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bord ce que je crois qu'elle vous semblera, c'est-àdire difficile à croire; mais cela est si vrai, que la garde qui se fait aux jeunes rhennes n'est que pour cela. Tous les Lappons m'ont assuré la même chose, et le Français qui étoit notre interprète en Lapponie m'a assuré qu'il avoit vu plusieurs exemples pareils, et qu'un jour, ayant suivi un aigle qui emportoit le faon d'une de ses rhennes jusqu'à son nid, il coupa l'arbre par le pied et trouva que la moitié de la bête avoit déjà servi de nourriture aux petits. Il prit les aiglons et fit d'eux ce qu'ils avoient fait de son faon, c'est-à-dire, monsieur, qu'il les mangea. La chair en est assez bonne, mais noire et un peu fade. Les rhennes portent neuf mois ; quand les Lappons veulent sevrer leurs faons ils leurs mettent un caveçon de pin^ dont les feuilles sont faites en pointe et piquent extrêmement ; et quand le faon s'approche de sa mère pour prendre sa nourriture, ordinairement, se sentant piquée, elle éloigne son faon avec son bois et l'oblige à aller chercher à vivre ailleurs qu'auprès d'elle. Cette occupation n'est pas la seule qu'aient les femmes : elles font les habits , les souliers et les bottes des Lappons.
Elles tirent l'étain pour en revêtir le fil. Elles font cela avec les dents, et, tenant un os de rhenne dans lequel il y a plusieurs trous de différentes grosseurs, elles passent leur étain dans le plus grand, puis dans un plus petit, jusqu'à ce qu'il
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SOU en l'état qu'elles le souhaitent et propre pour couvrir le fil de rhenne dont elles ornent leurs habits et tout ce cju'elles travaillent. Ce fil se fait, comme je vous l'ai déjà dit, avec des nerfs de rhennes piles, qu'elles tirent par filets, et le filent ensuite sur leur joue, en le mouillant de temps en temps et le tournant continuellement. Elles n'ont point d'autre manière pour faire le fil. Tous les harnais des rhennes sont faits par les femmes. Ces harnais sont faits de peaux de rhennes. Le poitrail est orné de quantité de figures faites avec du fil d'étain, d'où pendent plusieurs petites pièces de serge de toutes sortes de couleurs qui font une espèce de frange. La sonnette est au milieu, et il n'y a rien qui donne la vigueur à cet animal et qui le réjouisse davantage que le bruit qu'il fait avec cette sonnette en courant.
Puisque j'ai commencé à vous parler des occupations des femmes dans ce pays , cela me donnera occasion de vous parler de l'emploi des hommes. Je vous dirai d'abord, parlant en général, que tous les habitans de ce pays sont naturellement lâches et paresseux, et qu'il n'y a que la faim et la nécessité qui les chassent de leur cabane et les obligent à travailler. Je dirois que ce vice commun peut provenir du climat, qui est si rude qu'il ne permet pas facilement de s'exposer à l'air, si je ne les avois trouvés aussi fainéans pendant l'été qu'ils le sont pendant l'hiver. Mais enfin,
comme ils sont obligés de chercher toujours de quoi vivre, la chasse et la pêche font leur occupation presque continuelle. Ils chassent l'hiver et pèchent pendant l'été, et font eux-mêmes tous les instrumens nécessaires pour l'un et l'autre de ces emplois. Ils se servent pour leur barque du bois de sapin, qu'ils cousent avec du fil de rhenne, et les rendent si légères qu'un homme seul en peut facilement porter une sur son épaule. Ils ont besoin d'avoir quantité de ces barques à cause des torrens qui se rencontrent souvent; ,et comme ils ne peuvent pas les monter, ils en ont d'un côté et d'un autre en plusieurs endroits. Ils les laissent sur le bord après les avoir tirées sur terre, et mettent dedans trois ou quatre grosses pierres de crainte que le vent ne les enlève. Ce sont eux qui font leurs filets et les cordes pour les tenir. Ces filets sont de fil de chanvre qu'ils achètent des marchands. Ils les frottent souvent d'une certaine colle rouge qu'ils font avec de l'écaillé de poisson séchée à l'air, afin de les rendre plus forts et moins sujets à la pourriture. Pour les cordes, ils les fabriquent d'écorce de bouleau ou de racine de sapin. Elles sont extrêmement fortes lorsqu'elles sont dans l'eau. Les hommes s'occupent encore à faire les traîneaux de toutes sortes, les uns pour porter leurs personnes (qu'ils appellent pomes) , et les autres pour le bagage. Ces derniers sont nommés racdakères, et sont fermés comme des coffres. Ils font
