tout est dispose pour que persoone n'y manque.
La Communaute assure-t-elle le bonheur commun ? — Ceriainement : toute la puissance publique est exercee par le Peupie , et par consequent pour le bonheur du Peupie ; I'Egalite d'educalion , de travail, de fortune et de droits , previent Tinquietude et la jalousie , les vices et les crimes , et procure toutes les jouissanccs dont I'homme est susceptible.
En un mot , le probleme a resoudre est celui de trouver un moyen de rendre, heureux les hommes el les Peoples : or, rexperience universelle a prouveque ce moyen n'estni Tesperance ou la crainte d'une autre vie , ni la terreur des lois humaines, ni la vigilance de la police , ni Torganisation sociale et politique acluelle, ni I'opu lence exceptionnelle, dont au contraire Teffet est si pernicieux que disait Jesus-Christ , " il est plus facile a un chameau de passer par " le trou d'une- aiguille qu'a un riche d'entrer au paradis. " Le moyen que nous cherchons est done ailleurs ; et la Raison indique qu'il lie peut se trouver que dans un nouveau systeme d'organisa
tion qui rende : i" la verlu facile •,2'le vice et le crime wfficiles, etpour ainsi dire impossibles ; et ce nouveau systenie ne peut 6tre que la communaute qui , par Veducation , habitue I'homme a la Fraternite et a toutes les vertus sociales, tandis que , par Yegalite (Taisance. et de bonheur sous la seule condition d'un travail modere, elle ne lui laisse aucun inters a nuire a ses freres.
Est-il possible de substituer brusquement la Communaute au systeme de I'lnegalite et de la Propriete ? — Non ; un regime trausitoire est indispensable.
Quel regime transitoire ? — Un regime qui , tout en maintenant la Propriete, detruise le plutot possible la misere et progressivement Tlnegalite de fortune et de pouvoir ; qui forme, par I'education, une et plusieurs generations pour la Communaute ; qui donne d'abord la liberte de discussion et d'association, et qui donne aussi le suffrage universel.
Pourquoi ne pas supprimer de suite la Propriete ? — Parce quo les Proprietaires n'y consentiraient pas, et qu'ii faut a tout prix eviter la violence ; parce que d'ailleurs il est materiellement impossible d'executer instantanement les travaux necessaires pour la Communaute.
Quelle est la duree de ce regime transitoire? — 30, ou50, ou 100 ans, suivant les pays.
C'est bien long 1 — C'est vrai ; mais il est absolument impossible de faire autrement ; et d'ailleurs le boiheur se fera sentir de suite et croltra chaque jour, des qu'on aura adopte le systeme transitoire et le Principe du systeme de la Communaute.
II faut done adopter d'abord le Principe de la Communaute, sauf a en ajourner la realisation complete et definitive? — Necessairement ; car si 1' Aristocratic repousse le principe de la Communaute, elle repousserade m6me le regime transitoire et toute reforme quelconque.
Mais comment determiner I'Aristocratie h adopter le Principe de la Communaute ? Faut-il employer la force ? — Non ! ni violence , ni revolution, par consequent ni conspiration ni attentat.
PIUNCIPES. ^ 561
Ponrquoi? — Je pourrais en donner beaucoup de raisons; mais je me borne a celles qui sont puisees dans I'inter^t du People et de la Communaute : ecoutez bien I
Les revolutions violentes sont la guerre avec toutes ses chances : elles sont extremement difficiles, parce qu'un Gouvernement, par ceia seul qu'il existe, a une force immense dans son organisation gouvernemenlale, dans rinfluence de I'Aristocratie etdesrichesses, dans la possession du pouvoir legislatif et executif, dans le tresor, I'armee, la garde nationalc, les Iribunaux, le jury, et la police avec ses mille moyens de division et de corruption.
Ce n'est pas tout pour les opprimes d'etre nombreux ; car il faut qu'ils puissent s'organiser en armee, et le Gouvernement emploie toutc sa puissance a empficher cetle organisation : ce n'est pas lout d'avoir du courage, m6mc un heroTque courage; car les adversaires peuvcnt avoir aussi de la bravoure avec I'avantage de la discipline et mille aulres avanlages : ce n'est pas tout d'avoir une confiance sans borne en son devouement ; car on n'arr^te pas des boiilets de canon avec la main. Et que de fautes (I'amour excessif de I'independance et I'indiscipline , ['intolerance et la desunion , Tincxperience et la maladresse, I'impatience et la temerite), bien naturelles sans doute au parti populaire jeune et souffrant , compromellent son succes !
