‹ Voyage en Italie et en Sicile; (volume 2)Chapitre 1 sur 99 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dix années se sont écoulées depuis la date de ce journal d'un voyagje en Italie, et le public trouvera peut être qu il eût fallu publier plus tôt ou ne pas publier du tout Cela est facile à dire : mais un auteur ne se détermine pas j aussi aisément qu'un lecteur pourrait le croire , à sacrifier ainsi le fruit de ses longs travaux. Il publie aussitôt qu'il le peut , mais il publie à tout événement ; et si cela n'a lieu qu'un peu. tard ^ c'r^st qji'jj^paremment, pour bien feird, il hé faut pas se presser.

Dans te cas jfr^ail,Tatitçur se flatte que Ton sera curieux de. yoiî*.<« qu'était l'Italie à la veille des dernières révolutions qui l'ont agitée, et d'en chercher la cause dans les faits recueillis par le voyageur. Quant aux révolutions eHesrmêmes, on n'en dira ici qu'un mot

Les espérances du parti libéral , en Europe, éeaient parvenues à leur plus haut degré d'exaltation, au printemps de 1820; l'auteur

H PRifACE.

n était plus alors en Italie,. et, s'il y eût été, il n en aurait peut-être pas mieux connu les projets des Italiens : car ils n'ont point l'habitude de conspirer tout haut , daçs les salons. Cependant, il y a lieu de croire que les niais de ce pays-là rêvaient, comme ailleurs, la république , tandis que le plus grand nombre des gens actifs en politique auraient préféré de voir renaître chez eux le système de la gloire militaire, dont chacun, excepté les morts, espère toujours tirer parti pour lui ou pour les siens.

L'on venait d'organiser , en Espagne , une sorte de monarchie démocratique, sans arisr tocratie constitutionnelle, sans chambre des pairs. Une telle monarchie ne pouvait manquer de condwr^^.kjajtfp^^ puis

au despotisme ; m*a]^ , '^éHi Ai^ndre le résultat

d'un essai ausslh^fdcwCJes libéraux de Na-

pies se donnèrent ^à' «OYist^tidn d'Espagne, et ceux de Piémont les imitèrent. Malheureuse^

ment les Grecs prirent ce moment-là pour secouer le joug des barbares. Leur révolution n'avait aucun rapport avec les autres; néanmoins on crut y voir un accord universel* . Justement alors, un fanatique de bonapar-

PRIÉVACE. III

tisme commit aussi un épouvantabl'e crime ^ qui, tout isolé qu'il était, combla la mesure des griefs et des craintes de la légitimité. lies souverains de toute l'Europe crurent leur vie non moins menacée que leur pouvoir , et, s'unissant, avec l'énergie de la peur, pour leur défense réciproque , ils attaquèrent l'ennemi partout à la fois , et le défirent du premier choc. On ftit étonné de leur force et de sa faiblesse.

L'on avait vu, dïuis les années i8i3, i8i4 et i8 1 5, les nations se lever en masse contre le commun oppresseur de leurs maîtres , plus encore que d'eux-mêmes. Il y eut , à cette époque , une grande alliance entre les rois et les peuples , par laquelle ceux-ci s'engagèrent à aider ceux - là , qui , en retour , leur promirent la liberté constitutionnelle. Le traité ne fut pas conclu dans des formes précisément diplomatiques , mais il fut plus que tacite ; mille preuves en font foi. Rien , autrement , ne pourrait expliquer l'enthousiasme avec lequel se fît, spontanément et au premier appel, cette levée en masse de tout ce qui pouvait porter les armes. C'était une dette d'honneur , que les souveraine avaient contractée ; ils chica-i

lY PRiFACX.

nèreat , au lieu de la payer; ejt lorsque, après ;cinq ans, le mécontentement vint à se mani^ fester, ils déclarèrent, dans leur congrès dç Troppau (1820), qu'ils réprimeraient, par la médiation ou par la force, les uns chez Iw autres , toute rébellion contre leurs gouverne;* ments respectifs.

Les Italiens , ceux de Grénes et de la Sicile exceptés, n'avaient pas le même titre à faire valoir que les autres peuples ; car on ne leur avait rien promis : mais toujours avaient-ils y en commun avec eux, le droit de résister, à leurs périls et risques , aux entreprises de I21 tyrannie. A Naples, il se fit une petite insuiNrection bénigne, qui dura sept jours (du ^ au 9 juillet 1820). Les forces révolutionnairesi^ ayant à leur tète le général Pepe et un prêtre , nommé Menichini , entrèrent en armes , mfàs sans violence , dans la capitale , portant solennellement, dans un fiacre, la nouvelle cons-< titution (la constitution d'Espagne). Elles défilèrent, en bon ordre, devant le palais du roi , où le duc de Calabre (Sa Majesté actuelle) se tenait à la fenêtre pour les voir passer , et )es saluait. Le vieux, roi se fit présenter les «befs, qu'il reçut gracieusement, et il promit

tout ce que Tou Touhit Mais hientét il partit pour Vienne , sans que Ton y mit obstacle, maigre les soupçons fondés que œ départ tx^ dtait; et une armée autrichi^me ne tarda pas à marcher sur Naples. A son approche, tout rentra dans-Torm^ acciHitumée, devenue seulement pn peu plus profonde.