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aussi les arcs et les flèches. Les arcs sont composés de deux morceaux de bois mis l'un dessus l'autre. Celui de dessous est de sapin brûlé et l'autre de bouleau. Ces bois sont collés ensemble et revêtus tout du long d'une écorce de bouleau très-mince, en sorte qu'on ne sauroit voir ce qu'elle renferme. Leurs flèches sont difi'érentes : les unes sont seulement de bois, fort grosses par le bout, et elles servent à tuer (ou, pour mieux dire, assommer) les petits-gris, les hermines, les martres, et d'autres animaux dont on veut conserver la peau. Il y en a d'autres, armées d'os de rhennes, faites en forme de harpon et hautes sur le bout; cette flèche est grosse et pesante. Celles-là servent contre les oiseaux et ne peuvent sortir de la plaie quand elles y sont une fois entrées : elles empêchent aussi, par leur pesanteur, que l'oiseau ne puisse s'envoler et emporter avec lui la flèche et l'espérance du chasseur. Les troisièmes sont ferrées en forme de lancette et on les emploie contre les grosses bêtes, comme les ours, les rhennes sauvages; et toutes ces flèches se mettent dans un petit carquois fait d'écorce de bouleau, que le chasseur porte à sa ceinture. Au reste, les Lappons sont extrêmement adroits à se servir de l'arc, et ils font pratiquer à leurs enfants ce qu'autrefois plusieurs peuples belliqueux vouloient qu'ils sussent faire; car ils ne leur donnent point à manger, qu'auparavant ils n'aient touché un but préparé , ou abattu quelque marque
qui sera sur le sommet des pins les plus élevés.
Tous les ustensiles qui servent au ménage sont faits de la main des hommes : les cuillers d'os de rhenne, qu'ils ornent de figures dans lesquelles ils mettent une certaine composition noire. Ils font des fermetures de sac avec des os de rhenne ; des petits paniers d'écorce et de jonc, et de ces planches dont ils se servent pour courir sur la neige et avec lesquelles ils poursuivent et attrapent les bêtes les plus vîtes. La description de ces planches est cidevant.
Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que les hommes font toujours la cuisine et qu'ils accommodent tout ce qu'ils prennent, soit à la chasse, soit à la pêche ; les femmes ne s'en mêlent jamais qu'en l'absence du mari.
Nous remarquâmes cela sitôt que nous fûmes arrivés, et le Lappon fit cuire quelques sich frais qu'il avoit pris ce jour-là. Ce poisson est un peu plus gros qu'un hareng, mais incomparablement meilleur, et je n'ai jamais mangé de poisson plus délicieux. D'abord qu'il fut cuit, on dressa la table, faite de quelques écorces de bouleau cousues ensemble, qu'ils étendent à terre. Toute la famille se mit autour, les jambes croisées à la manière des Turcs, et chacun prit sa part dans le chaudron, qu'il mettoit ou dans son bonnet ou dans un coin de son habit. Ils mangent fort avidement et ne gardent rien pour le lendemain. Leur boisson est dans une
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grande écuelle de bois à côté d'eux, si c'est en été, et en hiver dans un chaudron sur le feu. Chacun en puise à son gré dans une grande cuiller de bois ou boit à même, suivant sa soif. Le repas fini, ils se frappent dans la main en signe d'amitié. Les mets les plus ordinaires des pauvres sont des poissons, et ils jettent quelque écorce de pin broyée dans l'eau qui a servi à les faire cuire en forme de bouillie. Les riches mangent la chair des rhennes qu'ils ont tués à la Saint-Michel, lorsqu'ils sont gras. Ils ne .laissent rien perdre de cet animal ; ils gardent même le sang dans sa vessie, et lorsqu'il a pris un corps et s'est endurci, ils en coupent et en mettent dans l'eau qui reste après qu'ils ont fait cuire le poisson. La moelle des os de rhenne passe chez eux pour un manger très-exquis; sa langue ne l'est pas moins, et le membre d'un rhenne mâle est ce qu'ils trouvent de plus délicieux. Mais, quoique la viande de rhenne soit fort estimée parmi eux, la chair d'ours l'est incomparablement davantage : ils en font des présens à leurs maîtresses, qu'ils accompagnent de celle de castor. Ils ont un ragoût pendant l'été dont j'ai tàté, et qui me pensa faire crever. Ils prennent de certains petits fruits noirs qui croissent dans les bois, de la grosseur d'une groseille, qu'ils appellent crokbergt, qui veut dire groseille de corbeau; ils mettent cela avec des œufs de poisson crus et écrasent le tout ensemble, au grand mal au cœur de tous ceux qui
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les voient et qui ne sont pas accoutumés à ces sortes de ragoiits, qui passent pourtant chez eux pour des confitures très-délicates. Le repas fini, les plus riches prennent pour dessert un petit morceau de tabac, qu'ils tirent de derrière leur oreille; c'est là le lieu où ils le font sécher^ et ils n'ont point d'autre boîte pour le conserver. Ils le mâchent d'abord, et lorsqu'ils en ont tiré tout le suc, ils le remettent derrière l'oreille, où il prend un nouveau goût; ils le remâchent encore une fois et le replacent de même encore ; et lorsqu'il a perdu toute sa force, ils le fument. Il est étonnant de voir que ces gens se passent aisément de pain et qu'ils aient tant de passion pour une petite herbe qui croît si loin d'eux.
