CHAPITRE PREMIER
Inlroductiou. — Noms, divisions et limites de la Terre-Sainte.
Après avoir achevé de visiter la Grèce et l'Egypte, ces deux pays si intéressans qui furent le berceau et la patrie des arls et des sciences, ainsi que de ces sages institutions dont les bienfaits sont aujourd'hui communs à toutes les nalions civilisées, j'eus le désir de visiter également la terre d'Israël , seule contrée de l'univers où le cujle du vrai Dieu se soit perpétué pendant près de trois mille .ans; la Terre-Sainte en un mot, berceau de celle religion
qui « dans sa pureté et telle que son divin Auteur c. 1
l'a enseignée par la parole et ses apôtres dans l'Evangile, » est si bien faite pour répandre le bonheur universel, améliorer la condition des hommes et perfectionner la nature humaine *.
La Terre-Sainte a reçu à diverses époques différens noms -j- qu'elle dut, soit à ses habitans, soit aux événemens extraordinaires qui se rattachent à son histoire. Dans l'Ecriture, elle est plus particulièrement appelée :
1° Terre i>e Chanaan, du nom de Chanaan le plus jeune des fils de Ham et petit-fils de Noé, qui s'y établit après la chute de Babel et partagea le pays entre ses onze enfans, lesquels furent la souche d'autant de tribus nombreuses, qui formèrent dans la suite une nation distincte. (Gen. x, 15 et suiv.)
2° Terre d'Israel§, parce que les Israélites ou postérité de Jacob vinrent s'y fixer.
* Voyez Appendice, no 1.
•f- L'auteur croit qu'il n'est pas inutile ici de rappeler succinctement à la mémoire de quelques uns de ses lecteurs les noms, divisions et limites des contrées dont il se propose de parler. Dans ce résumé rapide, il s'est aidé de l'autorité du Rev. Th. Hartwell Horn, auteur d'un ouvrage intitulé : « Introduction à l'étude critique et à la connaissance des Saintes Écritures. »
§ Les Juifs divisaient anciennement le monde en deux par-
3° Terre de Jéhova, ou Terre du Seigneur. (Voy. Os. ix, 3.-Deut. xxx, 20.-et le Lév. xxv, 23)
4° Terre Promise, parce que Dieu avait promis à Abraham que ses descendans la posséderaient; et comme ils étaient Hébreux, le pays qu'ils habitèrent s'appela Terre des Hébreux *.
5° Terre-Sainte, nom que lui donnent aujourd'hui les chrétiens, parce que Dieu la choisit pour être le siège immédiat de son culte; qu'elle fut sanctifiée par la présence, par les actions, par les miracles, par les prédications et par les souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ, et qu'elle fut la patrie des patriarches, des prophètes et des apôtres.
6° Terre de Judée. Sous cette dénomination, on ne comprit d'abord que cette portion du pays qui était tombée en partage à la tribu de Juda. Mais il parait que plus tard, lorsque cette tribu eut surpassé les
lies, la « terre d'Israël » et la «terre hors d'Israël , » c'est-àdire les pays habités par les « peuples idolâtres » ou gentils.
* Ainsi appelés, du nom d'Abraham surnommé l'Hébreu, qui traversa l'Euphrale pour venir dans la terre de Chanaan. Après leur sortie d'Egypte, on les appela généralement Israélites. Le nom de juifs leur lut donné à leur retour de la captivité de Babylonne, à cause de la tribu de Juda, la plus considérable des douze.
;mlres en puissance, tout le royaume d'Israël prit le nom de Juda ou Judée. Après la séparation des douze tribus, les provinces habitées par les tribus de Juda et de Benjamin formèrent un état séparé qu'on appela * Terre de .luda » ou Judée, nom que tout le pays conserva pendant l'existence du second Temple et durant la domination romaine.
7° Le nom de Palestine, qui parait avoir été celui de la Terre-Sainte au temps de Moïse, lui vient des Philistins, peuple sorti de l'Egypte, qui, après avoir expulsé les aborigènes, s'établit sur les bords de la Méditerranée, où il devint si puissant, qu'il donna son nom à tout le pays, bien que, par le fait, il n'en possédât qu'une petite partie.
On a assigné diverses Limites à la Terre-Sainte ; mais il parait, d'après les cartes les plus récentes et les plus exactes, que son étendue était d'à peu près deux cents milles, et sa largeur, vers le centre, d'environ quatre-vingts ou quatre-vingt-dix milles, selon qu'elle s'étend ou se resserre plus ou moins.
