‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 73 sur 85 · PROCÈS-VERBAL DE LA DÉCOUVERTE D'UN TOMBEAU AUX QBOUR-EL-MOLOUK · texte numérisé non relu

PROCÈS-VERBAL DE LA DÉCOUVERTE D'UN TOMBEAU AUX QBOUR-EL-MOLOUK

Nous, soussignés, de Saulcy, Gélis, Salzmann, Mauss, Guérin, Michon, Gaillardot, Pierre, Ferdinand, voulant donner toute l'authenticité désirable à la découverte d'un sarcophage intact, portant une inscription funéraire hébraïque , et trouvé dans le monument connu sous le nom de Tombeaux des Rois, avons, d'un commun accord, rédigé le procès-verbal qui suit :

Dans la soirée du 7 décembre , l'ouvrier Antoun , en déblayant la chambre de l'angle sud-est du vestibule qui a servi à de nombreuses inhumations de l'époque romaine, s'aperçut que la banquette de cette chambre présentait une solution de continuité : cette banquette, partout ailleurs taillée dans le roc, était formée, en ce point, de maçonnerie recouverte d'un fragment d'une des portes de pierre appartenant au monument primitif, et se reliant parfaitement au reste de la • banquette; il en conclut avec raison que ce point devait être sondé, et il fit part de ses observations à M. Pierre, contre-maître des travaux de Sainte-Anne. Celui-ci vint le 8, de très-grand matin , annoncer à M. de Saulcy qu'il croyait tenir des indices certains de l'existence ÉÈ d'un caveau inexploré.

M. de Saulcy, M. le capitaine Gélis et le docteur Gaillardot, accom-

pagnés de M. Guérin, se dirigèrent immédiatement vers le Tombeau des Rois. Arrivé là, M. de Saulcy fit procéder immédiatement au déblayement de l'ouverture que l'ouvrier avait reconnue : sous le fragment de porte qui complétait la banquette, se trouvait une fosse taillée dans le roc, dont le fond était occupé par un escalier de trois marches et dont la cage était remplie de terre, de remblais, dans lesquels se sont retrouvés divers fragments de sarcophages et des moellons; cet escalier conduisait à une porte à tympan cintré et non évidé complètement, surmontant une ouverture carrée masquée par une dalle verticale, scellée avec du ciment contre les parois du roc; le tympan vide , compris entre le sommet de la dalle et Tare de la porte, était rempli d'une quantité d'ossements placés là à dessein.

La dalle descellée en présence de M. Guérin, de M. le capitaine Gélis et du docteur Gaillardot, laissa voir une petite porte carrée donnant accès, par deux marches très-élevées, à un petit caveau qui paraissait inviolé. Le plancher de ce caveau formé par le roc nu ne présentait à sa surface ni terre , ni débris : dans le roc de chacune des parois latérales était taillée une banquette assez élevée, recouverte d'une arcade surbaissée. La paroi du fond présentait aussi une banquette un peu plus basse que les précédentes, surmontée comme elle d'une arcade de la même forme et servant d'assiette à un grand sarcophage carré, en calcaire dur, portant un couvercle en toit, scellé encore par un ciment de chaux à la cuve qu'il fermait.

Sur la face antérieure de la cuve du sarcophage sont taillés deux disques, entre lesquels est gravée en creux une inscription hébraïque de deux lignes, dont un estampage restera annexé au présent procèsverbal, et qui fut immédiatement copiée par M. de Saulcy, en présence de MM. Guérin et Gélis, le docteur Gaillardot étant remonté pour surveiller les travailleurs des autres ateliers.

Le couvercle fut encore enlevé par M. le capitaine Gélis et le docteur Gaillardot : la caisse ne renfermait qu'un squelette, encore en place, la tête appuyée sur un dormitoire taillé dans le fond de la cuve; les os, conservant leur forme, étaient tous en place, mais dans un état de désagrégation tel qu'au moindre contact ils tombaient en poussière. Le corps était couché sur le dos, les mains croisées sur le bassin, reposant sur une très-mince couche de terreau résultant de la décomposition des parties molles: le long du côté gauche, de la

tête aux pieds , on voyait sur le terreau une assez grande quantité de fils d'or dont la forme tordue semble indiquer qu'ils faisaient partie d'un tissu ; aucun autre objet n'accompagnait le cadavre.

M. de Barrère , consul de France , prévenu par M. Guérin , vint immédiatement visiter le caveau , et a pu constater l'exactitude de tous les détails qui précèdent.

F. de Saulcy, Gélis, Auguste Salzmann, Mauss, C. Gaillardot, V. Guérin, Decosse (Pierre), Ferdinando Pacini, + Antoun- Abou-Saouin, J.-H. Michon.

Jérusalem, le 8 décembre 1863.