Aussi, ce n'est pas d'aujourd'hui que le Peuple desire des revo lulions : depuis le commencement du monde, il n'y a pas d'annee peul-elre que chaque Peuple n'ait senti le bcsoin de secouer le joug de I'Aristocratie pour reconquerir ses droits naturels ; et cependanl , combien peu de revolutions tentees comparativement an nombre des revolutions desirees ! Parmi les revolutions entreprises, combien peu ont reussi ! Et parmi ces dernieres , combien peu ont atleint leurbut, sans 6tre escamotees ou aneanties plus tard par I'Aristocratie !
Je n'ai pas besoin de citer les revolutions tentees depuis 50 ans, ni les imprudences et les traliisons qui en ont fait echouer un si grand nombre ; mais je le demande, quand le Peuple aurait-il jamais autant de puissance qu'il en avait en 1793, lorsqu'il etait maltre de lout? Et cependant, par suite de la division de ses chefs et de trop de precipitation peut-^tre , n'a-t-il pas ete desarme, cliasse de partout , et presque garrotte par I'Aristocratie ? Faute d'ensemble et d'habilete, ne s'est-il pas, deux fois apres le 9 thermldor, laiss^ ravir la victoire?
562 PUINCIPES.
Et quel mal ne fail pas au Pcuple loulc rovolulion dejouee, vaincue ou avorlee ! que de mal n'ont pas fait la conspiration de BabcEuf et la tentative du camp de Grenelle 1 que de force n'ont pas donne a I'Aristocratie les emeutes, les conspirations et les attentats depuis 1830 ! N'esi-ce pas une opinion generale que V Aristocratic dSsire et mime provoque des violences qui lui sont presque toujours aussi favorables qu'elles sont funesles a la cause du Peuple entier, lors m6me qu'elles ne sont que le fait de quelques indivi dus! Et n'est-ce pas Tun des plus grands dangers des temps revolutionnairesque quelques hommes isoles, les plus enfants etles plus elourdis comme les plus reflcchis, les plus fous comme les plus prudents, les plus pervers comme les plus devoues, peuvent compromettre lout le Peuple, a son insu et centre sa volonte, dans i'intcr6t de leur ambition ou de leur vanite et de lour cupidile, sans se douter qu'ils sont responsables de tout le mal qu'ils font a leui parti?
Je le repete done, dans I'inter^t du Peuple lui-m6me, je repousse la violence.
Mais si la violence reussissait, ne serait-il pas juste de contraindre I'Aristocratie et les riches? — Non, parce que la violence n'est pas indispensable. Les riches sont hommes comme les pauvres, et nos freres conune ceux-ci; ils forment m6me uue grande et belle portion de THumanile. Sans doute il faut les empficher d'etre oppresseurs , mais il ne faut pas plus les opprimer que se laisser opprimer par eux ; la Communaule, imaginee pour faire le bonheur de tous les hommes, ne doit pas commencer par en desesperer une grande partie. Nous ne devons pas m6me les hai'r ; car leurs projuges et lours vices sont I'effet de leur mauvaise education et de la mauvaise organisation sociale tout aussi bien que les imperfections etles vices des pauvres : cetle mauvaise organisation, c'est Satan pervertissant egalement tous les hommes : il faut les en delivrer tous, mais non les briiler pour chasser le demon, comme Jesus-Christ n'est pas venu detruire les riches, mais les convcrtir en prechant seulement la suppression dc ropulencc el de la miserc. En un mot, il ne faut pas plus sacrifier les riches aux pauvres que les pauvres aux riches, ou bien loute la pilie, lout Tinterfit, toute la justice, toutesles verlus, tous les efforts, se reuniraient coutre les nouveaux oppresseurs en faveur des nouveaux oppnmds.