Les libéraux napolitains eurent tort de dioiair une mauvaise constitution; mais il fiallait leur savoir gré de l'avoir établie sans violence , et de n'avoir point abusé du pou* voir passager que la révolution leur donna. Ils n'opt rien gagné à cette modération ; c'est bien dommage, car l'exemple valait la peine d'être encouragé. Ils eurent tx>rt surtout de se donner une constitution , non-seulement absurde en çlle-même , mais inopportune , puisqu'elle devait leur attirer l'opposition étrangère; tandis que, ^'ils se fussent contentés de demander d'abord l^ giustizia francese , comme ils appellent l'établissement judiciaire que Jes Français leur avaient donné, puis une législature composée de deux chambres, dans l'une desquelles la haute noblesse aurait siégé seule, ils auraient obtenu ces choses fondamen* taies, et, avec elles, la plupart des abus, dont on

Tl , PR£FAC£.

se plaint, auraient disparu peu à peu. Le roi , content d'en être quitte à aussi bon marché , serait resté à Naples , où les Autrichiens ne seraient point venus. Mais ils voulaient )a réforme radicale , ils voulaient surtout exclure l'aristocratie 9 et ils ont tout perdu.

L'on n'a jamais vu de gouvernement limiter, de lui-même . le pouvoir indéfini et arbitraire qu'il possède , et lui préférer le pouvoir constitutionnel. Des motifs de crainte , ou , si l'on veut, de prudence, peuvent seuls porteries souverains à se donner des entraves. Avant l'année 1 8ao , cette prudence avait toute l'influence qu'elle doit avoir; les peuples auraient alors pu obtenir tout ce qui leur est réellement bon. A présent, ce frein salutaire n'existe plus, et le parti de l'absolutisme, enhardi par ses succès, ne se contente plus de reculer les bornes du pouvoir ; il les voudrait renverser toutes , et ne voit pas que, pendant ce temps ^ là , ses ennemis se recrutent en silence de tous ceux dont les intérêts et les opinions sont journellement blessés. Si les partis devaient un jour mesurer leurs forces, celui de l'absolutisme pourrait de nouveau trouver que la fortune ne suit plus ses étendards, .

PREFàCE. ' Vit

Tel est l'état des choses, en Europe. Mais rilalie a des caractères qui lui sont propres. Ses habitants ne forment pas un peuple, quoiqu'ils parlent la même langue, et qu'ils aient, à bien, des ^ards , les mêmes mœurs. Leurs longues rivalités intestines ont laissé des tra« ces profondes ; et , quoiqu'ils aient la passion de l'homogénéité politique, rien de plus hétérogène que leur ensemble. Sous Bonaparte^ ils auraient pu accpiiérir cette homogénéité ; mais ils acquerraient bien mieux, sous un prince qui n'aurait pas d'autres états et qui demeurerait en Italie. Dans tous les cas, ce n'est qu'après avoir porté le joug d'un seul maître, au lieu d'être asservis à une demi-douzaine, que les Italiens pourront conquérir leur liberté. D faut qu'assimilés par le malheur , ils apprennent à souffrir, à espérer, à se concerter ensemble, pendant la durée d'une ou deux générations , avant de pouvoir faire avec succès un effort général pour l'affranchissement commun. Il y a plus : lors même que l'Italie se trouverait, dès à présent , toute réunie sous un même gouvernement représentatif, les députés qu'elle enverrait à la législature njitionale n'y apporteraient, la plupart, que des

VUI PBliFAGS.

vues tout-à-ÊLÎt locales; et cette législature remplirait mal son objeL

Un auteur ne peut guère éviter, dans sa préiafce, de dire un mot de Im-mème, et e'esl nrie sorte de nécessité à laquelle ^rdinai-. rement il sait të résigner. L'atiteur donc fait a» public la confidence qu'il ne voyagera plus dans ce bas monde. Mais, en lui adressant ses deMiiers adieux , il ne saurait se défendre d'un sen timent d'inquiétude sur le sort de Tonvrage qu^il kii soumet :- car , si cet ouvragei était moins favorablement reçu que les pi^éeédents» ii ne pourrait plus espérer de regagner la place qm'il aurait perdue dans Téstime de ses eomtempcrains et dans la sienn^e propre.

VOYAGE

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