Nous interrogeâmes notre Lappon sur quantité de choses. Nous lui demandâmes ce qu'il avoit donné à sa femme en se mariant, et il nous dit qu'il lui en avoit bien coûté, pendant ses amours, deux livres de tabac et quatre ou cinq pintes de brandevin ; qu'il avoit fait présent à son beau-père d'une peau de rhenne, et que sa femme lui avoit apporté cinq ou six rhennes, qui avoient assez bien multiplié pendant plus de quarante ans qu'il y avoit qu'il étoit marié. Notre conversationétoitarrosée de brandevin, que nous répandions de temps en temps dans le ventre du bonhomme et de sa femme, et la récidive fut si fréquente que l'un et l'autre s'en ressentirent. Ils commencèrent à se faire des caresses à
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la lapponne, aussi pressantes que vous pouvez vous les imaginer; et leur tendresse alla si loin qu'ils se mirent à pleurer tous deux, comme s'ils avoient perdu tous leurs rhennes. La nuit se passa parmi ces mutuelles douceurs, et nous remarquâmes pour lors (ce que je crois vous avoir déjà écrit) que toute la famille couche ensemble sur la même peau. Cette confusion règne toujours parmi les Lappons, et un marié ne couche pas seulement avec sa femme le premier jour de ses noces, mais avec toute la famille généralement.
Nous fîmes le lendemain matin tuer chacun un rhenne, qui nous coûta deux écus,pour en rapporter la peau en France. Si je m'en étois retourné tout droit, j'aurois essayé d'en conduire quelquesuns en vie : il y a bien des gens qui l'ont tenté inutilement, et on en conduisit encore l'année passée trois ou quatre à Dantzic, où ils moururent, ne pouvant s'accoutumer en ces climats, qui sont trop chauds pour ces sortes d'animaux. Nous diiîérâmes à les tuer lorsque nous serions chez le prêtre, où nous le pouvions faire plus commodément; et après avoir pris deux ou trois de ces petits colliers qui servent à charger ces animaux, et d'autres pour les lier, nous nous remîmes en chemin, et iîmes passer le fleuve à nos rhennes, et arrivâmes le même jour samedi chez le prêtre des Lappons, où nous avions demeuré en passant.
Au moment même que nous y fûmes arrivés,
notre premier soin fut de tuer nos animaux. Les Lappons se servent de leur arc pour cela et d'une flèche pareille à celles dont ils tuent les grosses bêtes. Nous eûmes le plaisir de voir l'adresse avec laquelle ils dressèrent leur coup, et nous nous étonnâmes qu'une grosse bête comme un rhenne mourait si vite d'une blessure qui ne paroissoit pas considérable. Il est vrai que la flèche alla jusqu'à la moitié de la hampe; mais j'aurois cru qu'il auroit fallu une plaie plus dangereuse pour le faire mourir sitôt.
Hseret lateri lethalis arundo.
Nous fîmes écorcher nos bêtes le mieux que nous pûmes. Les Lappons s'emparèrent du sang, et nous leur en donnâmes la moitié d'une. Il est difficile de s'imaginer que deux hommes seuls aient pu manger la moitié d'un gros cerf, sans pain, sans sel et sans boire : c'est pourtant ce qui est trèsvéritable ; et nous avons vu cela avec un grand étonnement dans nos Lappons,
Nous remarquâmes que les rhennes n'ont point de fiel, mais seulement une petite tache noire dans le foie. La viande de cet animal est très-bonne et assez du goût de celle du cerf, mais plus relevée. La langue est un manger délicat, et les Lappons estiment fort la moelle. Il devient gras à la Saint- Michel, comme un porc; et c'est pour lors que les plus riches Lappons les tuent pour en faire des
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provisions pendant le reste de l'année. Ils font sécher la chair au froid, qui fait le même effet que le feu, et qui la dessèche en sorte qu'on peut facilement la conserver. Leur saloir est d'un tronc d'arbre creusé des mains de la nature, qu'ils ferment le mieux qu'ils peuvent pour empêcher les ours de le ravager.
