‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 132 sur 144 · ANCIENNE TYR · texte numérisé non relu

ANCIENNE TYR

plus rebâtie ; et quand on te cherchera on ne te trouvera plus à jamais.» (Ezéch. xxvi. 4, 12. 21. ) La chute de la Tyr insulaire n'a pas été moins remarquable. Alexandre-le-Grand s'était rendu maître de toute la Syrie et d'une partie de la Phénicie; Tyr seule ( la ville insulaire ) offrait une résistance obstinée à ses armes victorieuses. Irrité de l'inutilité de ses efforts pour s'en emparer par mer, il conçut le hardi projet de combler le détroit qui la séparait du continent; ce qu'il exécuta en enfonçant de grosses poutres dans l'eau, et en comblant l'intervalle par d'immenses blocs de pierre. Les ruines de l'ancienne ville lui offraient des matériaux tout prêts pour cela *. L'ouvrage entier fut ensuite recouvert de terre f. Sur ce môle factice, il établit des béliers et autres machines de guerre alors en usage. Mais il s'en fallut néanmoins, même après cela, que le succès couronnât immédiatement son entreprise. Ce fut seulement après sept mois d'un siège rigoureux, que

* Magna vis saxorum ad manum erat, Tyro velere praebente. (Quint. Cure. I. iv, c. 9.)

f « Ils mettront tes pierres et ton bois et ta poussière au milieu (tes eaux. — Je raclerai aussi sa poussière et la rendra semblable à une pierre sèche. » (Ezech. i, 12, 21, xxvi.

leshabitans, à la fois attaqués parterre et par mer et le feu ayant été mis à la ville, se rendirent au roi de Macédoine*. Tyr recouvra, dans la suite, son importance commerciale, et fut, sous les successeurs d'Alexandre, et même après la conquête des Romains, une ville très-florissante. L'empereur Adrien en répara les fortifications, et, après en avoir fait la capitale d'une province, il lui accorda les privilèges de colonie romaine. De la domination de Rome, elle passa sous le joug des Sarrasins, qui la conservèrent longtemps. En 112i, après cinq mois de siège, elle fut prise par les Croisés, qui furent obligés, à leur tour, de la rendre aux Mamelucs d'Egypte, en 1289. La ville avant alors été détruite afin que les chrétiens ne pussent désormais s'y établir, les habitans se retirèrent à Acre. Elle reste encore aujourd'ui à peu près dans le même état qu'au moment où elle fut abandonnée, si ce n'est, toutefois, qu'elle s'est augmentée d'une centaine de maisons en pierres, qui

* 332 a. C. «Parce qu'elle a élevé de forts remparts; qu'elle a fait des monceaux d'argent comme on en ferait de poussière, et des monceaux d'or comme on en fait de la boue qui est dans les rues , le Seigneur va dépouiller cette ville de tout ce qu'elle possède; il détruira la force qu'elle lirait de la mer ; elle sera dévorée par le feu. » (Zach. u.)

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occupent au nord de la Péninsule, un petit espace contigu au port. Ce dernier est un bassin étroit, de forme circulaire, aujourd'hui entièrement obstrué par les sables et par des fûts de colonnes qui laissent à peine un passage libre pour les petites barques. A l'entrée, s'élevaient deux tours entre lesquelles on tendait vraisemblablement une chaîne. Le petit nombre de bateaux pêcheurs qui appartiennent aux habitans sont abrités par des rochers situés à Poccidentde l'île. A. la vue de leurs filets étendus à Tair pour sécher, je fus vivement frappé du triste accomplissement de cette partie de la prophétie concernant Tyr, où il est dit : « Je la rendrai comme un rocher sec et luisant; elle deviendra au milieu de la mer pour servir à sécher les rets. » ( Ezéch. xxvi, 5. ) On voit encore quelques restes du double mur qui entourait l'île, et qui témoignent de la solidité des anciennes fortications. * 11 n'existait qu'une seule porte qui ouvrait sur l'isthme. De ce côté, l'île était défendue par un triple mur. L'isthme est si complètement recouvert par les sables que la mer y a déposés de chaque côté, qu'il serait impossible à

* Josué l'appelle a la ville forle de Tyr, » et dans un autre endroit « la forteresse de Tvr. »

-quiconque ignorerait l'histoire de Tvr, de supposer qu'elle est l'ouvrage de l'homme. La péninsule a environ un mille de longueur et un demi-mille de largeur. Toute la surface est couverte d'anciennes fondations de bàtimens qui pour la plupart ne sont aujourd'hui que des ruines. Dans la partie occidentale, où le terrain est un peu moins élevé qu'ailleurs, se trouve la citadelle moderne, qui occupe vraisemblablement la place de l'ancienne. A l'orient, sont les restes d'une église gothique. Comme les chrétiens avaient coutume, en manière d'expiation, de consacrer les temples païens au culte du vrai Dieu, il pourrait bien se faire que cette église eût été bâtie sur l'emplacement et avec les matériaux soit de l'ancien temple de Jupiter Olympien, détruit par Constantiu-le -Grand, soit de celui d'Hercule, que les Tvriens honoraient d'une manière toute particulière. L'intérieur est divisé en trois ailes séparées par un rang de colonnes de granit A l'extrémité de chacune des deux branches de la croix était une tour où l'on montait par un escalier en spirale qui existe encore en entier. C'est là vraisemblablement la cathédrale dont parle Eusèbe, et que cet écrivain appelle le plus beau temple de la Phénicie. Guillaume

de Tyr en fut le premier archevêque. Ce siège relevait du patriarche d'Anlioche ; il avait, sous sa dépendance, quatorze évoques suûïagans \ C'est là que fut enterré Frédéric I, surnommé Barberoussc, qui mourut en 1199. Tyr fut le lieu de naissance et le séjour de plusieurs personnages célèbres dans l'histoire. Hiram, l'un de ses rois, était l'ami de David et Salomon. 11 contribua à la construction du grand Temple en envoyant à Jérusalem des cèdres du Liban, de l'or et des ouvriers. Il est probable qu'en reconnaissance de ce service, Salomon répara les réservoirs et l'aqueduc de Tyr, qui porte aujourd'hui son nom. Plusieurs conciles et divers synodes se sont tenus dans celte ville. Le plus important fut celui qui condamna les hérésies d'Athanase. Les indigènes ne la connaissent aujourd'hui que par son ancien nom de Tsur f, sans se douter toutefois de l'origine classique de ce nom, dont les Grecs ont fait par corruption Tyrus, et les Romains Sarra. J'étais ennuyé de les voir s'attrouper autour de moi partout où j'allais, et si mécontent de leur

* Ce fut peut-être à celle époque que les prédictions les plus favorables des prophèies reçurent leur accomplissement, t Voyez Appendice, n" 32.

refus de me procurer un logement quelque peu décent, que je quittai brusquement la ville. Leur manque d'hospitalité à mon égard avait sans doute pour cause les doutes qu'ils avaient conçus sur mon véritable caractère, en me voyant prendre des notes pendant que je visitais les ruines.

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