‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 51 sur 144 · GROTTE DE JÉRÉMIE · texte numérisé non relu

GROTTE DE JÉRÉMIE

espèce d'ancienne carrière, dont l'entrée, aujourd'hui murée, se trouve au midi. On prétend que cest la grotte d'où le prophète Jérémie fit entendre ses Lamentations. Les Turcs la possèdent seuls, et la garde en est confiée à un dervis qui demeure dans un petite hutte contiguë. Les chrétiens n'y sont pas admis. Je pris une Bible, guide à la fois le plus sûr et le plus instructif dans ces lieux, et l'ouvrant à l'endroit où se trouvent les sublimes inspirations du prophète , je lus : « Comment cette ville, autrefois si pleine de peuple, est-elle maintenant si solitaire? Celle qui était si grande entre les nations est devenue comme veuve; la reine des provinces a été assujettie au tribut. » «Toutes ses portes sont désolées. » «Sa beauté s'est évanouie.» « Ses abords sont couverts d'immondices.» Sans trop savoir ce que je faisais, je regardai autour de moi, cherchant des yeux celui dont je croyais entendre la voix. Pas une seule créature humaine ne s'ofTrit à ma vue ! Je fus saisi d'un frisson subit, en songeant que là, à mes cotés, était un Etre Tout-Puissant, mais invisible, qui, en communiquant sa préscience à un homme méprisé de tous, l'avait mis à même de peindre fidèlement, et, pour ainsi dire à la lettre, le sort futur d'une

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ville qui , au temps de la prophétie, possédait tous les élémens d'une immense prospérité!

Nous revînmes ensuite sur la route de Damas. A environ un demi-mille de la porte de ce nom, nous trouvâmes d'anciens tombeaux que notre guide appela les « Sépulcres des Rois. » On y descend par une pente qui aboutit à une cour spacieuse et découverte. Cette cour est creusée de plusieurs pieds dans le roc même et ressemble à une carrière ou sablière. Le coté de l'ouest est uni et taillé en forme de portique. L'entablement et les corniches, d'un travail exquis , sont ornés de fruits, de fleurs, etc. A gauche ou dans le côté sud de ce portique, qui ne paraît être là que comme ornement, est une porte basse et étroite qui ouvre sur un vestibule de dix à douze pieds en carré sur six de hauteur. De ce vestibule partent des corridors qui conduisent à cinq ou six chambres funèbres, dans les murs et le pavé desquelles on a pratiqué des niches de dimensions et de formes diverses pour y placer les morts. Chacune de ces chambres parait avoir été fermée de portes massives en pierre et à panneaux, admirablement taillées et polies. Des fragmens de sarcophages brisés, épars eà et là , attestent les ravages de ceux qui ont violé cet asile de

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a mort pour y chercher de prétendus trésors *. Quittant ces tombeaux et nous avançant un peu plus loin dans la direction du nord, nous arrivâmes à d'autres chambres funèbres, mais qui sont bien inférieures, sous le rapport de l'aspect et de l'architecture , à celles que nous venions de visiter. Moire guide les appela les « Sépulcres des Juges. »

D'une éminence voisine nous jouîmes de la vue délicieuse d'une vallée bien cultivée qui s'étend vers la Samarie. Comme ce lieu est du petit nombre de ceux aux environs de Jérusalem où l'on trouve quelques arbres, — arbres qui, à la vérité, sont tous d'un vert pale, tels que l'olivier et l'amandier, — il est très-fréquenté par les habitans, surtout les jours de sabbat et de fête. Mais les Israélites ne se livrent à aucun de ces plaisirs innocens qui accompagnent

* L'historien Joscphe parie des chambres sépulcrales des Rois comme se trouvant dans celle direction ; mais on ignore de quelsrois il entend parler, car les monarques delà Judéeélaienl ensevelis sur le mont Sion,«dans la cité de David, leur père.» Quelques voyageurs pensent que ce* tombeaux ont été construits par Agrippa , qui augmenta et embellit considérablement celte partie de la ville. Mais I opinion la plus générale ment reçue est qu'ils sont dus à Hélène, reine d'Adiabé, et à son fils Is;ilu;.

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ordinairement les jours de fête eu Europe, tels que la musique, la danse, le chant et autres semblables. « Le son bruyant des tambours a cessé ; la voix des hommes de plaisir n'est plus entendue; la lyre aux sons si doux est muette. » Le vin même est banni des jouissances ordinaires de la table. « Les chants n'animeront plus les festins. » Quoique la vigne se plaise admirablement dans ce sol, la culture en est cependant très-bornée. Le peu de vin qu'on récolte est exclusivement consommé par les couvens; car les Turcs ont intérêt à conserver ces établisseinens ; mais ils se soucient fort peu des « habitans de Jérusalem et des enfans d'Israël ». Hélas ! il fut prédit le jour où les maîtres légitimes de la Judée vivraient esclaves dans leur propre pays, et où, « à cause de leur iniquité, ils mangeraient leur pain ; u poids et dans la frayeur, et boiraient leur eau par mesure et dans une grande affliction d'esprit. »

De là, marchant à travers champs, dans la direction du sud-est, nous arrivâmes à l'entrée de la vallée de Kédron, où l'on voit quelques vignobles et un petit nombre de plantations d'oliviers. Cette vallée se trouve entre le mont des Oliviers et les collines sur lesquelles Jérusalem est bâtie, et sert de limites à

i)V PISCINE DE BETIIESOA

la ville, du côté de l'orient. Elle court à peu près directement vers le midi, s'élargissant et devenant plus profonde à mesure qu'elle s'étend davantage. La partie inférieure de ce ravin , comprise entre le Temple et le mont des Oliviers, forme la vallée de Jo saphat. Sur les flancs de la colline où se trouvent les murs de la ville, et précisément à leur pied, est un cimetière turc.

Nous rentrâmes à Jérusalem par la porte Saint- Etienne. Immédiatement à l'entrée de la ville, on trouve, à gauche, une petite rue qui conduit à Haram-Shereef, on grande mosquée située près de la porte Sette Meriam. Dans le haut est un réservoir profond, qui a cent vingt pieds de long sur quarante de large; sa profondeur est de dix. Ce réservoir se trouve actuellement desséché. Des buissons de nopals et des herbes croissent dans le fond et sur les bords. Dans le côté oriental on voit quelques arcades aujourd'hui murées *. C'est évidemment le plus ancien monument de Jérusalem, et,

* Elle avait dans l'origine cinq portiques par où entraient les malades, et fut vraisemblablement appelée Belhesda, ou Maison de la Miséricorde, à cause des cures miraculeuses qu'y lit Notre Seigneur, entre autres celle du paralytique.

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