Nous demeurâmes quelques jours chez le prêtre, pour attendre un Lappon qui passoit pour grand sorcier, et que nous avions envoyé cherchera quelques lieues de là par nos Lappons. Ils revinrent au bout de quelques jours, et firent tant pour gagner l'argent que nous leur avions promis s'ils l'amenoient, qu'au bout de trois jours nous les vîmes revenir avec notre sorcier, qu'ils avoient déterré dans le fond d'un bois. Nous voilà dans le même temps contens comme si nous tenions le diable par la queue, si je puis me servir de ce terme; et ce qui acheva de nous satisfaire, ce furent les promesses que notre enchanteur nous fit de nous dire bien des choses qui nous surprendroient. Nous nous mîmes aussitôt en chemin par les bois, par les rochers et par les marais. Où n'iroit-on pas pour voir le diable ici-bas? Nous fîmes plus de cinq lieues, par des chemins épouvantables sur lesquels nous rencontrions quantité de bêtes et d'oiseaux qui ne nous étoient point connus, et particulièrement des petits-gris. Ces petits-gris sont ce que nous appelons écureuils en France, qui changent leur couleur
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rousse lorsque l'hiver et les neiges leur en font prendre une grise. Plus ils sont avant vers le nord, et plus ils sont gris. Les Lappons leur font beaucoup la guerre pendant l'hiver, et leurs chiens sont si bien faits à cette chasse qu'ils n'en laissèrent passer aucun sans l'apercevoir sur les arbres les plus élevés, et avertir par leurs aboiemens les Lappons qui étoient avec nous. Nous en tuâmes quelques-uns à coups de fusil^ car les Lappons n'avoient pas pour lors leurs flèches rondes, avec lesquelles ils les assomment: et nous eiîmes le plaisir de les voir écorcher avec une vitesse et une propreté surprenantes. Ils commencent à faire la chasse au petitgris vers la Saint-Michel, et tous les Lappons généralement s'occupent à cet emploi; ce qui fait qu'ils sont à grand marché et qu'on en donne un timbre pour un écu : ce timbre est composé de quarante peaux. Mais il n'y a point de marchandise où l'on puisse être plus trompé qu'à ces petitsgris et aux hermines, parce que vous achetez la marchandise sans la voir et que la peau est retournée, en sorte que la fourrure est en dedans. Il n'y a point aussi de distinction à faire : toutes sont du même prix, et il faut prendre les méchantes comme les belles, qui ne coûtent pas plus les unes que les autres. Nous apprîmes avec nos Lappons une particularité surprenante touchant les petits-gris, et qui nous a été confirmée par notre expérience. On ne rencontre pas toujours de ces animaux dans une
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même quantité : ils changent bien souvent de pays, et l'on n'en trouvera pas un en tout un hiver, où l'année précédente on en aura trouvé des milliers. Ces animaux changent de contrée : lorsqu'ils veulent aller en un autre endroit, et qu'il faut passer quelque lac ou quelque rivière, qui se rencontrent à chaque pas dans la Lapponie, ces petits animaux prennent une écorce de pin ou de bouleau, qu'ils tirent sur le bord de l'eau, sur laquelle ils se mettent, et s'abandonnent ainsi au gré du vent, élevant leurs queues en forme de voiles, jusqu'à ce que le vent se faisant un peu fort et la vague élevée, elle renverse en même temps et le vaisseau et le pilote. Ce naufrage, qui est bien souvent de plus de trois ou quatre mille voiles, enrichit ordinairement quelques Lappons qui trouvent ces débris sur le rivage et les font servir à leur usage ordinaire, pourvu que ces petits animaux n'aient pas été trop longtemps sur le sable. Il y en a quantité qui font une navigation heureuse et qui arrivent à bon port, pourvu que le vent leur ait été favorable et qu'il n'ait point causé de tempête sur l'eau, qui ne doit pas être bien violente pour engloutir tous ces petits bâtimens. Cette particularité pourroit passer pour un conte, si je ne la tenois par ma propre expérience.