Selon l'alliance faite avec Abraham, la donation de la terre promise comprenait originairement tout le pays situé * depuis le fleuve de l'Egypte jusqu'au grand fleuve de l'Euphrales.i Ses limites précises,
telles que Dieu les traça à Moïse, sont indiquées dans la Genèse (xv, 18) avec toute l'exactitude d'un témoin oculaire. Toutefois, les Israélites ne furent pas immédiatement mis en possession de celte contrée. La promesse du Seigneur ne se réalisa entièrement que sous le règne de Salomon. Lorsque les Israélites se furent rendus maîtres du pays de Chanaan, Josué le divisa en douze parts, que les tribus tirèrent au sort, selon leurs familles. Dans ce partage, les descendau» d'Ephraïm et de iManassé, tous deux fils de Joseph, et que Jacob avait adoptés, reçurent leurs lots comme tribus distinctes. Le pays situé « au septentrion » fut assigné aux tribus d'Aser, de IVepblali, de Zabulon et dissachar ; le « centre » à celle d'Ephraïm et à la moitié de celle de iManassé ; le « midi » à celles de Juda, de Benjamin, de Dan et de Siméon ; et les « contrées au-delà du Jourdain. » dont les Israélites s'étaient d'abord rendus maîtres avant d'avoir conquis tout le pays de Chanaan. furent assignées aux tribus de Ruben, de Gad et à l'autre moitié de celle de Manassé. La tribu de Ruben eut le midi; celle de Gad, le centre; et la demi-tribu de Manassé, les districts du nord. La tribu de Lévi. qui. par le fait, formait une treizième tribu ; ne possédait pas de
terres; mais d'après le commandement de Dieu, on assigna aux Lévites, qui étaient chargés du service des autels, la dîme et les prémices des biens de leurs frères, avec exemption de toute espèce d'obligations civiles.
La seconde division remarquable de la Terre-Sainte est celle qui fut faite par Salomon. Ce monarque partagea le royaume qu'il avait reçu de David son père , en douze provinces ou districts , placées chacune sous un gouverneur particulier. Ses états étaient bornés à « l'orient, » par l'Euphrates; à «Poccideut, » du côté de la Méditerranée, par le pays des Philistins, et au « midi, » par l'Egypte. 11 avait conséquemment pour tributaires les royaumes de Syrie, de Damas, de Moab et d'Ammon, et parait avoir ainsi possédé tout le pays que Dieu avait promis à Abraham de donner à sa postérité. Mais ce ne fut là qu'une « brillante parenthèse » dans la page historique des Israélites. Après la mort de Salomon, dix tribus se révoltèrent contre son fils Roboam, et constituèrent, sous Jéroboam, un état séparé appelé Royaume d'Israël. Les deux tribus de Benjamin et de Juda, restées fidèles à Roboam, formèrent le Royaume j>e Juda. Ce royaume comprenait toute la
partie méridionale échue en partage à ces deux tribus, ainsi que toutes les portions du territoire de Dan et de Siméon , qui se trouvaient enclavées dans celui de Juda. Jérusalem, située dans le tribu de Benjamin, en était la métropole ou ville royale. Le royaume d'Israël se composait de toutes les provinces du nord et du centre, habitées par les dix autres tribus, et avait pour capitale la ville de Samarie, dans la tribu d'Ephraïm. Mais cette division, après avoir duré deux cent cinquante-quatre ans, cessa à l'époque de la conquête du royaume d'Israël par Salmanazar, roi d'Assyrie.
La Terre-Sainte passa successivement de la domination des rois de Syrie sous celle des Grecs et des Romains. Au temps de Jésus-Christ, elle était divisée en cinq provinces distinctes, savoir : la Galilée, la Samarie, la Judée, la Pérée et l'Idumée.
La Galilée comprenait le pays primitivement habité par les tribus d'issacbar, de Nephtali, d'Aser et par la moitié de celle de Dan. On la divisait en haute et basse Galilée.
La Samarie se composait du territoire originairement occupé par les deux tribus d'Ephraïm et de
Manassé , et qui était situé en deçà du Jourdain; exactement entre la Judée et la Galilée.
La Judée comprenait les terres qui appartenaient autrefois aux tribus de Juda, deBenjamin,de Siméon et à l'autre moitié de celle de Dan. Elle avait à peu près la même étendue que l'ancien royaume de Juda.
Le district de Pérée se composait des six cantons d'Abilène, de Trachonite, d'Ilurée, de Gaulonite, de Bacthanée et de Pérée proprement dite. Quelques géographes y ajoutent un cinquième canton, celui de Décapole.
L'Idumée fut incorporée à la Palestine sous les Romains. Elle comprenait la partie la plus méridionale de la Judée, ainsi qu'une portion de l'Arabie.
Sous les Romains, la Palestine était une dépendance du gouvernement de Syrie, et fut, vers le commencement du quinzième siècle, divisée en trois provinces, savoir :
1° Palœstina Prima, qui comprenait les anciens royaumes de Juda et de Samarie.
2* Palœstina Secunda, qui renfermait les aucien.*s districts de Galilée et de Trachonite.
3° Palœstina Tertia ou Salutaris, qui compi-eoait V ancienne Pérée et l'Idumée.
Dans les divisions modeunes de celte partie de l'empire Ottoman, la Palestine n'a pas formé un état séparé ; mais elle a toujours été incorporée au pays de Sham, autrement appelé Syrie. Cette dernière province a jusqu'à présent été divisée en pachalicks ou gouvernemens, qui sont ceux d'Acre, de Tripoli, d'Alep et de Damas. Mais comme leur étendue augmentait ou diminuait selon le plus ou moins de puissance des pachas respectifs qui les gouvernaient , les limites n'en n'ont jamais été fixées d'une manière précise *.
* Depuis que les troupes du vice-roi d'Egypte ont pris pos session de cette province (en 1833), elle a été partagée en moudirlicks ou gouvernemens , placés sous le commandement de généraux de division. Mais la circonscription de ces vioudiriicks est tellement provisoire, qu'il serait inutile d en parler ici.