L.-E. Riyot
De cette triple analyse, il me paraissait résulter que les cendres en question ne pouvaient être des cendres animales; j'ai soumis mes doutes à M. Rivot, et j'en ai reçu la réponse suivante :
École des Mines. — Laboratoire.
Paris, le 5 septembre 1864.
Monsieur le sénateur et cher camarade,
Je suis fort embarrassé pour répondre à votre lettre d'hier. Les cendres quoi vous m'avez fait analyser ont des compositions qui ne permettent pas de trancher la question. Je ne peux pas admettre que ces cendres proviennent des sacrifices; la proportion d'acide phosphorique serait beaucoup plus forte, bien que les eaux atmosphériques aient dû en dissoudre une grande partie. L'influence des eaux a dû être très-faible, puisque les cendres con tiennent encore, comme matière dominante, le carbonate de chaux.
Je ne connais ni le pays, ni la situation des cendres, et mon ignorance à ce sujet doit me rendre très-circonspect. A en juger seulement d'après les analyses, les cendres proviennent de charbon ou de bois. Pour vérifier cette opinion, je désirerais savoir si les anciennes forêts ont pu pousser sur des calcaires ou sur des marnes ; ce serait la seule manière d'expliquer l'énorme proportion de chaux que renferment ces cendres.
J'ai trouvé, dans mes cahiers d'analyses, une composition fort analogue pour des cendres de bois de la Champagne.
Veuillez excuser le décousu de ma lettre et y reconnaître la preuve que je ne suis pas moins embarrassé que vous.
Veuillez, etc., L.-E. Rivot.
ii. 43
Acide carbonique. . . . 39,709
Acide sulfuriquo .... 0,î"5
Acide pliospliorlquo . . 0,177
Clilore 0,Q3i
l'eruxjde deforcldlu- j
mine »
Chau* 4I.1GÏ
Magnésie 8,138
Sable, ele 13,981
Ces cendres n'ont certainement pas une origine animale. Leur composition ressemble à celle des cendres de tourbe, sous plus d'un rapport. Elle ne présente cependant aucun caractère assez tranché pour qu'on puisse rien présuraer de décisif à l'égard de leur origine.
G. Ville.
Quelque regret que nous en ayons, il nous faut donc revenir à ce que dit la tradition locale, et ne voir dans ces cendres que les résidus de l'ancienne industrie des savonniers.
Et pourtant toute incertitude n'a pas cessé et ne peut pas cesser. Si nous nous rappelons, en effet, les prescriptions du Lévilique, aussi bien que les autres passages bibliques ' qui démontrent surabondam-
. Voyei, par exemple, Deutironomi, j
ment que les victimes immolées étaient presque intégralement mangées par les prêtres et par ceux qui offraient les sacrifices, nous serons amenés à conclure que les cendres provenant de l'autel des holocaustes devaient à peu près exclusivement résulter de la combustion du bois à l'aide duquel on entretenait le feu sacré. Fiat lux !