‹ Voyage en ItalieChapitre 17 sur 18 · Page · texte numérisé non relu

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On peut comparer ce paragraphe, reproduit in-extenso et sans modifications dans les Chroniques parisiennes^ à deux autres passages où il utilisa les mêmes idées et presque le même texte.

Tout d'abord dans l'étude sur Pascal, au troisième volume des Portraits lilléraires :

« Il y a neuf ans, je revenais de Rome, — de Rome qui était encore ce qu'elle aurait dû toujours être pour rester dans nos imaginations la ville éternelle, la ville du monde catholique et des tombeaux. J'avais vu dans une splendeur inusitée cette reine superbe : Saint-Pierre m'avait apparu avec un surcroît de baldaquins et d'or, avec de magnifiques tentures et des tableaux où figuraient les miracles d'un certain nombre de nouveaux saints qu'on venait de canoniser. J'avais admiré surtout, d'un des balcons du Vatican, les horizons lointains d'Albano, vers quatre heures du soir. En présence de l'Apollon du Belvédère, j'avais vu notre guide, l'excellent sculpteur Fogelberg, qui le visitait presque chaque jour depuis vingt ans, laisser

échapper une larme, et cette larme de l'artiste m'avait paru, à moi, plus belle que l'Apollon luimême... »

Treize ans plus tard, Sainte-Beuve écrivait dans le premier des Nouveaux Lundis, à propos de Louis Veuillot :

« Moi aussi j'ai visité Rome vers ce même temps, une année après M. Veuillot, et, me rappelant mes impressions d'alors, je conçois les siennes. Dans cette Rome encore paisible, telle que je la vis trop rapidement au passage, entre le Colisée et le Vatican, chaque àme, disposée aune dévotion, la développait à son aise, démesurément et sans que rien y fit obstacle. C'était le séjour le plus commode à une idée unique, à un culte de l'imagination ou du cœur, et j'en avais sous les yeux trois ou quatre existant ensemble, d'un ordre tout différent. Je voyais à l'école de France M. Ingres, dévot à l'antique et à Raphaël, et qui frémissait d'enthousiasme à ce seul nom. Le même jour j'avais vu le sculpteur Fogelberg, ce Suédois tout grec, dont l'œil se mouillait de larmes en nous montrant l'Apollon au Vatican et les contours lointains des paysages d'Albano. Le lendemain, c'était la princesse Zénaïde Wolkonski, toute catholique et propagandiste, toute chrétienne comme l'autre

était tout païen, ayant à raconter des œuvres merveilleuses, couronnées de bénédictions surnaturelles : était-ce l'âge d'or des trois premiers siècles de l'Église qui recommençait? Je voyais aussi un vieux général polonais dévot aux chapelets et aux médailles dont il avait éprouvé et dont il préconisait maint effet; à deux pas de là, le peintre Overbeck, dans son atelier, dévot à l'art pur chrétien. Que de dévotions différentes et toutes sincères! Et chacun d'eux s'étonnait qu'on n'habitât point Rome à jamais quand on y avait une fois touché; chacun, dans cette masse de monuments et de ruines, se creusait sa Rome à lui, sa catacombe, ne voyait qu'elle, et n'était troublé par rien alentour dans ce grand silence. C'était juste le contraire de Paris, où l'on est percé à jour en tous sens et à chaque heure par l'idée du voisin ou du passant. »

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