Après avoir marché assez longtemps, nous arrivâmes à la cabane de notre Lappon, qui étoit environnée de quantité d'autres qui appartenoient à
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ses camarades. Ce fut là que nous eûmes le plaisir d'apprendre ce que c'étoit que la Lapponie et les Lappons. Nous demeurâmes trois ou quatre jours chez eux, à observer toutes leurs manières, et à nous informer de quantité de choses qu'on ne peut apprendre que d'eux-mêmes. Premièrement, notre sorcier voulut nous tenir sa premesse. Nous conçûmes' quelque espérance d'apprendre une partie de ce que nous voulions savoir, quand nous vîmes qu'il avoit apporté avec lui son tambour, son marteau et son indice, qu'il tira de son sein, qui leur sert de pochette. Il se mit en état, par ses conjurations, d'appeler le diable; jamais un possédé ne s'est mis en tant de figures différentes que notre magicien. Il se frappoit la poitrine si rudement et si impitoyablement que les meurtrissures noires dont elle étoit couverte faisoient bien voir qu'il y alloit de bonne foi. Il ajouta à ces coups d'autres qui n'étoient pas moins rudes, qu'il se donnoit de son marteau dans le visage, en sorte que le sang ruisseloit de toutes parts. Le crin lui hérissa, ses yeux se tournèrent, tout son visage devint bleu, il se laissa tomber plusieurs fois dans le feu, et il ne put jamais nous dire les choses que nous lui demandions. Il est vrai qu'à moins d'être parfaitement sorcier, il eût été assez difficile de nous donner les marques que nous lui pioposions. Je voulois avoir quelque preuve certaine de France en hiver, de la légation de son démon, et c'étoit là l'écueil de tous
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les sorciers que nous avions consultés. Celui-ci, qui étoit connu pour habile homme, nous assura qu'il avoit eu autrefois assez de pouvoir pour faire ce que nous voulions; que son génie pourtant n'avoit jamais été plus loin que Stockolm, et qu'il y en avoit peu qui pussent aller plus loin; mais que le diable commençoit présentement à le quitter depuis qu'il avançoit sur l'âge et qu'il perdoit ses dents. Cette particularité m'étonna; je m'en informai plus particulièrement, et j'appris qu'elle étoit très-véritable, et que le pouvoir des plus savants sorciers diminuoit à mesure que leurs dents tomboient; et je conclus que, pour être bon sorcier, il falloit tenir le diable par les dents et que l'on ne le prenoit bien que par là. Notre homme, voyant que nous le poussions à bout par nos demandes, nous promit qu'avec de l'eau-de-vie il nous diroit quelque chose de surprenant. Il la prit et regarda plusieurs fois attentivement, après avoir fait quantité de figures et d'évocations. Mais il ne nous dit que des choses fort ordinaires et qu'on pouvoit aisément assurer sans être grand sorcier. Tout cela me fit tirer une conséquence qui est très-véritable : que tous ces gens-là sont plus superstitieux que sorciers, et qu'ils croient facilement aux fables que l'on leur fait de leurs prédécesseurs, qu'on disoit avoir grand commerce avec le diable. Il s'est pu faire, monsieur, qu'il y ait eu véritablement quelques sorciers autrefois parmi eux, lorsque les Lappons étoieni
tous ensevelis dans les erreurs du paganisme; mais présentement je crois qu'il seroit difficile d'en trouver un qui sût bien son métier. Quand nous vîmes que nous ne pouvions rien tirer de notre Lappon, nous prîmes plaisir à l'enivrer; et cette absence de raison, qu'il souffrit pendant trois ou quatre jours, nous donna facilité de lui enlever tous ses instrumens de magie : nous prîmes son tambour, son marteau et son indice, qui étoit composé de quantité de bagues et de plusieurs morceaux de cuivre, qui représentoient quelques figures infernales ou quelques caractères liés ensemble avec une chaîne de même métal. Et lorsque, deux ou trois jours après, nous fûmes sur le point de partir, il nous vint demander toutes ses dépouilles, et s'informoit à chacun en particulier s'il ne les avoit point vues. Nous lui dîmes, pour réponse, qu'il pouvoit le savoir et qu'il ne lui étoit pas difficile de connoître le receleur s'il étoit sorcier.
Nous quittâmes celui-ci pour aller chez d'autres apprendre et voir quelque chose de leurs manières. Nous entrâmes premièrement dans une cabane, où nous trouvâmes trois ou quatre femmes, dont il y en avoit une toute nue, qui donnoit à teter à un petit enfant qui étoit aussi tout nu. Son berceau étoit au bout de la cabane, suspendu en l'air : ce berceau étoit fait d'un arbre creusé et plein d'une mousse fine qui lui servoit de linge, de matelas et de couverture ; deux petits cercles d'osier couvroient