11 ne faut done pas hair Tegoisle boutiquier ? — Vous pouvez detester I'^goTsme et surtout sa cause ; mais rien ne nie paralt
moins raisonnable , moins juste , et surtoul plus maladroit que d'iosuiter et de menacer la nombreuse classe des marchands et des fabricants; car, quels que soient leurs d(5fauts, ces ddfauts sont Tin^vitable effet de Torganisation g(5n(5rale el de leur situation particulifere : la necessity d'etre exact dans ses paiements pour conserver sa reputation et son ci edit , la crainte d'etre d6slionor6 par une faiilite, Ics chances muliipliees de pertes et de ruine, rimpossibility de compter sur le secoius des autres en cas de mallieur, le souci contiuuel ot le tourment des billets a payer a la fin de chaque semaine ou de chaque mois, les terreurs de I'associd ou de la femme (qui , dans ceiie condition, connaii tonics les affaires de son mari, et qui double ses inquietudes et son egoi'sme en lui rappelant sans cesse I'interet de ses cnfanis), tout se reunit pour rendre egoiste le marcband ct le fabricant ou le boutiquier. C'est un inalheur sans rioute qu'il ait gen(5ralement si peu d'insiruction et tant de credulity, et qu'il soit si facile a I'Aristocratie de s'en faire un instrument en lui par'ant continuellement d'(^meutes, de pillage et d'anarcbie; mais s'il a peu d'instruction , ce n'est pas sa faule; s'il est cr^dule, c'est la consequence d'une niauvaise Education; s'il croit au\' projets de pillage, il est bien naturel qu'il le redoute; en un mot, rinfluence de sa position est tellenient irresistible que, gen(5raleinent, I'Ouvrior, celui menie qui crie le plus centre le boutiquier, en prend les sentiments et les habitudes aussiifit qu'il prcnd la boutique.
Comment done faire adopter a I'Aristocratie le principe de la Comn!unaut6? — Gorame Jesus-Christ, en prechant, en (5crivant, en discu'.ant, en pcrsu; dnnt, en convainqunnt les riches et les pauvrcs jusqu'a ce que ;ous, Peuple, lilectenrs , Legislatours et Gouvernants soient convcrtis an principe de la Commnnant(5. Ce n'est pas tout pour le Peuple de d^sirer une reforme et mcme de faire une revoiuiinn ; il faut suriout avoir un sysl6me, des piincipes, une doctrine, une religion politique: ce n'est pas lout de se qualifier Citoyen, Frfre , Dcmocrale, Rcpnbiicain ou Communisie, mois qu'un agent provocateur pout proiioncer aussi bien que qui que ce soit;il fautetre bien persuade ct bien convaincu ; il faut bien sa- ¥oir et bien connattrc, ct le plus grand g6mc ne peut savoir faire une 6pingle s'il n'a pas fait I'apprentissage de I'epinglier ; il faut enfin avoir la resolution d'actomplir tons ses devoirs en meme lemps que le d(''sir et la volontd d'e«:ercer tons ses droits.
Ce n'est pas d'aiijourd'hai que le Peuple fait des revolutions : vowqnol done tant de ces revolutions ont-elies avort^? H'esl-ce
j.g4 PRINCIPES.
ms narcequelePeuplen'avait pas de doctrine arrfet^e? Les r6aCnTl mt, ?8i5, 1830, n;auraient-eUes P- - -^^^^^ autre resultat si le Peuple avail ete bien penetr6 de 1 excel ence "a Sllaute? Et I depnis mO, le Peuple entier ne s^taU , iquement occupe que de s'lnstruire et de propager ce systeme, r: serait^il pas infiniment plus avance maintenanl (
Mais ne sont-ce pas les riches surtout qu'il faut convertir? - Jidoute el c'est m6me par eux qu'il seraitle plus utile decom- Tncer Tarce que es rich's et les savants ont bien plus d'mfluence ^om convertir d'autres riches el les pauvres eux-m6mes : que de
7,^!ont de VEure ne font-ils pas a la doctrine dont ils se declarent les apotres 1 Mais peutH)n esp6rer que les riches se converliront ? - Et com-
n.enten'douter? Lt-ceVil n'y a pas f /i^^^^^l^^tesS,^^^ genereux? Est-ce que les Lycurgue, les Agis, les Solon>s Grac ques, les Thomas Morus, les Sidney, les Helv6tius, les Mably les Turgot, les Condorcet, et miile aulres , n'appartena.ent pas a la classe aristocratique et riche? Est-ce que a toules les epoque. r Aristocratie n'a pas fourni des La Fayette, des d' Argenson et mi le autres iUustres exceptions? Est-ce que, parmi les femmes et la jeunesse de T Aristocratie d'aujourd'hm , on ne trouverait aucune ^me entlammee du saint amour de rHumamte?
