DE NAPLES A ROME
éuperbes corps nus posés comme des lutteurs à la façon de Michel-Ange. Dans l'autre pièce sont de vieux petits tableaux noircis, Tobie et l'Ange, entre des colonnades. !.. - moindres objets portent l'empreinte de l'ancienne grandeur.
Les savants de Rome viennent souvent ici passer deux ou trois mois dans les chaleurs de l'été, afin de travailler à leur aise, au frais et en silence. La bibliothèque a quarante mille volumes et une quantité de iliplômes. L'hospitalité est complète, il n'y a pas de tronc: à peine si l'on peut donner quelque chose au domestique. L'ordre a gardé ses anciennes traditions, son goût pour la science, son esprit libéral. Les moines ne sont point cloîtrés, séparés du monde; ils peuvent sortir et voyager. Un d'entre eux, le père Tosti, est un historien, un penseur, un réformateur respectueux, mais imbu de l'esprit moderne, persuadé qu'il faut désormais concilier l'Eglise et la science. Ils travaillent comme autrefois, et ils enseignent. Sur trois cents habitants du monastère, il y a vingt moines et environ cent cinquante élèves qu'on conduit depuis les rudiments jusqu'à la théologie. Le soir, au-dessous de nous, dans un creux plein de genêts et de lentisques, nous entendions les enfants du séminaire crier et courir, et leurs robes noires, leurs chapeaux à larges bords, apparaissaient entre le vert des arbres.
Nous avons dîné seuls dans l'immense iéiectoire, à la lumière d'une i impe de cuivre, presque semblable à celles dePompéi, -ans verre ; la petite flamme jetait une carte vacillante sur les dalles, sur la grande voûte de pierre; tous les reflets se noyaient dans l'obscurité envahissante et vague. Sur la droite une fresque énorme ?. t t
du Bassan, la Multiplication des pains, tout un pan de muraille couvert de figures entassées, flottait comme une apparition de vieux fantômes, et, quand le servant arrivait portant les plats, sa forme noire, solitaire au milieu de la pénombre jaunâtre, semblait aussi cellw
d'une ombre
Le matin entre par votre fenêtre sans rideaux, et vous éveille. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de choses aussi belles au monde qu'une pareille heure en pareil lieu. On s'étonne au premier regard de retrouver à la même place que la veille cette assemblée de montagnes. Elles sont plus sombres qu'hier, le soleil ne les a pas encore touchées, elles restent froides et graves; mais, dans le grand cirque qui s'évase au pied du couvent, dans les vallées voisines, on voit s'élever et planer des centaines de nuages, les uns blancs comme des cygnes, les autres diaphanes et fondants, quelques-uns accrochés aux rocs comme une gaze, d'autres suspendus, nageant, semblables à la vapeur qui Hotte au dessus d'un cours d'eau. Le soleil monte, et tout d'un coup son rayon oblique peuple les profondeurs. Les nuages illuminés forment un essaim d'êtres aériens, délicats, tous d'une grâce délicieuse; les plus lointains luisent faiblement comme un voile de mariée, et toutes ces blancheurs, toutes ces splendeurs mouvantes font un chœur angélique entre les noires parois des amphithéâtres ; la plaine a disparu ; on n'aperçoit que les montagnes et les nuages, les vieux monstres immobiles et sombres, et les jeunes dieux vaporeux, légers, qui volent et se fondent capricieusement les uns dans les autres, et prennent pour eux seuls toute la caresse du soleil.