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le dessus du berceau, sur lesquels étoit un méchant morceau de drap. Cette femme nue, après avoir lavé son enfant dans un chaudron plein d'eau chaude, le remit dans son berceau; et le chien, qui étoit dressé à bercer l'enfant, vint mettre ses deux pattes de devant sur le berceau, et donnoit le même mouvement que donne une femme. L'habit des femmes n'est presque point différent de celui des hommes; il est de même waldmar, et la ceinture est plus large : elle est garnie de lames d'étain qui tiennent toute sa largeur, et diffère de celle des hommes en ce que celle-ci n'est marquée que de petites plaques de même métal mises l'une après l'autre. A cette ceinture pend une gaîne garnie d'un couteau; la gaîne est ornée de fils d'étain : on y voit aussi une bourse garnie de même, dans laquelle ils mettent un fusil pour faire du feu, et tout ce qu'ils ont de plus précieux; c'est aussi là l'endroit où pendent leurs aiguilles, attachées à un morceau de cuir et couvertes d'un morceau de cuivre qu'elles poussent par-dessus. Tous ces ajustemens sont ornés, par en bas, de quantité d'anneaux aussi de cuivre , de plusieurs grosseurs, dont le bruit et le son les divertit extrêmement, et elles croient que ces ornemens servent beaucoup à relever leur beauté naturelle. Mais peut-être, monsieur, qu'en parlant de beauté, vous aurez la curiosité de savoir s'il se trouve de jolies Lapponnes. A cela je vous répondrai que la na-
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ture, qui se plaît à faire naître des mines d'argent et d'autre métal dans les pays septentrionaux les plus éloignés du soleil, se divertit aussi quelquefois à former des beautés qui sont supportables dans ces mêmes pays. Il est pourtant toujours vrai que ces sortes de personnes qui surpassent les autres par leur beauté sont toujours des beautés lapponnes et qui ne peuvent passer pour telles que dans la Lapponie. Mais, parlant en général, il est constant que tous les Lappons et les Lapponnes sont extrêmement laids et qu'ils ressemblent aux singes : on ne sauroit leur donner une comparaison plus juste. Leur visage est carré, les joues extrêmement élevées, le reste du visage très-étroit, et la bouche se coupe depuis une oreille jusqu'à l'autre. Voilà^ en peu de mots, la description de tous les Lappons. Leurs habits, comme j'ai dit, sont de waldmar. Le bonnet des hommes est fait d'ordinaire d'une peau de lonnij comme je l'ai décrit ailleurs, ou bien de quelque autre oiseau écorché. La coiffure des femmes est d'un morceau de drap ; et les plus riches couvrent leur tête d'une peau de renard, de martre ou de quelque autre bête. Elles ne se servent point de bas; mais elles ont, seulement pendant l'hiver, une paire de bottes de cuir de rhenne, et mettent par-dessus des souliers qui sont semblables à ceux des hommes, c'est-à-dire d'un simple cuir qui entoure le pied et qui s'élève en pointe sur le devant : on y laisse un trou pour
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les pouvoir mettre dans le pied, et ils les nouent, au-dessus de la cheville, d'une longue corde faite de laine, cjui fait cinq ou six tours; et afin que leurs chaussures ne soient point lâches et qu'ils aient plus de commodité pour marcher, ils emplissent leurs souliers de foin qu'ils font bouillir tout exprès pour cela et qui croît en abondance dans toute la Lapponie. Leurs gants sont faits de peaux de rhennes, qu'ils distinguent en compartimens d'un autre cuir plus blanc, cousu et appliqué sur le gant. Ils sont faits comme des mitaines, sans distinction de doigts ; et les plus beaux sont garnis par en bas d'une peau de loom. Les femmes ont un ornement .particulier, qu'ils appellent kraca, fait d'un morceau de drap rouge, ou d'une autre couleur, qui leur entoure le cou comme un collet de jésuite, et vient descendre sur l'estomac et finit en pointe. Ce drap est orné de ce qu'ils ont de plus précieux; le cou est plein de plusieurs plaques d'étain, mais le devant de l'estomac est garni de choses rares parmi eux. Les riches y mettent des boutons et des plaques d'argent, les plus belles qu'ils peuvent trouver, et les pauvres se contentent d'y mettre de l'étain et du cuivre, suivant leurs facultés. Nous nous informâmes encore chez ces gens-là de toutes les choses que nous avions apprises des autres, qu'ils nous confirmèrent toutes ; et ce qu'ils nous dirent de plus particulier, je l'ai porté à l'endroit où j'en ai parlé, que j'ai augmenté de ce qu'ils m'ont dit.
Mais nous voulûmes être instruits de tous les animaux à quatre pieds qui vivoient dans ce pays, et ils nous en apprirent les particularités suivantes :
Ils nous assurèrent premièrement qu'il régnoit quelquefois dans leur pays des vents si impétueux qu'ils enlevoient tout ce qu'ils rencontroient. Les maisons les plus fortes ne leur peuvent résister, et ils entraînent même si loin les troupeaux des bêtes, lorsqu'ils sont sur le sommet des montagnes, qu'on ne sait bien souvent ce qu'ils deviennent. Les ouragans font élever en été une telle quantité de sable, qu'ils apportent du côté de la Norwége, qu'ils ôtent si fort l'usage de la vue qu'on ne sauroit voir à deux pas de soi; et l'hiver, ils font voler une telle abondance de neige qu'elle ensevelit les cabanes et les troupeaux entiers. Les Lappons qui sont surpris en chemin de ces tempêtes n'ont point d'autre moyen, pour s'en garantir, que de renverser leur traîneau par-dessus eux et de demeurer en cette posture tout le temps que dure l'orage; les autres se retirent dans les trous des montagnes, avec tout ce qu'ils peuvent emporter avec eux, et demeurent dans ces cavernes jusqu'à ce que la tempête, qui durera quelquefois huit ou quinze jours, soit tout à fait passée.