A I'oeuvre done , a I'oeuvre , vous tous , riches et pauvres , qui vous trouvez converlis a .a Communaut61 Discutez, P^f he^- ^o^" vertissez propagez 1 RecueiUez toutes les opinions e tou es les preuves qui peuvent faciliter la conversion des autres 1 J ai commence : d'autres pourront mieux faire que moi.
Et Doint de conspirations, point d'associations conspiratnces . toujou'rs exposees a Hmpatience et a la desunion 1 Point d'arnere-
pensees! seulement de la discussion! ^nntlosuccfes
Point m6me d'essais de Communautes partielles , dont le succes ne pourrait faire que peu de bien, et dont la chute, presque cer- Lin'erferait toujoursbeaucoup de mall Du pros6lytisme seulement et toujours du proselylisme . jusqu'a ce que la masse adopte le Principe de la Communaute I
Mais si 1' Aristocratie ne veut jamais I'adopter...? - C'est impoa^ siblel Si la Communaute est une chimfere, la discussion suffira pout
en faire justice, et le Peuple lui-m6me la repoussera pour adopter un autre systeme : mais si celte doctrine est la v^rite m^me , elle aura de nombreux proselytes dans le Peuple, parmi les savants, dansrAristocratie; etplus elle en aura, pluselle on conquerrachaque jour, tandis que chaque jour I'Angletcrre et rAmorique feront de nouvelles conquetes pour tous les autres Peuples comme pour elles monies. A la Communaute I'avenir, par la seule puissance de .a Raison et de la Veritel Et quelque lentement que I'Opinion publique amene son triomphe, elle I'anienera toujours pluspromptement, et plus solidement que ne le ferait la violence.
Et ma conviction sur ce point est tellement profonde que , si je tenuis une revolution dans ma main, je la tiendrais fermee, quand m4me je devrais mourir en exil I
Tels sont mes principes sur la Communaute.
Peut-6tre voudra-t-on trouver des allusions dans mon ouvrage ; car comment parler histoire ou philosophie sans qu'on puisse en trouver, quand Richelieu ne demandait que cinq lignes quelconques de I'ecriture d'un homme pour y trouver un crime a le faire pendre 1 Mais j'ai bigj achete, je crois, ii droit de pr^tendre qu'on ne pent pas plus douter de ma hardiesse que de ma franchise , et je declare aux amis comme aux ennemis que, dans tpute la partie critique de I'ouvrage, je n'ai jamais eu d'autre but que de signaler les vices de toutes les organisations sociales et politiques sans vouloir faire aucune allusion personnelle.
Hommes de tous les partis , ^tudiez la question de la Commu- ,fflut6 ; car e'est la question du bonheur, la premiere et la plus imtortante des questions , celle qui renferme toutes les autres ques- Sons de morale, de philosophie, d'6conomie politique et de l^gisjtion I Ne serait-il pas pu6ril de g(5mir sur les MAUX du Genre iumain sans en rechercher la CAUSE et le REMEDE I Ne serait-il ■ )as derisoire de ne s'occuper qu'a enumerer les vices du Peuple et i^lui donner de st^riles conseils, sans exhorter les puissants a guerir ie mal en appliquant la justice et I'humanite I
Hommes de tous les partis , religieux ou politiques , ^coutez M. GuizoT dans son livre sur la Religion dans les societes modernes,
• C'est r esprit du temps de deplorer la condition du Peuple.,.*
m PRINCIPES.
» mais on dit vrai; et il est impossible de regarder sans tine eomr> passion profonde tantde creatuhes humaines si miserables.... » cela est douloureux, tres douloureux a voir, tres douloureux a » pcnser ; et cependant il faut y penser, y penser beaucoup', car a • Toublier il y a tort grave et grave peril. «
Le remede done 1 le remede , le remede 11...
Egoistes , etudiez cette question ; car il s'agit de votre propre interetl
Bons peres et bonnes meres, etudiez la question ; car il s'agit du bonheur pour vos enfants et votre posterite 1
Genereux amis du Peuple , etudiez la question ; car il s'agit du bonlieur pour le Pauvre et pour le Peuple!
Genereux philanthropes , etudiez la question ; car il s'agit du bonheur pour I'Humanite tout entiere I
Caret.