Vu au consulat de France en Palestine pour la légalisation des dix signatures ci-dessus, de Messieurs :

1° De Saulcy, sénateur, membre de l'institut, commandeur de la Légion d'honneur.

2° Gélis, capitaine au corps impérial d'dtat-major, chevalier de la Légion d'honneur.

3° Auguste Salzmann, artiste, chevalier de la Légion d'honneur.

4° Gaillardot, docteur en médecine, chevalier de la Légion d'honneur.

5° Mauss, architecte du gouvernement au domaine de la France, à l'église de Sainte-Anne.

6° Victor Guérln, agrégé de l'Université, docteur es lettres, chargé d'une mission scientifique par S. Exe. le ministre de l'instruction publique.

7° Pierre Decosse, contre-maître appareilleur aux travaux du domaine de la France, à l'église de Sainte-Anne.

8° Ferdinando Pacini, charpentier aux mêmes travaux.

9° Une croix pour signature d'AMouN-ABOu-SAOuiN (illettré), ouvrier attaché aux mômes travaux.

10° L'abbé Michon, membre de l'expédition scientiGque de M. de

Saulcy.

Le Consul,

Edmond de Barrère.

Jérusalem, le décembre 1803.

vouas ur< ri iiiu: sainte

Ji' lie DM suis pas trouvé au Tombeau des Rois à l'instant même où se lil l'admirable découverte de M. do Saulcy; mais, avant «filé Ce 'no nol irès-jicu de temps après, grâce à son attentive prévenance, voici le récit de cette visite et de ce que j'y vis personnellement.

Le boit décembre 1863, entre onze heures et midi, M. de SaidC] gavant eu la gracieuse attention de prier M. Guérin (qui eut la bonté .de le fa ire .sans tarder un instant) de me prévenir qu'il avait découvert une nouvelle chambre sépulcrale, ao monument funéraire appelé les Tombeaux des Rois (Qbour-el-Molouk) , je me rendis sur-le-champ à ce point, où se trouvaient M. de Saulcy et plusieurs membres de son expédition scientilique. et je m'empressai de profiler de sa courtoise invitation.

Après avoir pénétré dans la grande cour qui est placée devant le vestibule du Tombeau des Rois, avoir traversé le vestibule ouvert, et être entré dans la première salle qui sert, en quelque sorte, d'amichambre aux autres chambres sépulcrales, je passai dans la première chambre sépulcrale pratiquée dans la paroi située en face de «ici, à main gauche.

A peine avais-je franchi la porte de cette chambre, qne je vis, à ma droite , pratiquée au bas de la paroi par laquelle je venais d'entrer, une ouverture béante taras du sol, ouverture donnant accès à '. un escalier dont plusieurs degrés faisaient défaW, et, au bas de cet ' escalier, une ouverture carrée par laquelle j'entrai dans une chambre sépulcrale, creusée, comme tout le reste du monument, dans le roc vif. En face de moi, une banquette surmontée d'une arcade, et sur la banquette, la recouvrant entièrement dans le sens de la longueur, un sarcophage en pierre de couleur grise comme les parois, le sol elle plafond de la chambre elle-même. Le couvercle du sarcophage, couvercle de la forme d'un toit ordinaire à double pente, à base oblongue, gisait sur le sol. Le sarcophage, lui-même, présentait à sa face antérieure , la seule que je pusse voir, deux disques sculptés à chacune des extrémités de cette face et, entre les deux disques, une inscription hébraïque contenant deux lignes; la première ligne de caractères, la ligne supérieure, était plus courte que la seconde; ces caractères ressemblaient les uns aux caractères hébraïques des monnaies des Macchabées, des Asmonéens, les autres aux caractères carrés. D'autres signes me sont parfaitement inconnus.

APPENDICES. *fa

A l'intérieur et au fond du sarcophage, à main gauche, ayant le sarcophage en face, on voyait un dormitoire où était creusé un espace rond à l'endroit où devait reposer la tête du corps qui y était enseveli.

Toujours faisant face moi -même au sarcophage et tournant le dos à la paroi dans laquelle se trouvait l'entrée de la chambre, je vis également, dans chacune des deux parois qui se trouvaient l'une à main droite, l'autre à main gauche, une banquette surmontée d'une arcade surbaissée , le tout creusé dans le roc de la paroi elle-même, comme l'excavation où se trouvait le sarcophage ; mais aucun sarcophage ne s'y trouvait déposé.

Edmond de Barrère.

Jérusalem, le décembre 1863.

il. 40

CATALOGUE DES MÉDAILLES TROUVÉES EN NOVEMBRE ET DÉCEMBRE • 1863 , DANS LES FOUILLES DES QBOUft-EL-MOLOUK, PRÈS DE JÉRUSALEM.

Première cour extérieure, servant de cage au grand escalier taillé dans le roc vif.

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