De tous les animaux de la Lapponie, il n'y en a point de si commun que le rhenne, dont j'ai fait aussi la description assez au long. La nature, comme •une bonne mère, a pourvu à des pays aussi froids
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que sont ceux du septentrion, en leur donnant quantité d'animaux propres pour faire des fourrures, pour s'en servir contre les rigueurs excessives de l'hiver, qui dure presque toujours. Entre tous ceux dont les peaux sont estimées pour la chaleur, les ours et les loups tiennent le premier rang. Les premiers sont fort communs dans le septentrion; les Lappons les appellent les rois des forêts. Quoiqu'ils soient presque tous d'une couleur rousse, il s'en rencontre néanmoins très-souvent de blancs; et il n'y a point d'animal à qui le Lappon fasse une guerre plus cruelle pour avoir sa peau et sa chair, qu'il estime par-dessus tout, à cause de sa délicatesse. J'en ai mangé quelquefois, mais je la trouve extrêmement fade. La chasse des ours est l'action la plus solennelle que fassent les Lappons. Rien n'est plus glorieux parmi eux que de tuer un ours, et ils en portent les marques dessus eux ; en sorte qu'il est aisé de voir combien un Lappon aura tué d'ours en sa vie, par le poil qu'il en porte en différens endroits de son bonnet. Celui qui a fait la découverte de quelque ours va avertir tous ses compagnons, et celui d'entre eux qu'ils croient le plus grand sorcier joue du tambour pour apprendre si la chasse doit être heureuse et par quel côté l'on doit attaquer la bête. Quand cette cérémonie est faite, on marche contre l'animal; celui qui sait l'endroit va le premier et mène les autres, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à la tanière de l'ours.
Là, ils le surprennent le plus vite qu'ils peuvent, et avec des arcs, des flèches, des lances, des bâtons et des fusils, ils le tuent. Pendant qu'ils attaquent la bête, ils chantent tous une chanson en ces termes : Kihelis pourra, Kihelis iiscada soubi jalla jeitti. « Ils « rendent grâce à l'ours qu'il ne leur fasse au- « cun mal, et qu'il ne rompe pas les lances et les « armes dont ils se servent contre lui. » Quand ils l'ont tué, ils le mettent dans un traîneau pour le porter à la cabane, et le rhenne qui a servi à le traîner est exempt pendant toute l'année du travail de ce traîneau ; et Ton doit aussi faire en sorte qu'il s'abstienne d'approcher aucune femelle. L'on fait une cabane tout exprès pour faire cuire l'ours, qui ne sert qu'à cela, où tous les chasseurs se trouvent avec leurs femmes, et recommencent des chansons de joie et de remercîment à la bête, de ce qu'ils sont revenus sans accident. Lorsque la viande est cuite, on la divise entre les hommes et les femmes, qui ne peuvent manger des parties postérieures, mais on leur donne toujours des antérieures. Toute la journée se passe en divertissemens; mais il faut remarquer que tous ceux qui ont aidé à prendre l'ours ne peuvent approcher de leurs femmes de trois jours, au bout desquels il faut qu'ils se baignent pour être purifiés. J'avois oublié de marquer que, lorsque l'ours est arrivé près de la cabane, on ne le fait pas entrer par la porte, mais on le coupe en morceaux et on le jette par le
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trou qui fait passage à la fumée, afin que cela paroisse envoyé et descendu du ciel. Ils en font de même lorsqu'ils reviennent des autres chasses. Il n'y a rien qu'un Lappon estime plus que d'avoir assisté à la mort d'un ours, et il en fait gloire pendant toute sa vie. Une peau d'ours se vend ordinairement...
Les loups sont presque tous gris blanc; il s'en trouve de blancs, et les rhennes n'ont point de plus mortels ennemis. Ils les évitent en fuyant; mais lorsqu'ils sont surpris de leurs adversaires, ils se défendent contre eux des pieds de devant, dont ils sont extrêmement puissans, et de leurs bois lorsqu'ils sont assez forts pour soutenir le choc : car les rhennes changent tous les ans de bois, et lorsqu'il est nouveau ils ne peuvent s'en servir. Pour empêcher que les loups n'attaquent les rhennes, les Lappons les tiennent à quelque arbre, et il est fort rare qu'ils soient pour lors attaqués; car le loup, qui est un animal fort soupçonneux, appréhende qu'il n'y ait quelque piège tendu, et qu'on ne se serve de ce moyen pour l'y attirer. Une peau de loup peut valoir..., et il y a peu de personnes, même des grands seigneurs en Suède, qui n'en aient des habits fourrés, et ils ne trouvent rien de meilleur contre le froid.
Les renards abondent dans toute la Lapponie ; ils sont presque tous blancs, quoiqu'il s'en rencontre de la couleur ordinaire. Les blancs sont les
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moins estimés; mais il s'en trouve quelquefois de noirs, et ceux-là sont les plus rares et les plus chers. Leurs peaux sont quelquefois vendues quarante ou cinquante écus, et le poil en est si fin et si long qu'il pend de quel côté l'on veut; en sorte qu'en prenant la peau par la queue, le poil tombe du côté des oreilles et se couche vers la tête. Tous les princes moscovites et les grands de ce pays recherchent avec soin des fourrures de ces peaux, et après les zibelines, elles sont les plus estimées. Mais puisque j'ai parlé de zibelines, il faut que je vous dise ce que j'en sais. Ce que nous appelons zibeline, on l'appelle ailleurs zabel. Cet animal est de la grosseur de la fouine, et diffère de la martre en ce qu'il est beaucoup plus petit et qu'il a les poils plus longs et plus fins. Les véritables zibelines sont damassées de noir, et se prennent en Moscovie et en Tartarie : il s'en trouve peu en Lapponie. Plus la couleur du poil est noire et plus elle est recherchée, et vaudra quelquefois soixante écus, quoique sa peau n'ait que quatre doigts de largeur. On en a vu de blanches ou grises, et le grand-duc de Moscovie en a fait présent, par ses ambassadeurs, au roi de Suède, comme de peaux extrêmement précieuses. Les martres approchent plus des zibelines que toutes les autres bêtes : elles imitent assez la finesse et la longueur du poil; mais elles sont beaucoup plus grandes. J'en ai rencontré de la grosseur d'un chat, et il y a peu de
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pays où elles soient plus fréquentes qu'en Lapponie. Sa peau coûte une rixdale, et celles qui ont le dessus de la gorge cendré sont plus estimées que celles qui l'ont blanc. Cet animal fait un grand carnage de petits-gris , dont il est extrêmement friand, et les attrape à la course sans grande difficulté ; il ne se nourrit pas seulement d'écureuils, il donne aussi la chasse aux oiseaux, et, montant sur le sommet des arbres, il attend qu'ils soient endormis pour se jeter dessus et les dévorer. S'ils sont assez forts pour s'envoler, ils s'abandonnent dans l'air avec la martre, qui a ses griffes aussi fortes et aussi pointues qu'aucun autre animal et se tient dessus le dos de l'oiseau et le mord en volant jusqu'à ce qu'enfin il tombe mort. Cette chute est bien souvent aussi funeste à la martre qu'à l'oiseau; et lorsqu'il s'est élevé bien haut dans l'air, la martre tombe bien souvent sur les rochers, où elle est brisée et n'a pas un meilleur sort que l'autre.
J'ai parlé ailleurs des jarts en suédois, et gulones en latin, au sujet des rhennes, qu'ils fendent en deux. Cet animal est de la grosseur d'un chien ; sa couleur est noir brun et on compare sa peau à celle des zibelines : elle est damassée et fort précieuse.
La quantité des poissons de la Lapponie fait qu'on y rencontre aussi beaucoup de castors, que les Suédois appellent baver, et qui se plaisent fort dans ces lieux, où le bruit de ceux qui voyagent ne
trouble point leur repos. Mais le véritable endroit pour les trouver, c'est dans la province de Kimi et en Kusselande. Les rognons de castor servent contre quantité de maladies. Tout le monde assure qu'il n'y a rien de plus souverain contre la peste que d'en prendre tous les matins; cela chasse le mauvais air et entre dans les plus souveraines compositions. Olaus, grand prêtre de la province dePitha, m'en a fait présent, à Torno, de la moitié d'un, et m'a assuré qu'il ne se servoit point d'autre chose pour ses meilleurs remèdes. Il étoit fort habile en pharmacie. Il m'assura de plus qu'il tiroit une huile de la queue du même animal, et qu'il n'y avoit rien au monde de plus souverain.
Il se voit aussi un nombre très-considérable d'hermines en Lapponie, que les Suédois appellent lekat. Cet animal est de la grosseur d'un gros rat, mais une fois aussi long. Il ne garde pas toujours sa couleur; car l'été il est un peu roux, et l'hiver il change de poil et devient aussi blanc que nous le voyons. Ils ont la queue aussi longue que le corps, qui finit en une petite pointe noire comme de l'encre; en sorte qu'il est difficile de voir un animal qui soit et plus blanc et plus noir. Une peau d'hermine coûte quatre ou cinq sous. La chair de cet animal sent très-mauvais, et il se nourrit de petitsgris et de rats de montagne. Ce petit animal, tout à fait inconnu ailleurs et fort singulier, comme vous allez voir, se trouve quelquefois en si grande abon-